LA LOI DE SUCCESSION
recte, d'un organe ressuscite immédiatement tout son passé et ébranle l'animal à la fois en surface et en profondeur. Ce que l'on voit renouvelle ce que l'on a vu ; un fragment d'air fait revenir toute une mélodie; une phrase, un mot nous remet en tête tout un roman. La réminiscence est ainsi une faculté propre aux animaux pourvus d'organes permanents. A ce titre , puisque ces organes doivent leur origine à des causes physiques , elle a sa racine dans ces mêmes causes.
Notre âme est un tissu compliqué de connexions formées dans tous les sens. Chez elle , il n'y a plus rien de simple. Le moindre ébranlement agite tout un monde. Toute sensation présente, toute impression même d'une nature nouvelle, est nécessairement accompagnée de la réapparition d'impressions anciennes , qui parfois se mettent au premier rang et relèguent à l'arrière-plan la cause qui les a réveillées. Souvent alors, il vous arrive de croire qu'elles se manifestent pour la première fois , et pourtant , ce ne sont que des réminiscences. M. Maury avait perdu un manuscrit et avait renoncé à publier son travail. Un jour cependant, on le prie de le reprendre. Il imagine, il le croit du moins, un nouveau début. Un hasard lui fait retrouver sa première rédaction. Quelle n'est pas sa surprise de reconnaître presque mot h mot , et avec les mêmes phrases, ce qu'il croyait avoir récemment inventé * ! Chaque joui, pareille chose m'arrive. J'ai oublié que j'ai déjà développé un point qui, de nouveau,
1 Ouvr. cité, note D, p. 431.
s'offre h mon esprit et, sans m'en douter, j'écris pour la seconde fois la môme page. Que de réminiscences se cachent sous les idées en apparence les plus originales !
Le sentiment affectif qui répond aune disposition moléculaire donnée, c'est Vidée, c'est-à-dire l'image intérieure de l'ensemble des causes externes qui ont amené les connexions périphériques. Quelle que soit l'opinion que l'on professe sur les rapports du physique et du psychique , que l'on consente ou que l'on se refuse à y voir un seul et même ensemble de phénomènes considéré sous deux aspects différents, l'aspect externe et l'aspect interne , toujours est-il que ces rapports sont extrêmement étroits.
D'abord , quant aux idées sensibles , telles que celles de froid ou de chaud, de son, déforme, de couleur, un peu d'attention vous permet de remarquer qu'elles répondent h une manière d'être du corps. L'idée d'une chute en plein hiver dans une rivière glacée vous fait courir un frisson dans le dos. L'idée d'un mets succulent vous fait venir l'eau à la bouche ; vos mâchoires cessent d'être oisives; et, si vous accentuez ces mouvements en quelque sorte instinctifs , vous donnerez h l'idée plus de relief et de vivacité. Rappelez-vous un ut de poitrine, et le larynx fliit un effort comme pour élever la voix. Représentez-vous un dessin , et l'œil en suit fictivement les contours. Pensez h une vive lumière, et la pupille se contracte. L'expérience a établi que l'idée continue d'une couleur brillante fôtigue le nerf optique.
On opposera les idées abstraites. La même défini-