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été plus heureux que nous; ils ont relaté avoir réussi dans de semblables expériences, d'où ils concluent à une action cérébrale d'un individu actif sur un individu passif, à une identification du plus faible avec le plus fort, au point que ce dernier remplace l'autre dans son esprit.
Nous ne nions aucun fait de transmission de pensée^ pas même ceux qui ont servi de base à la théorie de ces médecins; mais, à propos de ces faits, notre manière de voir est, pour le présent, différente de l'explication de ces auteurs et de toutes celles que l'on a émises. Nous nous rallions à l'opinion rationnelle de M. A. Maury. Puisque, à l'aide des sens et des idées acquises avec le concours de ces organes, il nous arrive souvent de deviner la pensée des autres en les observant; pourquoi ne pas admettre simplement que les somnambules la connaissent de même et encore avec plus de facilité, en raison de leur sensibilité exagérée et de leurs facultés mentales plus développées? Pour arriver à- traduire notre pensée, il suffit à ces dormeurs du contact des mains, d'un bruit, d'un mouvement, d'un son de voix; en un mot, d'un de ces riens presque imperceptibles qui nous trahissent sans que nous nous en doutions, riens qu'ils observent et interprètent. Chercher des explications en dehors de la surexcitation des sens, comme point de départ ordinaire de la transmission de pensée, c'est se perdre dans les nuages.
M. A. Maury \ qui reconnaît combien les sens des somnambules sont aptes à percevoir les impressions les plus légères et à discerner les différences de sensations qui nous échappent dans l'état normal, lorsque nous nous approchons de ces rêveurs, M. A. Maury ^ se rend encore compte d'un autre mode de transmission de pen-
^ Du Sommeil^ p. 310.
2 Du Sommeil, p. 209.
sée. Nous ne saurions mieux faire que de le cit<r textuellement, (c Mais (juand in<Mne on réussirait à mieux établir, qu'on ne Ta fait jusqu'à ce jour, qu'il peut, en quelques circonstances, s'opérer une transmission de pensée; il faudrait simplement en conclure que, par suite d'une liaison étroite (pii s'établit entre deux organismes placés sous les mêmes iniluences, telle opération intellectuelle s'exécute de la même façon dans les deux cerveaux et aboutit au même résultat ». Nous avons été à même de reconnaître, sur des dormeurs, la vérité de cette interprétation, que son autour appuie de faits observés sur des hommes en santé ou malades. Nous avons rencontré des personnes et, entre autres, un de nos amis et sa femme, auxquels il arrivait parfois de fyire absolument les mômes rêves dans la même nuit. Ces personnes, vivant ensemble, avaient éprouvé les mêmes impressions, s'étaient occupées des mêmes pensées; or, par suite d'un déroulement logique, d'une association d idées partant des mêmes prémisses, elles aboutissaient à un rêve de semblable nature.
Une singulière communication apparente de pensée, dont nous avons été témoin, et qui a quelques rapports avec ce que nous venons de développer, vient confirmer plus directement la théorie précédente ; c'est celle que nous a présentée une jeune fille qui, endormie, répondit plusieurs fois de suite à des questions mentales ayant rapport au même sujet. Nous attribuons ce remarquable fait à ce que : d'abord, cette dormeuse connaissait les préoccupations morales de la personne qui l'interrogeait; et ensuite, à ce que l'idée principale de la conversation étant trouvée, la consultante et la somnambule suivaient la marche naturelle et logique du discours: l'une, dans ses demandes; et l'autre, dans ses réponses.
Pour en finir avec la lucidité transcendante, nous le déclarons donc: nous ne nous inscrivons pas en faux contre
les faits qui y ont rapport et que des auteurs recommandables ont constatés; mais nous regardons seulement comme inadmissibles les explications qu'ils en donnent, parce qu'elles s'écartent trop de ce qui est positivement acquis à la science.
Si l'on entrevoit encore un abîme entre ce que Ton a observé et les données de la physiologie positive ; si l'on ne cr(>it pas pouvoir combler cet abîme par une interprétation rationnelle, comme nous avons essayé de le faire; que l'on s'arrête plutôt et que l'on se mette à l'œuvre de nouveau ; l'on fera mieux que de se perdre dans des divagations et de recourir au surnaturel, ce refuge de la raison des pauvres d'esprit. C'est la faute à notre savoir, à notre jugement, quand nous sommes dans cette humiliante position de ne pouvoir conmprendre les faits que nous remarquons, ce qui arrive à chaque pas dans la vie: aussi, n'allons pas mettre le comble à notre incapacité en expliquant ces faits à l'aide de suppositions folles et hypothétiques ; ou bien, n'allons pas les nier, si nous ne les avons pas vus, avec cette outrecuidance, marque d'une intelligence étroite, qui fait que l'on rejette ce qui ne rentre pas dans les bornes de ses petites connaissances. Rappelons-nous ces paroles de Montaigne ^ : « Il fauit iuger avecques plus de révérence de cette infinie puissance de nature, et plus de recognoissance de nostre ignorance et foiblesse. Combien y a-tilde choses peu vraysemblables, tesmoignées par gents dignes de foy, desquelles, si nous ne pouvons estre persuadez, au moins les fault il laisser en suspens? Car de les condamner impossibles, c'est se faire fort, par une téméraire presumplion de sçavoir iusquesoù va la possibilité C'est une hardiesse dangereuse et de conséquence , oultre l'absurde témérité
* Essais, livre 1, ch. xxvi.
qu elle Iraisne quand et su\ , de mespriser ce que nous ne concevons pas : car aprez que, selon vostre bel entendement, vous avez estably les limites de la vérité et de la mensonge, et qu'il se treuve que vous avez nécessairement à croire des choses oii il y a encores plus d'estrangeté qu'en ce que vous niez, vous vous estes desia obli.cV' de les abandonner. »
On voit, d'apn^s ce qui précède, que la condition de la supériorité de l'inlelligence des somnambules réside dans la propriété qu'ils ont d'accumuler leur attention sur une seule, ou seulement, sur quelques-unes de leurs facultés ; on voit encore que, par cela même qu'il y a un afflux très considérable de cette force là où elle est appelée, les autres facultés sont abandonnées par elle : de là souvent la nullité de certaines fonctions cérébrales à côté de la supériorité de certaines autres. Ce déplacement de l'attention, caractérisé chez les somnambules par un tlux et reflux de cette force, oscillant tantôt vers une fonction, tantôt vers une autre et les excitant ou les abandonnant tour à tour; on le retrouve, non-seulement chez les femmes nerveuses, dont parle Cabanis ; mais aussi parmi d'autres malades. Tissot, et quelques médecins avec lui, citent des stupides qui, dans leur délire, raisonnaient avec justesse.
On rencontre encore ce déplacement de l'attention dans chacun, à l'état ordinaire, mais à un moindre degré d'accumulation ; on le retrouve surtout chez certains hommes, toujours aptes à acquérir des talents, parce qu'ils ont la rare propriété de concentrer cette force avec une grande énergie sur quelques-unes de leurs facultés. L'idée d'enfanter une œuvre d'art ou de science surgissant dans l'esprit d'individus doués de cette prédisposition exceptionnelle, leur attention ne s'en détourne plus et un besoin irrésistible les entraine à leur but. Semblables aux somnambules, ils éprouvent une surexcitation des sens et de
facultés dont ils ont besoin pour perfectionner le travail qui les occupe ; ils sont tellement absorbés par leur idée fixe, que le sentiment de leur personnalité va jusqu'à se perdre; c'est l'enthousiasme, le feu sacré, l'influence d'un bon génie, d'un démon familier. Ce qui distingue le génie le plus élevé, ce sont l'intuition et l'inspiration, espèces d'accès très analogues aux rêveries du sommeil profond. Lorsqu'une opération intellectuelle a lieu rapidement, au point que l'on n'a pas conscience delà marche logique de la pensée ; et que la conception instantanée d'une vérité que l'on n'entrevoyait pas se produit, il y a intuition. L'inspiration, *cette autre marque du génie, n'est rien autre chose que l'intuition prolongée. Celui qui tombe dans ce court somnambulisme est tellement absorbé que, lorsque le travail de son esprit est terminé, il ne se doute pas de la manière dont il Ta accompli ; il en a perdu tout souvenir comme le dormeur profond qui s'éveille.
Moreau (de Tours) a soutenu la théorie que le génie, c'est-à-dire, la plus haute expression de l'activité intellectuelle, est une névrose ; ce qui, en langage technique, équivaut à dire qu'il est la conséquence d'une maladie. Mais cet auteur a eu soin, en même temps, d'indiquer que, dans le cas dont il s'agit, le mot névrose ne signifie pour lui ^ « qu'une disposition participant de l'état physiologique, mais en dépassant déjà les limites et touchant à l'état opposé ». Pour quiconque a lu l'ouvrage de Moreau et principalement les faits biographiques qu'il relate ; pour tout médecin qui a observé de ces affections qui ne sont pas autres choses que des formes dégénérées du sommeil ; pour celui qui a étudié le rêve somnambulique, cette opinion presque nouvelle du savant aliéniste est frappante de vérité. Et pour ne parler que des névroses
* Psychologie morbide, p. 464. V. Masson, 1859.
de l'intelligence, qui ne sont que des sommeils pathologiques, ce que l'auteur en question a le premier entrevu, n'arrive-t-il pas alors que Tattention, n'étant plus équilibrée, s'accumule en excès, soit sur un sens, soit sur une ou plusieurs facultés cérébrales ; et que, par suite, il en résulte quelquefois une supériorité passagère dans les arts d'agrément, les arts plastiques ou les sciences de raisonnement, supériorité qu'un grand nombre de médecins qui ont écrit sur ces maladies ont signalée dans leurs livres^ ? Si, parfois, les névroses peuvent offrir un développement inusité de l'intelligence ; à plus forte raison l'état physiologique, qui est sur leurs limites et qui y prédispose, sera-t-il la condition d'un développement intellectuel autrement remarquable. Notre conviction est que le génie se greffe le plus souvent sur ce charme originel que nous avons signalé déjà comme prédisposant à la semihallucination et, en ce point, nous ne différons guère d'opinion avec Moreau. Cet état permet cette espèce de concentration extatique de la pensée dans laquelle tombaient Socrate, Archimède,' Michel-Ange, Raphaël, Le Tasse, Pascal, Newton, J.-J. Rousseau, Laplace, etc. ; mais cette sorte d'état touche aux névroses, surtout à la folie, dont il n'est séparé que parce que ceux qui y arrivent gardent encore assez de ressort d'attention pour se contrôler. C'est, du reste, cette liberté de retour sur eux-mêmes qui leur donne un immense avantage sur les somnambules. Newton a écrit que le génie est une longue patience ; cela équivaut à dire que c'est l'attention soutenue et, accumulée qui le donne. D'un autre coté, d'après Esquirol, certaines névroses, surtout les affections mentales, sont des maladies provenant d'une détente, d'un relâchement de l'attention ou comme qui dirait, d'une fatigue du cer-
* Rapport du physique et dumoval, t. I, p, 285.
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veau. Entre ces termes: génie et névrose, \l y a donc un grand rapport et la même disposition les embrasse ; le premier de ces états est réellement au commencement de l'autre, puisque l'application trop forte de l'attention conduit à son relâchement, à la maladie. Il n' y a donc qu'un pas de l'excitation intellectuelle physiologique à la névrose. Ne nous étonnons donc pas si Moreau a classé le génie sur la limite des maladies mentales.
Ce à quoi l'on doit tendre, ce n'est pas d'en arrivera cette espèce d'extase passagère où se plongent des hommes d'un grand talent ; c'est de rester dans un juste équihbre de toutes les fonctions de l'organisme et de toutes les facultés de l'esprit. Si la désharmonie des fonctions cérébrales prédispose à devenir un peintre habile, un grand virtuose, un poète sublime, un calculateur profond, l'épreuve en est trop rude et souvent le salaire trop triste : la misère de l'intelligence en coudoie la brillante richesse. L'homme le plus mal partagé n'est pas celui dont les facultés sont équilibrées ; n'aurait-il que cet avantage de se conduire avec tact dans le cours prosaïque de ses occupations journalières et de ses relations sociales, ce serait déjà un grand bien. On peut aisément se consoler d'avoir une âme saine dans un corps sain ; si l'on y perd en profondeur d'intelligence, on y gagne en étendue ; et il reste encore un vaste champ à faire valoir pour l'homme dont les facultés sont harmoniques dans les sciences morales et les sciences physiques, les plus difficiles de toutes et où il faut un esprit qui sache se replier, avec facilité, des sens au cerveau et du cerveau aux sens, et concevoir alternativement les choses sous leurs aspects les plus variés. C'est là, nous le croyons, où il y a place pour le plus grand nombre ; c'est que là aussi, il y a un monde de découvertes et d'avenir.
VU
EFFETS DE L ATTEMIOX ACCUMULEE SUR LES FONCTIONS DES ORGANES SOUMIS A l'action DU NERF GRAND SYMPATHIQUE
Avant d'établir, avec des preuves directes, que par la pensée consciente l'on réagit sur les fonctions végétatives, il est bon de donner quelques détails préliminaires démonlraiit la possibilité d'un tel phénomène.
Le nerf grand sympathique qir préside aux fonctions circulatoires, digestives, nutritives, sécrétoires, etc., communique, par des filets, avec les nerfs crâniens, moteurs et sensitifs, et avec les racines antérieures et postérieures des troncs nerveux, moteurs et sensitifs qui sortent de la moelle par les trous de conjugaison. Il résulte de ces rapports anatomiques que le système nerveux forme un tout continu, une grande unité ; et que le grand sympathique, le plus étendu et le plus important des nerfs émergeant du centre céphalo-rachidien, doit contenir des fibres conductrices de sensations et de mouvements. Et, en efiet, l'expérience confirme que ces nerfs sont conducteurs d'impressions vers les centres nerveux et d'excitation motrice vers les organes.
Ce n'est pas tout, f/est dans les mêmes parties de l'axe cérébro-spinal que, par les nerfs de la vie de relation ; c'està-dire dans la protubérance annulaire, le bulbe rachidien et la moelle, que siège le pouvoir excito-moteurdes filets nerveux de la vie organique. Non-seulement, par l'intermédiaire de ces parties, il y a phénomènes réflexes des fibres sensitives du grand sympathique à ses fibres mo-