‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 81 sur 119 · SUGGESTION PAR LES ATTITUDES · texte numérisé non relu

SUGGESTION PAR LES ATTITUDES

tion leur est applicable. Avec le temps , l'homme a substitué le signe à l'idée , et les mots sont devenus les véhicules de ses pensées. Or, les mots sont exprimés par des sons ou par des caractères ; de sorte que l'idée, par exemple, du devoir, est associée à certains mouvements du larynx, et ces mouvements sont eux-mêmes associés ii toutes les dispositions où je me trouvais chaque fois que l'on m'a parlé du devoir. L'idée tient donc h des relations périphériques. C'est, en tout état de <;ause , une sensation vive, si l'objet est présent ; plus ou moins affaiblie , s'il est absent.

Réciproquement , l'attitude du corps provoque dans l'àme un sentiment déterminé. Donnez à vos traits l'expression de la colère, et vous éprouverez vaguement de la colère ; imprimez-leur une apparence triste, et vous vous sentirez porté h la tristesse. On a fait, sur les hypnotisés et les somnambules, des expériences qui mettent cette corrélation hors de doute. « Ainsi, par exemple, dit M. Richet *, à un individu hypnotisé, si l'on ferme le poing droit et si l'on étend le bras, aussitôt la figure prendra l'expression de la colère, de la menace, et tout le corps se conformera à cette attitude générale de colère ou de menace. Si l'on fliit joindre les mains, les traits prendront une expression suppliante ; il se mettra à genoux et semblera par

1 Revue philos., décembre 1879, p. 611 et survantes. M. le docteur lUchet a traité plus longuement le même sujet dans la Revue clesDeux-3Iondes{yànYïev et février 1880).

toute son attitude implorer humblement la pitié. » — (c En lui meltant ( à une hystérique qui est dans le service de M. le professeur Charcot) la main droite à la bouche, comme si on lui faisait envoyer un baiser , aussitôt elle se met à sourire, et sa figure prend une expression amoureuse. « Détail très remarquable, ces sortes de suggestions peuvent être localisées h un côté du corps, « en sorte qu'en faisant avec le poing gauche le geste de la menace, et avec la main droite le geste d'envoyer un baiser, les traits prennent h gauche l'aspect de la colère, et à droite celui de la tendresse amoureuse. « De ces faits et d'autres , M. Richet tire cette conclusion générale : « Chaque mouvement , soit volontaire , soit rétiexe , soit communiqué , retentit sur les centres nerveux et modifie le cours de nos idées et de nos sentiments. «

Les réminiscences sont donc des suggestions , et ce sont des suggestions qui fournissent au rêve ses données principales. Les sensations de chaud, de froid , de bruit, de lumière , etc. , sont une des sources des images qui surgissent dans l'esprit de l'homme endormi. Les attitudes que nous prenons et f état physiologique de nos viscères donnent de leur côté un cours fatal à nos idées. D'autre part, les idées communes et les mots jouent un rôle considérable dans les complications embrouillées de nos rêves. Arrêtons-nous un instant sur ces deux facteurs.

Il s'est élevé un débat à l'occasion des idées communes. Sont-elles ou ne sont-elles pas des abstractions? Je n'ai pas ici éprendre parti entre

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