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apparence, mais d'un haut enseignement , elle les transpose en intervertissant leurs fonctions. Ainsi elle lit par les doigts au lieu de lire par les yeux , fantaisie dont le simple énoncé a le singulier privilège d'exaspérer outre mesure les nerfs irritables des membres de l'Académie de médecine.
L'âme habite le corps, mais elle n'a son siège dans aucune partie; ceux qui l'ont placé dans le sang, dans les nerfs, dans le cerveau, au cœur, ignoraient sans doute sa nature et étaient doués d'une imagination par trop inventive. Pour le somnambule , voir son âme , connaître avec certitude sa spiritualité et son immortalité, est le cachet d'une si haute lucidité , que je n'ai écrit ce chapitre que • persuadé que les faits nombreux de voyance somnambulique que je citerai , revêtus de l'autorité des noms les plus honorables, me permettront de le faire imprimer. Sans ces faits opérés par moi , je n'aurais aucun droit à venir traiter un semblable sujet, et je m'en garderais comme d'une impudente témérité.
L'âme est la même à toutes les époques de la vie de l'homme ; seulement elle se trouve associée à un organisme qui croît , se développe , puis finit par s'altérer et se détériorer ; or , l'instinct étant la vie
-Aide rorganîsme livré à lui-même , et les hommes n'étant habituellement gouvernés que par leurs instincts , il en résulte que l'homme, dans sa manière d'agir , de penser et même d'aimer , semble n'avoir en lui, comme principe d'amour, d'action et de pensée , que la vie des sens ; aussi ce principe croît et décroît avec l'âge et semble participer h toutes les altérations que subit l'organisme, tandis que dans l'ordre supérieur de la voyance , plus l'organisme est anéanti , plus l'âme est parfaitement dégagée, et plus ses actions , ses perceptions , ses sentiments sont infinis et miraculeux par leur force , leur étendue et leur sublimité.
L'âme existe dans chaque enfent; seulement, par une 'des lois les plus mystérieuses, qui tient au plan {Providentiel de la création, on reconnaît que Dieu a voulu le faire passer par les règnes minéral , végétal et animal , avant de le faire arriver au règne spirituel où l'âme se manifeste. Même ayant atteint l'âge d'homme , bien souvent il reste un être purement d'instinct, et l'on comprend jusqu'à un certain point, son obstination à nier en lui l'existence d'un principe immatériel que non-seulement il ne sent pas , mais qui , de plus , ne manifeste sa présence eu lui par aucun de ces actes, par
aucun de ces miraculeux phénomènes qu'il est impossible de classer dans la série des faits opérés par les g^nimaux, qui n'ont rien d'immatériel en eux.
Les perceptions du somnambule, comparées à celles d'un homme ordinaire, montrent toute la différence qui existe ici-bas entre l'âme et l'instinct, et me font entrevoir en conséquence la différence qui ne peut manquer d'exister entre les habitants de l'autre monde et ceux qui vivent sur cette terre. Il est certain que pour tout homme qui a vu les opérations phénoménales de la vue à distance, les hommes qui se laissent simplement conduire par la clarté douteuse de l'instinct, sont des aveugles-nés, qui n'ont pour conduire leur marche que l'instinct de leur chien et ignorent les beautés inconnues dont les prive leur cécité.
Les esprits qui sont plus susceptibles de crainte que de vaillance, les imaginations troublées jour et nuit par le délire du scrupule, ont cru devoir redouter le somnambulisme comme une satanique sorcellerie ; ils ont recouru dans ces phénomènes propres à donner au cœur la foi , les ruses malicieuses de l'esprit du mal; d'autres ont même vu dans la proclamation de cette opinion moyen âge , dont ils rient les premiers èi gorge déployée avec
leurs amis, un moyen de troubler les têtes faibles et de régner sur les consciences éperdues d'eflFroi, en leur démontrant que le diable n'avait pas tout à fait renoncé à venir sur cette planète et à y manifester son action.
Je ne doute pas que ceux qui émettent de semblables doctrines et qui parviennent à y faire croire, soient en droit de mépriser la faiblesse intellectuelle de leurs dupes, en attendant qu'ils l'exploitent; mais ce qui me paraît invraisemblable, c'est que leurs adeptes se trouvent être, pour la plupart, des femmes et des hommes qui ont passé une partie de leur existence à entendre prêcher, à lire et même à chanter les vérités révélées que l'Église oblige les fidèles à croire, et qu'il ne soit venu à la pensée d'aucun que, suivant l'enseignement catholique, tout homme ayant une âme, rien, en vérité, ne s'opposait à admettre que le somnambule en eût une comme tous les autres habitants de cette terre, et à conclure que cette âme étant immatérielle, eUe devait jouir des facultés dont jouit tout fttre immatériel du moment où il est isolé de la matière, qui sont la vue à distance dans l'espace au travefs les corps les plus opaques et même dans les sph^pes inaccessibles aux regards de l'homme. Les persopines sincèrement chrétiennes^
dans les mains desquelles ira ce livre, me sauront gré de cette protestation contre une opinion que réprouvent leur cœur et leur esprit et qui les empêcherait d'assister à une séance de somnambulisme. Quant aux esprits qui aiment mieux craindre que croire , haïr qu'aimer , ils y trouveront une certaine consolation en nous voyant renier Satan comme notre force et notre lumière ; car renoncer aux œuvres du diable, c'est, selon eux, réaliser un miracle de conversion. Nous avons un ton semi-sérieux comme l'esprit de ce siècle, lorsque nous abordons un semblable sujet, et cependant il y a dessous cette accusation bien du sang et bien des larmes ; car si , en âme et en esprit, je me transporte dans l'antiquité, ce qui est sans difficulté pour moi dans l'état de lucidité que le magnétisme développe en moi , je reconnais que mes vues à distance m'auraient valu la vénération des peuples dans ce temps de civilisation, tandis qu'elles m'auraient valu les tortures et le supplice au moyen âge.
Je me vois accusé d'avoir aperçu ce qui se passait en d'autres lieux , comme tant de malheureux qui avaient conune moi reçu de leur mère cette faculté; je me sens livré à ces tortures qui cruellement çommQucent par briser mes os et déchirer ma chair avec des on-
gfles de fer, afin de me forcer à révéler le nom du démon avec lequel j'ai fait un pacte qui n^e pennet de réaliser de semblables prodiges ; puis me voici revêtu d'une chemise soufrée, ayant dans les mains un cierge de cire de trois livres, et conduit, précédé des pénitents gris et du bourreau rouge, à la place où je voie s'élever un bûcher destiné à me purifier de mes souillures et de mon commerce diabolique avec les démons, en me brûlant à petit feu; puis après l'on jettera mes cendres au vent, afin qu'il ne reste pas vestige sur cette terre d'un diable de mon espèce.
A côté de ces persécutions qui tuent, il y en a une plus cachée et plus perfide, c'est celle qui diffame et qui enlève la réputation, cette chose précieuse pour la conservation de laquelle, sans être d'un courage extraordinaire, l'on risque sa vie et l'on expose sa poitrine à la balle d'un pistolet ou à la pointe d'une épée.
Un succès immense, je te reconnais sans peine, a accueilli les livres qui ont insinué que bien que je sois armé d'ongles au lieu de griffes, je n'en étais pas moins un démon déguisé en jeune homme, et on a tâché de faire comprendre que venir me trouver c'était se mettre en rapport avec un représentant de
l'esprit des ténèbres. Ceux qui propagent de par le monde de semblables (Joctrines. sont de ténébreux ignorants ou d'impudents menteurs.
Il y a un préjugé contre lequel on a eu le tort de ne pas assez énergiquement protester, et qui consiste à croire que le somnambule est un être d'une passiveté absolue qui perd jusqu'au sentiment de ses volontés et auquel on peut faire révéler tous ses sorcrets -/c'est cette crainte qui empêche, malgré le désir qu'elles en ont, la plupart des femmes de se faire magnétiser. Pour nous, le somnambule, s'il est lucide, a plus de volonté que dans l'état de veille ; car l'âme étant plus dégagée des obstacles qui enchaînentses volontés, doit être infiniment plus étrangère aux influences qui les neutralisent dans l'état de veille ; je vais plus loin, je dis que, sans libre arbitre il ne peut y avoir de lucidité. D'autres, ignorant complètement le mécanisme de la lucidité, ne peuvent se résoudre à admettre que l'état de dégagement de l'âme du corps ne puisse se prolonger sans exposer le somnambule à des crises qui mettraient sa vie en péril, et qu'il arrive un moment où la voyance décroît sensiblement et finit par s'éteindre. Aussi, trouvent-ils étrange que, fatigué de la communion d'esprit où je me suis trouvé avec eux,
je sois forcé de me lever pour sonner, afin que mon
magnétiseur vienne me dégager. Il est certain que
de semblables reproches ne sont jamais dans les
* bouches d'êtres doués d'une intelligence supérieure.
La définition que j'ai donnée de l'âme sera, je n'en doute pas, un jour admise comme étant formulée par les lèvres de la vérité elle-même ; mais pour que ce jour arrive, il faut que des faits nombreux se soient produits, et que, les voyant surgir de toute part, les esprits soient familiarisés avec eux, afin que ce qui aujourd'hui semble impossible, paraisse probable.
Il n'y a pas de science plus propre que celle du somnambulisme, à donner à l'âme cette élévation qui fait les hommes d'honneur et rend les peuples heureux à l'intérieur et estimés à l'extérieur
Je dois cependant, par respect pour la vérité, dire que l'âme n'étant pas complètement isolée de la matière dans la lucidité somnambulique, il est impossible de voir dans cet état autre chose qu'une ébauche grossière de ce qu'elle sera lorsqu'elle aura quitté son corps. C'est cet imparfait dégagement, qui laisse le somnambule sous la dépendance de l'état de veille, en sorte que très-souvent il se sert de son imagination, de sa raison, de son instinct de ses
souvenirs, et donne au consultant des renseignements qu'A aurait pu trouver en lui-même sans sortir de son appartement ; ce qui signale l'action de rame et la manifeste aux esprits plongés dans l'épouvante et le respect, c'est lorsque le somnambule pénètre Timpénétrable et franchit les distances de temps et d'espace avec une foudroyante rapidité.
Le somnambulisme excite tout à la fois la haine des croyants et celle des incrédules. Les croyants, sachant parfaitement que les plus beaux discours des plus éloquents prédicateurs du Christianisme produiront moins d'eflfet qu'une guérison miraculeusement opérée ou une vue à distance parfaitement exécutée, ne pardonneront jamais aux magnétiseurs et aiix somnambules de produire des miracles, de réaliser des prodiges sans le concours du clergé. Les incrédules, de leur côté, qui reconnaissent la difficulté de nier l'âme si l'on admet la lucidité somnambulique, et qui, de plus, savent parfaitement que, du moment où le spectacle du surnaturel a ému un être humain, il entre dans un enthousiasme fanatique et embrasse avec ferveur la religion du pays qu'il habite; car le surnaturel prosterne les fronts devant la majesté de Dieu III
n est hors de doute que, comme intérêt person-
nel, il me serait plus avantageux de présenter mes expériences comme des tours de prestidigitation ; par là, j'éviterais la haine de ceux qui voient dans la lucidité somnambulique une sorcellerie déguisée, et je passerais pour un homme fin, spirituel et adroit; mais au fond de ma conscience, eroyant remplir une mission en démontrant par des phénomènes qui ne peuvent être Tœuvre de la matière, l'existence de r&me, j'aimerais mieux renoncer au somnambulisme que me fSaire passer pour prestidigitateur.
Lorsque ma santé me le permettra, je poursuivrai activement le cours de mes expériences de lucidité, œuvre pénible suivie d'abattement et d'épuisement considérable. Tous les jeudis, depuis deux ans, je donne une séance gratuite pour ceux qui désirent contempler les facultés de l'âme dans les phénomènes de la lucidité somnambulique. Je crois très-sincère-= ment qu'il n'y a pas d'enseignement plus utile que celui des faits ; aussi j'en produis le plus que je puis ; mais ce travail surhumain m'épuise, car je l'accomplis, pour ainsi dire, à la sueur de mon âme I
La lucidité somnambulique est loin d'être le seul moyen pour l'âme de rentrer dans la plénitude de ses facultés ; elle peut arriver à ce résultat par une restauration qui détruise les effets de sa chute ori-
ginelle et lui permette d'arriver à briser les liens de servitude qui la retiennent impuissante sous l'empire du corps.
Dans toutes les maladies qui, semblables h la catalepsie , neutralisent l'action des sens , l'on voit se produire les mêmes effets que dans la lucidité somnambulique ; l'àme, en rompant momentanément toute communication avec la matière , toutefois autant que cela lui est possible sans mourir , arrive à présenter ces facultés élevées qui sont, pour ainsi dire, l'auréole de sa gloire future et qui, seules, peuvent donner à Tintelligence la connaissance de la nature de l'âme, de l'infinie puissance de ses opérations , et lui persuader que seul , entre tous les êtres animés , l'homme en est doué.
Souvent l'on m'a demandé si le somnambulisme était susceptible de rendre des services à l'humanité. Je crois cette question résolue par le chapitre où j'ai démontré que s'il y avait au monde une science capable de montrer une âme aux incrédules, c'était le somnambulisme lucide.
C'est en comprenant l'étendue des fartés de son âme , que l'homme parviendra à comprendre les hautes destinées pour lesquelles Dieu l'a créé ; il se sentira roi de la création, en attendant que son âme,
rendue tout à fait à elle-même, jouisse des facultés qu'il a entrevues dans les phénomènes du somnambulisme lucide.
L'âme se sent , par les fibres du cœur , bien plus encore qu'elle ne se voit. Ceci me rappelle une anecdote dont j'ai gardé le déchirant souvenir. Ma mère, de qui , ainsi que mon frère Adolphe , qui habite Londres, où'il s'est fait une grande réputation de clairvoyance parmi la plus haute aristocratie, nous tenonsnotreprédispositionàlaluciditésomnambulique, avaitun de ses fils malade, qu'elle s'était vue forcée de mettre dans une maison de santé ; ayant été l'y voir dans la journée , le médecin lui dit qu'il était en pleiile convalescence et que le lendemain il pourrait sortir et retourner chez elle. A deux heures après minuit trois violents coups retentissent au pied de son lit , ses cheveux se dressent sur sa tête , un frisson glacé court dans son dos et frémit dans tous ses membres ; elle appelle mon père avec des cris déchirants et lui dit : « Notre fils est mort , j'ai senti son âme quitter son corps pour aller dans un autre monde . » Le4endemain l'on apprit que mon frère avait rendu le dernier soupir au moment précis où ma Ijaère avait senti son âme abandonner sa dépouille mortelle.
La mort, pour ceux qui, avec une attention sérieuse, méditeront ces considérations sur Tâme, cessera de leur paraître redoutable ; car il est certain que, semblable au sommeil magnétique, en supprimant le despotisme abrutissant du corps sur l'âme , elle la rendra à elle-même et doublera en étendue et en force sa merveilleuse faculté.
Quant à moi, je crains que ces idées" soient comprises de bien peu d'esprits; car si elles correspondent aux, aspirations élevées de l'âme et aux besoins du cœur , elles sont loin d'être en parfaite concordance avec les préjugés scientifiques et philosophiques dans lesquels la génération de ce siècle a été élevée. Aussi sera-t-il probablement de ces clartés vivantes, de ces vérités, comme de cette lumière dont parle saint Jean, qui est venue parmi les ténèbres et que les ténèbres n'ont pas comprises ! ! ! !
WLmOE MAOniTIQUB, ou LA VIE DANS L^DIIIVBRS ET DANS L*BOKANITÉ«
Aimez-vous les uns les autres.
Jésus-Christ.
II est impossible que Tâme, isolée de son corps et s'élevant à une hauteur infime , ne jouisse pas de la perception complète de la vérité religieuse ; ce qui, jusque-là, a été caché, lui devient visible ; elle vçit , elle sent , elle agit, elle se meut dans l'infini. Dans l'état de veille, le corps aveugle sa vue et l'empêche de contempler Dieu ; dans la lucidité, au contraire , éclairée par une lumière divine, elle soulève le voile de tous les mystères et arrive à la connaissance des vérités les plus cachées qui ont exercé l'esprit des plus savants penseurs. Au nombre de ces problèmes , un des premiers est celui-ci, qui se
place au commencement de Thisteire du monde et se formule ainsi ; Qu'est-ce la vi^ ?
Cette question, selon moi, est restée sans réponse satisfaisante ; les uns ont dit : c'est le mouvement ; les autres ont répondu : non, l'action de se mouvoir n'est pas la vie, car ce serait la refuser aux plantes, et ils ont dit : la vie est la force cachée au sein de la nature, qui fait croître et décroître tout ce qui est ici-bas ; plusieurs, se rapprochant de la vérité , ont dit ; c'est l'électricité ^mais ce mot a été un son pour l'oreille sans devenir une lumière pour l'intelligence. Quelques-uns , craignant de se compromettre , ont écrit : la vie est l'opposé de la mort ; une semblable questionn'est pas résolue par de semblables réponses, et, dans l'anxiété, l'humanité continue à attendre qu'un prophète ou un voyant vienne lui expliquer le mystère de la vie et de la mort.
Je vais tâcher de répondre à leur attente, car pour moi, dans l'état de lucidité, il n'y a aucun mystère qui puisse exister, puisque le voile qui cache les vérités aux hommes et les rend un mystère pour eux, c'est le voile de leurs sens, et que ce voile est soulevé ou simplement rendu transparent pour moi par l'action magnétique , en sorte que je puis contempler en esprit la vérité que le nuage du mysr
tère a cessé de recouvrir au moment où le bandeau des sens qui voilait la vue de mon âme est tombé.
L'immense avantage que j'ai pour traiter ces questions , c'est que j'ai toujours vécu étranger aux préjugés de l'enseignement ; ce que je sais, je l'ai vu ; mon âme a délaissé la science humaine pour étudier la science des sciences et arriver à la connaissance de l'homme, de Dieu et du monde.
Si je suis totalement dépourvu de grades universitaires et si je ne puise pas mon autorité dans des examens briliaioment subis , j'ai pour moi des £ai4s qui semblent dépasser les limites du possible; je n'ai pas besoin d'une carte de géographie pour connaître un pays , il sufllt de la volonté du consultant pour que je m'y rende en esprit , que je le visite , je le décrive et que je le connaisse comme si j'y étais né. De même en histoire ; évoquez le nom d'un gran* personnage, etuon-seulement jelevois, mais je connais, si je suis très-lucide, ses mœurs , ses habitudes , le plan auquel se rattachait ses pensées , ses actions et jusqu'au sentiment de son cœur.
Il existe répandu dans le monde un fluide subtil, lumineux , impondérable , qui anime mystérieusement toutes les parties de la création où il entretient le mouvement et auquel il donne la vie invisible à
l'œil des sens; on sent sa présence, mais on ne le voit que dans Tétat de lucidité où il paraît un souffle de lumière prenant tour à tour toutes les couleurs de Tare en ciel ; c'est lui qui fait végéter les plantes, c'est lui qui fait vivre les animaux et les hommes. Ce fluide spirituel est un, mais il modifie diversement sa nature suivant le corps qu'il anime ; son absence produit la mort dans les parties où sa pré-* sence entretenait la vie.
J'ai toujours trouvé que le nom de fluide magnétique appliqué à ce principe, avait un suprême désavantage, celui de ne pas le définir; le nom de fluide vital, au contraire, étant plus vaste etplus général, me semblerait infiniment plus approprié à ce principe, qui non-seulement est, pour l'Univers comme pour l'humanité, le principe essentiel et spirituel de la vie, mais est encore pour ceux qui ont étudié sa nature et ses effets, ce qui dans toutes les langues et par toutes les nations qui, vivent et ont vécu sur cette terre, a été considéré comme la vie.
Ses effets sont nombreux, mais pour le bien connaître il faut l'étudier dans tous, car sans cela il deviendrait impossible de se faire une idée juste du rôle si important qu'il joue dans Tharmonie admirable du monde. Pour moi, recevant de lui des fa-
cultes qu'il n'accorde pas habituellement aux autres hommes, je croirais être partial en me bornant à montrer son rôle dans les opérations si nombreuses du somnambulisme ; je montrerai les services qu'il Tend à Thumanité ; car, semblable au soleil, dont il est la vivante et bienveillante manifestation, il se donne à tous avec une généreuse libéralité.
Depuis que le monde a été créé au plus profond des abîmes de la mer, au sein des entrailles de la terre, au sommet couvert de neige des montagnes, il porte un principe de viequi, pour être caché, n'en est pas moins réel, car tout cela est encore la nature, et le mot nature signifie vie ; seulement la vie a bien des degrés ; elle se montre à un degré moins élevé dans le grain de poussière que dans la fleur, dans l'arbre que dans l'animal, dans la bête que dans l'homme ; mais pour la vue de mon âme, il y a un ineflFable bonheur à contempler les mystérieuses opérations /ie œ principe merveilleux de la vie animant les astres et donnant le mouvement à ces mondes de lumières fécondant la terre, la couvrant de verdure et de fleurs, faisant croître les arbres et se mouvoir les animaux suivant les règles préétablies par Dieu à l'origine de la création de l'instinct; si ce principe est le principe même de Tharmonie et
de la vie dans l'univers, il devient, lorsqu'il s'infiltre dans la nature humaine, supérieur dans le nombre comme dans la qualité de ses effets. L'examiner dans toutes ces opérations, c'est tout simplement écrire la théorie du magnétisme. Personne, jusqu'à ce jour, n'a pensé à procéder de la sorte ; mais il est des somnambules, ces coureurs de monde, comme des voyageurs, ces coureurs de pays, ils aperçoivent d'abord le sommet des édifices et la cime des montagnes, car dans l'état de lucidité l'on vit dans l'infini. L'horizon, cette borne de la vue, n'existe plus, le passé devient présent, la terre et le ciel n'ont plus rien de caché pour celui qui en est doué, il sent, il voit le principe qui anime toutes les sphères créées, et il lui est facile 4e le définir et de le décrire.
Pour bien connaître la vie, il faut être somnambule ; car chaque fois qu'un magnétiseur a infiltré en un somnambule son fluide vital, ce^Jsomnambule a senti en lui un des effets de la vie.Tous les somnambules ne sont pas propres à ressentir en eux tous les effets; mais si la lucidité ne les fait pas tous sentir elle les fait tous voir.
Si l'on s'en rapportait au nom de fluide magnétique que porte ce fluide vital, ce fiuide serait un
principe à l'aide duquel le magnétiseur attirerait son somnambule ou son sujet, comme la pierre d'aimant attire le morceau de fer, ce qui serait borner les effets du magnétisme à un simple phénomène d'attraction, et, en conséquence, le restreindre outre mesure; je reconnais cependant que cet effet existe, et je vais décrire ce que je vois se passer lorsqu'un fragment d'acier est attiré par un morceau cle fer aimanté. Je vois, autour de cette tige d'acier, deux courants fluidiques s'enrouler comme les serpents autour du caducée de Mercure, puis se retirer avec une électrique rapidité vers le morceau d'aimant dont ils émanent, et la ramener ainsi enroulée dans leurs liens pour les fondre à lui!
Le magnétiseur produit un effet semblable sur son sujet même ; cette faculté existe jusque chez les animaux, où certains oiseaux de proie exercent sur certains autres plus faibles, d'une nature douce et inoffensive, une réelle attraction; où le serpent &scine l'oiseau. Je pourrais très-facilement démontrer que l'amour^ dans la majorité des cas, n'est qu'une attraction fascinatrice et magnétique, et expliquer de cette manière la séduction irrésistible exercée par certaines femmes sur certains hommes et réciproquement; mais je craindraisblesser la juste
susceptibilité démon ami Henri Delaagre, qui ne me verrait pas avec plaisir venir traiter un sujet qu'il a plus étudié et qu'il sait mieux que personne.
Une des plus admirables facultés accordées à la race humaine par le bienfait de la vie, est la sensibilité, ou la puissance de ressentir non-seulement les sensations physiques, mais encore d'éprouver, à l'aide de ce fluide qui circule dans tous les nerfe, toutes les impressions avec une rapidité électrique. Le magnétiseur, en agissant sur ce fluide, principe de la sensibilité, peut, au gré de sa volonté, l'augmenter dans toutes les parties du corps ou produire l'insensibilité, et faire en sorte que les plus cruelles opérations puissent être exécutées, sans le moindre sentiment de douleur physique, sur le sujet magnétisé, et dont la partie sur laquelle l'on expérimente est tout à fait cataleptisée.
Une des propriétés de la vie est de permettre à " l'homme de se mouvoir dans l'espace et de donner à ses membres une force capable de soulever uine partie des obstacles qu'il rencontre. Du moment où ce principe est le principe même de la force et du mou« vement, le magnétiseur, en augmentant son énergie, arrivera à redonner des forces au sujet magnétisé, et l'on peut poser en aphorisme cette vérité,
c'est que toujours un être débile et faible sera fortifié par la magnétisation d'un homme sain d'esprit et de corps; car ce principe étant celui de la forcé et du mouvement, magnétiser, c'est faire généreusement partager à un être faible ces biens précieux que l'on a reçus de la Providence.
C'est la vie qui est la source de la croissance et de la fécondité ici-bas; toute action ne pouvant s'opérer qu'à l'aide de ce fluide, l'homme s'en sert toutes les fois qu'il veut faire exécuter un mouvement à l'un de ses membres, en sorte que rien, dans l'ordre de l'action, ne peut avoir lieu sans la vie, et que l'immobilité est un des caractères de la mort. Mais le fluide étant fécondant et fortifiant, chaque fois que l'on exercera un membre on le fortifiera. C'est en vertu de cette loi, qui est une des plus importantes de la physiologie et de l'hygiène, que l'on a reconnu que les forces du corps étaient toujours en proportion des exercices physiques auxquels il se livrait, et que, dans les temps modernes, la science de la gymnastique a prouvé que l'exercice était le père de la force.
Ce principe est non-seulement la source de la sensibilité et de l'activité, il est encore la source de l'intelligence. C'est une vérité visible pour tous les su-
jets lucides, que c'est la présence au oerveau du fluide vital qui produit les facultés, éveille le souvenir, anime l'imagination, fait naître Tintelligence, "comme la présence des doigts d'un habile musicien sur les touches mélodieusement ébranlées d'un piano, produit des sons dont l'harmonie jette les esprits dans l'enchantement. Les magnétiseurs ont, en conséquence, remarqué qu'en chargeant de fluide vital une des protubérances du crâne d'uri sujet magnétisé, l'on développait toujours les facultés, l'inclination, lé penchant qui, dans la classification phrénologique, correspondait à cette protubérance.
Pour produire ces effets, qui sont les plus élevées manifestations de l'homme en cet univers, avec une merveilleuse puissance de transformation, il se fait actif, intellectif et sensitif, avec les nuances propres à l'effet qu'il veut produire. Or, si l'on communique ce principe, par l'action magnétique, à un sujet propre à l'absorber, il sera nécessairement pour lui et en lui, actif, intellectif et sensitif, selon l'action qu'il voudra produire, la pensée qu'il voudra éveiller, le sentiment ou la sensation qu'il désirera faire naître.
Voilà tout le mystère de la transmission de pensée ; il touche au mystère même de la vie ; mais, encore une fois, l'un comme l'autre apparaissent, à l'es-
prit avec une évidente clarté, et ce serait même un moyen d'arriver à une classification parfaite des facultés et de connaître leur place sur le crâne humain, si malheureusement cette série de phénomè-^ nés ne pouvait rentrer dans une nouvelle série d'effets opérés par le fluide vital en l'humanité, et auquel les magnétiseurs ont donné le nom de transmission de pensée et de sensation. Ces phénomènes sont très-curieux, très-réels et d'une immense importance en philosophie, mais ils sont toujours, pour les somnambules lucides, une source d'erreurs.
J'ai posé en principe que non-seulement le fluide vital est le principe de l'activité de l'intelligence et de la sensibilité. Maintenant, pour expliquer^a transmission de pensée et de sensation, il suffit tout simplement de rappeler que le fluide magnétique est transmissible.
J'ai tenu à prouver que la vie avait en elle deux forces, l'une négative et l'autre affirmative; qu'elle éveillait outre mesure la sensibilité nerveuse ou l'endormait dans un sommeil cataleptique, ayant le caractère, la nature et les apparences de la mort. C'est en vertu de cette puissance, que le magnétiseur arrive à produire la mort apparente des organes matériels et la suspension du despotisme des sens sur
la majesté de r&me, et contribue à développer chez le somnambule cette merveilleuse faculté que Ton nomme la lucidité, dans laquelle, sur l'aile de la volonté, l'esprit, plus rapide qu'un rayon de lumière, s'élance à des distances immenses, visite les régions les plus lointaines, et pénètre jusqu'au sein de l'éternité, où, ravie à la vue des splendeurs de la vie future, elle entre en extase.
L'extase est la vision des beautés ineffables de l'ordre céleste, par une âme isolée de l'enveloppe terrestre qui l'abrutit et arrachée aux préoccupations de ce monde. En cet état, les traits, transfigiirés par une radieuse béatitude, arrivent à une beauté idéale qui est un sujet d'admiration pour les peintres et les poètes. L'extase est â la lucidité ce que le mysticisme est au spiritualisme. Comme cette doctrine philosophique, elle a pour but de laisser la terre et de s'en éloigner le plus possible pour se rapprocher de Dieu. Lé but est noble, sublime, élevé. Malheureusement, que d'esprits, trop débiles pour accomplir cet audacieux voyage, se sont perdus dans les nuages des plus folles rêveries et ont manifesté leur erreur par le vague de leur doctrine.
Il serait inutile de vouloir le nier, le caractère de l'erreur est l'indéfini. Du moment où un esprit flotte
dans les ténèbres du nébuleux, c'est un esprit égaré. Aussi, dans nos expériences, nous sommes-nous perpétuellement complu à être précis, clair et net comme la langue française dans laquelle nous nous exprimions. Les renseignements sans précision laissent l'esprit dans le vague et l'indécision. Les somnambules qui cherchent dans l'ambiguité de leurs termes et l'obscurité de leurs paroles à éblouir leur consultant, dorment peut-être, mais à coup sûr ils ne sont pas lucides. J'ai, pour ma part, retiré un immense avantage de l'habitude d'être, dans l'état de veille, en rapport avec le public, c'est celui de pouvoir lui parler un langage qu'il comprît.
Ce chapitre et le précédent n'ayant jamais été considérés au point de vue où nous les avons considérés, exigeront des lecteurs les plus familiarisés avec ces matières, une attention soutenue. J'ai tâché d'éclairer, en les définissant, deux mots qui voltigent sur toutes les lèvres sans être compris des oreilles qui les recueillent, car, pour les concevoir, il faut les voir par les yeux d'un somnambule qui voit l'âme et la vie et les contemple dans l'invisible mouvement de leurs opérations les plus cachées pour la vue bornée des sens, qui ne saisit que la superficie des objets, et pour laquelle les limites surgissent de toutes parts.
Il y a certainement un réel sentiment de plaisir dans la contemplation des hautes vérités ; mais il semble que Dieu, qui a donné la vie à tous les êtres, n'en ait réservé la vue qu'à l'âme de certains membres de la famille humaine, plus privilégiés que les autres.
J'ai suivi à sa naissance la vie, et je l'ai vue courant, invisible flamme subtile, s'élancer d'un pôle du monde à l'autre, pénétrer en tous sens la terre de son électricité vivifiante et fécondante ; je l'ai admirée la revêtant d'un vêtement de lumière et la rendant radieuse comme les autres planètes, ses sœurs en Dieu, leur créateur ; puis je l'ai vue développant les plantes et couvrant les arbres de fleurs et de fruits, donnant l'instinct et le mouvement aux animaux, puis douant l'homme d'intelligence, d'amour et de force.
Rentrant dans l'esprit de ce livre, j'ai montré l'action du fluide vital dans les hautes facultés du somnambulisme, au moment où l'âme, dégagée de son corps plongé cataleptiquement dans un sommeil de mort avec une électrique rapidité, franchit les distances du temps et de l'espace, entre en communion avec les vivants et les morts, et reçoit avec extase et ravissement le soufB.e céleste de l'esprit.
Traiter ces sujets, c'est s'élever au-dessus des cimes les plus élevées des sciences humaines, et venir plonger son œil avide de clarté dans la lumière incrée du monde de l'éternité ! ! !
GOMMmaon nu vivahts bt des iiorts.
Le progrès est la graYiution de l'âme vers Dieu. H« Delaage.
Après avoir défini l'âme et la vie, il est nécessaire de montrer par quelle mystérieuse opération Tâme, arrivée à l'état de lucidité par un isolement partiel de la matière, peut entrer en communion directe avec les sentiments du cœur et les pensées du cerveau des personnes avec lesquelles le somnambule se trouve être mis en rapport. La lumière étant portée sur ce point, les faits de lucidité recueillis et cités dans ce volume paraîtront vraisemblables, et étant admissibles pour l'intelligence, la raison n'aura plus aucun prétexte pour les nier.
A peine le somnambule a-t-il reçu la lumière du
magnétiseur, qu'il se passe, même aux yeux des assistants les moins observateurs, des faits d'un ordre propre à donner un but à la réflexion de leur esprit : ses yeux se retournent dans leur orbite et sa voix devient plus profonde.
Pour moi, sous l'action convulsive du fluide magnétique, je me sens, pour ainsi dire, tout à fait transformé : il me semble que la vie s'est retirée au dedans de moi et y a éveillé un être intérieur qui jouit de facultés infiniment plus étendues ; je me sens doué d'organes infiniment plus exquis et plus perfectionnés que dans l'état de veille, et les entreprises les plus audacieuses me semblent un jeu d'enfant, car je sens une force, une lumière qui agissent puissamment en moi et me permettent d'accomplir, sans hésiter, les désirs les plus extrêmes de mes consultants.
A peine ai-je dans mes mains une mèche de cheveux imprégnée du fluide vital d'un individu vivant ici-bas , qu'avec la rapidité électrique avec laquelle s'opère la sensation , mon esprit se trouve emporté dans l'espace et réuni à celui de cet individu ; j'ai cherché un nom pour peindre cette étonnante merveille qui .m'unit instantanément d'esprit avec les personnes dont on me remet un fragment de vête-
« ment ou une mèche de cheveux , et je n'en ai pas
trouvé de plus expressif que celui de communion. En eflFet , mon esprit , triomphant de l'espace avec une incalculable rapidité , va s'unir avec celui dont je sens le fluide dans la partie du monde où il se trouve au moment où l'on me met en rapport avec lui, et je suis si bien présent en esprit dans le même lieu que lui , que j'entends le langage des personnes qui l'entourent sans le comprendre, si la langue m'est inconnue , et que je suis en état de décrire , dans leurs plus minutieux détails, les beautés ou les particularités des sites ou des monuments qui l'environnent.
Si j'aime, pour peindre cette miraculeuse union des esprits à travers l'espace avec une instantanéité électrique, à employer le mot de communion, c'est que je me sens tout à fait identifié avec l'individu avec lequel je suis en rapport; ma présence, quoiqu'invisible , est si réelle , que non-seulement je puis regarder par les fenêtres de l'appartement qu'il habite , entendre ce ' qu'on lui dit et ce qu'il répond , voir ce qu'il fait, lire ce qu'il écrit , mais encore parce que je souifre de la maladie dont il souffre , je suis inquiet de ses inquiétudes , content de ses joies ; ma figure prend quelquefois l'air de
* son visage, et mon écriture devient son écriture. Je
sais parfaitement que tout ce que j'écris ici est si féerique en apparence, quoique vrai en réalité, que si je n'avais rendu témoins de ces phénomènes et convaincu de leur réalité les hommes les plus intelligents de ce siècle, je n'oserais pas le faire imprimer.
Plusieurs magnétiseurs ont cru que ce voyage était imaginaire et ils ont même écrit que Ton n'avait rien qui puisse prouver que l'esprit du somnambule se trouvait réellement transporté au lieu où se trouvait la personne dont on lui avait remis les cheveux ; il y avait un moyen bien facile de parvenir à la solution de cette question , c'était tout simplement d'endormir deux somnambules dans deux villes de France et de les envoyer se visiter réciproquement. S'ils s'étaient donné la peine de faire cette expérience, ils auraient acquis cette certitude : c'est qu'au moment précis où un des somnambules aurait touché à une mèche de cheveux de l'autre somnambule , ce dernier aurait senti en lui la présence de l'esprit du sujet avec lequel ses cheveux le mettaient en rapport.
Si ce que je viens d'écrire semble déjà d'une invraisemblance radicale pour tous ceux qui n'ont jamais été témoins de mes expériences et ne sont jamais venus me consulter , combien , à plus forte
raison , semblera-t-il impossible que je puisse être en communion non-seulement avec les vivants mais encore avec les morts; et cependant des expériences mille fois répétées et mille fois couronnées du plus éclatant succès, ont démontré que si la terre avait le corps du défunt et l'éternité son âme , il restait encore assez de leur personnalité sur le moindre fragment de leurs reliques profanes ousaijites, pour que mon esprit puisse entrer en communion directe avec eux.
Lorsque je suis en lucidité et que l'on me présente des cheveux d'une personne morte, je pâlis et je sens dans le dos le soufre glacé de la mort; puis , ne me sentant mis en rapport avec l'esprit d'aucun être vivant , je conclus que la personne dont on vient de me remettre les cheveux a cessé d'exister, et qu'une terre froide et humide recouvre son cadavre ; alors , au lieu de poursuivre son âme dans l'autre monde , ce qui me ferait entrer en extase , mais ce qui n'apporterait aucune certitude de la réalité de ma luci* dite à mes consultants, impuissants à aller constater dans l'éternité la valeur des renseignements que je leur apporterais, j'ai recours à une des facultés que j'ai reconnues à l'âme isolée du corps , celle de pouvoir contempler le passé et de n'être pas plus limitée par
les obstacles du temps que par ceux de l'espace ; je me reporte dans le passé à l'époque de la vie de la personne sur laquelle on désire fixer mon attention. C'est ainsi qu'il y a quelques jours, j'ai assisté, dans l'exaltation de la' foi la plus ardente , à la mort héroïque de ce pauvre Gaston de Raousset-Boulbon , fusillé sur une terre étrangère par des soldats étrangers , et dans ce fait il n'y avait pas eu de transmission de pensée , car la personne qui m'avait remis cette lettre ignorait les détails de ce trépas courageux; il y a certaine relique d'homme de génie f et d'inspiration, dont le simple toucher suffit pour m'inspirer de leur esprit même et me faire participer à l'inspiration qui leur était particulière durant leur vie.
L'Église, qcd a fait un dogme de la communion des saints, connaissait admirablement cette vérité de la communion des morts, et savait que l'esprit de sainteté qui avait animé les saints durant leur vie icibas, restant réellement présent en leurs reliques, se communiquerait à ceux qui les toucheraient avec foi, et leur inspirerait cet esprit de lumière et d'ar mour que les apôtres avaient reçu sous la forme de langue de feu, le jour où l'Esprit-Saint étant descendu en eux, avait mis sur leurs lèvres la parole
qui prophétise, en leurs mains la vertu qui guérit les maladies du corps, en leur regard l'onction qui convertit, en leur ftœur l'amour qui fait braver avec vaillance les tortures du martyre et se rire des ingénieuses cruautés inventées par la tyrannie en démence.
Je sais parfaitement que la science démontre géométriquement ce qu'elle enseigne, et qu'elle se refuse habituellement à reconnaître ce qu'elle ne peut concevoir, et surtout ce qui sape la base même de ses enseignements. C'est pour cela que nous avons tenu à donner une explication de ces phénomènes, afin que même les intelligences les moins versées dans l'étude de la science puissent comprendre et ne pas s'en effrayer. Nous avons, pour ainsi dire, établi une analogie entre ces phénomènes et ceux du télégraphe électrique, qui triomphe aussi de la distance et transmet avec une vitesse incalculable les nouvelles d'un continent à l'autre.
Tout homme qui désire faire pénétrer une idée, une croyance dans les masses, doit, pour réussir, l'appuyer sur des faits, car il est impossible de se refuser à croire ce qu'on a vu de ses yeux et touché de ses mains. Les académies nient la lucidité, se rient de la puissance que le sujet magnétisé prétend
avoir d'être en communion d'esprit avec les vivants et les morts, et de pouvoir les contempler, les en-
\ tendre et donner de leurs nouvelles à ceux qui leur
portent affection ou intérêt. Mais les savants entas- ■ seront livre sur livre, ils ne dépersuaderont pas un homme doué d'un jugement solide, qu'une expérience aura convaincu de la réalité de ce phéno-^ mène.
Lorsque l'on vient apporter au monde une doctrine qui, semblable à celle de la communion des vivants
l et des morts, semble être le complet renversetnent
^ • de toutes les idées reçues, pour ne pas passer pour un fou, jouet dés chimères du délire et- de l'illusion de ses sens, il feut de toute nécessité appuyer sa parole par des faits. Si l'Évangile a porté la conviction - dans tous les esprits, c'est que sa doctrine s'appuyait sur des faits miraculeux qui avaient eu lieu à la face de tout un peuple, et que les boiteux marchant, les aveugles voyant, les paralytiques se levant guéris, les sourds entendant, les muets parlant , c'était pour les masses une raison de croire en la divî-
^ nité de Jésus-Christ, bien plus éloquente que toutes les démonstrations philosophiques.
Je répondrai franchement à une question que l'on se pose dans le public en ce moment, sur les
motifs qui m'ont déterminé à suspendre momentanément le cours de mes séances d'expérience. Ce n'est pas la perte ou le déclin de ma lucidité, comme l'envie s'est plu à le colporter, qui m'a fait prendre cette détermination, car je n'ai jamais été plus clairvoyant que dans mes deux dernières séances.
Dans l'une, ayant lu dans une enveloppe cachetée le procès-verbal d'une guérison opérée, à l'aide du magnétisme, par M. Regazzoni, lequel, avant de m'avoir vu, n'avait aucune foi dans la lucidité des somnambules de France, et qui, maintenant, veut bien proclamer, avec un enthousiasme et une bien-* veillance peut-être un peu exagérés, que je suis le seul sujet lucide qu'il ait jamais rencontré à Paris.
Dans une autre, interrogé sur le contenu d'une boîte fermée, je répondis qu'elle contenait des dents arrachées à un cadavre par la personne même qui me l'avait présentée ; on l'ouvrit, et tous les assistants purent constater la réalité de ma réponse. Le spirituel caricaturiste Cham, m'ayant demandé de qui il tenait l'épingle qu'il portait à sa cravate, je lui répondis, d'un de vos amis tué en Crimée, et le fait se trouva parfaitement vrai. Enfin, Nadaud, le délicieux auteur de la musique et des paroles de tant de charmantes chansons, m'ayant interrogé à son
tour, je lui écrivis le premier couplet d'une romance manuscrite qu'il venait de composer, et qui, n'étant connue que de lui, n'avait pas encore eu le temps, comme ses autres productions, de faire son tour de France et d'être dans le cœur, dans la mémoire et sur les lèvres de tous.
Seulement, si j'ai pendant quelque temps, interrompu le cours de mes expériences, c'est que si ma lucidité est considérablement accrue par la maladie dont je souffre actuellement, il faut avouer que ma sensibilité nerveuse l'est encore davantage : et, ' dans le somnambulisme pratique, l'on n'est pas seulement en rapport avec des consultants pleins de franchise et de bienveillance, mais encore avec des esprits revêches et quinteux qui agacent les nerfs et empêchent une maladie comme la mienne de se guérir jamais.
Dans le repos que je me suis prescrit à. moimême, au lieu d'épuiser ma lucidité en expériences frivoles et oiseuses, j'ai cru qu'il serait d'une grande importance pour la science magnétique d'en donner une explication qui mette à jamais cette faculté à l'abri des sots commentaires que les premiers présomptueux venus se croyaient en droit de faire sur son origine. Parmi ceux qui cultivent les hautes
sciences dans le silence de leur cabinet, il s'en trouvera quelques-uns qui compareront mes réponses avec celles des auteurs de l'antiquité grecque et romaine qui ont abordé le même sujet que moi , et j'ai une ferme confiance qu'ils trouveront une grande analogie entre leurs réponses et les miennes. Un livre laisse toujours une impression dans l'esprit de son auteur, car il y a toujours communion entre celui qui a écrit et celui qui lit; un.bon livre est celui qui, œuvre d'un esprit élevé, au lieu de dégrader l'esprit du lecteur, par une mystérieuse sympathie l'élève au niveau de celui de l'auteur. Pour moi je désire que ces considérations, malgré leur caractère hardi, fassent, par une communion spirituelle, rayonner en tous ceux qui me liront, les clartés supérieures que mon âme, dégagée des liens serviles de la chair, a reçues, et qu'ils sentent vivre en leur cœur, éclairé par le souffle de lumière qui s'échappe de ces lignes, un sentiment de croyance à ces hautes vérités que je viens de décrire.