‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 67 sur 119 · FORCES PHYSIQUES ET FORCES PSYCHIQUES · texte numérisé non relu

FORCES PHYSIQUES ET FORCES PSYCHIQUES

Ces forces accumulées , en tant que servant à la manilestation de la sensibilité, reçoivent le nom spécial de psychiques. L'alimentation sert donc à deux fins : elle entretient le mouvement de l'organisme en réparant ses forces physiques , elle y accumule des forces psychiques.

Les forces physiques sont-elles d'une autre nature que les forces psychiques , ou sont-elles susceptibles de se transformer en forces psychiques ? Grosse question, qu'heureusement je n'ai pas besoin d'aborder.

Un mot seulement. Voici un grave magistrat qui , assis mollement dans son fauteuil , suit avec toute l'attention possible les débats d'une grave affaire , écoute les dépositions des témoins, les plaidoiries des avocats, et de fatigue finit par s'endormir du sommeil des juges. Ce qui lui arrive est la suite d'un travail intellectuel prolongé, ou, pour employer mon langage, de la fixation de sa sensibilité. A l'époque des vacances, ce même magistrat part pour la chasse de bon malin, fusil sur l'épaule, carnassière au dos, poursuit lièvres et perdreaux à travers la plaine , puis harassé se laisse tomber au pied d'un arbre et s'endort. Pour le coup , ce sont bien des forces physiques qu'il a usées. Toutefois ne vous semble-t-il pas que les forces qui poursuivent le gibier sont les mômes qui , au tribunal , prononcent des sentences?

Quoi qu'il en soit, on a compris le mécanisme de cette accumulation dont je parle. Les forces contenues dans la périphérie sans cesse reformée arrêtent au passage les forces extérieures qui

viennent à les rencontrer, les accaparent et'se combinent avec elles ; les résultantes de cette combinaison se condensent dans l'organisme sous forme de tendances, de répulsions ou de désirs, d'aptitudes, d'habitudes ou d'instincts. Quia bu boira, dit la sagesse des nations — voilà pour les tendances — qui a su nager, s'il tombe dans l'eau, nagera ; voilà pour les aptitudes.

Le fonctionnement de la nutrition dans ses rapports avec la sensibilité nous fait toucher du doigt la cause du sommeil et de sa périodicité. La nourriture qui s'accumule dans le corps sert ou a servi , entre autres fonctions , à former la couche périphérique sensible. Celle-ci perd de sa sensibilité par l'usage même qui en est fait ; il arrive ainsi un moment où elle ne renferme plus d'éléments sensibles et est , par suite , incapable de réagir. Alors le sommeil s'empare de nous, le sommeil, signe qu'il y a une barrière entre nous et le monde extérieur. Le temps de cet engourdissement est employé à la reconstitution de la sensibilité, et, à mesure que le travail avance, le sommeil s'éloigne, faisant place insensiblement au réveil. Le sommeil n'est donc pas une fonction ; c'est un effet concomitant. Il ne répare pas non plus les forces. La vérité est qu'il se montre quand la sensibilité est émoussée et qu'il disparaît quand elle revient. Peut-être m.ême ces deux propositions sont-elles de pures tautologies. Naturel ou artificiel, le sommeil est toujours accompagné d'une insensibilité plus ou moins étendue, plus ou moins profonde. La cause de l'un est la cause de l'autre.

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