‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 60 sur 119 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'accumulation des forces et la cause du sommeil.

Beuï parts à faire dans l'être sensible : ce qu'il a reçu et ce qu'il a acquis. — Formation des couches d'acquisition ou de dépôt : transformation de l'impressionnable en impres-

. sionné. — la périphérie sensible et les organes des sens. — L'organisme s'empare des forces extérieures et les fixe en lui sous forme d'idées ou de manières d'être. — la nutrition — Modifications transmises par Toie de génération ; transformation d'un caractère individuel et accidentel en caractère spécifique. — les forces physiques et le s forces psychiques. — le sommeil.

Je viens de développer le principe de la fixation de la force ; j'ai montré comment, arrêtée et retenue par la matière inerte ou vivante, elle y laisse une marque ineffaçable capable éternellement de provo-

quer le souvenir. Le phonographe est un remarquable exemple de fixation.

Cependant , si la cause première de la mémoire conservatrice est ainsi dévoilée, il reste à caractériser la matière sensible et à expliquer la conservation des traces à travers les phénomènes de destruction , de reconstitution et de reproduction dont elle est le perpétuel théâtre.

En quoi consiste la sensibilité? A quoi tient la qualité qui nous fait affirmer de tel corps qu'il est sensible? On ne saurait le dire. Pourquoi ? Parce qu'on n'est jamais parvenu à créer le sensible avec de f insensible; bien plus, parce qu'on n'a même jamais pu observer la formation spontanée du sensible. Pour le définir , on n'a donc pas la ressource de spécifier comment on le fait ou comment il se forme. Pouvons-nous au moins énoncer ce qu'il y a de plus dans le sensible que dans finsensible? Nullement. Notre esprit n'a pas commencé par avoir la notion de finsensible, et n'y a pas ensuite ajouté des prédicats pour obtenir celle du sensible; il a suivi le procédé inverse. Il a d'abord conçu le sensible en se concevant lui-même , et c'est par abstraction qu'il est arrivé à la conception de l'insensible. Dans le fait, le mot insensible est une pure négation : nous ne parvenons pas à nous faire une idée du mode d'existence de la chose qu'il est censé représenter. Aussi, pour f enfant, pour le sauvage, pour le superstitieux, toute chose a une âme *.

1 Voir pour phis de développements , nos Éléments de psychophysique , p. 153 et suiv.

Page 1