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trices ; il y a même réflexion d'une sensation reçue par ce dernier nerf aux muscles de la vie animale, comme réciproquement, il y a réflexion des nerfs sensitifs céphalo-rachidiens aux nerfs du mouvement des muscles de la vie organique : tous phénomènes indiquant une union intime et commune entre les deux faces opposées du système nerveux. De plus, pour les deux systèmes, c'est dans la substance grise que se fait la transformation des impressions sensitives en excitations motrices. De même que c'est aussi par la substance grise que les impressions éprouvées par les sens externes sont perçues et transformées en idées dans le cerveau ; il est à induire que, par la même substance, il y a, en même temps que réflexion des nerfs sensibles aux nerfs moteurs, une perception idéale inconsciente au cerveau venant des impressions des nerfs sensitifs du grand sympathique.

Or, l'unité du système nerveux, la similitude fonctionnelle entre les nerfs présidant aux vies organique et de relation, la communauté de leur point de réflexion des sensations aux mouvements, et surtout le croisement réflexe entre les actions nerveuses de ces deux vies ; de plus enfin, la prolongation de la substance grise de la moelle à l'encéphale, donnent déjà à supposer que le principe modérateur et excitateur des nerfs de tout le système nerveux découle d'un foyer unique : ce foyer est le cerveau. C'est là que par l'intermédiaire de la moelle, le nerf grand sympathique va porter, quoique à notre insu, les impressions produites sur les extrémités de ses filets sensitifs ; et c'est de là qu'il reçoit des incitations pour produire des mouvements physiologiques. La moelle, ellemême, siège et condition des phénomènes réflexes, n'a ses propriétés régularisées ou contenues, que parle cerveau ; car, sans l'influence de ce dernier, ces phénomènes deviennent bientôt exagérés, ii réguliers, ininteUigents :

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ce que démontre une section de la moelle dans quelle partie que ce soit d£ sa longueur.

Nous venons de dire que Tensemb e du système ganglionnaire puise son principe d'action dans le cerveau: ce qui le fait croire, c'est que si l'on irrite sur un être vivant les pédoncules cérébraux, les couches optiques ou les corps striés, on détermine des contractions dans les organes animés par le grand sympathique. Et comme d'un autre côté, des douleurs dans les tissus soumis à ce nerf sont rapportées par cet être au foyer de la conscience, on est plus que jamais conduit à admettre que ce nerf, présidant à la vie végétative, a réellement son principe d'action sensitif, et par suite intelligent et moteur, dans le cerveau. En outre, n'y a-t-il pas des lésions delà protubérance annulaire, causes d'albuminurie, de polyurie, et d'exagération dans la sécrétion salivaire ? Si, dans ces derniers cas, il y a répercussion morbide d'une partie lésée du cerveau aux extrémités des filets nerveux sympathiques ; pourquoi encore, de ce même organe sain, n'y aurait-il pas vers ces filets, une répercussion physiologique de nature psychique ?

Une chose à remarquer, c'est que le plus souvent les impressions transmises par le nerf grand sympathique au cerveau, ne nous arrivent pas sciemment à la conscience. L'irritation d'un de ses filets ne nous est pas conscient, quand pourtant il y a indice d'une perception cérébrale dans l'etfet qui est consécutif à cette irritation, dans le mouvement réflexe. Il y a donc, en nous, pour les fonctions organiques, comme une autre conscience inférieure qui manœuvre à notre insu et à part de celle qui nous est connue. Mais lorsque l'irritation produite sur des filets du nerf grand sympathique est plus vive, il arrive alors que nous en avons connaissance avec plus ou moins de netteté; ce que l'on remarque, surtout dans l'état maladif, où des

sensations, auparavant ignorées ou confuses des voies digestives, etc., sont mieux ressenties par nous, parce qu'une plus forte dose d'attention s'y porte. En cet état, nous ressentons même des douleurs dans des parties du corps où nous n'en avions jamais éprouvé : dans les os, par exemple. Il y a, dans ces cas, une analogie avec les phénomènes impressifs que nous avons déjà signalés à propos de la mémoire et des sens, quand ils fonctionnent dans le sommeil comme à l'insu des dormeurs; phénomènes qu'une dose d'attention plus forte fait ensuite reparaître à la conscience. S'il n'existait pas un centre conscientiel commun entre les fonctions du système nerveux de relation et les fonctions du système nerveux organique, comprendrait-on qu'une sensation douloureuse du grand sympathique put, parfois, devenir consciente et rester telle dans la mémoire?

Si des physiologistes ont reconnu avec raison un tact plus étendu que celui qui est généralement admis ; tact qui se développe dans certains états morbides et qui correspond aux sens externes par la partie cérébro-spinale du système nerveux, et à la circulation, aux organes sécréteurs, digestifs, etc., par sa partie ganglionnaire ; c'est parce que le cerveau est le centre commun vers lequel convergent les sensations de l'une et de l'autre grande division de ce système. C'est principalement pendant le somnambulisme, lorsqu'il y a concentration de l'attention sur un organe innervé par le grand sympathique, que le tact est développé sur ce point; alors les plus légères sensations, auparavant inconnues quoique réelles, en sont rapportées à la conscience et elles deviennent la cause pourquoi le dormeur peut reconnaître, dans une partie de ses tissus, le germe d'une maladie naissante, bien qu'éveillé, il se croie encore plein de santé.

Ainsi, le système des nerfs de la vie organique, de par

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les rapports anatomiques; de par le même point de réflexion pour les mouvements suite de sensations, est étroitement uni au système des nerfs de la vie animale; et ce dernier, de par le même foyer de sensibilité et d'excitation reconnu par les expériences physiologiques et l'observation clinique, dépend aussi, comme le premier, d'un même organe qui le domine : le cerveau. C'est en ce centre, que les appendices nerveux portent la sensation, et là d'où ils reçoivent la pensée. Car, de même que pour les nerfs de relation, si les nerfs ganglionnaires sensitifs et moteurs sentent où sont le point de départ et les intermédiaires de mouvements réflexes, lesquels, par cela qu'ils ont lieu, sont la preuve d'empreintes conscientielies à l'aide d'une attention dont nous ne nous doutons pas; nous devons être conduits de même à croire que les nerfs sensitifs ganglionnaires servent à créer des idées, et que leurs nerfs moteurs sont consécutivement les agents d'une action cérébrale intelligente. C'est que, en efl'et, toute sensation suppose un acte d'attention qui la précède et une idée qui la suit, et tout mouvement consécutif implique la transmission d'une pensée. Mais le système ganglionnaire ne peut être l'agent parfait de pensées élaborées dans le cerveau sans une mémoire spéciale au-dessus de lui. Aussi, existe-t-il une remémoration que nous avons droit de supposer, remémoration, d'après M. Sales-Girons ^, spontanée, native, innée; elle a eu son éducation propre. « Qui peut nier, dit-il, que les poumons n'aient appris à respirer de proche en proche ; que le cœur n'ait appris à battre et l'estomac à digérer, etc. » Admettre que tous les actes réguliers accomplis par le nerf grand sympathique sont, quels qu'ils soient, primitivement cérébraux et la traduction d'une pensée intelligente s' exerçant à notre insu,

* Annales médico-psycholoQiques, An. 18G4, article de Tissot.

n'est donc pas une absurdité; puisque, outre leur admirable manifestation, qui en est la preuve évidente, on leur trouve pour causes les éléments de la pensée ; sensations et conscience, idées et mouvements, attention et mémoire.

Comment maintenant ne pas comprendre que les fonctions intimes d'assimilation et de désassimilation ne soient l'efTet de pensées permanentes puisées dans les sensations internes et élaborées dans le cerveau ; pensées dont nous n'avons pas la connaissance directe, il est vrai, et qui ont pour but la formation, l'entretien et la conservation de l'être ? S'il nous était permis d'émettre une opinion probable, nous dirions que, de même que les hallucinations sont des pensées conscientes et imagées ' des objets, pensées répercutées jusque dans les extrémités sensibles des nerfs de la vie animale; de même ces pensées latentes de la vie organique sont représentatives dans leur mode d'agir ; c'est-à-dire, analogues à ce qu'est, pour les nerfs des sens externes, la répercussion imagée et réelle de la sensation centrifuge. Formulées au cerveau, avec une conscience à elle, ces sensations remémorées ou pensées sont transmises aux filets nerveux de la vie végétative, et elles ont lieu à la fois en cet organe et jusqu'aux extrémités de ces nerfs répandus dans les profondeurs de l'économie. Elles sont non-seulement organisatrices et conservatrices ; elles sont aussi réparatrices ; la nutrition aidant, elles revivifient les tissus délabrés, bouchent les plaies, stimulent les sécrétions pour ramener l'organisme de l'état morbide h l'harmonie des fonctions : ce sont des sentinelles qui veillent à l'entretien de l'intérieur de l'être

1 Nous avons dit (voyez Préliminaires) que penser, c'est faire réagir l'attention sur des idées fixées dans la mémoire ; donc, avoir une sensation ireiilrifiige, une hailuciuation, c'est, d'après noire définition, bien réellement faire acte de penser.

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comme les p:^nsées conscientes servent à en entretenir et sauvegarder l'extécieur.

Alix assertions précédentes, on objectera les résultats de la greffe animale. On sait, d'après les expérimentations de Bert et d'Ollier, qu'une partie de tissu encore vivante, réunie immédiatement en un point d'un autre organisme, continue à s'y développer comme elle aurait fait sur le corps d'où elle a été détachée, et d'après le type de ce corps. En plus de l'action vivifiante de l'atmosphère nerveuse du nouvel organisme, et de l'influence pénétrante de son sang oxidé par l'acte de la respiration ; il faut nécessairement, pour répondre à cette objection, admettre que, en outre de ces secours, cette fraction de tissu continue d'évoluer d'après l'idée qui, du cerveau, a veillé antérieurement à sa formation et à son évolution. Il faut croire qu'il est resté, en cette fraction de tissu, comme une représentation idéale et encore active de cette idée formatrice.

Ainsi, le nerf grand sympathique, de même que les nerfs du sentiment et du mouvement, reçoit son influence d'un foyer qui lai est commun avec ceux-ci, le cerveau ; c'est de cet organe que les pensées partent en se bifurquant, les unes volontairement et consciemment pour servir aux actes de relation ; et les autres, insciemment et d'une manière continue, régulière, persistante, pour servir aux actes de nutrition. Si les mouvements de la pensée se faisaient pour la vie végétative ainsi que pour la vie animale, il s'ensuivrait qu'un détour volontaire, une cessation immédiate de cette pensée dans plusieurs parties de l'économie, auraient pour résultat des troubles organiques graves, ou peut-être la mort. Par sa double manière d'agir avec intelligence, le centre cérébral a donc une omnipotence qu'on ne saurait contester. Quoiqu'il s'exprime d'une manière moins catégorique que nous.

Cabanis * a grandement raison lorsqu'il dit n'exister aucun organe « qui doive exercer, d'après les lois de réconomie vivante, une somme d'action plus constante,

plus énergique et plus générale que le cerveau

11 est présent partout Ses fonctions sont également

importantes, soit comme imprimant la vie à toute l'économie animale, soit comme appartenant à l'organe propre de la pensée et de la volonté Tous les phénomènes de la vie, sans nulle exception, se trouvent ramenés à une seule et même cause ; tous les mouvements, soit généraux, soit particuliers, dérivent de cet unique et même principe d'action. )^

Du moment que les impressions internes des filets du nerf grand sympathique sont, dans certains états particuliers, rapportés à un même foyer conscientiel que les impressions des sens externes; du moment que l'incitation à des mouvements est portée par ce nerf aux muscles des viscères par le même organe central que l'incitation aux mouvements des muscles de relation ; du momen t que l'organisme est l'expression d'idées formulées au cerveau ; idées, selon l'opinion la plus probable, se répercutant du même coup, à notre insu, avec une conscience propre, et par représentation mentale, du centre cérébral aux extrémités sensitives et trophiques des nerfs ganglionnaires ; du moment que ces idées inconscientes en apparence, fruits élaborés de sensations centripètes internes perçues dans le même fijyer conscientiel que les sensations centripètes externes, ne peuvent avoir nécessairement leur origine que dans le même et unique centre que toutes les sensations et, par conséquent toutes les autres idées ; il n'y a plus à s'étonner qu'à l'aide de la pensée, on ne puisse appeler une diminution ou un surcroit d'at-

1 Rapport du physique et du moral, t. II, p. 335, et suiv.

tenlion sur le pouvoir des idées inconscientes qui président aux fonctions organiques. Les faits observésdans le sommeil profond et les états analogues confirment cette induction. On a établi sur des dormeurs de nombreuses expériences qui sont venues appuyer ce principe : à savoir que toute pensée relative au ralentissement ou à la surexcitation des fonctions végétatives est toujours exactement interprétée dans l'économie. Des magnétiseurs ont ralenti le pouls des somnambules par suggestion. Ce résultat est plus que probable, puisque déjà lo sommeil, état où l'attention a quitté en partie les organes pour s'accumuler au cerveau, est par lui-même un sédatif de la circulation; et que l'on rencontre des femmes qui, en accès bystériques, c'est-à-dire, dans une forme du sommeil morbide, présentent seulement de dix à douze pulsations par minute. Même pendant la veille, on a vu des hommes localiser l'action de leur pensée, imposer leurs idées à un^ ou plusieurs muscles de la vie organique. Bayle pouvait ralentir à un haut degré les battements de son cœur. Le colonel anglais Townsend les diminuait à volonté, à tel point qu'on le prenait pour mort K

Ce n'est pas seulement sur les mouvements des muscles de la vie organique que, par la suggestion qu'on lui fait, le dormeur profond jouit, plus ou moins partiellement, d'une puissance de pensée remarquable ; c'est aussi sur les tuniques contractiles des vaisseaux sanguins et spécialement sur le réseau des capillaires distribués à la peau' et aux muqueuses. Nous avons pu, par suggestion, en. en présentant à l'esprit l'idée imagée, faire congestionner chez des somnambules, mais avec lenteur, une partietrès circonscrite de la surface cutanée que nous avions

1 Voy. l'ouvrage du professeur Beauais : Le Somnambulisme pi'ovoqué, 2' éilit.,g 3, page 44: Modification de la fréquence des battements du cœur par suggestion hypnotique.

désignée ', et nous avons, de même, déterminé des hémorrhagies des muqueuses pour un moment fixé d'avance; nous les avons rendues faibles ou abondantes suivant nos désirs, et nous les avons fait durer et cesser à volonté.

Ce refus ou ce secours d'attention prêté par la pensée consciente à sa congénère plus cachée ; cette acceptation circonscrite et exactement rendue delà pensée consciente par n'importe quels tissus soumis aux nerfs ganglionnaires ont été constatés depuis longtemps sur des mystiques; mais c'est seulement de nos jours que les faits qui en sont )a preuve ont acquis droit d'académie. M. A. Maury -, en dernier lieu, rejetant les négations frondeuses des contradicteurs scolasliques, n'a pas craint de regarder, comme physiologique, la formation, par suite d'une pensée exprimée, des plaies ulcéreuses aux mains, aux pieds, au flanc et au pourtour du crâne chez des extatiques religieux. Une chose digne de remarque, c'est que l'on a vu des stigmatisés dont les plaies saignaient tous les vendredis à la suite d'une suggestion qu'ils s'en faisaient ^, N'était-ce pas encore sous l'influence d'une pensée fortement rendue, que les convulsionnaires de Saint-i\Iédard et les Ursulines de Loudun portaient des empreintes de congestion cutanée à la place des plaies du Christ? Que de visionnaires n'd-t-on pas rencontrés, montrant sur leur peau les marques rougeàtres qu'avait laissées le fouet du démon ou de l'ange qui les avait châtiés? a Le célèbre physiologiste Burdach '•, note que l'on vit un jour une tache bleue sur le corps d'un homme venant de rêver qu'il avait reçu

\, 1 Voy. Art. supplémenlaire, D .

1 2 Magie et aslrolorjie. p. 339. Didier.

3 Voy. liappei, 18 septembre, 18S5 : article de V. Meunier, à propos d'une expérimentation da Focachon par laquelle des stigmates saignant aux lieures qu'il désii,'nail d'avance, furent créés par suggestion, pendant l'étatde somnambulisme.

Magie el astrologie, p. 384, 385.

une contusion en cet endroit ». Les faits de ce dernier genre ne sont plus aussi difficiles à admettre, depuis que l'on a découvert les nerfs vaso-moteurs dont ces faits étaient pourtant la démonstration.

Il est à noter, d'après ce qui précède, que par la pensée Ton diminue ou l'on augmente rintluence de l'attention ; non-seulement sur tout un organe, mais encore sur des parties du corps très-peu étendues ; on circonscrit même cette influence à quelques nerfs parmi ceux qui concourent à une seule fonction. C'est ce qui permet de défigurer l'action permanente des pensées inconscientes qui réagissent harmoniquement sur Torganisme et d'imprimer sur les tissus, en caractères indélébiles, les pensées conscientes relatives à ces tissus, au point d'y tracer des marques traduisant, à la lettre, toute une légende de signes douloureux.

Si la pensée consciente a une action si intelligente sur les régions du corps qui n'en dépendent pas directement ; si elle peut ainsi modifier la vitalité des parties innervées parle nerf grand sympathique, de manière à y laisser des traces écrites de son passage rendant exactement le sens de l'idée exprimée au cerveau ; on ne doit plus avoir de répulsion à admettre l'opinion, tant de fois émise, que la pensée est la formatrice du corps et que ce dernier en est comme la manifestation matérielle, le revêtement.

De la même façon que, par l'attention accumulée ou diminuée sous l'action de la pensée, l'on accélère ou ralentit les contractions du cœur ou des vaisseaux sanguins ; de même l'on ralentit ou l'on accélère les sécrétions. Nonseulement nous avons calmé, coupé des diarrhées ; mais nous avons suggéré, à des dormeurs profonds, d'avoir des selles diarrhéiques immédiatement ou pour une époque ultérieure, et les selles ont eu lieu en nombre voulu, de la nature indiquée et aux heures désignées d'avance. Les

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changements consécutifs produits ont rendu, dans ces cas, la pensée suggérée comme l'écriture en donne les signes vrais, indice que la substance nerveuse, pour me servir d'une expression de Cabanis \ « entre dans lintime composition » de l'économie vivante, puisqu'elle se fait obéir de celle-ci au point qu'elle n'en paraît que l'expansion.

Ce que, par la pensée consciente, l'on peut, pour paralyser ou stimuler les sens, etc.; ce que l'on peut aussi de même, pour actionner en plus ou en moins les nerfs soumis aux pensées inscienles telles que celles qui veillent aux mouvements du cœur, aux contractions des vaisseaux, aux sécrétions des glandes ; on doit le pouvoir pour tous les autrr's nerfs dépendant de la pensée insciente qui préside à l'absorption, à l'assimilation, etc. On peut même davantage : faire obéir les fonctions nutritives, d^ manière à ce qu'elles développent des formes corporelles différentes et autrement placées que celles qui ressortént de la pensée primitive, d'après laquelle les êtres sont moulés. Des faits - portent à croire que la pensée d-^s méres^ pendant un^. vive émotion éprouvée au commencement de la grossesse, a suffi pour imprimer, en des points insolites, un cachet nouveau à certaines parties de leurs fœtus ; des colorations singulières de la peau, des formes étranges d'ongles, de poils, de tissus ont pris naissance sur ces rejetons et ont été en eux le contre-coup, l'expression de l'éclair vigoureux des idées-images suscitées énergiquement de la mémoire de leurs mères. Dans ces cas, la pensée inconsciente qui préside au développement du fœtus, est comme absorbée par la pensée consciente de la mère ; ou du moins, elle vient prêter son concours à la

1 Rapport du physljueel du moral, t. II, p. 336.

2 Voy. Chapitre iv, §10, de ce volume.

pensée de celte dernièrejiisqu'à moiilerdes tissus vlv.inls, non plus d'après son type; mais d'après le type nouvellement imaginé par sa congénère ; ce qu'avait déjà entrevu Cabanis ' ; car il écrit que le pouvoir sympathique du cerveau «est capable d'exciter, de suspendre et môme de dénaturer toutes les fond ions. »

Il nous reste à parler de Télément atrectif qui vient à l'appui de la pensée et qui, selon la nature de l'idée, exprime les désirs, les émotions, les sentiments, les passions. Il a son siège dans le nerf grand sympathique, et c'est consécutivement après l'incitai ion pensante du cerveau, aux dépens de la force nerveuse d'attention accumulée en réserve dans les ganglions, qu'il est possible à cet élément de se manifester, de prendre des formes spéciales. L'élément nerveux affectif est simple par lui-même; dans l'état ordinaire, il est latent, indéterminé ; mais, sous l'intluonce de la pensée nettement formulée, il prend un caractère tranché et signilicatif. « Pour que cette émotion confuse et vague, écrit Cerise - ; pour que C3 retentissement tumultueux se transforme en un sentiment déterminé, il faut que nous ayons présente l'idée de la cause qui l'a produite et qui la renouvelle. C'est au moyen de cette idée qu'un grand nombre de phénomènes affectifs, presque semblables, prennent une forme sentimentale distincte, et cju'ils se nuancent exactement. A ne considérer que l'émotion ou le trouble qui la constitue, comment distinguerions-nou.^ l'envie de la jalousie, la pudeur de la honte ou de la modestie, la haine de l'anlipalhie, la pitié de la tendresse, etc. ? » On ne saurait mieux dire.

Si, d'un coté, comme nous venons de le voir, la pensée

• Rapport du physique et du moral, t. II, p. 336. '^ Bapporl du physique cl du moral. Introduction, par Cerise, p. 37.

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consciente renforce sa congénère qui s'exerce sur le neif grand sympathique ; de l'autre, Ja force nerveuse accumulée dans ce nerf, vient à son tour prêter appui à cette pensée consciente et y faire écho ; elle lui apporte de la couleur, du ton, de l'énergie là où elle serait restée froide et nue. On voit encore en cela, comme pour toutes les manifestationspsychiquesdoni nous nous sommes occupé, la simplicité des éléments mis en jeu dans l'organisme pour la multiplicité des effets produits : ici, l'attention s'accumulant plus ou moins sur les sens, afin de déterminer la formation des idées mémorielles ; puis, cette môme force, par son reflux dans le champ de la mémoire, servant à rappeler les idées-images qui y sont déposées et à entretenir le mouvement intellectuel ; là cette force encore, selon la nature des idées suscitées, étant l'élément d'une foule de désirs, d'émotions, de sentiments et de passions, divers d'intensité comme de nature. Il est facile, maintenant, de le reconnaître ; avec des moyens très simples la nature multiplie ses manifestations ; c'est cette diversité de phénomènes qui a fait croire à tant de complexité dans les fonctions du cerveau et a rendu la psychologie, la science nuageuse par excellence.

Cependant, bien que Cerise avance qu'il est impossible de distinguer, sans leu-rs idées, certains sentiments, presque semblables, et cette opinion nous la partageons ; il n'en n'est pas moins vrai, les idées, ou mieux la cause à part, que des émotions, des passions, etc. , présentent des signes différentiels tranchés.

p]n effet, toutes les formes caractérisées de l'état affectif sont marquées par un retentissement local ressenti dans des parties du reseau ganglionnaire, sans doute parce que, sous l'influence du mouvement déterminé par la pensée : ou c'est là que la force nerveuse s'accumule ; ou bien c'est de là qu'elle part pour se porter ailleurs. C'est ainsi

(]Lrunf' pensée de bonheur ou un accès de joie sont accompagne'sd'une resph-alion libre, d'un surcroît d'activité de la circulation et d'une augmentation de la chaleur du corps. Ainsi un sentiment de pudeur développe l'incarnat des joues; la méprise fait battre le cœur; la tristesse amène la sécrétion des larmes, l'inappétence; le saisissement donne la colique; la crainte a pour conséquence la diarrhée; l'envie est accompagnée de la pâleur de la face ; le désespoir serre la respiration et rend la peau froide et décolorée; la colère est suivie d'évacuation débile et de tremblement, etc.

Ces divers phénomènes éprouvés et distribués, selon If genre d'idées, dans les tissus de la vie nutritive, sont bien la preuve que la pensée va puiser l'élément afleclif dans des régions spéciales du vaste réseau du système ganglionnaire.

Gomme il est le plus souvent impossible d'empêcher le développement de troubles semblables, il n'y a pas à s'étonner que leur exagération ne soit la cause d'un grand nombre de maladies. La tristesse et les chagrins prolongés amènent la paralysie des intestins, de la vessie et des organes de la reproduction, etc. ; la colère entraîne l'ictère, des convulsions, des hémorrhagies, l'épilepsie, etc. ; la terreur produit l'imbécillité, des paralysies, la suppression du flux menstruel, etc.

Somme toute, si une pensée émotive a un contre-coup spécifique, soit sur les vaisseaux, soit sur les poumons, le foie, le tube digestif, les glandes lacrymales, etc. ; il n'est pas difficile, maintenant, de discerner que Gall a grandement eu tort de mettre le siège des passions exclusivement dans l'organe cérébral; évidemment, tout procède du cerveau: attention, sensations, idées, mémoire, intelligence; mais ce médecin aurait pu, avec des motifs plus plausibles, mettre le siège de leur élément passionnel dans les

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viscères, là où a lieu la modification nerveuse proyjre à chaque idée émotive ^

Une émotion, etc., une fois développée, ne s'éteint pas en même temps que l'idée qui en est la cause occasionnelle; elle persiste même, lorsqu'une seconde idée affective et contraire vient lui succéder. On trouve, dans l'ouvrage de Ghardel 2, un fait curieux à l'appui de ce que nous avançons : « Une mère, en apprenant que son fils venait d'être tué, éprouva dans la région du cœur des contractions qui l'éloufTaient: la nouvelle était fausse; son fils arriva et ce ne fut que longtemps après qu'elle parvint à arrêter ses pleurs; des sanglots continuaient à la suffoquer malgré elle. » Ce fait présente bien la preuve la plus irrécusable de la lenteur persislante des mouvements de la force nerveuse dans le système ganglionnaire. Nous avons cru remarquer en nous un semblable phénomène. Il nous arriva, une nuit, de nous réveiller avec un sentiment de peur, sans en connaître la cause; ce sentiment n'élait, sans doute, qu'un ébranlement suite de l'émotion d'un rêve dont les idées étaient déjà effacées de notre pensée.

Et ce n'est pas seulement l'homme qui est organisé pour recevoir le contre-coup d'une idée émotive ; ce sont

^ Des plirénologisles fluidisles ont appelé les manœuvres magnétiques au secours de leur théorie ; ils ont cru en trouver la démonstration en pr.'itiquani à leurs somnambules des passes sur les parois du crâne, audessous desquels ils supposent une faculté, Ren arquant en ces dormeurs, et après coup, une tendance fixe de leur esprit dans le sens de la faculié supposée, ils en ont induit du résultat d'une pareille exjérience à la réalité de leur science, sans songer que si les effets consécutifs à leurs manœuvres ont confirmé leur manière de voir, la cause en est due à ce que, snns s'en douter, ils ont suggéré àleurs somnambules la mise à exécution d'une idée préconçue ; poury arriver, il ne leur a pas fallu une grande intempérance de langage. ^Note delà 1" édition.)

' Essai de psychologie physiologique, p. 160. Germer-Baillière,

aussi les animaux. Si l'on donne la liberté à un oiseau, i 1 lâche ses excréments. Nous avons vu un jeune chat qui, poursuivi par un vieux matou et réfugié à la cime d'un sapin, eut immédiatement, dans sa détresse, un tlux diarrliéique. Un cheval que nous possédions rendait ses excréments chaque fois qu'il allait traverser le même gué ; maiscontinuait-on sa route au lieu de tourner court vers ce passage dilhcile de la rivière, il sautait de contentement.

Nous avons expérimenté pour savoir si le réveil des émotions est plus fort dans le sommeil profond que pendant la veille. Nous avons fait naître, chez des somnambules, des sentiments de crainte dont nous ne nous serions pas fait une idée auparavant. Nous avons suscité la confiance, la colère, la peur, avec une grande facilité, et ces sentiments, nous avons pu les rendre excessivement intenses. Nul doute pour nous que la suggestion, employée dans le but de guérir, ne trouve, dans l'élément affectif, des renforts d'attention accumulée, d'une grande utilité pour la guérison des individus mis en charme, ou dans le sommeil profond. On peut exagérer cet élément à un très haut degré. Chardel ^ raconte qu'une dormeuse, à laquelle on suggéra de voir ce qui se passait en enfer, tomba dans de telles convulsions qu'elle en mourut avant qu'on ne put parvenir à les calmer. Il est difficile de nier ce récit, du moment que des médecins sérieux admettent que l'on peut mourir d'épouvante et même de douleur. Un docteur fort connu, Macario, a déjà noté l'exaltation des sentiments dans le sommeil - : « Les peines etles douleurs qu'on éprouve dans cet état, dit-il, sont heaucoup plus vives et plus profondes que les peines

1 Psychologie physiologique, p. 303.

2 Du sommeil^ 27.

et les douleurs de la veille ; c'est au point qu'on peut, en pareil cas, se réveiller tout brisé de fatigue, tout trempé de sueur ou tout mouillé de larmes. De même les plaisirs et les joies des songes sont infiniment supérieurs aux plaisirs et aux joies de la vie réelle. »

On a avancé que les émotions, les sentiments, etc., peuvent naître sans des idées qui les réveillent, et qu'ils ne tiennent pas de ces idées leurs caractères spéciaux. Pour soutenir ce paradoxe, on s'est ba-sé sur ce que des hypo-, condriaques, des épileptiques, des maniaques ont assuré éprouver le sentiment de la peur sans motif. Il en était du sentiment de ces malades comme de leurs hallucinations ; il prenait son origine dans une inconscience de sa cause et dans des rêveries dont ils avaient perdu le souvenir. Une pareille thèse ne serait soutenable qu'autant que les émotions, etc., auraient un appareil spécial comme les sens. On comprend que l'on ait observé la surexcitation du sens génital sur des sourds-muets aveugles, avant qu'ils n'aient idée du sexe qui en est l'objet; il en est chez eux de cet appareil comme de notre œil, lequel acquiert nécessairement et primitivement, la conscience de la lumière qui l'inonde, avant d'avoir la connaissance des objets lumineux.

ECLOSION DES EMPREINTES 3IEM0RIELLES DU SOMMEIL DANS LA PÉRIODE CONSÉCUTIVE DE LA VEILLE

Les phénomènes de remémoration dont n©us nous sommes occupé plus haut \ et qui sont si remarquables

1 Chap. IV, g. 4.

DU SOMMKIL PROFOND 141

parla richesse de leur développement, sont des effets de la réaction de la force d'attention affinant en abondance sur des idées. Ces phénomènes du sommeil, on peut, par suggestion, les ajourner pour une époque ultérieure au réveil. Le dormeur éveillé ne se doute nullement de leur cause antérieure, il les croit spontanés, parce qu'il a perdu le souvenir de ses rêves.

Des faits importants de ce genre ont été parfaitement constatés par de bons observateurs, tels sont : A. Bertrand ' et le général Noiset -. Nous avons cherché à nous faire une conviction sur cet étrange effet de la suggestion et, le plus souvent, l'événement est venu confirmer nos essais. Ainsi, comme il a déjà été établi au paragraphe précédent, nous avons affirmé à plusieurs somnambules l'idée d'aller du ventre, soit immédiatement, soit longtemps après leur réveil; nous leur avons prescrit un nombre déterminé de selles diarrhéiques, et, sans qu'ils se doutassent de notre intervention, ces elTels, réalisation des idées fixes imposées, ont eu chez eux leur développement de point en point. Deux fois nous avons pu contrôler l'événement par nous-mêmes. Dans des expériences du même genre, nous avons réussi, toujours sous l'influence latente et continue d'une idée fixe suggérée, à amener d'autres modifications fonctionnelles, telles que: diminution de sécrélions, hémorrhagies, etc. Cependant, il y a de bons dormeurs qui ne subissent pas le contrecoup de l'affirmation. L'un des nôtres, sourd-muet d'un âge déjà avancé, ne subissait pas la suggestion pour les actes à exécuter quelques heures après le réveil. Cette particularité coïncidait avec un grand affaiblissement de la mémoire. Une femme qui, s(>rtie da sommeil, accom-

1 Trailé du soinnjmbiilisme, p. 2oG, 298, 299.

2 Mémoire sur le somnainbulisim, p. 169, et suivantes, et note, p. 319.

i\l LE SOMMEIL PROVOQUE

plissait toutes les choses dont nous lui donnions idée et éprouvait les hallucinations que nous Jui suggérions, était bien loin alors d'être aussi puissante sur ses organes internes. Nous lui affirmâmes pendant le somnambulisme, un jour que nous voulions la purger: qu'elle irait six fois du ventre dans la journée ; le résultat fut complètement nul. Le lendemain, en même temps que nous lui répétâmes les mêmes paroles dans un semblable état, nous eûmes soin de lui en inspirer le souvenir après réveil, et elle eut trois selles purgatives au lieu de six ; la pensée consciente continuant alors à renforcer l'affirmation reçue, occasionna un effet que le procédé suggestif seul n'avait pu produire.

Pour bien nous convaincre de la réalité certaine des actes suggérés et accomplis, pendant le sommeil nous ordonnions déchanter, après leur réveil, à des personnes qui n'en avaient jamais eu l'habitude ; nous les portions à faire, plusieurs heures et même plusieurs jours après, des visites gênantes et sans motifs déterminants, ou bien, des actions réputées folles. Au moment indiqué, l'idée d'exécuter les actes imposés naissait dans leur esprit et, en les accomplissant, elles croyaient fermement agir de leur propre initiative; car elles ne se souvenaient absolument de rien. Une fois même, après quelques suggestions faites dans son somnambulisme, nous avons réussi à changer les goûts d'une jeune fille anémique, à lui inspirer, pendant plusieurs jours, de l'aversion pour les aulx et les échalotes qu'elle aimait, et du penchant pour le lard et les œufs qu'elle nepouvait approcher de ses lèvres. Chez cette fille, l'idée fixe durait tout au plus quatorze heures; il aurait fallu, sans doute, vu cette particularité, que nous continuassions plus longtemps à répéter l'affirmation pour parvenir à modifier ses goûts maladifs. Nous sommes aussi arrivé, avec facilité, à imprimer dans l'es-

prildequelqaes somnambules, des hallucinations étranges qui, lorsqu'ils étaient éveillés, les jetaient dans la surprise et même les épouvantaient. Une fois, nous avons donné un désir de femme grosse à un ancien zouave ; celui de manger du charbon lorsqu'il serait sorti de i^on état de somnambulisiTie. Il en avala et le trouva sucré d'après l'idée que nous lui en avions donné. Déslors que les femmes enceintes sonld ordinaire atteintes d'anémie et que, selon le D' Louyet, cette maladie prédispose au sommeil profond, nous avons été porté, par ce fait, à croire qu'il est possible que les actes bizarres, les appétits dépravés de quelques-unes d'entre elles, soient l'effet d'une suggestion de rêves à pensées plus concentrées que de coutume, pensées se prolongeant dans la veille en un long écho.

Nous avons fait des expériences pour établir combien de temps se continuait l'hallucination suggérée p mraprès le réveil, pens mt, avec raison, que la persistance Dien établie de ce phénomène chez un sujet quelconque, nous serait utile pour présumer d'avance si, une milalie déclarée, il faudrait répéter plusieurs fois ralTirmition; car la guérison, ce que nous avons reconnu, s'efft^ctue d'autant plus vite et plus sûrement que la sensation remBmorée se continue longtemps et avec intensité. Or, à la suite d'une seule suggestion, l'effet impressif sur les sens, nul chez beaucoup de somnambules, a persisté chez d'autres de quelques instants à plus decinquante-deux jours'. Nous avons remarqué que plusieurs sujets éveillés ont vu s'é-

1 Depuis qua ce^ lignes ont élé éorites, d'autres sugg^sti «ns, des suggestions d'actes du soni neil à la veille, ont été faites er.core à plus long terme: par le professeur Beruheim, à soixante-trois jours; par H. Beaunis, à cent soixante-douze jours ; p.ir Liégeois, à cent et à trois cent soi.xaiite-cinq jours. La dernière de ces suggestions s'est réalisée à ma clinique, le 12 octobre 1886, à dix heures dix minutes du malin, au même jour du mois et à la même heure où elle avait élé imposée un an auparavant.

teindre leurs visions en ve'rifiant avec leurs doigts ce qu'ils apercevaient des yeux ; mais ceux de ces hallucinés, auxquels nous avions donné l'idée de ne pouvoir se contrôler à l'aide du toucher, étaient incapables de se dissuader de leurs erreurs.

Il ressort aussi de nos recherches que les somnambules qui sont restés le plus longtemps sous Tinfluence suggestive ont été ceux, qui jouissaient de la plus heureuse mémoire ; ce qui équivaut à dire, ceux qui possédaient au plus haut degré cette force active qui fait surgirles idées : l'attention. Au contraire, les malades très affaiblis et, par conséquent, à conceptions lentes, à souvenirs difficiles, ne sont jamais restés que quelques instants tout au plus sous le poids des créations fantastiques que nous leur avions imposées. Le sourd-nuiet dont il vient d'être question et qui avait peu de mémoire, se représentait bien les objets comme s'ils étaient réels; mais éveillé, il en gardait à peine quelque temps les images. S'agissait-il d'exécuter certains actes quelques heures après son sommeil, la force d'impulsion était déjà épuisée chez lui pour une époque si rapprochée, parce que l'idée d'agir n'existait plus dans le foyer mémoriel. En somme, il nous a paru que la durée de la sensation centrifuge suggérée est proportionnelle à la puissance de remémoration.

L'effet suggestif est toujours la mesure exacte des idées reçues au moment de la suggestion. Nous fîmes voir une fois, à une somnambule dont nous avions maintenu les yeux ouverts, de larges boutons de métal à la place des petitsboutons de nacre qu'une de ses amies avait à sa robe; au réveil, cette dormeuse vit tous les boutons avec leur apparente transformation, moins un seulqui, lorsque nous avions fait l'affirmation, était resté caché sous un fichu. Nous inculquâmes à une autre de voir une de ses voisines habillée en religieuse. Gomme nous l'avions maintenue

les yeux fermés , pendant ce lemps-là, et que nous lui avions annoncé le détail du costume dans lequel elle la verrait, nous fûmes étonné de ce qu'elle aperçut, à son réveil, un^ sœur en sabots et en tablier de couleur; c'est que nous avions oublié de lui donner Tidce des chaussures d'ordonnance et de lui faire faire abstraction du tablier de sa voisine.

Une empreinte, vivifiée par remémoration mentale, ne se répercute donc pas seulement en sensation centrifuge au moment où elle a lieu, ainsi que cela a été antérieurement démontré; elle peut encore se prolonger au-delà du sommeil, soit qu'on la suggère au somnambule se manifestant d'une manière continue et consciente, soit qu'on la lui suggère pour rester latente jusqu'à son éclosion définitive. Idées de sensations remémorées, déterminations pour des actes à mettre à exécution, appétits, désirs, etc., toutes pensées de ces choses peuvent se prolonger indéfiniment, ou s'ajourner pour prendre naissance à une époque ultérieurement désignée.

Qu'elle soit toujours présente dans l'esprit ou qu'elle y soit longtemps en germe avant d'éclore, l'idée imposée est, pur sa persistance, un phénomène du même genre que la conservation des souvenirs; seulement, pour celle qui est suggérée à longue échéance, l'attention réveille, dans l'avenir et à heure fixe, l'idée jusqu'à ce moment latente de sa manifestation, de la même façon qu'elle rappelle instantanément ce qui était comme effacé de la mémoire. Un caractère des actes effectués dans un moment éloigné de l'époque de la suggestion ; c'est que l'initiative pour leur mise à exécution à l'instant où la pensée en naît, parait au sujet oublieux venir de son propre fond ; tandis que pourtant, sousl'empirede la détermination qu'onlui a fait prendre, il marche au but avec la fataUté d'une pierre qui tombe, et non avec cet effort réfléchi et contenu, cause de

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