LA PERSISTAJXCE DES ETATS PASSES
Il y a plus : les modes successifs de la matière dite inerte s'excluent et se repoussent. L'eau peut se présenter à l'état solide, liquide ou gazeux; mais, en tant que glace , elle n'est pas vapeur, et aucun de ces états n'est la cause de l'un des deux autres. Chez l'être sensible , au contraire, il y a une condensation incessante de ses états successifs; et rien de semblable ne se montre — du moins avec ce caractère et ce degré d'intensité — dans la nature inorganique. En un mot, l'histoire de la matière inintelligente n'est écrite que dans la matière intelligente et exclusivement h sou usage. Le papillon contient la chenille, il est la chenille. Elle s'est incarnée en lui et lui a transmis les effets de ses joies et de ses douleurs passées. Mais combien plus encore cette transfusion serait manifeste si nous pouvions être assurés que le papillon se souvient d'avoir été la chenille et qu'il parle d'elle comme étant lui-même ! Tant la mémoire est un signe éclatant de la permanence do l'être et de la persistance en lui des élats passés.
Quelle est la raison de cette permanence ? quel ,est le siège de cette persistance? Questions difiiciles et obscures. Certes, elles ne le sont pas, elles cessent même d'être des questions pour celui qui admet qu'il existe des substances spirituelles distinctes des substances matérielles. Il n'a plus dès lors à rechercher l'origine de propriétés qu'il affirme être de l'essence propre des âmes et qui servent à la définir. Faute de mieux, l'on peut, sans doute, et l'on doit se contenter de ce semblant de solution. Il fut un temps où l'horreur du vide, aujourd'hui
mise au rebut , était reçue dans la science. Naguère encore, le principe vital, mainlenant l'objet du même dédain , y avait droit de cité. Mais , quoiqu'il ne soit pas détendu de penser qu'un jour viendra où la notion de l'esprit subsistant en soi sera reléguée parmi les vieilleries, en attendant, il n'en incombe pas moins à ceux qui , dès à présent , la rejettent, d'accepter et de résoudre le problème dans les termes précis où les spiritualistes l'ont renfermé.
Un problème , quel qu'il soit , pour être abordé avec quelque chance de succès , doit être ramené à son expression la plus simple. Tâchons donc de nous expliquer la permanence individuelle d'un être chez qui la sensibilité serait à l'état rudimentaire.
Sous sa forme la plus réduite, l'animal est essentiellement constitué par une portion de matière douée de sensibilité générale et de motilité. La sensibilité générale est la simple faculté d'éprouver des sentiments non spécifiés de plaisir ou de peine. J'entends par motilité la faculté de se mouvoir en sachant qu'on se meut. En exerçant cette faculté, l'animal apprend que certaines de ses sensations sont le fait de sa volonté , d'où il conclut que les autres lui viennent d'un monde différent de luimême. Cette distinction première est le point de départ de l'acquisition des notions ultérieures. Sans la motilité, il n'y a ni perception, ni intelligence, ni expérience, ni progrès possibles. De même que nous ne pouvons concevoir une éclosion de la sensibilité, nous ne pouvons non plus assigner de commencement à la motihté. Nous comprenons sans difficulté