‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 66 sur 119 · FORMATION DU NOYAU · texte numérisé non relu

FORMATION DU NOYAU

entre elles, eu égard à la plus ou moins grande discipline des éléments qui les constituent. Les uns sont tout h fait domptés ; chez les autres domine encore l'esprit de révolte. Ceux-là accomplissent, même loin de l'œil du miaître , régulièrement et ponctuellement la fonction qui leur a été confiée — ce sont des espèces d'organes — ceux-ci ont besoin d'être continuellement surveillés. Mais les premiers sont à peu près inaptes à faire autre chose que ce qu'ils font; les seconds ont des facultés disponibles et on peut les dresser à toutes sortes de m.étiers.

Ces considérations nous fournissent la réponse aux deux questions qui font suite à la première. Ces couches-là ont la chance de se transmettre à la descendance prochaine qui sont les plus anciennement formées, les plus homogènes ou les mieux coordonnées dans toutes leurs parties. Ou bien encore, pour abandonner un instant ma métaphore de prédilection, les enfants hériteront des habitudes les plus puissantes et les plus invétérées des parents, réduites à l'état de prédispositions ou de tendances. Si les circonstances favorisent ces prédispositions et les développent , si ce fait se renouvelle sans interruption pendant une longue série de générations, ce qui n'était qu'un caractère individuel et accidentel deviendra un caractère spécifique. Inutile d'insister davantage sur ce point. Ceux qui repoussent a priori le principe de la transformation des espèces ne se laisseront paâ convaincre par les applications que j'en ferais incidemment dans la théorie du sommeil et des rêves.

Nous voilà édifiés sur la formation du noyau

central, de cette espèce de mécanisme composé d'habitudes fincestrales ou personnelles. Si nous ne pouvons remonter jusqu'à son origine première, ni en prédire la fin dernière, nous pouvons du moins par la réflexion en refliire le passé et en deviner l'avenir.

Revenons ii la nourriture et essayons de caractériser d'une manière plus précise le genre de transformation que subissent les lorces qu'elle introduit dans l'organisme.

Pour agir , celui-ci doit consommer une certaine énergie, énergie qui se manifeste au dehors comme chaleur ou comme mouvement. Les forces qui sont en lui s'épuisent et passent ailleurs. Pour conserver son intégrité et se remettre en état d'agir, il doit les réparer ; et elles lui sont restituées par les aliments, qui sont, entre autres choses, de la chaleur et du mouvement condensés.

Mais, outre ce travail extérieur, visible h tous, il se fait en lui un travail tout intérieur qui se révèle à lui seul, partiellement du moins. Ce travail, bien qu'il puisse être aussi accompagné d'une dépense de forces, aboutit à un résultat tout différent, à une accumulation de forces. La mémoire et l'expérience, la défiance ou la familiarité et la ruse ou le courage qui en sont les suites, la science, le génie des découvertes et le perfectionnement de l'humanité, voilà, dans des ordres d'idées diff'érents, des exemples saisissants d'accumulation de forces. L'emploi métaphorique du mot apprendre — qui, étymologiquement , signifie s'annexer en prenant — est fondé sur le sentiment instinctif et profond de la réalité. Savoir, c'est avoir ap-pris.

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