CHAPITRE PREMIER
L'identité psychique. — Lorganisme à organe adventice. — Lorganisme à organe permanent.
l'identité substantielle et l'identité formelle. — Réduction dn problème de l'identité à sa forme la plus simple. — L'organe adventice instantané de sensation , condition du contraste et du lien «ntre le présent et le passé , et de l'exercice de la faculté de conservation et d'expérimentation temporaires. — l'organe permanent ; sa formation , sa fonction, sa perfectibilité , sa prépondérance. — L'association des impressions et des mouvements.
Nous avons dit quelle était forigine de la mémoire conservatrice. Il reste h nous occuper de la mémoire reproductrice.
Il ne suffit pas de savoir pourquoi une impression se perpétue , il faut encore expliquer comment elle peut se renouveler. L'àme est un miroir qui non seulement reflète les objets présents tout en conservant les marques de ceux qui l'ont antérieurement frappé , mais elle est en outre capable de renvoyer les images passées et de leur donner la prépondérance sur les images actuelles. Dans tout acte de reproduction , le passé redevient présent , ou encore, si l'on renverse les termes, l'être qui reproduit redevient partiellement et momentanément ce qu'il
a été. Le problème de la mémoire reproductrice est dominé par une question préalable, celle de l'identité psychique permanente de cet être.
L'identité psychique se distingue de l'identité substantielle et de l'identité formelle.
Nous disons de la cire fondue , qui n'a plus ni la consistance, ni la forme, ni la couleur, ni l'odeur de la matière constituant les rayons des abeilles , qu'elle est néanmoins cette même matière, dont le mode d'existence seul a changé. On conçoit , on ne constate pas l'identité substantielle.
Nous disons aussi d'une montre dont on a remplacé le ressort, que c'est toujours la même montre. Elle aurait été complètement renouvelée pièce à pièce que nous persisterions ii le dire. Notre affn-mation reposerait sur la conservation de la forme et la continuité de l'usage.
Mais ce n'est ni la permanence de la substance , ni la permanence de la forme qui nous fait croire que le papillon et la chenille sont un seul et même individu. Parlerons-nous de la forme? Quel changement l'insecte n'a-t-il pas subi aussi bien dans son organisation que dans sa figure ! car ni la tête , ni les pattes , ni les nerfs , ni les muscles de la chenille ne se retrouvent chez le papillon. Et, quant à sa substance, elle a été presque tout entière enlevée au monde organique et , à part peut-être celle de l'œuf, renouvelée , dit-on , plusieurs fois dans le cours de son existence *.
1 Voir sur ce point, tout au moins controversable , mon étude sur YOrigine de la mort.