‹ Le sommeil magnétique expliqué par le somnambule Alexis [pseud.] en état de lucidité: précédé dChapitre 3 sur 3 · LE CARACTERE DU SOMNABUUUSME LUCIDE · texte numérisé non relu

LE CARACTERE DU SOMNABUUUSME LUCIDE

Les facultés de la lucidité sont <l*aiitant plus br. Manies que l'âme est plus dégagée du corps.

Résolu, aussitôt que ma santé me le permettra, de reprendre le cours de mes expériences de somnambulisme magnétique, je suis intimement convaincu que rien ne peut être plus avantageux à ma réussite dans la production de ces phénomènes, que de faire connaître aux consultants la nature et le caractère de la lucidité. Bien que l'attention publique soit depuis longtemps fixée sur le magnétisme, cette science, reléguée dans le domaine de l'impossible et de la jonglerie par l'opinion publique, reste inconnue non-seulement de ceux qui la contestent, mais encore de ses plus fermes croyants.

On se plaît perpétuellement à opposer aux miracles de la lucidité somnambulique les prodiges de la prestidigitation. Ceux qui débitent gravement, de par le monde, de semblables futilités, ressemblent, selon moi, à cet insensé qui prétendait préférer porter plutôt des diamants faux que des diamants vrais, parce qu'il pouvait en porter de plus gros et que, par conséquent, ils faisaient plus d'effet et obtenaient plus de succès. Le siècle, qui ne se donne la peine de rien approfondir, a vu le somnambulisme, brillant météore, passer au-dessus de sa tête, il Ta considéré avec stupéfaction, puis, sans tâcher de remonter à sa source, il a continué le cours de ses rêveries, et son esprit est revenu à ses spéculations habituelles

Le grand caractère de la lucidité somnambulique est la variabilité : aussi , tandis qu'à tous les instants du jour et avec tous les spectateurs , un prestidigitateur réussira constamment , le somnambule , doué de la plus miraculeuse clairvoyance, ne sera pas lucide avec tous les consultants et à tous les instants du jour ; car la faculté de la lucidité étant une crise pénible et anormale, il y a des influences, atmosphériques et des antipathies invincibles qui s'opposent à sa production , couvrent d'un bandeau

-Biles yeux du somnambule et Tempêchent de voir. Il L'intuition , la clairvoyance , la lucidité sont des

[ facultés que le somnambule tient de la nature de

i son tempérament et auxquelles un bien petit nom-

bre a le bonheur d'arriver.

Jusqu'à ce jour la plume ayant toujours été tenue I par la main des magnétiseurs, ils ont dénaturé

I complètement le caractère de la lucidité somnambu-

I lique, qui est une faculté innée, pour se l'attribuer

I et revendiquer la g'ioire de l'avoir créée et dévelop-

[ pée chez leurs sujets en les magnétisant. Leur pré-

tention est trop ridicule pour être prise au sérieux, I et ils savent parfaitement qu'ils n'ont pas plus créé

, la lucidité, que l'animal n'est l'auteur de la truflFe

que son museau déterre ; encore pour eux, c'est toujours le hasard qui les met en possession d'un somnambule lucide, et j'atteste qu'il n'existe pas, dans l'univers entiers, un magnétiseur qui puisse faire un somnambule lucide d'un sujet qui n'aurait pas t cette faculté innée en lui.

Je tiens à être net, clair et positif sur cette question, car c'est la base même du somnambulisme ; et je tiens de plus à ce que le public soit instruit de certaine particularité que ceux qui avaient intérêt à lui tenir cachée lui ont prudemment dissimulée. Lapre-

mière, c'est que la science magnétique ne joue aucun rôle dans la production de la lucidité; bien des magTiétiseurs apprennent à leurs élèves leur art sur un sujet lucide et chez lequel cette faculté se développe, par suite de ITiabitude, avec une extrême rapidité ; ceux-ci, enchantés et émerveillés des remarquables résultats qu'ils obtiennent aussi facilement que leur professeur, se croient très-puissants ; malheureusement les déceptions ne tardent pas à arriver; les résultats qu'ils ont obtenus sur le sujet de leur maître en l'art magnétique, il leur est impossible, malgré leur ardeur, de les obtenir sur aucun des autres qu'ils soumettent à leur action magnétique.

Tous les somnambules sont sujets à l'erreur dans l'exercice de leur faculté, et de plus, il est impossible à un magnétiseur de développer en un sujet une faculté pour laquelle il n'aurait pas une prédisposition marquée.

Dans les phénomènes de la lucidité somnambulique, le rôle du magnétiseur devient secondaire, il peut cependant être d'une utilité trèâ-grande en étudiant les facultés pour l'exercice desquelles le somnambule semble prédestiné, et en les lui faisant exercer de préférence aux autres.

Tout sujet magnétisé est redevable en partie à son magnétiseur des succès qu'il a obtenus; car si le magnétiseur ne peut pas donner la lucidité à un sujet qui ne Ta pas innée en lui, il peut la diriger avec sagacité, et surtout la mettre en lumière, en la protégeant contre tous les obstacles qui peuvent nuire à sa production, ou en la mettant dans les conditions les plus propices à sa réussite.

Tous les somnambules ne jouissant pas des mêmes facultés, on ne doit pas leur donner à tous la même direction ; il y en a qui, étant uniquement sensitifs, sont seulement propres à ressentir sympathiquement . le mal du consultant, à indiquer les remèdes qui peuvent le rendre à la santé. Le plus grand nombre des somnambules ne réussissent que dans la guérison des maladies; les magnétiseurs qui savent cette particularité et qui emploient ces sujets à un autre usage, manquent aux premières lois de la conscience et de rhonneur, car ils prennent l'argent du consultant, sachant parfaitement que leur somnambule est incapable de lui donner les renseignements pour la connaissance desquels il a payé.

La lucidité résume toutes les facultés ; le sujet qui en est doué à un haut degré, connaît, voit et sent tout, et sa prudente sagesse égale la sagacité de

son intelligence. Les signes qui caractérisent la lucidité et la diflFérentie de la transmission He pensées, quoique très-nombreux, sont tellement particuliers, qu'il suffit de les énumérer pour qu'ils restent gravés dans la mémoire. Le premier caractère de la lucidité est de permettre aux sujets magnétisés de voir distinctement, les yeux fermés et même bandés, les objets qui leur sont présentés, avecTépigastreou l'extrémité -des doigts. Le second, consiste à pénétrer les corps les plus opaques, à voir ce que contient une boîte fermée, à lire dans un livre non coupé qui leur est totalement inconnu, la page qu'on leur désigne, d'apercevoir les objets à travers un meuble ou un mur, comme si les parois de la muraille et du meuble étaient pour eux devenues transparentes comme une feuille de verre ; à se rendre en esprit dans tous les pays du monde, pour y entrer en pommunion avec les individus avec lesquels on les a mis en rapport, en sorte qu'ils peuvent en donner des nouvelles.

La lucidité a pour caractère la faculté que nous venons d'énumérer. Il est certain qu'avec d'aussi puissants moyens de se renseigner, le somnambule doit jouir d'une intelligence et d'une science aussi profonde que supérieure. Avant d'employer un som-

nambule à l'étude des questions philosophiques, il est prudent de savoir s'il possède dans son sommeil les facultés qui sont les caractères auxquels on re*connaît la lucidité, sans cela il sera à craindre qu'à la place d'un voyant doué d'intuition et d'inspiration, on ne se serve tout simplement d'un rêveur, qui débitera complaisamment les folies de son imagination.

Il est certain que l'âme, dan^ le somnambulisme, étant imparfaitement dégagée de l'enveloppe terrestre qui la recouvre, il y aura toujours infiltration de l'individualité qui distingue le somnambule dans l'état de veille, et jusque dans ses réponses l'on sentira la nature, le caractère et l'esprit du sujet, qui n'est pas tout à fait noyé dans le sommeil magnétique, la personnalité intellectuelle et morale qu'il a dans les habitudes de sa vie et qu'il reprend tout entière à l'instant de son réveil magnétique.

Je ne puis m'empêcher de mettre au nombre des facultés qui caractérisent le somnambulisme lucide, non-seulement la vision de ce qui est, mais encore celle de ce qui a été et qui sera. Seulement la lucidité, si sujette à l'erreur dans toutes ses manifestations, semble,^ pour s'élancer dans l'avenir, perdre encore de sa constance. Aussi bien que j'ai

plusieurs faits qui annoncent la possibilité de la vue dans l'avenir, je crois qu'il serait excessivement dangereux d'attacher une trop haute importance à la parole d'un somnambule, sur un fait futur, car trèssouvent l'événement ne vient pas confirmer l'affirmation du somnambule, et la déception est d'autant plus vive que l'espérance a été plus forte.

Dans l'état actuel de la société, le somnambulisme non-seulement n'a pas de place assignée, mais encore est proscrit. Le jour où ses phénomènes seront publiquement reconnus, sa mission et son rôle sont très-faciles à prévoir. On ne transformera pas les somnambules en oracles chargés de prophétiser l'avenir, mais on rendra le plus publiques possible les expériences de lucidité, et la philosophie, dépouillée de ses préjugés, expliquera l'homme, le monde et toutes les grandes vérités qu'elle a le devoir de faire connaître aux hommes. Mais, pour rendre ces vérités visibles et intelligibles, elle les démontrera par les expériences de lucidité somnambulique, qui sont bien réellement des expériences de métaphysique amusante.

Le somnambule, cet être frêle, délicat, nerveux, au lieu d'être plus ou moins repoussé comme un être en dehors des idées reçues, sera considéré et estimé

de tous; on le consultera dans les maladies où la science se trouve hésitante et embarrassée ; on aura recours à sa lucidité dans toutes les circonstances diJBciles de la vie : il sera docteur, conseil et philosophe. Mais pour que les somnambules parviennent à triompher des intérêts et des préjugés coalisés contre eux, et qui les repoussent avec haine et acharnement, il faut qu'ils séduisent tous les esprits par la réalité miraculeuse de phénomènes publiquement opérés en état de lucidité.

Ce livre est plus avancé que tous les livres qui ont paru sur cette matière. Le plus grand nombre des idées qui y sont contenues n'ont jamais encore été formulées. Les magnétiseurs, adonnés à l'étud^e de cette science par amour de l'art, lui seront éminemment sympathiques; ceux, au contraire, qui ne s'y livrent que dans un but d'intérêt pécuniaire, seront singulièrement furieux de ce que nous avons rendu leur métier difficile, en donnant avec vérité, loyauté et franchise, les caractères auxquels on reconnaît la lucidité somnambulique; d'autres se croiront désignés en lisant les procédés coupables des charlatans dont j'ai flétri l'indélicatesse.

Dans tous les faits que je vais citer, j'ai observé la plus scrupuleuse délicatesse. Je me suis appliqué

à en avoir au moins un, conune démonstration de chacune des vérités contenues dans la partie théorique de ce volume. J'ai apporté un grand soin à ce que les témoins des faits que je relate soient nonseulement des hommes d'une intelligence distinguée, mais que les expériences dont ils ont été les témoins offrent comme récit un intérêt digne de plaire et de charmer l'attention du public. J'aurais, il est vrai, pu en produire un bien plus grand nombre, mais j'ai tenu à ne pas donner des expériences qui pussent avoir dû leur brillante réussite au hasard.

FAITS MIRACULEUX DE LUQDITE SOMIIAIIBUUQUE.

Bien n*est brutalement concluant comme un fait.

Broussais.

II y a quelques années, Madame Celleron, épouse du propriétaire des Villes de France, rue Vivienne , perdit sa montre à Neuilly . Présumant qu'elle pouvait l'avoir laissée dans la voiture qui l'y avait conduite, elle se rendit chez Alexis pour avoir quelques renseignements sur le cocher de cette voiture ; mais dès qu'élis fut en rapport avec le somnambule , celui-ci lui dit que sa montre avait été trouvée par un militaire... Attendez, ajouta-t-il, que je lise quel numéro est sur son shako. . . c'est 57, ce soldat est en garnison à Courbevoie et se nomme Vincent. Comme on le pense. Madame Collerçn se hâta d'aller à Courbevoie, et s'adressa à M. Othenin, qui faisait les

fonctions de chef de bataillon ; celui-ci ordonna une inspection générale de l'équipement. Au même moment, un soldat sortit des rangs et vint présenter la montre qu'il avait trouvée près du pont de NeuiUy^ ajoutant que son service l'avait empêché de faire les démarches nécessaires, pour retrouver le propriétaire ; sur l'interpellation de l'officier, il répondit se nommer Vincent!

En février 1850, une dame anglaise, ancienne élève du célèbre pianiste Chopin, le sachant malade et soupçonnant qu'il était dans un embarras financier, lui avait envoyé, par la poste, une banknote de 250 fr. Quelques mois après , étant venue à Paris, elle s'empressa de rendre Visite à son illustre maître, et lui demanda si la lettre et la somme lui étaient parvenues. Sur la réponse négative de l'artiste, cette dame se rendit, accompagnée du comte de Grisimolâ, chez Alexis qui lui dit que la lettre et l'effet se trouvaient au domicile de la portière de M. Chopin, dans le tiroir de la commode qu'il indiqua. On s'empressa de s'assurer du fait qui fut reconnu exact. Cette lettre avait été reçue , en l'absence de la portière , par une ouvrière qui l'avait placée dans le tiroir et qui avait oublié de le dire h cette dernière.

Il y a quelques mois, une marchande de modes de la rue Neuve-des-Mathurins , n® 5, ayant perdu un chien de prix auquel elle tenait beaucoup, vint chez Alexis pour savoir s'il ne pourrait la mettre sur les traces de l'animal. Alexis engagea cette dame à aller de suite à l'embarcadère du chemin de fer de Saint-Germain, où elle retrouverait son chien qu'un individu allait y vendre. Elle se rendit au lieu indiqué, et ne voyant rien de ce qu'elle cherchait, elle revint chez Alexis pour se plaindre du faux renseignement qu'il lui avait donné ; vous avez raison , Madame , diWl , je me suis trop hâté , j'ai annoncé comme se passant en ce moment même, un fait qui va s'accomplir dans peu d'instants; retournez d'où vous venez , et votre démarche sera couronnée de succès. Cette fois, Alexis avait été parfaitement servi par sa clairvoyance ; sa pensée avait été* plus prompte que la démarche du vendeur.

PHÉNOMÈltES DE SECONDE VUE. '

Le fils de M. Prélat, armurier, rue Saint-Honoré, devait subir une amputation reconnue nécessaire, indispensable^ par tous les docteurs consultés, au sujet d'une tumeur à un genou; tout était prêt pour

l'opération avec M. le docteur Velpeau, quand madame Prélat, en désespoir de cause, vint consulter Alexis, qui non-seulement s'opposa de toute son énergie à l'opération, mais encore guérit l'enfant, qui lui doit la conservation de tous ses membres.

Dans le courant de l'année 1847, M. Marcillet et Alexis étaient demandés à Versailles pour y donner des séances somnambuliques devant un nombreux auditoire.

Un jour donc, jour d'aflBluence, ils eurent la faveur de compter au nombre des assistants M. Bataille, docteur aussi savant que modeste, qui remit luimême à Alexis un paquet cacheté, le priant de dire ce qu'il contenait.

— Une lettre de votre fils, répond Alexis.

— C'est vrai.

— Voulez-vous que je vous donne la description de son appartement à... à GranviUe?

— J'en serais ravi.

— Attendez; j-ai quelque chose de plus important à vous dire au sujet de votre fils !..

— De quoi s'agit-il donc ?

— Il s'agit... il s'agit., que votre fils est trèsmalade en ce moment.

— C'est étrange I s'écria le docteur, la lettre que

VOUS avez entre les mains est écrite par lui, il y a à peine quatre jours, et à cette époque sa santé était parfaite.

— Demain vous recevrez une autre lettre qui vous dira le contraire; votre fils est au lit et je vous conseille même de partir pour Granville aussitôt que vous aurez reçu cette lettre ; coionaissant seul le tempérament de votre enfant, il pourrait succomber s'il n'est traité par vous.

Le lendemain, la lettre annoncée par Alexis arriva ; ... le docteur Bataille partit pour Granville, et ce ne fut qu'après quinze jours partagés entre les craintes les plus fondées et les soins les plus assidus, que son fils fut rendu à la santé.

— Qui ne se souvient d'avoir lu dans les journaux, l'année dernière, le récit de la disparition mystérieuse d'une petite fille appartenant à une mercière de la rue Saint -Georges? On se figure, sans peine, les angoisses de cette pauvre mère, implorant vainement le retour de son enfant. Après les plus actives recherches et des démarches réitérées sans succès des autorités, cette pauvre femme vint trouver M. Marcillet, et lui raconta, en sanglotant, les motifs de ses chagrins; sa douleur était si vive, qu'il était impossible d'apaiser son émotion ; et, pour

comble d'infortune, Alexis était absent; la remettre au lendemain, eût été de la barbarie!... Dans cette alternative, M. Marcillet, qui est l'homme de Tinitiartive avant tout, lui proposa de l'endormir elle-même. Ce qu'elle accepta. Il fut assez heureux pour obtenir des résultats somnambuliques au bout d'un quart d'heure.

Les sensations qu'éprouvait cette pauvre femme, dans cet état si nouveau pour elle, seraient difficiles à décrire, mais rien ne saurait rendre l'extase et le ravissement qui brillaient sur ses traits ; elle agitait convulsivement les bras et semblait presser un objet contre sa poitrine.. . elle le couvrait mentalement de baisers, et tout son être paraissait dominé par l'influence d'un bonheur sans mélange! Tout k coup elle s'écria :

— Je la tiens ! C'est elle ! c'est ma fille !.. . Elle n'a manqué de rien depuis son absence!

Voulant profiter de cette heureuse disposition, M. Marcillet l'in'terrompit pour lui faire désigner le lieu où se trouvait sa fille :

— Oh! laissez-moi la serrer contre mon cœur, .. On me l'enlèverait sans doute encore, si je m'en séparais !. ..

M. Marcillet comprit que la singularité de sa po-

sîtîon l'empêchait d'en dire davantage. La fatigue l'avait épuisée ; ce n'est pas d'ailleurs d'un seul coup que se révèlent ordinairement les facultés somnambuliques ; ces heureuses dispositions arrivent lentement et par gradation, et c'est avec les ménagements les plus scrupuleux que l'on doit procéder. . . Force fut donc de réveiller cette pauvre mère, lui annonçant que ce ne serait qu'après plusieurs magnétisations que l'on réussirait.

Le lendemain, il l'endormit de nouveau ; ses idées étaient plus claires, mais elle ne put encore préciser. Alexis survint et fit le reste.

— Dans cinq jours, lui dit-il, votre fille vous sera rendue... et la fin du cinquième jour n'était pas expirée que son enfant, cause involontaire de ses poignantes douleurs, lui était ramenée I

Le chef de la gare du chemin de fer de Paris au Havre, M. Sabine, avait fait toutes les recherches Imaginables sur la ligne desservie par ses soins, pour retrouver un article qui avait manqué à un voyageur, à son arrivée au Havre. Ne sachant plus que faire, il vint consulter Alexis.

— C'est pour un panier perdu que vous venez me voir, lui dit Alexis, ce panier contient des petits animaux vivants.

— C'est vrai...

— Le voyageur à qui ce panier appartient en avait un autre semblable. « .

— C'est encore vrai...

— Ce sont des sangsues qu'il contient...

— Vous avez raison. ..

— Le propriétaire réclame, pour cette perte, près de deux mille francs, et votre administration est sur le point de payer cette somme; mais pa— tience, nous allons retrouver ce panier, car je le vois à Rouen.... sous le grand hangar.... en entrant... à droite... le long du mur... sous la première fenêtre...

— Mais cela me semble impossible, répliqua M. Sabine; les hangars et magasins ont été minutieusement visités dans cette ville, et le panier ne ^ s'y est pas trouvé.

— Ce n'est pas étonnant, dit Alexis, en voici la cause : à l'arrivée du convoi à Rouen, il a été placé, par erreur, sur une des voitures jconduisant les bagages des voyageurs... et le conducteur de l'omnibus sur lequel était ce colis, fut fort étonné de le retrouver après avoir fait la livraison des bagages. Craignant une réprimande de la part de ses chefs, il le déposa provisoirement dans une écurie. .. et hier.

seulement, il trouva le moyen de le placer à l'endroit que je viens de vous indiquer,

Bien que M. Sabine doutât de la narration d'Alexis, pour l'acquit de sa conscience il partit immé- '

I diatement pour Kouen, et trouva le panier à la place

: même qu'Arexis lui avait désignée !. . .

Faut-il raconter maintenant la singulière histoire arrivée l'année dernière à madame Lambert, attachée au service de M. le comte de Talleyrand. Cette femme se préparait pour quitter la campagne

[ de Vemeuil, et rentrer avec son maître à Paris,

\ lorsqu'elle eut la malheureuse idée de placer un sac contenant 1,040 fr. sous le traversin de son lit, deux heures avant son départ. Au moment de se mettre en route, qu'on juge de son désappointement en ne ^retrouvant plus son sac I . . . Arrivée à Paris quelqu'un lui conseilla de venir consulter Alexis, ce qu'elle fit. — Votre sac vous a été effectivement volé, dit Alexis, mais le voleur va être bien attrapé! il doit attendre une quinzaine de jours pour retirer l'argent du lieu où je vois qu'il vient de le cacher, attendant que le premier moment de votre réclamatioa soit un peu amorti ! 1 1 Partez donc immédiatement et cherchez dans un placard.. . qui se trouve dans une petite chambre située au-dessus de la sellerie. . . sous

les débris d'une glace cassée... C'est en cet endroit que vous retrouverez votre sac !.. .

Madame Lambert étant partie pour Verneuil, non saïis avoir eu à essuyer le rire moqueur de M. le comte de Talleyrand, qui avait ajouté peu de foi aux renseignements d'Alexis; mais que l'on juge de sa stupéfaction lorsque, le lendemain, il la vit rentrer à l'hôtel, tenant à la main son sac qu'elle retrouva au lieu même qu'Alexis lui avait désigné !...

Un fait aussi singulier est arrivé également à madame Lallemand, 24, rue des Jeûneurs, qui eut avec Alexis le colloque suivant :

• — Pourriest-vous me dire, Alexis, ce qui m'amène auprès de vous?

— Vous venez. Madame, pour savoir ce qu'est devenu un paquet de broderies disparu de chez vous et dont la valeur dépasse 1,800 fr.

— Précisément.

— Vous êtes bien heureuse, car la personne qui l'a dérobé, craignant d'être découverte en le vendant ou en l'engageant au Mont-de-Piété, vient de le •remettre dans le carton où il était primitivement, depuis que vous êtes ici... Rentrez dans votre domicile de suite et vous allez le retrouver.. .

Une demi-heure ne s'était pas écoulée, que ma-

dame Lallemand était de retour chez M. Marcillet et lui présentait le paquet de broderies, qu'elle retrouva, comme Alexis l'avait annoncé.

Voici des faits qui sont destinés à démontrer la réalité de la communion des vivants et des morts :

Il y a neuf ans environ, le duc de Montpensier fit prier M. Marcillet de conduire Alexis chez la reine Christine, sa belle-mère.

« Pourrîez-vous me suivre par la pensée? demanda le prince à Alexis.

— Je vous suis... Je me trouve en ce moment dans un appartement que vous avez habité... c'est sur une hauteur. . . au-dessous de moi j'aperçois une ville... plus loin, une grande rivière... de l'autre côté, une montagne; et derrière, bien loin... au fond. . . les pyramides d'Egypte. . , C'est au Caire que vous m'avez conduit.

— C'est prodigieux! Tout ce que vous m'avez dit est de la plus exacte vérité. Écoutez ! j'ai placé dans le coffret qui est là, près de vous, et dont la clef est dans ma poche, un objet dont seul je connais

la nature. Pouvez-vous me dire quel est cet objet?

— Très-facilement!... L'objet est rond... il est rouge! C'est... un œuf en sucre. Il renferme luimême d'autres petits objets, également sucrés.

— Voilà ce que j'ignorais.

— Ces petits objets sont... des bonbons anisés. » On brisa l'œuf, et il en sortit les bonbons annoncés , qui furent croqués et trouvés parfaitement sucrés, pour le plus grand triomphe du magnétisme.

La reine Christine, que l'expérience précédente avait ébranlée, mais non convaincue, voulut à son tour interroger le somnambule ; elle conduisit Alexis à Madrid, et Alexis, après avoir décrit l'intérieur des appartements, la forme et l'emplacement des meubles, détailla ce que renfermait une cassette en bois de rose, qui avait été longtemps à l'usage de la régente.

Le bruit de ces choses merveilleuses vint aux oreilles de Narvaez, qui, lui aussi, fit venir Alexis et M. Marcillet. Le général, bien qu'esprit fort, se contenta de faire lire Alexis dans quelques livres complètement fermés, et dans d'autres qui se trouvaient ouverts sur des meubles éloignés du somnambule. Mais il se garda bien de le consulter sur les affaires de la Péninsule.

Le docteur Fouquier se trouvait présent à cette séance.

« Alexis, dit le docteur, pouvez-vous vous transporter mentalement dans le cabinet où je me transporte moi-même par la pensée en ce moment?

— J'y suis... attendez un moment... Bien! m'y voilà tout à fait. Vous désirez que j'aille prendre un portefeuille...

— Oui...

— Qui est dans votre secrétaire?

— Précisément.

— Puis que je regarde un portrait qui s'y trouve?

— C'est cela même.

— Je vois ce portrait. . . c'est un pastel. . . fait depuis environ quinze ans ; il représente une femme. . Cette dame a pris de l'embonpoint depuis l'époque où elle a été peinte. . . Mais elle est ici! je vais vous la présenter. »

Alexis, prenant la main de toutes les dames, présenta et nomma madame de Ménars, qui était bien la personne dont le pastel avait reproduit les traits il y a quinze ans.

« Puisque vous avez été si clairvoyant, dit madame de Ménars émerveillée et ne doutant plus de la puissance extraordinaire de pérégrination men-

taie d'Alexis, pourriez-vous aller chez moi et me décrire un objet qui m'est très-précieux?

— Oui, Madame, c'est une croix en or... Cette croix vient de votre mère, qui la tenait elle-même de sa mère. . . Il y a bien longtemps que cette relique se transmet ainsi dans votre famille. . quatre générations. La première personne qui l'a possédée la tenait d'un grand personnage mort assassiné il y a plus de deux cents ans.

— Pourriez-vous nommer ce personnage?

— Je le crois... c'est... c'est... »

Ici le somnambule prit un crayon et écrivit ; Henri IV.

La croix avait effectivement été donnée par le Béarnais à une des ancêtres de madame de Ménars.

Madame la comtesse de Modène voulut à son tour consulter le sujet, qui commençait à rendre trèssérieux les sceptiques railleurs venus dans l'intention de faire des gorges chaudes.

« Alexis, demanda-t-elle, que contient cette boîte que j'ai à la main?

— Des cheveux.

— De quelle couleur?

— Des cheveux blonds.... Ils viennent d'une femme...

— OÙ est cette femme?

— Elle n'est pjus sur terre. . . depuis longtemps. . . bien longtemps.

— Pourriez-vous nous dire son nom?

— Oui. C'est... Agnès Sorel. »

Le procès-verbal constatant l'identité de cette mèche de cheveux était déposé dans le double fond de la boîte qui les renfermait.

A quelques jours de là, M. le comte de Broyés, qui se trouvait à une séance d'Alexis, lui demanda ce qu'il tenait renfermé dans sa main.

« C'est un linge ensanglanté, répondît Alexis.

— D'où provient ce sang?

— D'un grand personnage assassiné il y a plus de vingt-cinq ans. . . C'est le sang du duc de Berry. »

Le comte de Broyés resta confondu. Il était gardedu-corpslors.de l'assassinat du duc de Berry, et, se trouvant de service le jour de la mort du prince, il avait ramassé auprès du lit de l'agonisant une bandelette sanglante, qu'il avait précieusement conservée.

M. Séguier fils, qui, en sa qualité de profès èssciences exactes, donne difficilement dans le merveilleux, ne prenant pas pour articles de foi tout ce

que les sectateurs timides de Mesmer se racontaient tout bas, n'osant le raconter tout haut de peur d'être claquemurés à Charenton, M. Séguier fils se rendit incognito chez Alexis.

« Où étais-je de midi à deux heures? demandat-il.

— Dans votre cabinet... Il est très-encombré de papiers... de rouleaux... de dessins... de petites machines... Il y a une jolie sonnette sur votre bureau.

— Vous vous trompez, je n'ai pas de sonnette.

— Je ne me trompe pas, vous en avez une...

Je la vois... à la gauche de Técritoire... sur le bureau.

— Parbleu ! je veux en avoir le cœur net. »

M. Séguier courut chez lui, et trouva sur son bureau une sonnette que madame Séguier y avait déposée dans l'après-midi.

Enfin, M. le comte de Saint-Aulaire, un diplomate, doit être classé, lui aussi, parmi les adeptes d'Alexis. Après avoir longtemps traité le magnétisme de billevesées, le noble comte a fini par donner la réplique aux magnétiseurs. Il avait écrit, avant l'arrivée d'Alexis, quatre mots sur une feuille de papier et renfermé cette feuille dans une épaisse

enveloppe solidement et diplomatiquement cachetée et scellée.

« Qu'est-ce qu'il y a sous ce pli, Alexis? demanda l'ambassadeur.

— H y a un papier ployé en quatre.

— Et sur ce papier?

— Une demi-ligne d'écriture.

— Pouvez-vous la lire?

— Certainement. Et, quand je l'aurai lue, vous vous rétracterez de ce que vous avez écrit.

— Je ne crois pas.

— J'en suis sûr.

— Si vous y parvenez, je vous promets de croire désormais tout ce que vous voudrez.

— Alors, croyez dès à présent, car vous avez écrit : Je ne crois pas. »

Cette série de faits que nous allons donner, rentre dans les phénomènes opérés par la vue à distance.

M. Ferrand, marchand quincaillier à Antibes, ayant trouvé dernièrement dans sa propriété une

pièce de monnaie en arguent frappée du temps des Romains, l'envoya à ses correspondants de Paris, MM. Deneux et Gronnot aîné, commissionnaires en quincaillerie, 18, rue du Grand-Chantier, en les priant d'aller avec cette pièce chez le magnétiseur Marcillet pour consulter Alexis à ce sujet. Ce dernier, une fois passé à l'état somnambulique, leur dit qu'il voyait chez M. Ferrand, à Antibes, une petite urne enfouie dans quelques pieds en terre.. . . renfermant une assez grande quantité de ces mêmes

pièces mais qu'il lui faudrait le plan de la pro-^

priété, afin de mieux désigner le lieu où ce petit trésor avait été enterré. Le plan ayant été envoyé par M. Ferrand à ses correspondants, puis communiqué ensuite par eux à Alexis, il leur indiqua, en faisant une marque au crayon, l'endroit où l'on devait creuser. Les instructions du somnambule ayant

été suivies, l'urne indiquée par lui fut trouvée

Elle contenait trois kilogrammes cinq cents grammes de pièces de monnaie en argent semblables à celle qui lui avait été remise précédemment.

Voici un nouveau fait de clairvoyance magnétique, accompagné de circonstances remarquables.

M"»« D..., propriétaire, 15, rue de Grammoût, se rendit dernièrement chez le magnétiseur Marcillet,

accompagnée 'de sa concierge, pour y consulter Alexis. Le rapport magnétique établi, le somnambule dit aussitôt à cette dernière qu'elle venait pour savoir ce qu'était devenue une somme de 1,000

i francs lui manquant, à la suite de divers paiements faits par ordre de sa propriétaire ; ce qui était vrai. Alexis, se tournant alors du côté de M™« D. . . , « Et vous. Madame, lui dit-il, vous pensez que cet argent a pu être dérobé par les parents de votre concierge qui ont logé chez elle, ces jours derniers. Dé-

l trompez-vous, ce sont de braves gens.

— En ce cas, répondit W^ D..., comment se fait-il que ces 1,000 francs ne se trouvent plus?

— Cette somme devait faire partie d'un groupe de 40,000 francs en or, répliqua Alexis. Ce fut un banquier dé Turin, nommé Caccîa, qui l'adressa d'abord à un prêtre de vos amis, et vous teniez cette somme de ce dernier, qui vous pria d'en faire faire la répartition aux personnes qu'il vous indiquait.

I Vous avez écrit au banquier de Turin, relativement à cette somme; mais la réponse qui vous* a été faite n'a pas été favorable, le caissier n'ayant pas fait de vérification suffisante.

Il faut lui écrire de nouveau; dites-lui que j'affirme que les 1,000 francs, faisant l'objet de votre

— lOB —

réclamation, ont été envoyés en moins par sa maison... qu'il peut s'en assurer immédiatement en faisant faire une sérieuse vérification de sa caisse et de ses livres. »

M™« D suivit les instructions d'Alexis dans

la nouvelle lettre qu'elle écrivit à M. Caccia, et teçut bientôt de ce dernier, non-seulement les 1 ,000 francs, retrouvés à sa caisse, mais encore une lettre d'excuses pour l'erreur commise dans ses bureaux.

Il y a trois ans, un changeur du quartier Vendôme, après avoir escompté des valeurs assez considérables à un monsieur aux manières aristocratiques, s'aperçut, après son départ, qu'il lui avait rendu en plus la somme de 400 francs. Comme on dut le penser, cette erreur n'était pas faite pour l'occuper agréablement, et, pendant qu'il songeait aux moyens à employer pour découvrir ce débiteur improvisé si subitement, il remarqua sur son comptoir le papier ayant servi d'enveloppe aux fonds reçus en échange des siens ; sur ce papier se trouvait un fragment de cachet qui, par sa forme, lui parut appartenir à un étranger; dès lors, il visita toutes les ambassades dans l'espoir d'en retrouver le propriétaire; mais toutes ses recherches ayant

été infructueuses, il rentra chez lui entièrement découragé.

La dame du changeur, de son côté, avait réfléchi aussi, et, comme en plusieurs circonstances, elle avait employé avec succès la clairvoyance du somnambule Alexis, elle se rendit chez son magnéti-^ seur, M. Marcillet, emportant avec elle la seule ancre de salut leur restant, le bienheureux chiflfbn de papier» Alexis, une fois passé dans l'état somnabulique, porta à son front, puis à son épigastre, le singulier talisman qu'elle lui remit, et s'exprima ainsi :

« Ce papier me met en communication avec un homme grand. . . ayant de fortes moustaches. . . il est Russe... de plus, est attaché à la personne de l'empereur, en qualité d'aide de camp... Tiens, je vois sa demeure à Paris ; en se plaçant sur la place de la Madeleine, derrière l'Eglise, à gauche, on l'aperçoit... » — J'en sais assez, Alexis, répondit la dame du changeur, et elle partit.

Rentrée chez elle, son mari s'occupait d'escompte, justement avec un employé de l'ambassade de Russie ; elle leur raconta.les révélations du somnambule; ils s'en amusèrent beaucoup et la plaisantèrent également sur sa crédulité; néanmoins

— liO —

remployé de rambassade, connaissant en partie Fadresse des Russes domiciliés à Paris, oflFrit son concours au changeur pour l'aider à retrouver rhomme si ardemmeprt désiré.

S'étant alors rendus à l'ambassade de Russie, ils apprirent qu'un aide de camp de l'empereur, M. le

comte de B était en ce moment à Paris, et qu'il

habitait le n<» 35 de la rue de la Madeleine; s'y transportant aussitôt, ils remarquèrent que la maison portant ce numéro se trouvait justement en face de la rue Chauvea\i-Lagarde, qui aboutit à la place de la Madeleine; ils pensèrent plus sérieusement alors aux paroles d'Alexis, en voyant que de cette place on apercevait parfaitement l'habitation de l'aide de camp.

Le changeur monta donc chez lui; mais, ô déception 1 il ne le reconnut pas pour celui qu'il chercnait avec tant de sollicitude. . . lorsque M. le comte

de B lui dit à son tour : « Moi, je vous connais

bien ; vous êtes le changeur chez lequel je fus ce matin. » Puis, au même instant, s'approchant de lui en souriant, il retira de dessus sa tête une énorme perruque de chambre que bien des Russes ont l'habitude de porter.

Le changeur resta stupéfait, en se trouvant face

à face avec son débiteur! L'affaire fat bientôt expliquée, «t, comme le noble étranger n'avait pas encore touché à son argent, ils le comptèrent ensem-» ble. La somme de 400 francs s'y étant effectivement trouvée en trop, elle fut remise immédiatement au changeur.

Les journaux rapportaient, il y a quelque temps, qu'un ouvrier, en traversant le passage Jouffroy, avait trouvé une somme importante en billets do banque, etc., etc.

Nous allons donner à nos lecteurs le détail de cette aventure singulière, où le somnambulisme n'est pas étranger.

M. lecomtedeVilla-Franca est un partisanzélédii somnambulisme; aussi, dans ses moments de loisir, vient-il visiter Alexis. Dernièrement, s'étant donc rendu auprès de ce somnambule, après avoir f^t arrêter le remise qui le conduit habituellement en face du passage Jouffroy, du côté du boulevard, il prit ce passage pour se rendre chez le magnétiseur d'Alexis ; arrivé au domicile de ce dernier, il s'aperçut qu'il avait perdu une somme de 900 francs en neuf billets de banque de 100 francs chacun, et raconta cette particularité à M. Marcillet, qui lui fit espérer qu'Alexis les lui retrouverait. Après avoir

pris la consultation pour laquelle il était venu, M. le comte de Villa-Franca dit à Alexis : « Si vous n'êtes pas trop fatigué, dites-moi donc si je pourrais retrouver les 900 francs que j'ai perdus, dans le trajet de la rue de la Paix ici, à la suite de divers achats que j'ai faits en route.

— Rien ne vous sera plus facile, lui répondit Alexis ; vous n'aurez qu'à dire à votre cocher, que vous avez perdu 900 francs en billets de banque^ et aussitôt il vous les fera retrouver. »

M. le comte de Villa-Franca fut assez intrigué de la réponse toute singulière et laconique d'Alexis, et regagna sa voiture, étrangement surpris de trouver à la place de son cocher un individu qu'il ne connaissait pas. Cette circonstance lui suggéra bientôt des pensées peu en harmonie avec les paroles d'Alexis, malgré sa foi robuste dans le somnambulisme. Interrogeant aussitôt cet homme, ce dernier lui apprit, qu'étant de la même maison que son cocher, il passait en cet endroit, lorsque son camarade le pria de conduire sa voiture le reste de la journée, ayant quelques affaires à terminer en ville. Ce ne fiit pas sans anxiété que M. le comte de Villa- Franca attendit la fin du jour pour rejoindre son cocher, que, par fatalité eucore, il ne put retrouver

que le lendemain matin à son écurie, occupé à panser ses chevaux, pour le conduire, comme de coutume. L'ayant abordé en "suivant les instructions d'Alexis, son cocher lui répondit ; « Comment, monsieur le comte, c'est vous qui avez perdu hier 900 francs en billets de banque? — Mais oui, mon ami. — En ce cas, venez avec moi, et je vais vous les faire rendre. »

Ce qui s'était passé, le voici : le cocher, après s'être fait remplacer", avait traversé le passage Jouffroy, comme venait de le faire son maître, et avait été témoin de la scène asse^ curieuse que nous allons raconter. «

• M. Morel, horloger, demeurant au n<> 9, dans ce même passage, ayant remarqué qu'un monsieur assez bien mis tenait un billet Se banque, qu'il regardait attentivement et comme surpris de l'avoir en sa possession, s'approcha aussitôt de lui, et lui dit ; a Ce n'est pas à vous ce billet? — Ma foi non répondit cette personne ; je viens de le ramasser à quelques pas d'ici. » Ce dernier, pensant alors, au ton d'assurance de M. Morel, qu'il en était le propriétaire, le lui remit aussitôt et disparut. Au même instant, M. Morel se souvint qu'il venait de voir passer un homme qui lui avait paru être un ouvrier,

' tenant également une poignée de billets semblables à celui qui venait de lui rester si singulièrement ; il courut après lui, et l'atteignit sur le boulevard. Lui ayant adressé la même question, même réponse lui fut faite ; seulement l'ouvrier ajouta : « Je ne sais pas lire et je ne sais pas ce que j'ai trouvé. » M. Morel, lui ayant appris qu'il avait en mains huit billets de 100 fr. chacun, ill'engagea à venir avec lui chez le conunissaire de police du quartier de la Bourse, afin d'y porter les 900 fr., pour que ce magistrat pût faire les démarches nécessaires afin de retrouver le propriétaire de cette somme.

On devine le reste; le cocher, instruit de cette particularité, conduisit M. le comte de Villa-Franca chez M. Morel, où bientôt tout fut expli/jué. On se rendit ensuite chez le commissaire de police qui restitua les 900 francs à qui de droit, et M. le comte de Villa-Franca, plus fervent apôlre du somnambulisme que jamais, ne cesse de répéter à qui veut l'entendre qu'Alexis lui avait dit vrai I

Nous extrayons ce fait du spirituel ouvragée d« M. de Mériclet, intitulé : La Bourse^ dont les éditions s'épuisent avec une prodigieuse rapidité ;

Dans le vaudeville de la Vie en rose, le comte de Presles s'écrie : « Le doute est le commencement de la sagesse. Ceci n'est pas de moi. C'est d'Aristote. » A propos de somnambulisme, il y a quelque chose de vrai à croire, mais il est prudent de suivre le système du comte de Presles et de mettre en doute sa vertu magique : ne pas le rejeter tout à fait, mais ne pas avoir en lui une trop grande confiance. Qu'il me soit permis, à ce sujet, de raconter une histoire simple et vraie, bien connue des gens de Bourse.

M. le marquis de C** mourut en 1852 ; il laissa sa veuve héritière d'une belle fortune. M™® la marquise était une femme du monde ; elle recevait un jour de la semaine, le jeudi; elle donnait un dîner de douze couverts et le soir grande réception Elle m'écrivit un jour un petit billet pour me prier de passer chez elle, le jeudi à huit heures du soir. J'arrivai à l'heure indiquée; les appartements étaient splendides de lumières ; on se levait de table, les convives entraient au salon; j'ignorais cette réunion. J'allais me retirer, lorsqu'elle vint me prendre par

la main et me conduisit dans son boudoir. Là, elle me dit: a Mon cher monsieur, permettez-moi de vous expliquer en deux mots ma position. Mon mari m'a laissé en mourant toute sa fortune, qui s'élevait à 700,000 fr. ; elle était en rentes sur l'État, en actions de la Banque de France et du chemin de fer d'Orléans. Je l'ai si maladroitement administrée que j'éprouve des craintes mortelles sur ma situation. On m'a dit que vous étiez un homme de bon conseil et très-capable ; ayez donc la bonté de me répondre sincèrement ce que j'ai à craindre ou à espérer. » Je lui dis qu'elle pouvait compter sur la plus entière franchise de ma part. Elle continua :

« J'ai de nombreux amis dans les salons de Paris, j'ai cédé au souflle de l'influence, prêté l'oreille à de mauvais conseils. Dans l'intention de doubler mes revenus, j'ai vendu mes actions de la Banque et mes actions d'Orléans, et je les ai remplacées parles valeurs que voici. » Elle tira de son secrétaire un portefeuille et me montra une liasse énorme d'actions de toutes les couleurs, qu'elle avait achetées en remplacement de ses rentes. C'étaient des actions des Herserang'es, des filatures rouennaises, desMouzaïa, des glaces d'Aix, des caisses Leroy de Chabrol et une. foule d'autres actions qui, depuis l'acquisition,

avaient baissé de 50 à 70 p. 100. J'eus la patience de faire une estimation approximative de toutes ces actions, et je m'aperçus que cette fortune de 700,000 fr., aux prix actuels, produisait à peine 250,000 fr.Jé n'avais aucune raison de mettre beaucoup de ménagements à lui cacher la vérité. Je montrai mon addition, et lui dis : « C'est à peu de chose près le chiffre que vous pourrez obtenir. » Elle pâlit et parut en proie à une extrême émotion; «Mais, Monsieur, me répondit-elle, en conservant ces actions, j'ail'espoir que lorsque la paix sera faite elles reprendront leur ancienne valeur. — Du tout, Madame, la paix ne fera pas que ce qui e§t mauvais devienne bon Le plus sage est de vendre à tout prix et de rentrer immédiatement dans la rente et les actions de la Banque. — Alors, Monsieur, je suis ruinée ; ma maison est montée sur une dépense de 25,000 fr. ; je ne veux pas déroger, ou je vais être obligée de me retirer en province, et je vous avoue que la vie de province m'inspire une antipathie profonde. — Madame, vous me demandez un conseil, je vous le donne franchement; vous êtes libre d'en agir 'comme il vous plaira; le bon sens indique de vendre tout de suite ces actions qui peuvent encore se placer et d'acheter de la rente ou des actions de

la Banque ; en un mot, il faut assurer ce que vous possédez et ne pas le livrer aux éventualités de l'industrie. »

Elle se leva : « Voulez-vous avoir la bonté de venir me voir mardi prochain, à la même heure? — Volontiers, Madame. » Je me retirai en réfléchissant à tout ce qu'il y a de triste dans cette situation d'une femme en brillante toilette, les épaules nues, un bouquet de duchesse à la main, vous parlant de sa ruine le sourire sur les lèvres et avec cette exaltation fébrile qui vous oblige pour ainsi dire à la tromper.

Le mardi je fus au rendez-vous ; sa physionomie était radieuse; elle me fit asseoir et me dit : « Monsieur, je dois vous prévenir que je suis allée rendre visite au syndic des agents de change ; c'était un ami de mon mari ; je lui ai parlé dans les mêmes termes qu'à vous ; je lui ai soumis la même liste de mes actions; il a fait venir un de ses commis, et à quelques mille francs près, l'estimation de mes actions est celle que vous avez faîte vous-même. Cette situation est pour moi un péril extrême; j'ai quatre domestiques, deux chevaux, maison ouverte :'si je supprime une partie de ces dépenses, je suis déshonorée aux yeux de mes amis et du monde. Il faut

donc que je découvre un moyen de reconquérir Targent que j'ai perdu. Ce moyen, je l'ai trouvé. » Un léger sourire effleura mes lèvres. Je me rappelai tout bas la phrase du comte de Presles. « Et ce moyen, Madame? — Le voici I » Elle ouvrit un jolî petit porte-monnaie et me montra une mèche de cheveux gris enveloppée dans une feuille de papier rose tendre. J'ouvris de grands yeux ; elle referma la mèche de cheveux, replaça précieusement le porte-monnaie dans sa poche et me dit en me regardant avec une sorte de joie orgueilleuse : <c Ces cheveux. Monsieur, sont ceux, de M. de Rothschild ! Vous dire par quel moyen je me les suis procurés est inutile, mais ils sont véritablement de lui.-— Après, Madame? — Vous connaissez Alexis? — Sans doute 1 Eh bien I avec Alexis et cette mèche, de cheveux, demain je peux lire dans le carnet de M. de Rothschild, savoir quelles sont les opérations qu'il fera à la Bourse, et opérer dans ie même sens que lui. Pour cette opération il me faut un agent de change discret et dévoué, j'ai pensé à vous. Voilà 20,000 fr. que mon notaire m'a remis ; je vous les confie comme garantie de mes opérations, et un jour de cette semaine, mercredi, mon domestique vous remettra l'ordre de vendre ou d'acheter

30,000 fr. de rente 3 p. 100, selon que je le jugerai convenable. » Cette proposition me donna une certaine émbtion. Il est diflSlcile de dire à une femme dans une sorte d'exaltation : Je ne veux pas me prêter à une affaire ridicule, peut-être désastreuse, qui plus tard apparaîtra au grand jour et me fera passer pour complice d'une pareille sottise. Mais les femmes ont une logique pressante, passionnée ; il faut pour résister, une rudesse de caractère que je n'ai pas ; j'acceptai la proposition. Elle me remercia avec la plus vive émotion, tant elle était heureuse de savoir que l'expérience serait faite selon ses désirs.- Son domestique vint à la Bourse et s'informa du côté où il aurait la certitude de me voir pour me remettre ses ordres.

Les hommes de doute attribuent les effets du somnambulisme à l'imagination. On a tort : les effets du somnambulisme sont incontestables. Ils se sont produits sur des paysans, des nègres; dans toutes les parties du monde on a fait du somnambulisme. Il est certain que le somnambule voit sans se servir de ses yeux, devine un objet sans le toucher, et parle de choses qu'éveillé il ne connaît pas. Dans l'état de somnambulisme, les sens acquièrent un grand développement ; mais il y a loin de cette sur-

excitation des sens qui produit certains phénomènes à celle de deviner avec une mèche de cheveux Topération que devait faire M. de Rothschild.

J'étais en attendant Tordre de la marquise, lorsqu'au moment où la cloche de la Bourse retentissait pour annoncer Touverture du marché, le domestique arriva tout esoufflé et me remit une lettre ainsi conçue :

« Mon cher monsieur, — M. de Rothschild vend cf aujourd'hui deux mille actions du Nord ; vendez- « en mille pour mon compte à l'ouverture de la « Bourse. » Je me hâtai de faire passer Tordre; les mille actions furent bientôt vendues. A la fin de la Bourse, elles baissèrent de 10 fr. Je fus rendre compte à la marquise du succès de son opération, bien résolu à ne pas la continuer. Elle me répondit : «Ô'est une source inépuisable d'or et de bénéfices ; demain nous en ferons une nouvelle. — Demain, noni non! lui répondis-je, je ne consentirais pour rien au monde à la renouveler. Voyez un autre agent, ne comptez pas sur moi. — Chej monsieur, pourquoi cela? — Je ne veux pas être l'intermédiaire de semblables folies ; je ne peux pas croire ce qui est incroyable. Ces sortes d'affaires finissent

toujours mal Supposez-vous que si elles étaient sin-

cères, Alexis se contenterait des 50 fr. que vous lui donnez pour lire dans le carnet de M. de Rothschild? Vous avez réussi, vous pouvez réaliser 10 à 15,000 fr. de bénéfices ; acceptez-les et ne tentez plus ainsi la fortune. Quant à moi, je ne m'y prêterai pas, c'est mon dernier mot. » A la fin du mois elle reçut 15,000 fr. pour diflFérences : elle a dû les perdre chez un autre agent de change.

Toujours est-il qu'elle a gagné 15,000 fr., et que les apparences de la liquidation de quinzaine m'ont démontré qu'en 'effet une haute maison de banque avait vendu et livré une forte partie d'actions du chemin de fer du Nord.

Je vais donner une lettre adressée au marquis de Mirville, et imprimée dans un livre dans lequel il a eu le tort de ne pas établir de différence entre nos phénomènes et ceux de la sorcellerie diabolique :

« Monsieur, « Comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, je tenais à une seconde séance ; celle à. laquelle j'assistais hier chez MarciUet a été plus mervdlleuse encore que la première, et ne me laisse plus aucun doute sur

la lucidité d'Alexis. Je me rendis à cette séance , avec Tarrière-pensée de bien surveiller la partie d'écarté qui m'avait tant étonné. Je pris cette fois de bien plus grandes précautions encore qu'à la première ; car, me méfiant de moi-même, je me fis accompagner d'un de mes amis , dont le caractère calme pouvait apprécier froidement et établir une sorte d'équilibre dans mon jugement.

« Voici ce qui s'est passé, et l'on verra si jamais des subtilités ont jamais pu produire des effets semblables à celui que je vais citer. Je décacheté un jeu apporté par moi, et dont j'avais marqué l'enveloppe, afin qu'il ne pût être changé... Je mêle... c'est à moi de donner. . . Je donne avec toutes les précautions d'un homme exercé aux finesses de son art. Précautions inutiles ! Alexis m'arrête , et me désignant une des cartes que je venais de poger devant lui sur la table ;

— « J'ai le roi , me dit-il.

— « Mais vous n'en savez rien encore, puisque la retourne n'est pas sortie.

— « Vous allez le voir, reprit-il; continuez. Effectivement, je retourne le huit de carreau, et la sienne était le roi de carreau. La partie fut continuée d'une manière assez bizarre, car il me di-

sait les cartes que je devais jouer, quoique mon jeu fût caché sous la table et serré dans mes mains. A chacune de ces cartes jouées, il en posait une de son jeu sans la retourner, et toujours elle se trouvait parfaitement en rapport avec celle que j'avais jouée moi-même.

« Je suis donc revenu de cette séance, aussi émerveillé que je puisse l'être, et persuadé qu'il est tout

A FAIT IMPOSSIBLE qUO LE HASABD OU l' ADRESSE PUISSE JAMAIS PRODUIRE DBS EFFETS AUSSI MERVEILLEUX.

« Recevez, Monsieur, etc.

« Signé : Robert Houdin.

« 16 Mai 1847. »

Nous empruntons ce fait à un recueil, la Science du Diable^ nous trouvant impuissant à le narrer si bieij que l'a fait le spirituel écrivain :

a Au seul titre de magnétisme, un sourire d'incrédulité a agité vos lèvres, et votçe esprit railleur me prépare une sceptique dénégation. Mais,, de grâce, suspendez quelques instants encore votre arrêt : n'appréhendez pas de ma part une théorie plus

OU moins ingénieuse sur le fluide mesmérien. — Je vais vous raconter tout simplement un fait, un fait réel, incontestable, et, vous le savez, rien n'est brutalement concluant comme un fait. — Broussais Ta dit.

Donc, ;^le 23 novembre 1844, ayant pris à Bordeaux la malle de Paris, je me trouvais avoir pour compagnon de voyage un homme de cinquante-cinq ans environ, de haute stature, aux allures froides, mais pleines de distinction. — Quelques mots prononcés d'un accent légèrement britannique, me fixèrent suffisamment sur la patrie de mon voisin. Entre Français, on fait vite connaissance ; il n'en est pas de même avec lesfils d'Albion. AAngoulême, nous avions à peine échangé quelques paroles ba-r nales. — Heureusement qu'un pâté de foie gras, consommé à Ruffec en collaboration, établit entre nous un solide lien, et nous pûmes mutuellement nous appeler par notre nom. L'Anglais était le colonel Gurwood, gouverneur de la Tour de Londres. — Mon nom, à moi, ne fait rien à l'affaire.

Enfin, arrivés *& Tours, l'intimité était complète, et je risquai la plaisanterie. « Yous autres, Français, vous riez de tout. — Pardieul colonel, comment tenir son sérieux quand vous posez des

axiomes tels que celui-ci : « Le magnétisme est une « doctrine positive, reposant sur des faits certains, « avérés, dont la reproduction est constante dans a toutes les conditions semblables. » — Vous ne croyez donc pas au magnétisme, geune homme? -— Entendons-nous, colonel; je crois à la possibilité d'endormir un être quelconque à force de le fatiguer par des passes et contre-passes, de même que je crois à la faculté de faire bâiller en bâillant; mais je doute du magnétisme appliqué à la lecture par l'épigastre, aux jeux de cartes, ^ la divination des événements présents ou passés, et à tous autres exercices du même genre, pratiqués, dit-on, dans les séances des magnétiseurs. Mais vous, colonel, j'espère que vous ne donnez pas dans toutes ces billevesées? » Comme je disais ces mots, le colonel Gurwood ouvrit son portefeuille, mit à part quelques lettres nécessaires à sa narration, et s'exprima en ces termes : — Il y a deux ans, mon jeune ami, j'étais, à l'endroit du magnétisine, aussi sceptique que vous, lorsqu'un jour du mois d'octobre 1842, j'entrai au Palais-Royal, chez Sabatier, le fameux faiseur de portraits au daguerréotype . Il s'y trouvait un homme d'une cinquaniaine d'années, à la physionomie vive, à l'œil étincelant, vers lequel je me suis senti porté

par une de ces sympathies qui ne s'expliquent pas.

La bonne éducation est un lien entre les hommes de tous les pays ; aussi entrâmes-nous en conversation, et une chose en amenant une autre, nous parlâmes magnétisme et je me posai en sceptique , absolu. « Monsieur, me dit cet homme, il ne m'appartient pas de forcer vos convictions; mais, si vous voulez me faire l'honneur de me suivre chez moi, je m'engage à modifier singulièrement vos croyances; car moi, monsieur, je suis adepte fervent du magnétisme, et, dans l'intérêt d'une cause que je crois belle et honorable, j'occupe mes loisirs à étudier les phénomènes magnétiques sur un jeune homme en qui le sommeil est d'une lucidité merveilleuse. »

Mû par un sentiment d'une railleuse curiosité, j'acceptai la proposition de mon interlocuteur.

Quelques instants après, mon hôte, par la seule fixité de son regard, endormait dans un fauteuil un jeune homme pâle, dont les mouvements nerveux causaient aux spectateurs une pénible sensation. Après une lutte de courte durée, le patient s'endormit, et bientôt au sommeil naturel succéda cette disposition somnambulique qui permet de parler ej; d'agir. — ^Le magnétiseur était M. Marcillet, le

magnétisé Alexis Didier. — Je passerai sous silence une partie d'écarté jouée contre moi et gagnée à carte nommée par Alexis, à qui j'^avais moi-même attaché sur les yeux un triple bandeau. Je ne m'étendrai pas non plus sur l'état tétanique des jambes du magnétisé, devenues roides et insensibles sous l'influence du fluide, j'ai hâte d'arriver à l'exposition des faits qui me sont personnels.

Après divers exercices, je m'assieds à côté d'Alexis, ma main dans sa main, et nous voilà causant ; « Mon ami, lui dis-je, je suis incrédule, mais je le suis de bonne foi ; aussi, ne craignez pas de ma part une opposition systématique. — Oh ! je le sais bien ! Vous avez trop de bon sens pour nier l'évidence et trop de cœur pour ne pas aimer qui vous aime. . . et je vous aime bien, moi, tout Anglais que vous êtes ; je vous aime, parce que vous avez généreusement sauvé la vie à un soldat français ! » — Singulièrement ému à cette parole, je le prie de continuer. « Oui, reprend Alexis, il y a longtemps de cela! il y a, ajouta-t-il après une pause, il y a trente ans ! L'affaire se passe là-bas, dans le Midi, pendant l'hiver... le pays est

sauvage Voici la nuit, et vos troupes, munies

d'échelles, se rendent sous les murs d'une place forte.... Dieu! quel bruit! quelle mêlée.... Pauvre

homme, vous êtes blessé, dit Alexis en posant sa main sur ma tête, c'est là que porta le coup... Mais

votre blessure ne vous arrête pas Je vous vois

plus loin, montant S. l'assaut... sur la brèche... Des cris étouffés parviennent à vos oreilles : des soldats anglais entourent un Français qu'ils veulent tuer. . . . Vous accourez bravement, vous relevez avec votre bras les armes qui menacent sa tête, et vous commandez qu'on respecte ses jours.... Oh! allez, je vous aime bien.... L'ôfflcier vous suit à une tour carrée où plusieurs de ses camarades sont faits prisonniers.... Vous traversez la ville pour aller trouver votre général, à qui, sur votre ordre, le général français rend son épée.... — Et cette épée, qu'estelle devenue? — Votre général vous en fit don.... et vous l'avez encore à Londres, suspendue au mur de votre chambre. La lame seule date d'alors; le fourreau a été changé en 1827. — Et l'officier à qui je sauvai la vie existe-t-il encore? — Oui, il existe, et depuis longtemps vous faites d'inutiles recherches pour le retrouver ; mais ayez bon espoir, revenez demain, et nous le découvrirons! » — Emu, troublé par ce que je venais d'entendre, je sortis de chez M. Marcillet la tête en feu, ne sachant plus que penser et que croire ; car, enfin, Alexis avait dit vrai.

Oui, le 19 janvier 1812, au siège de Ciudad-Rodrigo, en Espagne, je fus blessé à la têfe et à l'endroit même indiqué par Alexis. Oui, dans la même nuit, j'eus le bonheur de sauver la vie à un oflSicier français. Oui, je reçus de lord Wellington Tépée du général Barrié, après l'assaut de la place. Oui, le fourreau de cette épée a été changé vers l'époque fixée par Alexis. Oui, je faisais des recherches* pour retrouver l'officier français sauvé par mes soins, attendu que le général Napier { dans son Histoire de la Péninsule ) me refuse l'honneur d'avoir conduit l'assaut de Ciudad-Rodrigo, et désigne le major Machis comme ayant droit à l'épée qui m'a été donnée par lord Wellington. — Jugez donc de quelle importance il était pour moi de retrouver un témoin qui pût certifier la^ vérité de faits déjà \ieux de trente ans ! — Malheureusement, je n'avais pas sur cet officier la moindre notion qui m'aidât dans mes recherches.

Le lendemain, je revins près d'Alexis, que jepres-t sai de questions touchant l'officier français.

« J'avoue, me répond le somnambule, que j'éprouve quelque embarras à le suivre dans toutes les phases de sa carrière militaire : il se trouve mêlé dans mon esprit à d'autre^s officiers qui assistaient

comme lui au siège dont j'ai parlé.... Cherchons bien, cependant. . . Oui, je vois notre homme, environ deux ans plus tard, à Paris, rue... Saint-Antoine pendant la nuit Voilà qu'on lui remet un

avis très-pressé, et, avec la compagnie qu'il commande comme capitaine j il se rend dans la rue de Richelieu, près la Bibliothèque royale, où je vois la foule ameutée.... Ah I c'est qu'il vient de se passer un événement sinistre ...

— Que s'est-il donc passé? — Un crime, un assassinat commis sur un illujstre personnage...

— Voyons, Alexis, suivez le capitaine jusqu'à nos jours, et dites-moi où je dois le chercher.

— C'est en vain que je le poursuis... Ma vue ne peut l'atteindre... ; mais écoutez : adressez-vous au colonel du 42® de ligne, en garnison à Valenciennes. Pourtant vous pouvez ne pas vous presser; car, si voua lui écriviez aujourd'hui, il ne recevrait pas immédiatement votre lettre : il est à Maubeuge. » Curieux de vérifier ces faits, je consulte l'annuaire, et j'adresse ma lettre à M. Husson, colonel du 42® de Kgne, en garnison à Valenciennes. — Cinq jours après, je reçois du colonel Husson une réponse dans laquelle il s'excuse de son retard, occasionné par une tournée d'inspection. — Ce n'est pas lui qui se

trouvait au siège de Ciudâd- Rodrigo, mais son fpère^ dont il indique l'adresse à Paris. — J'écrivis donc immédiatement à ce frère, et voici le résumé de sa réponse : après avoir constaté sa présence au siège de Ciudad-Rodrigo. M. Husson continue ainsi: « Il me fut rapporté, et j'ai ouï dire par plusieurs officiers anglais, pendant mon séjour au quartier général, qu'un officier de la compagnie des voltigeurs, chargé de la défense de la petite brèche, fut assailli et près d'être accablé par des soldats ; alors il fit le cri de détresse .maçonnique, un officier le sauva et eut pour lui des attentions suivies ; il le recommanda à ses camarades sur la route que la garnison suivit, je crois même jusqu'à Lisbonne. — C'est sans doute vous, colonel, qui, au milieu d'une action vive, avez, sauvé la vie à cet officier, dont je n'aî jamais su le nom. — Paris ^ le VI janvier 1843. HussoN, colonel d'artillerie en retraite. » — Le même jour, je communiquai cette lettre à Alexis. « Courage! me dit-il, nous sommes sur la bonne voie. A votre retour à Londres, consultez les documents relatifs aux mois de janvier et février 1812, et je réponds du succès. »

Un mois plus tard, j'étais dans la Tour, à Londres, et furetant dans les papiers de lord Welling-

ton tous les papiers relatifs aux affaires d'Espagne de ladite époque ; tout à coup mes yeux se portèrent sur un endossement aingi conçu : Bonfilh, 34® léger. — Ce nom me frappa comme un trait de lumière, et, me sentant saisi d'une conviction inexplicable, j'ouvre la lettre en m'écriant . « Plus de doute, c'est lui ! » — Par cette lettre, signée Bonfilh, un oflELcier français faisait à lord Wellington la demande d'envoyer ses lettres aux avant-postes... Il n'y avait rien là qui servît à me fixer ; néanmoins, poussé par une voix intérieure, j'écris au colonel d'Artois, secrétaire au comité des fortifications de Paris, en le priant de faire des recherches dans les bureaux de la guerre.

Le colonel d'Artois me répond qu'il n'existe personne du nom de Bonfilh dans les cadres de l'armée ; mais il m'envoie un certificat constatant que le commandant Bonfilh, qui a servi dans le 34« léger, reçoit sa retraite à Villeneuve-d'Agen, et demeure h Villaréal (Lot-et-Garonne). — Le 23 avril 1844, j'adresse au commandant Bonfilh une lettre dans laquelle je lui fais part de mes espérances; et, le 7 mai 1844, je reçois la réponse suivante : — Villaréal [Lot-et-Garonne)^ l^^ mai 1844. Monsieur le colonel Gurwood, — j'ai reçu de vous une lettre da-

tée du 23 avril, dans laquelle j'ai lu avec le plus vif intérêt les détails sur la prise de Ciudad-Rodrigo. — D'après les citations que vçus me faites, Monsieur le colonel, il n'y a plus de doute, je suis l'officier français à qui vous avez ^i noblement sauvé la vie, et que depuis si longtemps vous cherchez./... Je me rappelle que, lorsque vous arrivâtes à mon secours, j'étais couché par terre, entouré de six à huit soldats anglais, dont les uns me tenaient la baïonnette sur le corps, tandis que les autres m'arrachaient les habits ou me prenaient l'argent que j'avais sur moi. Vous accourûtes. Monsieur le colonel, et, faisant retirer ces soldats, vous me prîtes sous votre protection. Nous nous rendîmes à la Tour carrée, près la porte d'Almeida, où M. le général Barrié se rendit à vous en vous disant : « Respectez mes soldats ! » Ce général vous offrit même sa montre , mais vous lui répondîtes : « Conservez votre « montre, général ; l'honneur m'a conduit ici, et «f non le pillage. » Il voulut aussi vous remettre son épée, et vous la refusâtes en disant : <( Il faut me « suivre ; vous la remettrez à M. le général duc de « Wellington. »

J'ajouterai, Monsieur le colonel, que, lorsqu'on nous conduisait prisonniers, en nqos dirigeant vers

le Portugal, vous me fîtes entrer dans une maison d'un petit village, El Rodon, où l'on me donna une tasse de rhum et un pain de munition pour la routé. Enfin, vous eûtes la bonté de m'accompagner jus* qu'à la colonne des prisonniers qui était en avant, et sans vous. Monsieur le colonel, les Espagnols m'auraient infailliblement égorgé avant que j'eusse pu rejoindre mes camarades d'infortune.

« Je me suis souvent reproché. Monsieur le colo-^ nel, de n'avoir pas eu le soin de demander le nom de mon bienfaiteur ; sans cela, croyez-le bien, j'aurais pris l'avance pour vous écrire et vous témoigner ma vive et éternelle reconnaissance. Enfin, je fais des vœux pour votre bonheur, et je vous prie de me sacrifier un moment de vos loisirs pour m'écrire. — Celui qui vous doit la vie^ Bonfilh, chef de bataillon en retraite. »

Enfin, je recevais le prix de mes démarches I La lettre de ce brave commandant me rendit si heureux, que je me promis bien de l'aller voir à mon premier voyage en France, et vous me voyez, mon jeune ami, revenant de Villaréal, où j'ai passé quelques jours que je compte au nombre de mes plus fortunés. — Ohl que n'étiez-vous présent à notre mutuelle reconnaissance! vous auriez pris une vive

part à la joie de toute cette famille, dont j'emporte les bénédictions ! — Avec quels channes de souvenir M. Bonfilh m'a entretenu des événements de sa^ vie entièrement conformes, du reste, à la narration d'Alexis... — C'est ainsi, par exemple, que, le 13 février 1820^ M. Bonfilh, capitaine au 47® de ligne, en garnison à Paris, faisait, le soir, un service de ronde dans la rue Saint- Antoine, lorsqu'on vint lui apprendre l'assassinat du duc de Berry. Aussitôt il se rendit avec sa troupe dans la rue Richelieu, et alla passer la nuit au poste de la Bibliothèque royale.

— Colonel, je reste confondu.. . — Le magnétisme joue un si grand rôle dans le récit que je viens d'entendre, que vous m'avez presque converti ; aussi, à mon arrivée à Paris, ma première visite sera-t-elle à M. Marcillet.

Mon aimable compagnon s'arrêta à Orléans, où il devait :Séjourner, et j'arrivai seul à Paris, vers sept heures du matin.

A deux heures de l'après-midi, le même jour, je frappais chez M. Marcillet, où, par un hasard heureux, Alexis endormi donnait une séance. . .

Le maître du logis me fit un accueil plein de bienveillance et consentit h me mettre en rapport avec

le somnambule. — Alors, m'adressant à Alexis : « Mon cher Monsieur, lui dis-je, pourriêz-vous deriner qui je suis ? » Voici ses premières paroles : a Vous êtes un ami du colonel Gurwood ! »

Nous allons donner le compte rendu d'une de nos séances, rapportée par Alphonse Karr, qui, certes, n'est pas un cerveau faible :

Il faut que je parle encore du magnétisme.

Je raconte ce que j'ai vu, — sans exagération et sans fioritures. J'ai assisté à trois séances : — la première était chez M. Charles Led, avocat; le magnétiseur était M. Marcillet, et le somnambule était Alexis.

Après que M. Marcillet eut déclaré son sujet endormi, on lui mit sous les yeux deux gros tampons de ouate, puis on recouvrit la ouate de trois bandeaux épais. Un de mes amis, un peintre d'un talent charmant, M. J..., que j'avais mené dans la maison, consentit à jouer aux cartes avec lui. Il fit couper, donna cinq cartes à Alexis, qui avait les yeux bandés comme je viens de le dire, puis tourna

la onzième carte. Alexis, laissant les cartes retournées sur la t&ble, en demanda trois, puis dit : J'ai le point, vous n'avez que deux atouts, le roi et le dix. M. J. . . avait en effet le roi et le dix d'atout, et perdit le point. Alexis désigna une ou deux cartes à faux dans le jeu de son adversaire, mais cependant joua ses cinq cartes à lui sans se tromper, fournissant de la carte demandée, ou coupant quand il n'en avait pas.

Le coup d'après, comme il hésitait à écarter la dame de pique, il toucha le talon et dit : Je puis jeter la dame de pique, je vais prendre le roi. Il donna des cartes à son adversaire, et en prît lui-même quatre, dans lesquelles se trouvait effectivement le roi de pique; puis il pria M. J... de laisser son jeu retourné sur la table, et plaçant le sien dans la même position, il joua les deux jeux.

Le jeu dont on se servait pour l'écarté avait été, dans Itorigine, un jeu de piquet. Quelques basses cartes y avaient été oubliées. Alexis, — les yeux bandés comme nous l'avons vu, les cartes retournées* sur la table, — ôta avec impatience ces quelques basses cartes mêlées aux autres.

Quelqu'un prit un livre parmi une trentaine de volumes qui se trouvaient dans le salon. On ôta les

bandeaux d'Alexis, puis on lui présenta un livre ouvert. Il demanda à quelle page on voulait qu'il lût. Le livre était ouvert à la page 139 ; je demandai qu'il lût à la page 145. Le somnambule, les yeux fixés sur la page 139, répondit : Je vois écrit, en lettres italiques, à la page 145, à cette place (et il indiqua les deux tiers de la page), les Mystères de Paris,

On ouvrit le livre, et à la page 145, on trouva écrits, en lettres italiques, ces mots : Les Mystères de Paris,

On recommença l'épreuve sur un autre volume.

On demanda au somnambule de lire la dixième page après celle qu'il voyait. Les mots indiquas par Alexis ne se trouvèrent pas à la dixième page, il dit : C'est que j'aurai lu plus loin ; je suis sûr de les avoir lus. — Les mots se trouvèrent quatre ou cinq pages plus loin.

M. T. J... donna la main au somnambule et lui ordonna d'aller chez lui.

— Je vois, dit^il, beaucoup de tableaux.

Il indiqua quelques objets, que M. T. J... ne trouva pas justement désignés. Il lui dit alors :

— Voyez le tableau qui est sur mon chevalet.

— Je le vois, dit Alexis; c'est une campagne. II

y aura de la verdure, mais elle n*est pas encore peinte.

Il y a... trois personnages... Un des trois, je ne sais si cjest un enfant, est bien plus petit que les autres; il a une arme à la main. Sur le devant, il y a deux animaux. . . pareils. . . Mais je ne vois pas bien ; ils ont comme des cornes. . .

— Sont-ce des bœufs?

— Ohl non, c'est bien plus petit; il y a aussi, à droite, comme une maison.

— Non.

— Si fait; tenez.

Alexis prit un crayon et dessina sur du papier la forme de ce qu'il voyait.

M. T. J. dit alors que le tableau qui était sur son chevalet représentait deux petits braconniers tenant chacun un lièvre qu'ils viennent de prendre au lacet. Dans le lointain est un garde-chasse qui arrive le fusil sous le bras, et qui est fort petit à cause de l'éloignement. Il afllrma, du reste, que ce que venait de tracer Alé\is était un pan de muraille qui existe en effet dans le tableau, et que le dessin était trèsexact.

Quelqu'un lui donna un papier plié en plusieurs

"ibles, en l'invitant à lire ce qu'il contenait. Après

d'assez longues hésitations, il dit : Je ne peux pas lire, parce que la personne qui m'a donné ce papier ne Ta pas écrit elle-même ; elle l'a fait écrire par un

^ enfant qui est ici, et l'enfant a d'abord voulu écrire

^ son nom, puis on lui a fait mettre un autre mot; et

le nom de l'enfant et le mot écrit se confondent à mes yeux.

r — Eh bien ! voyez-vous le nom de l'enfant?

^ — Oh ! oui ; il s'appelle Charles.

— C'est vrai.

Plusieurs autres épreuves eurent lieu. Le somnambule tantôt voyait, d'autres fois entrevoyait,

* quelquefois ne voyait pas; puis il se dit fatigué.

A une autre séance, — chez M. Marcillet, — on joua aux cartes comme à la première; seulement, je fis chercher un jeu de cartes neuf, dont je brisai l'enveloppe seulement au moment de jouer. Le jeu se passa comme aux autres séances.

Alexis lut successivement dans un livre apporté par quelqu'un, et des mots écrits à la main et enveloppés dans plusieurs papiers, — cette opération ne réussit pas toujours, et elle paraît toujours le fatiH

^- guer., Quelquefois il ne voit que quelques lettres du mot, — rejette le papier, — et le reprend au milieu d'autres questions.

Un gentleman anglais lui présente sa main fermée.

— Voyez-vous ce que j'ai dans la main?

— Oui, c'est rond ; il y a une figure. .. Retournez votre main. . . Ah I c'est cela. .. il y en a deux î

— Deux figures?

— Non; deux choses pareilles, sur chacune desquelles il y a une figure.

— C'est vrai.

— Ce sont deux pièces d'or; elles ne sont pas du même or : l'une d'or jaune, l'autre d'or rouge.

Alexis dit à l'Anglais :

— Regardez le millésime des pièces : l'une est de 1811, l'autre de 1815.

Une grosse dame s'avance :

— Pouvez-vous voir, dans la ville de..., la personne qui a écrit cette lettre?

— Oui.

— Comment se porte-t-elle?

— DamI elle a soixante-seize ans.

— Je ne la croyais pas si âgée.

— Vous croyez qu'elle n'a que soixante-treize ans, mais elle en a soixante-seize.

— Comment se porte-t-elle?

— Assez mal.

— .Vraiment! Et est-elle bien disposée pour sa famille?. . . pour moi, surtout?. , .

— C'est votre tante.

— Non... c'est une parente... Mais je vous demande si elle est bien disposée pour moi?

— Je ne sais pas; mais ce que je vois bien, c'est qu'elle est boiteuse.

r— Ah ! mon Dieu I c'est vrai .

J'étais venu avec plusieurs amis, avec lesquels j'avais dîné chez l'un de nous. En quittant la maison, j'avais cassé une branche à une azalée à fleurs blanches, et j'avais mis cette branche dans une bouteille à vin de Champagne vidée.

Celui chez lequel oa avait dîné dit au somnambule :

— Voulez-vous aller chez moi ?

— Oui

— Que voyez-vous dans mon salon?

— Une tabïe avec des papiers dessus et des assiettes et des verres.

— Il y a sur cette table quelque chose que j'ai disposé à cause de vous, tâchez de le voir.

— Ah I je vois une bouteille. .. H y a du feu ; non, ce n'est pas du feu, mais c'est comme du feu... La

'bouteille est vide, mais il y a quelque chose qui

brille. . ; Ah ! c'est une bouteille à Champagne*. . Il y a dessus quelque chose... Ce n'est pas son bouchon, mais c'est à la place du bouchon ; c'est 'bien plus mince par le bout qui est dans la bouteille que par l'autre; c'est blanc, c'est comme du papier. Tenez. Et il dessina une bouteille avec la branche d'azalée, et il s'écria :

— Ah ! c'est une fleur. . . un bouquet de fleurs. . . de fleurs blanches.

Un médecin se trouvait là, qui est un homme considérable. Il a écrit des ouvrages fort importants, couronnés par l'Académie. C'est un observateur sagace et sérieux, le baron F. . .

Il demanda au somnambule s'il pourrait également aller chez lui.

Alexis répondit •

— Je suis bien fatigué, mais je vais essayer.

— Que voyez-vous dans mon cabinet?

— Une table, des livres.

— Comme partout.

— Deux bibliothèques.

. — Non, il n'y en a qu'une.

— Une bibliothèque, oui ; mais il y a beaucoup de livre sur un autre meuble.

— C'est possible ; mais tâcher de, voir quelque chose de plus particulier?

— Je vois un buste, un buste en marbre.

— Bien.

— En marbre blanc.

— Pas tout à fait.

— Le socle est noir, en marbre noir; mais le buste est blanc, avec des veines. . . grisés, violettes, bleues.

— Enfin, du marbre veinée

— Oui.

— Que représente ce buste ?

— C'est., . Je ne vois pas bien; il a la tête ronde. Ahl mais, c'est l'empereur Napoléon.

— C'est vrai. Sur quoi est-il?

— Il est singulièrement placé. . . sur quelque chose où on ne met pas d'ordinaire des bustes. C'est... tiens, c'est sur votre pendule

— Oui.

— Il n'y a qu'un an que vous l'avez.

— Effectivement.

Tous les faits que nous allons citer sont tirés des principaux journaux de Paris, qui ne les ont publiés qu'après avoir vérifié leur authenticité.

Un bracelet d'une grande valeur fut soustrait à M"« la duchesse de Séville, infante d'Espagne, lorsqu'un de ses amis lui conseilla de se rendre chez le magnétiseur Marcillet, pour tâcher d'obtenir de la clairvoyance de son somnambule quelques renseignements sur la disparition de ce précieux bijou. — Je le veux bien, répondit la duchesse ; mais il y a un petit inconvénient, ajoutart-elle en souriant, c'est que je ne crois nullement au pouvoir somnambulique... et comme il faut la foi, m'a-t-on dit, pour réussir auprès des clairvoyants, je suis peu apte à les diriger... — C'est égal. Madame, répliqua son interlocuteur, tentons toujours l'expérience, et si vous le voulez, nous nous rendrons auprès d'Alexis, vous me remettrez à l'avance une paire de gants que vous aurez touchés et ce sera moi qui le questionnerai. La proposition ayant été acceptée, on se rendit auprès du somnambule.

Ces gants me mettent en rapport avec une dame de haute naissance, dit aussitôt Alexis, et c'est pour la perte d'un bracelet qu'elle désire me consulter. — C'est vrai, répondit l'interprète... Puis Alexis conti-

nuant fit la description du bijou, ajoutant qu^il avait été donné par le roi d'Espagne, et qu'il voyait même dessus le portrait de ce monarque...

M"* la duchesse de Séville resta confondue d'une lucidité aussi inattendue, lorsqu'Âlexis ajouta, en lui rendant ses gants : — Soyez sans inquiétude. Madame, vous retrouverez votre bracelet; celui qui l'a dérobé s'est sauvé en Allemagne, du côté de Francfort, mais avant de partir il a engagé ce bijou au Mont-de-Piété. Faites donc écrire immédiatement au directeur de cet établissement, puis au préfet de ' police, et avant peu il vous sera remis.

Les conseils d'Alexis ayant été ponctuellement suivis, quelques jours après, un commissaire de police se présentait chez M™® la duchesse de Séville, porteur du bienheureux bracelet, retrouvé au Montde-Piété comme le somnambule l'avait annoncé.

M. Chamay, neveu, négociant en vins, 81, rue Saint-Antoine, se présenta chez Marcillet il y a environ trois ans, accompagné d'un de ses amis, pour consulter Alexis ; l'ami de M. Chamay avait apporté un objet appartenant à une personne disparue de la

yille de Lyon^ que ce dernier habitait également. Alexis endormi dit aussitôt que cette personne était morte, qu'il la voyait noyée dans la Saône, non loin d'un pont qu'il désigna; des recherches ayant été ordonnées en cet endroit, le corps y fut retrouvé.

— Tout le mondef a connu le triste événement arrivé il y a deux ans environ au fils d'un banquier, M. A. Le père de cet infortuné vint consulter Alexis sur la disparition de son enfant. — Vous avez dû remarquer, lui dit le somnambule, que depuis près d'un mois, votre fils était triste, taciturne même. — C'est vrai, répondit M. A. — C'est que, voyez-vous, déjà à cette époque il avait conçu le projet d'en finir avec la vie ; il vient de mettre ce fatal projet à exécution ; je vois son corps dans la Seine, non loin de Passy, en face l'île des Cygnes ; allez en cet endroit, vous l'y retrouverez. M. A. se retira, peu convaincu et très-mécontent ; il avait pensé qu'Alexis allait lui indiquer où son fils avait passé la nuit, car il ne manquait chez ses parents que depuis la veille. Un mois s'écoula ainsi dans une cruelle attente, lorsqu'au bout de ce délai, des bateliers, en péchant dans la Seine, retrouvèrent, en face du village de Suresnes, le corps du malheureux jeune homme!

Le 3 mai de Taiinée 1852, le sous-lieutenant Bijan, du 3« léger, trésorier dans son régiment, vint trouver Alexis afin qu'il tâchât de lui découvrir un militaire de son régiment qui avait déserté lui emportant 2,000 fr. Alexis, après avoir donné le signalement de cet homme, dit qu'il était caporal, assura qu'il avait servi dans un régiment où il y avait des boutons jaunes, et finit par dire qu'il sortait du 14« de ligne... ce qui était vrai. Mais ce qui émerveilla l'officier, c'est qu'Alexis ajouta qu'il avait aussi été incorporé dans la garde mobile ; le lieutenant Bijan ne pouvait affirmer ce dire d'Alexis, ne le sachant pas et ne le croyant pas. Mais le lendemain, étant revenli pour continuer la séance, il avait su qu'effectivement ce caporal infidèle avait été dans la garde mobile!... Prié de continuer de suivre son voleur, Alexis dit qu'il ne le voyait pas chez sa mère qui habitait Bayeux. . . ce qui était encore vrai ; qu'il avait emporté pour lui servir de passeport une vieille permission ayant sefvi à un de ses camarades. Cette circonstance fut encore trouvée exacte.

Il a voulu s'embarquer pour passer à l'étranger, continua Alexis; n'ayant pu y réussir, il vient de tenter de sortir de France par la Belgique; mais

il ne sera pas plus heureux et sera arrêté sous quelques jours. La prédiction d'Alexis se réalisa : quatre jours après, il fiit pris à Lille,

LETTBE ADBESSÉE A M. LE BEDACTEUB DU JOUBNAL LE PAYS.

Monsieur le rédacteur,

Un vieux proverbe nous dit : « Il vaut mieux tard que jamais » , aussi j'avoue avec humilité que je regrette d'avoir autant attendu pour donner à la publicité un fait étrange de somnambulisme qui m'est personnel ; puisse mon nouvel exemple être suivi par tous ceux qui, comme moi, trop timorés, doivent à cette mystérieuse faculté de l'esprit humain d'utiles révélations; alors, ma conscience, plus légère, me permettra sans doute d'oublier un peu le passé.

C'était en 1849, au mois d'août, un de mes employés venait de disparaître de chez moi, en m'emportant une somme très-importante. Les recherches les plus actives faites par la police avaient été sans succès, lorsqu'un de mes amis, M. Linstant, jurisconsulte auquel je confiai mon malheur, sans me

faire connaître son projet, se rendit chez le magnétiseur Marcillet pour y consulter le somnambule Alexis. Le rapport magnétique une fois établi, le colloque suivant eut lieu :

— Pourriez-vous me dire, Alexis, le motif qui m'amène auprès de vous?

— Vous venez. Monsieur, afin d'être renseigné sur un vol d'argent fait à un de vos amis par un de ses commis, qui est en fuite.

— C'est vrai.

— La somme volée, continua Alexis, est très-considérable, elle s'élève à près de 200,000 fr.

— Vous avez raison.

— Alexis, réfléchissant un instant, continua, disant que le commis infidèle se nommait Dubois, qu'il le voyait à Bruxelles. . . hôtel des Princes. . . où il était descendu. — Partez de suite, ajouta-t-il, et vous le trouverez à l'endroit que je viens de vous indiquer.

M. Linstant partit pour Bruxelles, maisujnalheureusement il ne se mit en route que le lendemain au soir ; il apprit, à son arrivée, que Dubois avait effectivement logé à l'hôtel des Princes!... mais que, depuis quelques heures seulement, il avait quitté la ville* Ne sachant plus sur quel point se di-

riger pour Tatteindre, M. Linstant revint à Paria; à son arrivée, il se rendit chez moi et m'apprit Tétrange révélation d'Alexis.

Curieux, à mon tour, de consulter ce clairvoyant, je priai mon ami de me conduire chez M. Marcillet. Alexis, une fois en rapport avec moi, me dit qu'il voyait Dubois à la maison de jeu de Spa, qu'il perdait beaucoup d'argent et qu'au moment de son arrestation, il n'aurait plus rien...

Bien que cette prédiction fût peu encourageante, je partis néanmoins le soir même pour Spa. Arrivé à. Bruxelles, je me rendis chez M. de Montigny, secrétaire de la légation française, qui voulut bien me remettre une lettre pour le secrétaire général de la justice de Belgique^ afin de pouvoir faire arrêter Dubois; mais je ne pus obtenir que son arrestation fût ordonnée, attendu que je n'étais pas moi-même autorisé à cet effet par le parquet de France; je me vis donc obligé de rentrer à Paris pour me mettre en mesure, ce qui me fit perdre un temps précieux.

Une instruction criminelle fut entamée et confiée aux soins de M. Bertrand ; une fois toutes les formalités remplies, je me mis de nouveau en route. Arrivé à Spa, j'appris que Dubois l'avait quitté depuis quelques jours; je pensai qu'il avait tout à fait

abandonné le pays, et ne restai dans cette ville que cinq ou six heures. De retour à Paris, je me rendis de nouveau auprès d'Alexis.

— Vous avez eu peu de patience, me dit-il ; depuis quelques jours, à la vérité, Dubois est allé à Aixla-Chapelle, il a continué de jouer. . . il a perdu considérablement. . . Il est rentré actuellement à Spa , où il va finir de laisser au jeu le peu qui lui reste. . .

J'écrivis immédiatement aux autorités de Bruxelles et de Spa, que j'étais instruit que Dubois était revenu en Belgique, et, quelques jours après, il fut arrêté à Spal...

Comme Alexis l'avait annoncé, Dubois avait tout perdu au jeu I . . . Conduit à la maison d'arrêt de Verviers, il y mourut au bout de quatre mois de détention préventive, au moment où son extradition venait d'être régularisée par les deux puissances.

Veuillez agréer. Monsieur le rédacteur, avec mes remerciements bien sincères, l'assurance de mes sentiments distigués.

E. Prévost, Commissionnaire au Monl-de-Piélé.

M. Vivant, ancien négociant, demeurant, 14, rue de la Victoire, se rendit chez le magnétiseur Marcillet pour y consulter son somnambule Alexis.

— Pourriez-vous me dire, Alexis, le motif qui m'amène auprès de vous?

— Vous venez, Monsieur, pour une perte que vous pensez,avoir faite.

— C'est vrai.

— Voyez-vous de quelle nature est cette perte?

— Ce sont quatre billets de 1,000 francs chaque, placés par vous dans votre secrétaire, et que vous n'y retrouvez plus.

— C'est encore vrai.

— Donnez^moi le portefeuille qui est sur vous, répliqua Alexis, comme vos billets y sont restés quelque temps, il me sera plus facile de les retrouver en le touchant.

M. Vivant lui ayant remis ce portefeuille, le somnambule lui dit que les 4,000 francs qu'il y avait renfermés provenaient d'un de ses amis, les lui ayant confiés pour acheter de la rente. . . ce qui était vrai, puis il fit la description du domicile de son in -■ terlocuteur, allant même jusqu'à lui dire et son nom et son adresse... Emerveillé d'une telle lucidité, il le pria de continuer.

— Je le, veux bien, répondit Alexis, mais à la condition que vous retirerez une plainte que vous avez portée chez votre commissaire de police; plainte, je vous assure, qu'il serait juste de faire di-riger contre Vous, ajouta-t-il en souriant, car vos billets n'ont pas bougé de votre secrétaire I

Ayant aussitôt quitté Alexis, M. Vivant se rendit chez lui, retourna tous ses papiers, les rangea même un par un, mais ne retrouva pas ses 4,000 francs! Revenu de nouveau, le somnambule parut d'abord étonné qu'il n'eût pas en main ses billets, l'accusant même de les avoir mal cherchés; mais, réfléchissant un instant; attendez donc, dit-il..., je pensais que vous deviez voir comme moi, mais il ne peut en être ainsi.... Votre meuble, comme vous le savez, 'est très-ancien, quelques crevasses s'y sont formées, et c'est dans l'une d'elles que vos billets sont tombés I Retournez chez vous, cherchez où je vous indique, et je vous réponds du succès !

Bien que les nouveaux renseignements d'Alexis parussent peu concluants à M. Vivant, rentré chez lui, il visita néanmoins minutieusement son secrétaire, et reconnut qu'effectivement le bois s'était déjeté en plusieurs endroits ; se munissant aussitôt d'un morceau de fil de fer, il sonda dans les ouver-

tures qu'a venait d'apercevoir, et retira bientôt, à son grand étonnement et sa vive satisfaction, ses quatre billets de 1,000 francs enfouis dans Tune d'eUesI

Inutile de dire que M. Vivant se rendit bientôt chez le commissaire de police de son quartier pour retirer sa plainte, puis il raconta à ce magistrat l'heureux résultat qu'il venait d'obtenir à l'aide du somnambulisme, résultat doublement heureux pour lui, puisqu'il mettait aussi à l'abri du soupçon les personnes qui l'entouraient.

ÉlimilTS DE PHILOSOPHIE BASÉS SUR LES FAITS DU

Le somnambule paraît sayoir des choses qu'il ignorait avant son sommeil, et quMl oublie à l'instant du réveil.

Le Père Lacordaibe.

J'ai cru utile de raconter ces faits, parce que de ces phénomènes se détache et émane un parfum de religion qui élève l'âme et la porte à tâcher de se connaître elle-même en recherchant les éléments d'une philosophie ayant pour base la vérité, et apportant à l'homme la conscience du merveilleux et sublime organisme qu'il a reçu des mains de celui qui a tout créé et que je nomme avec vénération Dieu.

J'ai tenu à faire précéder ces faits de considérations philosophiques propres à démontrer que les faits merveilleux de la lucidité somnambulique se

produisent avec une désespérante variabilité, que le succès est perpétuellement suivi d'insuccès; en un mot, que l'erreur succède à la vérité, sans qu'il soit possible, lorsque l'on connaît les causes de la voyance, de jeter l'injure à la face de celui qui ne réussit pas, de l'accuser de charlatanisme, car cette faculté est soumise à des influences indépendantes de sa volonté et de sa conscience.

J'ai cru devoir insister beaucoup sur les possibilités de la non-réussite dans les expériences de somnambulisme, pour épargner à nos lecteurs de cruelles déceptions et ne pas imiter ces médecins qui écrivent des ouvrages de médecine dans le but de lancer dans le public des prospectus qui achalandent leurs cabinets de consultation et amènent des clients à la maison de santé qu'ils dirigent.

Ces faits, dont j'ai cité quelques-uns, se sont reproduits assez souvent pour que mon nom jouisse, dans l'opinion publique , d'une grande réputation de lucidité. Je profite de cette célébrité pour faire connaître à l'homme, iion les dogmes d'une philosophie nouvelle, mais lui expliquer une des vérités les plus élémentaires de toutes les religions, l'existence et l'immortalité de l'âme. Il est hors de doute que, si je ne possédais pas en moi un

principe immatériel, je ne pourrais pas m'élancer dans l'espace, à une distance immense, et contempler ce qui a lieu dans les pays les plus lointains. Il est, de plus, hors de doute que ce principe étant immatériel, est indécomposable, et doit résister et survivre à cette crise de décomposition que l'on nomme la mort.

Ces phénomènes ont de plus un immense avantage historique, en ce qu'ils jettent une vive clarté sur les réalités surnaturelles qui se mêlent, depuis la création du monde, à la religion et à l'histoire.

Jusqu'ici, et encore à présent, l'explication que l'on en donne dans les collèges me semble singulièrement insufllsante, et je rends grâces au ciel d'avoir passé ma vie en dehors de ce monde, où les préjugés se respirent, et d'avoir été, je le dis sans honte, ouvrier graveur et artiste dramatique ; car j'ai évité de croire et d'apprendre que le surnaturel était une invention^ des classes éclairées de la société pour exploiter la crédulité ignorante des peuples, et d'entendre traiter les oracles d,e jonglerie et de sorcellerie diabolique.

La cause de ces erreurs est très-facile à indiquer. Elle tient, selon moi, à ce que, surtout au dix-neu-

vième siècle, Fâme est complètement inconnue dans son origine, sa nature et ses facultés.

Je sais parfaitement que, pour décrire l'âme, il faut la voir, et que, pour la voir, il faut être doué d*une très-haute lucidité. C'est pourquoi je me suis résolu à écrire ce livre et à éclairer' ma théorie par des faits, désirant renverser à jamais cette philosophie qui croit définir l'âme en disant que c'est la source, en l'homme, de la sensibilité, de l'intelligence et du mouvement, sans que ceux qui enseignent de telles erreurs se doutent, dans leur logique déplorable, qu'ils donnent le droit aux plus jeunes de leurs écoliers de reconnaître une âme aux animaux, car le lion dans ses bonds, l'aigle dans son vol, sont plus actifs que l'homme; le chien envers son maître, le tourtereau envers sa tourterelle montrent une sensibilité plus fidèle et plus tendre que les hommes entre eux; enfin, dans les actes des fourmis et des abeilles on reconnaît une intelligence plus sage que dans ceux de la race humaine. Les facultés de' la lucidité élèvent seules l'homme audessus des animaux, de toute la hauteur qui sépare la terre du ciel.

J'ai toujours eu à me louer des magnétiseurs, et je crois que rien n'est moins digi^e d'un homme

inspiré' que de se livrer à des personnalités blessantes, et de jeter la boue de l'injure à la face de ceux qui ne pensent pas comme lui. On dit avec raison que du choc des idées comme de celui des cailloux jaillit la lumière; mais, pour cela, je crois qu'il faut avoir soin de ne pas se les jeter brutalement à la tête.

Un livre où les âmes se sont pour ainsi dire élevées à cette haufeur d'horizon où la respiration n'est plus possible que pour une poitrine de croyant, doit laisser séjourner dans le cœur de ses lecteurs le souflle béni de la croyance, de la religion, et de l'amour que dans les livres de j)hilosophie catholique l'on nomme l'esprit de Dieu.

Il y a un grand nombre d'objections, que l'apparition de ce livre ne peut manquer de faire naître dans l'esprit des personnes auxquelles il est impossible d'entendre énoncer une vérité devant elles sans qu'elles commencent par protester.

La plus formidable des objections que susciteront les relations des faits de lucidité et de voyance con- , tenus dans ce volume, sera celle-ci : pourquoi Alexis est-il doué de ces hautes facultés? Nous comprendrions que Dieu, en récompense de hautes vertus piustèrement pratiquées, les ait accordées à une

personne d'une très-grande piété; nous admettons volontiers que la religieuse qui a écrit le récit de la passion de Jésus-Christ et la vie de la sainte Vierge, soit, par suite de la réception fréquente des sacrements, arrivée à une voyance extatique qui lui ait permis de triompher des obstacles de temps et d'espace ; mais il nous est impossible de nous expliquer conunent Alexis, artiste dramatique, jouit de ces facultés. Comme cette objection ne peut être faite que par des chrétiens sincères, nous leur conseillons d'ouvrir le Nouveau-Testament, ils y liront : C esprit de Dieu souffle où il veut.

Il y a douze ans que je produis des phénomènes de lucidité somnambulique, dans ce long espace de temps je me suis particulièrement attaché à démontrer que ces phénomènes, par le merveilleux même de leur nature, devaient se rattacher aux puissantes facultés de l'âme : il n'y a pas une philosophie, pas une religion, pas un individu estimable qui ose nier l'âme ; et cependant, rien au monde ne semble plus prodigieux, plus extraordinaire que les manifestations d'une âme. Il semble que, lorsque l'on a vu des expériences de magnétisme, la foi aveugle en une âme devrait devenir une foi intelligente; et cependant ni l'université, ni l'Église dans l'enseigne-

ment de leur philosophie, n'ont songé que les preuves les plus évidentes de l'existence de Tâme et de son immortalité pouvaient se tirer des phénomènes de lucidité somnambulique.

Il y a des natures douées d'une si grande mohilité d'impression et dépensée, que pour elles les croyances comme les sentiments sont perpétuellement renouvelés : ces malheureuses personnes, qui se laissent conduire par leur imagination aux fantaisies volages, croient avec enthousiasme aux réalités de la lucidité somnambulique. Les nombreuses expériences dont elles ont été les témoins , les ont pleinement convaincues de la vérité magnétique; il leur arrive, par hasard, d'être présentes à une séance oùle somnambule est moins lucide, et aussitôt leur conviction s'altère, non-seulemeat elles ne croient plus du tout, mais d'adeptes elles deviennent ennemies acharnées. Cela a lieu très-souvent; et il m'est arrivé fréquemment de rencontrer des 'individus que j'avais convertis à la croyance dumagnétisme, perdre leur foi, parce qu'une de ces nombreuses somnambules sans lucidité qui habitent Paris ne lui avait dit que des faussetés.

Cela tient à ce que l'âme n'est ni définie, ni connue, c*est un mot que l'on a perpétuellement aux

lèvres, sans que l'esprit s'eflForce de comprendre ce qu'il y a de divin caché sous les quelques lettres qui le composent.

Au lieu de se fatigruer aux études les plus ardues, ou de s'amuser aux lectures les plus frivoles, les esprits supérieurs aiment à remonter aux causes ; car remonter aux causes c'est s'élever au-dessus de tout ce qui inquiète, et marcher de clartés en clartés vers le foyer de la vie et de la vérité. H y a d'ineflFahles plaisirs pour l'intelligence à connaître ce monde des causes, et à s'élever vers cette région où l'esprit saisit les traces de ce qui a été dans le passé et les racines de ce qui sera dans l'avenir.

Habituellement, les personnes qui viennent me consulter sont d'un scepticisme absolu; elles ne peuvent se dispenser de railler même en arrivant, ce qui, quelquefois, suffit à empêcher le développement de ma lucidité; mais une fois convaincues, elles deviennent les plus enthousiastes de tous mes adeptes. Il est bien rare de rencontrer de%personnes qui ajoutent foi aux merveilles de la lucidité, sans les avoir vues, même parmi celles qui ont étudié la philosophie. Cela me rappelle une anecdote d'un très-haut intérêt philosophique. Un jour, un de mes amis me -dit ; « Il faut absolument que j'amèn§

le père Lacordaire à l'une de vos séances d'expérience somnambulique. » J'acceptai avec empressement et offris d'en donner une particulière pour lui : et je chargeai mon ami de le prévenir qu'il pourrait amener les personnes qu'il désirerait, afin d'être assuré que le compérage ne jouait aucun rôle dans mes expériences. A quelques jours de là, je rencontrai mon ami ; il avait vu le père Lacordaire qui lui avait répondu que ses études philosophiques et théologiques lui avaient assez fait connaître la nature et le caractère des phénomènes de la lucidité somnambulique, pour qu'il lui fût complètement inutile d'assister à des expériences dont la réussite n'ajouterait rien à sa foi magnétique. Cette réponse ne m'irrita pas, car elle me montrait dans le père Lacordaire, nour-seulement une des plus grandes figures de mon siècle, mais encore celui dont les œuvres ont, au plus haut degré, le cachet de la vérité et de l'immortalité. Atfssi la plus.grande partie de mes épigraphes est empruntée à ses écrits ; car, sans lui adresser un compliment, je crois que le caractère propre de son talent est l'inspiration, cette lumière qui éclaire les âmes et leur fait voir la vérité.

La réponse du père Lacordaire est importante, surtout lorsqu'on la compare à celle de l'Académie.

Les médecins ne veulent pas habituellement venir assister à mes séances, sous prétexte qu'étant persuadés de l'impossibilité de lexistence de la lucidité somnambulique, il leur semble au moins inutile de se déranger. Le père Lacordaire refuse par la raison contraire; il est si persuadé de la possibilité de la. clairvoyance magnétique, qu'il n'a pas besoin de preuve pour étayer sa foi . Entre ces deux opinions qui sont diamétralement opposées, il semble qu'il y aurait quelque chose d'illogique à ne pas examiner leur valeur respective, car il est hors de doute que sur une matière aussi controversable que la lucidité, l'on ne saurait assez entasser preuve sur preuve.

Le père Lacordaire, suivant ce titre que l'on donne habituellement aux prêtres, est le médecin des âmes, tandis que les autres ne sont que les médecins du corps. Or, les phénomènes de la lucidité étant produits, non par les organes des sens, mais par l'âme, son opinion a une valeur infiniment plus grande.

Parmi les personnes qui viennent consulter les somnambules, j'ai remarqué que le nombre des femmes l'emportait sur celui des hommes. Ce sont elles qui se sont faites, par leur ardente influence, les propagatrices de ces vérités.

Pour moi , je sais parfaitement que, non-seulement

j'apporte une démonstration nouvelle de l'immortalité de l'âme basée sur les phénomènes du somnambulisme lucide, mais que je fais connaître la nature de l'âme et ses merveilleuses facultés, et, pour ainsi dire, voir avec mes yeux les ressorts mystérieux de la vie et du mouvement.

Il y a dans ce siècle bien des natures délicates qui semblent porter avec peine le poids de l'existence. En les examinant de près, on retrouve dans la mélancolie de leui* regard ce je ne sais quoi de triste et de doux qu'ont les oiseaux nés et élevés dans une cage, auxquels il n'a jamais été donné de se livrer à leur vocation et d'accomplir la mission pour laquelle Dieu les a créés, qui est de voler dans l'espace. La cause de cette mélancolie, qui assombrit douloureusement le front de mes contemporains, est bien facile à trouver. Ils ont en eux une âme créée pour se mouvoir, vivre, aimer, agir, penser dans l'infini, et qui, renfermée dans le corps comme dans une prison, a là nostalgie de cette région sans li-^ mite du temps et de l'espace, que la lucidité ouvre devant elle et où elle se précipite avec délices comme vers sa destinée.

Je n'ai pas proclamé un paradoxe lorsque j'ai proclamé que, dans la plus grande partie des actions des

hommes,* pour moi qui contemple l'invisible et pénètre l'impénétrable, je ne voyais que des opérations de l'instinct et non des opérations de l'âme.

Je ne veux attirer sur personne le blâme ni l'injure ; mais il me semble qu'au lieu de formuler des vérités philosophiques, je devrais trouver dans les livres qui enseignent à l'homme son origine et sa fin, des démonstrations qui expliqueraient les faits de lucidité que j'ai produits. Mais on voit que leurs auteurs ont étudié l'homme en s'observant euxmêmes, et ils ont pris perpétuellement leur instinct pour leur âme.

Maintenant que les faits de lucidité se sont produits, dans quelle catégorie les classeront-ils? C'est ce que me démontrera la réponse que la science fera à ce livre, écrit pour faire connaître l'âme et élever les cœurs vers Dieu.

J'ai autant que possible tâché de donner à ce livre le style et les allures qu'affectionnent en ce temps les hautes vérités sociales dt philosophiques pour se produire. J'ai laissé le langage emphatique et épique que bon nombre d'écrivains magnétistes avaient cru devoir donner à la science,'afin d'éblouir les lecteurs au lieu de les éclairer, et j'ai évité toutes les phrases à effet. N'ayant pas, audix'-neuvième sié-

cle , cru nécessaire de produire mes expériences de somnambulisme en robe de magicien, je crois avoir eu raison de ne pas remplir mon livre de figures géométriques et cabalistiques, qui n'étaient nullement nécessaires aux explications simples, franches et sincères que j'avais à donner du sommeil magnétique lucide, dans le but de ruiner à jamais les commentaires publiés sur l'origine de cette faculté dont certains esprits ont eu l'incroyable pensée de placer la source en enfer I

Si les idées que je viens de formuler dans ce livre sont reçues avec sympathie et qu'elles arrivent & être admises par l'opinion pubUque, j'aurai atteint le seul but que je me sois proposé avant d'écrire cet ouvrage.

Parmi les différents peuples, il y en a qui sont plus ou moins adeptes du magnétisme ; et j'ai toujours remarqué que, de toutes les races qui vivent sur la terre, celle en qui l'amour du merveilleux était sans contredit le plus développé, était la race slave.

Je ne saurais m'empécher d'exprimer un sentiment qui inspire et possède tout mon être : c'est celui de la plus grande reconnaissance pour la propagande qui, je le vois, sera faite par tant de nobles

esprits, qui non-seulement liront ce livre, mais le feront lire.

Dans ce siècle peu d'ouvrages ont été écrits sur le sujet que nous venons de traiter, dans Tespérance de relever tous les yeux vers le ciel. Ce qui donne à cet ouvrage un caractère qui le distingue des autres publications que le matin voit naître et que le soir voit mourir, c'est qu'il est écrit par un somnambule lucide qui voit ce qui est matériellement invisible par les yeux des sens, et qui peut,. en conséquence, décrire l'âme, la vie et les mystérieuses opérations du mouvement et de la fécondité.

Jusqu'à ce jour, j'ai par mes expériences éclairé bien des points obscurs de la philosophie. Aujourd'hui, je tire de ces phénomènes les éléments de la science sublime qui fait connaître à l'homme sa nature et sa destinée. Aussi, c'est avec un immense sentiment de bonheur que je viens révéler au monde ces vérités cachées, qui, dans tous les siècles, ont éveillé dans l'humanité une insatiable curiosité.

Malgré les explications nettes, franches et catégoriques que j'ai données de la lucidité; malgré l'aveu loyal, sincère, que j'ai tenu à répéter plusieurs, fois, de son excessive inconstance, il y a cependant bien des esprits qui, au lieu de remonter aux causes,

aimeront mieux condamner que réfléchir, et qui refuseront de voir, dans la non-réussite de ces phénomènes, la réalité de leur existence.

Quel est, néanmoins, je le demande en toute sincérité, l'homme sérieux, quel est l'esprit profond qui ne sait que le caractère distinctif de l'inspiration est la variabilité, et que l'homme, en conséquence, ne peut pas plus rendre constante la lucidité, que le marin ne peut commander aux vents du ciel, que Dieu fait souffler sur l'Océan, de venir enfler ses voiles et donner le mouvement et l'impulsion à son navire immobile-

Depuis le temps que je produis des phénomènes de lucidité somnambulique, j'ai converti bien des esprits à cette vérité, que, pour moi, dans mes moments de lucidité, l'invisible devient visible, le temps et l'espace sont sans limites, les mystères les plus impénétrables sans voile. Mon plus cher espoir est que ceux qui m'ont honoré de leur confiance consentent encore à me suivre sur le nouveau terrain où je les entraîne, et à voir par mes yeux ces importantes vérités, qui sont pour l'homme une espérance et une consolation. La rémunération de ce travail sera leur confiance en ma parole, et pour moi la satisfaction d'avoir employé les hautes facultés que je

tiens du ciel, à laisser dans les esprits une convie* tion en la certitude des hautes vérités que j'ai dévoilées, en écrivant les pages d'un livre utile pour tous ceux qui recherchent avec loyauté et bonne foi à connaître l'âme dans sa nature et dans ses facultés.

Les faits de lucidité dont j'ai donné le récit ne doivent pas engager à employer la seconde vue des somnambules à la recherche d'objets volés ou d'individus disparus, mais ils doivent engager à croire à la faculté que le magnétiseur développe en moi et qui me permet de voir ce qui est caché aux regards humains.

Je n'ai donné ces relations que dans l'espérance qu'elles impressionneraient les esprits et les disposeraient à avoir foi dans les vérités que je viens de révéler et auxquelles j'attache un prix inestimable, celui d'apprendre à l'homme à se connaître.

Dans toutes les vérités énoncées par moi dans ce livre, il n'y en. a aucune qui vienne saper les bases de l'édifice religieux. J'ai tâché, au contraire, d'apporter une démonstration compréhensible de la présence en l'homme d'une âme qui, par ses admirables manifestations, lui révèle les hautes destinées qui l'attendent dans le monde de l'éternité I

Malgré la tendance des plus nobles esprits vers le

progrès matériel et la recherche Incessante de tout ce que peut développer les arts industriels, Tâme tournée vers l'avenir, je sens une prochaine réaction en faveur du spiritualisme. Alors, les vérités contenues dans ce volume, comme des semences jetées en terre, germeront et produiront des fruits utiles et abondants.

Je n'ai pas seulement fait comprendre la lucidité somnambulique et ses merveilleux phénomènes, dont la production préoccupe l'élite du monde intelligent, j'en ai dévoilé les sources, et j'ai tâché de tracer aux esprits méditatifs possédés de l'amour du vrai, une route à travers les mystères de l'infini, pour monter jusqu'à Dieu !!I

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