‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 70 sur 119 · LA SEXUALITÉ · texte numérisé non relu

LA SEXUALITÉ

substance, et que toute la masse est soumise h raction de forces polarisées. Les deux moitiés ne sont donc pas identiques, malgré les -apparences parfois contraires. Déjà, au point de vue uniquement géométrique, le corps, fùt-il même symétrique, se séparerait en deux moitiés non égales, mais inverses , comme le sont les deux mains , et la moitié de gauche ne pourrait prendre la place de la moitié de droite. Désignons donc — et en cela on ne s'éloigne peut-être pas trop de la vérité — l'une de ces deux moitiés sous le nom de mâle et l'autre sous le nom de femelle. On sait qu'à la première manque sa moitié femelle, et à la seconde sa moitié mâle. Chacune d'elles va se livrer à un travail d'élaboration dans le but de se procurer ce qui lui manque. Or, dans la génération par sexe, ce travail est épargné. Les deux moitiés indispensables pour former un être complet proviennent de deux individus de sexes opposés et s'unissent dans l'acte de, la conception. En somme , il y a fusion entre les produits opposés de deux organismes fissipares '.

1 Si cette manière de voir était fondée , il s'ensuivrait que l'œuf est l'élément mâle, et que le spermatozoïde est l'élément femelle. C'est là une conséquence assez étrange , et pourtant par là s'expliqueraient bien des particularités assez embarrassantes, par exemple, celle qui veut que les femelles non fécondées de certains insectes, entre autres, les abeilles, ne mettent au monde que des mâles. Une courte démonstration de ce paradoxe ne sera pas déplacée. Soit, d'une part, un organisme AB se divisant en deux moitiés A et B , Tune mâle, l'autre femelle. Soit, d'autre part, un orga-

Arrivé à ce point, je suis au bout de ma tâche. Qu'est-ce que l'œuf? Qu'est-ce que le spermatozoïde? Ce sont de simples produits de la division de ce que j'ai appelé le noyau central , et ils en ont naturellement toutes les qualités, tous les caractères. Le noyau a conservé le mode primitif de multiplication, et, dans le fait, il n'y en a pas d'autre. La substance vivante peut atteindre un degré merveilleux de complexité, sans cesser pour cela de présenter une

nisme semblable CD se séparant de même en ses deux moitiés C et D. Trois cas peuvent se présenter. Premier cas. A , B , C et D vont créer chacun pour soi , avec ou sans l'aide de la nutrition, par une élaboration interne, qui , au fond , sera une espèce de copulation , ce qui leur fait défaut, à savoir A et C leur complément femelle, B et D leur complément mâle. Deuxième cas. A s'unira à D, et B à C; c'est une certaine espèce d'hermaphrodisme. Troisième cas. B seul s'unit à C, et A et D se complètent, comme dans le premier cas, chacun séparément pour son propre compte. C'est la sexualité. A reconstitué va maintenant produire un nouveau B , qui s'unira à un nouveau C engendré par D reconstitué ; et le même jeu se répétera indéfiniment. De sorte que A ne fait que donner des B , et D des C, et ce sont ces B et ces C qui s'unissent. A et D sont des arbres de même espèce , mais de sexes différents , qui se couvrent de fleurs unisexuelles. Or on voit , puisque A porte des femelles et D des mâles , que les fleurs sont du sexe opposé à celui de la plante dont elles proviennent. En somme donc, le mâle estunfemellier, etla femelle un mâlier. — Question de mots , dira quelqu'un. Peut être. — J'ai poursuivi plus en détail l'étude de ces questions dans mon travail sur V Origine de la mort , qui a paru dans la Revue philosophique (1884) et qui sera bientôt imprimé à part. J'y renvoie le lecteur.

Page 1