EFFETS DE L ATTENTION ACCUMULEE SUR LES FONCTIONS INTELLECTUELLES
La sensibilité, qui a son point de départ dans les sens et son siège dans le cerveau ; puis, la mémoire qui conserve dans le même organe les empreintes ou idées, fruits des sensations, sont deux facultés primitives et parfaitement distinctes entre elles. Il est en outre, une troisième faculté plus générale qui est la base conditionnelle de celles-ci et forme avec elles le trépied des éléments de la pensée ; c'est l'attention. Sans cette dernière, force éminement active et créatrice, ni sensation, ni empreinte idéale, ni souvenir possible. Ces facultés ne sont pas seulement distinctes par leurs caractères fonctionnels tranchés, elles le sont aussi par des différences marquées ; la sensibilité peut s'exercer sans qu'on ait conscience du secours de l'attention, tandis que celle-ci est en grande partie occupée ailleurs ; et sans secours de l'attention, la mémoire reçoit et conserve aussi les empreintes des idées ; cette dernière paraît tellement différente de la sensibilité et de l'attention, qu'elle garde les souvenirs intacts pendant que les deux autres facultés continuent d'agir dans un autre sens. Mais l'attention est la plus essentielle des trois. C'est elle, il faut le répéter, qui permet aux sensations d'avoir lieu ; c'est elle qui les imprime dans la mémoire et c'est elle enfin, qui fait surgir les souvenirs conservés dans cette dernière, qu'ils y aient été déposés consciemment ou non.
Mais ce n'est pas seulement là le rO>le de l'attention, elle associe encore dans, la mémoire les idées-images ou les idées pures que par un effort elle a extraites de ces premières; elle les dissocie, les compare, et, s'élevant plus haut, elle déduitàl'aidcde cesidées, elle abstrait, généralise, raisonne, juge, en un mot. Jl ne faut pas s'étonner que lorsque l'attention est portée à faire ainsi acte d'intelligence, les sens soient devenus insensibles et que, quand elle est toute aux sens, elle ne soit pas au raisonnement ; son unité consciente et locale d'action nuit à son ubiquité. Ainsi, d'après ce qui précède, l'intelligence n'est pour nous qu'une faculté quatrième, venant après les précédentes qui en sont chacune des conditions, et elle est due à la réaction de l'attention sur des idées simples ou complexes déposées dans la mémoire. On doit le remarquer, c'est la même force, l'attention, cette cause pourquoi l'on perçoit, que l'on fixe des idées dans la mémoire et que l'on se -ouvient, qui est aussi la cause, ou plutôt, le moteur essentiel de la faculté la plus relevée, la plus complexe et la plus importante de toutes, que l'on nomme l'intelligence. Nous avons trouvé, dans Laromiguière ', un passage à l'appui de notre manière de voir sur l'attention comme étant le principe moteur des phénomènes intellectuels et iiidquant que c'est d'elle que part l'effort du raisonnement. v( Par l'attention qui concentre la sensibilité sur un seul point, par la comparaison, qui la partage et qui n'est qu'une double attention ; par le raisonnement qui la divise encore et qui n'est qu'une double .comparaison, l'esprit devient donc une puissance, il agit, il fait. » Quoi([u'il soit peu nettement rendu, on entrevoit que le sentiment de Laromiguière est que l'attention active est la première condition de l'intelligence, faculté à laquelle
^ Leçons de philosophie, t. I, p. 101. Paris, Brunot-Labre, ISlo.