‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 69 sur 119 · L HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

L HÉRÉDITÉ

Et cette influence du spermatozoïde s'exerce à travers tous les accidents de la nutrition , de l'éducation et du cours des années. Quelquefois — chose non moins étonnante — c'est la figure de l'aïeul qui se retrouve dans le petit-fils. On voit même tel signe de la race ou de la famille se perpétuer à travers une longue suite de générations, malgré les croisements de toute nature. Enfin — et , à mes yeux, c'est encore là le plus impénétrable de tous les mystères — cette ressemblance avec le père se marquera chez la fille. De sorte que cet homme aura légué à son enfant la forme de ses sourcils, de ses dents ou de ses ongles, et ne lui aura pas transmis sa barbe et les autres attributs de son sexe !

Il y a dans cette dernière observation un profond sujet d'étude. Il prouve, ce me semble, que le spermatozoïde et l'œuf ont les caractères du sexe moins prononcés qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord, et que, peut-être, la sexualité de l'enfaut tient h des circonstances extrinsèques et nullement à la composition intime des éléments lécondants. Quelque diftlculté qu'il y ait à comprendre comment un corpuscule microscopique peut être un véhicule aussi fidèle de caractères nombreux et délicats, il faut bien s'incliner devant le fait.

Un ingénieux penseur de nos jours , M. Hering , professeur à fUniversité de Prague, dans une remarquable conférence sur la Mémoire de la matière organisée , s'est servi d'une heureuse comparaison pour montrer d'une manière sensible comment un élément peut renfermer virtuellement les caractères généraux du tout. Un organisme, dit-il ,

est comme une courbe définie dont les propriétés se retrouvent dans les plus petits fragments. C'est au point que, si nous pénétrons la forme d'une portion infiniment petite de cette courbe, nous pourrons en reconstruire l'ensemble. Tous les jours, des astronomes calculent l'orbite des planètes ou de leurs satellites, ou des comètes, par la connaissance qu'ils prennent d'une partie de cette orbite. Rien n'est plus évident. Un arc de cercle ou (Vellipse , si raccourci qu'il soit, ne peut appartenir qu'à ce cercle ou à cette ellipse , et, par suite , il sufiît d'en déterminer la forme pour tracer la courbe entière d'où il a été détacbé.

Ce que nous disons d'une courbe, nouspouvonsle dire d'une surface, d'un solide. Dans deux gouttes d'eau, on ne parviendrait pas à trouver deux molécules semblables, deux molécules échangeables. Leibnitz avait exprimé la même pensée dans son principe de l'identité des indiscernables.

Pourtant, qui prouve trop... on sait le reste. Certes, les moindres parcelles d'un individu quelconque n'ont rien de commun avec les parcelles les plus indiscernablement semblables d'un autre individu, fùt-il de la même espèce. Et cependant, d'un côté , les phénomènes de la nutrition nous offrent tous les jours le spectacle de l'absorption et de la transformation des individualités. L'huître qu'avale -le gourmet cesse -à un certain moment d'être elle pour devenir lui. D'un autre côté, si chaque molécule d'un individu vivant est marquée au sceau de cet individu, et si, \\ ce titre, on peut dire qu'elle en porte l'effigie, une molécule quel-

LA FISSIPARITÉ. 171

conque n'a pas , en général , la faculté d'engendrer un être semblable à celui d'où elle est tirée. Tout au plus a-t-elle la faculté , en cas de lésion , de régénérer les parties qui l'avoisinent. Quoiqu'il y ait en ceci aussi un phénomène du même ordre que la génération, énorme est la distance. Car non-seulement le germe est une émanation individualisée, non-seulement il a reçu l'empreinte du cachet spécial h l'oi'ganisme qui le sécrète, il en est l'image réduite, intégrale et fidèle. De même , un arc de cercle ou d'ellipse, tout en ayant les caractères propres à ce cercle ou à cette ellipse , n'est pourtant pas en soi un cercle ou une ellipse. Seule la ligne droite, la ligne homogène, jouit de cette propriété que ses éléments sont en tout semblables à elle-même. Ses moindres portions ont exactement la même figure que le tout.

Pour comprendre la formation du germe, nous devons réduire le phénomène de la génération à sa plus simple expression et le considérer dans son mode le plus primitif, la fissiparité. Ce fut le seul mode usité chez les premiers êtres ; c'est encore aujourd'hui le plus répandu , si l'on songe au nombre incalculable des organismes inférieurs qui se multiplient par ce procédé et au nombre tout aussi inconcevable d'organes et de tissus qui n'ont pas d'autre façon de s'accroître. Car tout accroissement ou toute formation doit être envisagée comme une génération. Or comment se fait la multiplication par fissiparité? L'organisme, arrivé à un certain point de maturité, se divise en deux moitiés , dont chacune, au bout de quelque temps , reproduit la figure maternelle.

Nous ignorons à quelle cause il faut attribuer la division de l'organisme générateur. Notre œil — même en s'aidant des plus forts grossissements — n'y constate souvent aucun changement moléculaire. Nous devinons seulement qu'un certain travail préparatoire est nécessaire , puisque cette division ne se fait spontanément qu'après que l'organisme a atteint un certain degré de développement et qu'il a élaboré une certaine quantité de substances étrangères.

Nous ignorons aussi pourquoi chaque moitié arrive à reproduire la figure du tout. Pourtant — le fait de la multiplication étant admis — nous concevons sans peine que la division d'un tout, pris dans une phase homogène — je souligne le mot avec intention — donne des parties semblables en figure il ce tout , et que , grâce à la nutrition , elles finissent par l'égaler en dimension et se diviser à leur tour. Comme je l'ai dit, le mystère n'est pas éclairci, il n'est que réduit h sa plus simple expression.

A côté de ce mode si simple de propagation, il s'en est introduit un autre qui réclame le concours de deux individus. Au premier abord , il semble qu'il n'y ait rien de commun entre la sexualité et la tissiparité. Une réflexion assez naturelle peut combler l'abîme.

Chaque moitié d'un organisme inférieur qui se multiplie par division doit, en dernière analyse, se compléter, et se compléter par une moitié différente d'elle-même. Quand un être se divise spontanément, c'est qu'il s'est produit, il faut bien l'admettre, une opposition dans l'intérieur de sa

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