‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 93 sur 119 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les reproductions dans le rêve.

le rêTe n'est que la reproduction du passé dont les données s'enchaînent et se déroulent conformément aux habitudes actuelles. — Exemples : l'objectivation de nos impressions ; le langage , ses bizarreries , ses régularités. — Reconstitution dans ses détails du rêve aux lézards. — De l'étonnement, de la moralité , de la pudeur dans le rêve. — L'incohérence des rêves ; pourquoi elle nous frappe. — Le souvenir dans les rêves : on peut rêver qu'on rêve.

Qu'est-ce que le rêve? Cette question est maintenant résolue. La cause de l'opposition entre la veille et le sommeil réside en entier dans l'état de la couche périphérique, suivant qu'elle est ou qu'elle n'est pas i\ même de nous mettre en communication consciente avec l'extérieur. Le rêve a ainsi son siège précisément dans les couches intermédiaires où sont déposés les instincts, les habitudes et les souvenirs. Nous ne devons pas parler des couches plus profondes, réceptacles des connexions automatiques , où se passent des phénomènes soustraits d'ordinaire ii l'œil de la conscience.

Dans les tableaux du rêve, il n'y a rien de nouveau, rien d'actuel. Ils n'offrent à notre attention que des vieilleries rajeunies par des combinaisons et des contrastes inattendus. C'est le passé qui fait

tous les frais de la représentation. Quant au présent, il se dérobe derrière la scène, et c'est lui néanmoins qui , à l'insu de l'àme , en compose le programme , et qui , à son gré , choisit et change les décors, et introduit ou rappelle les personnages.

Dans le sommeil, par conséquent, hormis la perception, toutes les facultés de l'esprit, intelligence, imagination , mémoire , volonté , moralité , restent intactes dans leur essence ; seulement , elles s'appliquent à des objets imaginaires et mobiles. Le songeur est un acteur qui joue à volonté les fous et les sages , les bourreaux et les victimes , les nains et les géants , les démons et les anges.

Dans le rêve — et l'on peut à cet égard établir un parallèle constant entre le rêve et la rêverie — il y a, comme dans les perceptions et les conceptions de l'état de veille , quelque chose de fortuit et quelque chose de nécessaire. Le fortuit, c'est le jeu des causes physiques ou physiologiques qui suggèrent les données du rêve; le nécessaire, c'est la manière dont, sous l'empire des habitudes, ces données se déroulent et s'enchaînent.

Il serait fastidieux de passer en revue toutes nos habitudes pour les montrer en action dans nos rêves. N'en citons que deux.

La plus ancienne de toutes est celle qui nous fait rapporter à un objet en dehors de nous la cause de nos impressions. De là vient que nous nous regardons nécessairement comme le centre d'un univers que nous projetons autour de nous. Dans le rêve — et à un certain degré dans la rêverie — le monde où nous nous agitons est fictif et formé de débris

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