LA LOI DE SIMULTANÉITÉ
De lîi, un double problème : celui de la réapparition pure et simple ou de la réminiscence ; celui de la reconnaissance ou du souvenir— la reconnaissance étant ce jugement par lequel on rapporte an passé la formation de l'image reproduite. Dans mon rêve , le mot asplenium fut l'objet d'un acte de réminiscence. A mon réveil, en tant que je le replaçai dans mon rêve, il fut l'objet d'un premier acte de souvenir; seize ans plus tard, quand je le revis dans l'herbier , il donna lieu à un second acte du même genre.
Depuis toujours, les penseurs se sont préoccupés du mécanisme de la reproduction. Ils ont remarqué que les idées ont une tendance à s'associer d'après certaines lois. Ils ont découvert et la loi de simultanéité, en vertu de laquelle se relient les impressions qu'on a reçues en même temps et qui', de la sorte, appartiennent h un même tableau — celui qui entend le sifflet de la locomotive songe à la machine — et la loi de succession qui rattache l'une à l'autre les impressions formant série et faisant partie d'un même événement — c'est ainsi que l'on retient tous les incidents d'une longue maladie. A ces deux lois, on ajoute encore celle de la ressemblance, qui fait que le semblable rappelle le semblable — le portrait évoque l'original — et celle du contraste qui associe les extrêmes — tels que le jour et la nuit , le froid et le chaud , le plaisir et la douleur.
Occupons-nous d'abord des associations par voie de simultanéité et de succession.
Nous avons vu comment, dès que les organes des sens reçoivent une impression , les molécules sen-
sibles et musculaires , ébranlées par influence , se disposent dans un ordre déterminé. Les liens sont si puissants, que, le plus souvent, l'inspection d'une seule molécule permettrait de deviner la position de toutes les autres et de reconstituer ainsi l'état affectif général.
De \k, cette conséquence: si une circonstance, qui peut ne pas intéresser directement les organes en cause, donne à une molécule une attitude que déjà elle avait prise antérieurement, les autres molécules seront sollicitées à se ranger dans l'ordre déterminé correspondant et , selon le plus ou le moins de force de l'habitude , iront jusqu'à céder à cette sollicitation. Alors se reformera un étal subjectif qui n'aura pas sa cause dans un état objectif adéquat. Quand le sifflet de la locomotive vous la met , pour ainsi dire , devant les yeux , c'est en réalité l'ouïe qui vient agir sur votre appareil optique en vertu d'une connexion péi-ipbérique antérieurement établie. Une connexion analogue fera que la seule vue des caractères du mot locomotive éveillera chez le lecteur une foule de sensations ; non seulement il entendra le souffle de la machine, mais il verra le train, il en sentira les trépidations, il deviendra affairé, il sera bien près d'éprouver toutes les émotions d'un voyage. La mnémotecbnie n'est que l'application des propriétés delà loi de simultanéité.
Si cette loi a sa raison d'être dans l'état périphérique, la loi de succession s'explique par la permanence des organes qui , en leur qualité de centres d'arrangement pour la matière des couches , les rattachent l'une l\ l'autre. L'excitation^ même indi-