CHAPITRE m
La reproduction accompagnée de reconnaissance
ou souvenir.
La reconnaissance, condition essentielle du souvenir. — le présent ne rappelle le passe qu'autant que celui-ci est diffèrent du présent ; signification des lois de ressemblance et de contraste données à tort comme des lois d'association.— L'oijet du souvenir est un lieu et une date. — Application au cas de l^aspleniwiu.
Examinons maintenant comment l'état passé peut se reproduire comme passé. Ce point est capital. Le nom de Yasplenium s'était ravivé dans mon esprit. Au premier instant , je crus y voir un produit de ma faculté créatrice. J'aurais pu m'en tenir à cette opinion, même quand j'ai su que le nom était réel. La coïncidence eût été des plus singulières ; mais la chose n'était pas absolument impossible. Je fus certain du contraire quand j'eus découvert la
source d'où il m'était venu. Tout souvenir implique donc la reconnaissance du passé comme tel ; c'est en quoi il diffère de la réminiscence. « Il ne suffit pas pour nous ressouvenir de quelque chose, dit Descaries, que celte chose se soit autrefois présentée à noire esprit , qu'elle ail laissé quelques vestiges dans le cerveau, à l'occasion desquels la même chose se représente derechef à notre pensée ; mais, de plus, il est requis que nous la reconnaissions lorsqu'elle se présente pour la seconde fois. Ainsi, souvent il se présente à l'esprit des poètes certains vers qu'ils ne se souvenaient point avoir jamais lus en d'autres auteurs , lesquels néanmoins ne se présenteraient pas ii leur esprit s'ils ne les avaient pas lus quelque part *. »
Sur ce point, il n'y a pas de doute, Mais il n'est pas aussi facile de faire voir en quoi consiste la reconnaissance et comment elle est possible. Il faut lire dans Garnier le chapitre ^ qu'il consacre à ce sujet : « Pour reconnaître un objet, dit Descartes, « il faut que, lors de la connaissance primitive de « cet objet, j'aie jugé qu'il était nouveau. » Mais, pour juger qu'un objet est nouveau, conlhiue Garnier, il faut qu'on le compare à d'autres qui sont jugés avoir été déjà connus. Or, la question est précisément de savoir comment nous jugeons qu'un objet nous a été déjà connu. » Il dirige ensuite sa critique victorieuse contre Condillac et Hume, qui
» Œuvres plvlosoph., éd. Ad. G, t. IV, p. 204. ' Traité des facultés de Vâme. 2« édit. Hachette 1865. Lib. VI, chap. VI , tome 2», pages 152 et suiv.