‹ Le sommeil provoqué et les états analoguesChapitre 33 sur 46 · DE L IMITATION · texte numérisé non relu

DE L IMITATION

Un des caractères du sommeil profond, c'est l'automatisme dans lequel se trouve le dormeur. Par suite de l'inertie de sa volonté, il subit, si on lui en suggère l'idée, toutes les impulsions qu'on lui donne ; un enfant peut le gouverner à sa guise. C'est sur un état semblable, mais à un degré bien plus faible, état prédisposant à recevoir l'affirmation sans aucune réaction de l'esprit, que se

greffent les faits d'imitation ; seulement ces faits, au lieu d'être la conséquence d'une suggestion venant d'autrui, sont le produit d'une suggestion que l'on se fait involontairement à soi-même. Bien qu'il y ait des prédispositions d'âge à l'imitation, comme la jeunesse et l'enfance; de sexe, comme le sexe féminin ; de tempérament, comme le tempérament nerveux, etc. ; les faits par imitation prennent habituellement naissance chez tout le monde, parce qu'il est, dans chacun, des moments où l'attention reste inactive et, sans que l'on y fasse résistance, s'attache à la première impression venue.

Les faits par imitation : sensations, sentiments, pensées, actes, tout ce qui a pour base des idées, se développent dans la veille; soit lorsque l'attention est inactive, comme dans ces moments où l'on ne paraît penser à rien ou que l'on est oisif, soit lorsqu'elle est à la remorque d'idées vagues ou de rêveries, soit lorsqu'elle est détendue après des occupations sérieuses^ etc. Etant déjà légèrement inerte, cette force transmet alors au cerveau, sans aucune réaction volontaire, les impressions qui lui viennent des organes, et, par une affirmation souvent inaperçue, l'esprit s'approprie, puis le corps reçoit ou exécute en automate ce qui a été observé; c'est l'image qui se reflète dans la glace. Dans ces cas, l'attention quitte ses occupations intellectuelles trop peu attachantes pour s'abandonner à un laisser-aller qui a ses attraits ; car, au lieu de s'exercer avec effort sur des éléments choisis, elle se livre avec nonchalance aux impressions reçues, pour peu qu'elles soient vives, et l'esprit adopte ce que les sens lui révèlent et que la volonté ne repousse pas.

Les faits d'imitation impliquent que l'on a en soi-même ce qui est dans autrui: organisme, besoins, idées, passions, etc. Aussi a-t-on raison de dire que chacun porte en soi l'humanité ; et c'estlà, précisément, ce qui fait, qu'en

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outre de la faiblesse et des intérêts qui, par nécessité, tendent à rapprocher les hommes, il existe au-dessus un véritable lien commun d'association dans celte tendance instinctive qu'ils'ont tous à marcher du même pas, à vivre de la même vie, à avoir les mêmes sympathies réciproques, à s'imiter enfin. Si l'on considérait bien attentivement ce qui se passe dans les hommes depuis leur naissance jusqu'à la mort, on verrait qne cette prédisposition à imiter, est un besoin de leur nature éminemment sociable, un complément harmonique de leur existence. Il n'y a pas, dans le jeune âge surtout, où l'aptitude à faire effort est encore peu développée, où la réflexion, par conséquent, ne commence qu'à poindre ; il n'y a pas une idée, un acte qui ne soit d'imitation. On pense, on croit, on juge, on s'exprime par imitation; il n'est pas jusqu'aux moindres actions que l'on fait qui ne soient la parodie de ce que font les autres, actions que l'on exécutera plus tard avec conscience, avec examen et connaissance de cause dans un âge plus avancé. En attendant que la raison gouverne, on reçoit des autres, par imitation, cette raison qu'on n'a pas.

C'est, avons-nous dit, une prédisposition innée à l'inactivité de l'attention, prédisposition très variable dans chacun, qui fait que l'on imite machinalement, involontairement, et souvent à son insu, une foule de choses remarquées chez les autres. On bâille quand quelqu'un baille; on siftle, on chante, quand il siffle ou chante; on fait ainsi mille autres choses vulgaires sans même se douter de leur point de départ. Il nous est arrivé de chantonner et de croire en même temps que c'était de notre propre initiative; mais il n'en était rien, nous répétions ce qu'un chanteur faisait entendre au loin, ce que l'on nous fit remarquer ensuite. On se crée des habitudes, depuis celle d'employer sa journée jusqu'à celle de priser et de fumer;

on dort même par imitation \ et nous en avons eu souvent la preuve lorsque nous endormions des somnambules. Il n'était pas rare que nous ne rencontrassions des personnes présentes d'un tempérament lymphatico-nerveux, des femmes surtout, se laissant aller au sommeil, ou éprouvant des signes de cet état : comme le relâchement musculaire, l'insensibilité, etc. Cela ne doit pas étonner pour le sommeil et ses signes; ils ne sont, évidemment, que l'expression d'un degré plus élevé de passiveté de l'attention. C'est par un même abandon instinctif c^ue l'on prend les vêtements, les manières, les formes de langage, l'intonation, les habitudes, bonnes ou mauvaises, du milieu oïl l'on vit ; et c'est précisémentà cause de cette tendance à imiter, qui naît du contact et que l'on reconnaît si puissante, que l'on tient tant à placer ses enfants dans des institutions ou dans une société où ils acquièrent à leur insu, avec l'instruction, ce <|ue l'on appelle la distinction des manières, le bon ton, choses variables selon les civilisations; mais toujours essentiellement l'effet d'une prédisposition à se modeler sur les autres.

On n'imite pas seulement ce qui frappe les sens, on imite aussi ce qui frappe l'esprit; les idées des autres, on les adopte comme siennes. Ainsi, sans que l'on s'en rende compte, on acquiert des notions morales et politiques, des préjugés de famille, de race, etc.; on s'imprègne des idées qui font atmosphère autour de soi. Il est des principes soeiaux et religieux qui ne devraient pas résister devant le sens commun, pour ne pas dire devant la raison, auxquels on croit de bonne foi et que l'on défend comme son propre bien. Ces principes étaient ceux des ancêtres, ils sont même nationaux, iis se sont incarnés des pères aux fils; les détruire par le raisonnement est impossible

' Preuve que le sommeil est le résultat de l'aclion de l'atlenlioa sur une idée.

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et, par la force, c'est dangereux; on a beau en démontrer la fausseté; il y a dans les homnes des pensées par imitation qui, toutes absurdes qu'elles sont, font corps avec eux-mêmes et finiss'^nt par se transm-^ttre de génération en génération à la façon des instincts.

L'imitation aussijoue un rôle important pour la destinée future d'un homme au milieu de la société. Il ne faut pas s'étonner si l'Église, si les dynasties tiennent tant à conserver entre leurs mains l'éducation des enfants; elles savent combien l'on peut modeler la jeunesse à son gré ; combien, sauf quelques dissidents, on lui fait épouser pour toujours les idées qu'on lui inculque. Tel, né dans une famille dévote sera apologiste de sa foi, qui, né d'un p'^re incrédule, sera ra licale nent irréligie ix et prô.ier.i le libre examen. Au-dessus de lui, au-dessus de sa raison, quelque bien trempée qu'elle soit, il y a des principes, bons ou mauvais, qu'il a sucés par imitation, auxquels il s'est identifié, sans s'en douter, à la remorque desquels il ira et contre lesquels, plus tard, tout raisonnement sera inutile. Aussi, l'être dont il faut le plus se méfier, parce que c'est celui qui nous circonvient avec le plus d'adresse et le plus étroitement, comme dans des mailles de fer : c'est soi-même.

On est surtout porté à l'imitation par sentiment; de là les sympathies et les antipathies. Joie, pleurs, mépris, horreur, haine, vengeance, etc., on adopte toutes ces choses sans examen. Un des sentiments le plus commun est celui que l'on ressent involontairement pour les peines et les souffrances de ses semblables, la pitié. Par remémoration mentale, et instmlanéuMit, on se représente en idée les m lux physiques et moraux qu'ils éprouvent. Un homme a faim, on se nn't à sa plac % on a faim; il a soif, on s'affirme le mèm^ besoin ; il s )uffre, on soutfre avec lui; il a des chagrins, on s'attriste et l'on pleure.

Les maux dont on se donne conscience sans le vouloir, on est porté ensuite à les soulager pour se soulager. Cette imitation par sympathie est 1res commune chez les somnambules ; et c'est une des causes pourquoi des magnétiseurs fluidistes ont cru que l'élément impondérable des nerfs passe d'un corps à un autre ; mais elle n'est pas rare non plus parmi les hommes à l'état de veille.

On en rencontre qui, aussi facilement que les dormeurs, se suggèrent les souffrances d'autrui. Il n'est pas de médecin qui n'ait observé des cas de maladies par sympathie. Parmi les exemples connus, l'on peut citer le fait de cette servante dont parle Mallebranche \ qui, en voyant saigner quelqu'un au pied, éprouva, dans le sien et à la même place, une douleur qui ne se dissipa qu'avec une extrême lenteur. Il en est d'autres plus rapprochés de nous et qui sont rapportés par des médecins. Virey raconte qu'une femme de chambre, voyanl un chirurgien percer un abcès au bras de sa maîtresse, sentit à l'instant une douleur au môme point. D'après le témoignage de Hocquet, un homme, à la vue d'un malheureux suspendu par le talon aux crochets d'une voiture, ressentit immédiatement une douleur si poignante à cette même partie du pied, qu'il en restât boiteux toute sa vie. Dans ces derniers temps, Bérigny a relaté,- dans le Moniteur des Hôpitaux, qu'une femme entendant les cris d'une autre femme en mal d'enfant, éprouva, sans être enceinte, des maux aussi violents que si elle accouchait elle-même. Il n'est pas jusqu'à la mort qui ne soit recherchée par imitation; tels ces misérables qui, venant de voir fonctionner la guillotine, n'ont rien de plus pressé que de verser le sang humain: le sang appelle la sang ; tels encore, ces soldats désireux de braver la mort, qui, sortant de fusil-

' Œuvres de Mallebranche, t 1, p. 120, Paris, Charpentier, 18i2.

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1er un de leurs camarades, se hâtent d'assassiner quelqu'un pour avoir la satisfaction d'afi'ecter une belle pose, en mourant de môme que celui qui est tombé devant leurs yeux avec une dignité toute martiale.

Les faits d'imitation ne sont pas toujours faciles à reconnaître. Si l'on se mettait à leur découverte, on pourrait lever le bandeau d'un grand nombre de phénomènes de psychologie, latents, inexpliqués. Nous avons été pris longtempsd'un besoin d'uriner, lorsqu'un liquide quelconque coulait devant nos yeux ; nous avons flni par reconnaître que ce besoin, commun dans les mêmes circonstances parmi les personnes nerveuses, a pour trait d'union avec sa cause une association inaperçue d'idées par laquelle on conclut à réaliser sur soi un phénomène semblable à celui que l'on voit. L'on arrive ainsi à s'affirmer, avec inconscience et sans le vouloir, l'idée d'un besoin, véritable imitation d'un mouvement physique que l'on observe. Il est une autre façon d'imiter, inverse de celle dont nous venons de citer un fait personnel; c'est celle où Ton agit contrairement à ce que l'on remarque et, toujours, par l'intermédiaire d'une association inconsciente d'idées. On relate dans les Annales médico-psychologiques ', d'après Finkelnburg, le fait d'une femme qui, en voyant verser des larmes, ne pouvait s'empêcher d'éclater de rire ^.

1 Année 1SG3, p. 103.

'■^ Les associations inconscientes d'idées serencontreni souvent dans les rêves et même pendant la veille. Les plus remarquables sont celles qui se fontà l'inverse, comme le dernier acte d'imitation que nous venons de citer. A. Maury a connu une dame hystérique qui, « sous l'empire de la crainte qu'aucun mot inconvenant ne sortit de sa bouche, prononçait, malgré elle et sans bien savoir ce qu'elle disiiit, des mots obscènes... » Les aliénés, dit encore le même auteur, font souvent ce qu'ils ne .croient pas faire, et attribuent à des causes surnaturelles des actions dont ils sont eux-mêmes, à leur icisu, les auteurs. (Voy. Du Sommeil, p. 419.]. Des actes par association d'idées inscientes et en

2'2i) LES ÉTATS A^'AL()GUES

L'imitation ayant lieu isolément d'individu à individu, finit par les pénétrer tous idéalement de la même ma nière ; mais là où elle est d'une puissance prodigieuse, c'est lorsquelle est collective. Elle explique bon nombre d'entraînements populaires, politiques et religieux; les hommes se suivent alors comme un troupeau. El ces reviremenis irréfléchis des masses flottantes, hier à la poursuite d'un mirage mensonger, aujourd'hui fascinées par un autre mirage encore plus trompeur, comment les comprendre autrement ? Ce n'est pas que l'imitation collective ne conduise à faire de grandes choses; c'est elle qui aide à précipiter un peuple à la défense de son territoire; c'est elle aussi qui l'entraîne à reprendre sa liberté, ce bien le plus précieux.

Lorsque l'imitation collective est le fruit d'une prédisposition maladive de l'esprit, on la dit épidémique. Ce n'est pas que Ton ne trouve des sympathies morbides d'homme à homme, nous en avons rappelé plus haut des exemples; mais lorsque des tendances semblables à se modeler sur les autres se rencontrent parmi un grand nombre des membres d'une société, il en résulte de véritables épidémies de maladies par imitation et dont on se rend aisément compte : les faits bizarres observés frappant plus l'esprit que des phénomènes vulgaires, on doit davantage être porté à les imiter. Depuis les filles de Millet, qui allaient se pendre l'une après l'autre, jusqu'aux filles de Lyon qui couraient se noyer ensemble dans le Rhône ; depuis les possessions des couvents de

sens opposé, ont souvent été remarqués par nous. Nous avons vu surtout des malades, que nous invitions à se couclier sur le dos, quitter leur position de côté pour se placer à plat ventre ; ils avaient bien en» tendu, mais les paroles prononcées par nous avaient réveillé en eux l'idée du contraire ef, sans s'en douter, ils avaient subi la tyrannie d'une association d'idées.

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femmes et la rage imaginaire des religieuses cloîtrées d'Allemagne, jusqu'aux posséJés récents de Morzines et les accès hystériques, par fusée, si fréquents dans les salles des hôpitaux, que d'actes pir imitation nuisibles à la pauvre espèce humaine! N'a-t-on pas vu des guîrites fatales où ceux qui y montaient la garde se brûlaient la cervelle ; une porte aux Invalides où les vétérans de cet asile venaient se pendre tour à tour? N'a-t-on pas vu en Algérie, un grand nombre de soldats du 1" régiment étranger et du ^s« chasseurs se décharger leur fusil h l'envie dans le même poignet?

C'est encore parmi les adeptes du magnétisme que Ton trouve des exemples d'imitation collective. Un endormeur est un véritable grand-prêtre ; les êtres impressionnables dont il est entouré se façonnent sur sa personne: habitudes, langage, théories morales, sensations douloureuses, maladies, etc., ils acceptent tout de lui, à leur insu; ils vivent de sa pensée et de sa chair; ils sont les os de ses os. Ces épidémies, outre une impression vive des sens et une représentation mentale exagérée dans chacun, ont pour accompagnement individuel une émotion, et, pour se propager, elles s'implantent sur cet état de l'inertie de l'attention, commun à beaucoup dans les mêmes circonstances. C'est ce qui fait qu'elles régnent principalement dans les villages retirés au milieu des montagnes; parmi les soldats passifs par profession et s'ennuyant au bivouac ou dans leurs casernes; dans les maisons religieuses, où l'esprit est discipliné à la contemplation, à l'obéissance, au renoncement à se guider soimême; et, si elles se réveillent dans les hôpitaux, c'est que, généralement, Ton y est devenu oisif. Aussi, dans de telles conditions, une idée forte vient-elle s'emparer des pensées, elle agit comme une traînée de poudre.

On peut remarquer, par ce qui précède, que le pen-

chant à rimitalion a son bon et son mauvais côté. D'une part, utile au développement intellectuel et physique de l'enfance et de la jeunesse ; utile à la conservation d'habitudes convenables, d'idées d'association et de bons rapports ; utile comme lien commode et inaperçu servant à adoucir dans l'espèce humaine la nécessité de vivre en société ou de concourir au même but de bonheur ; il est, d'autre part, lorsqu'on est à la remorque de sensations douloureuses, d'idées fausses, de principes étroits ; nonseulement une cause de maux et de vices que l'on se crée ; mais encore une cause de calamités publiques, d'arrêt de la civilisation et d'épidémies morales invétérées et funestes.

L'imitation, si avantageuse à l'humanité lorsqu'elle est limitée dans de justes bornes, est opposée à l'esprit d'examen, elle en est un de ses inexorables adversaires. Si elle existait dans chacun à un haut degré, les hommes resteraient stationnaires. Qu'attendre d'individus qui se copieraient réciproquement et qui feraient toujours de même ? Le savant a continuellement à se défendre contre les envahissements de cet ennemi prêt à s'emparer de lui sans qu'il s'en aperçoive. Lorsque l'on est en son pouvoir, ce n'est pas chose facile de faire table rase, dans son esprit, d'une foule d'idées préconçues que l'on croit vraies et que l'on caresse comme siennes ; on ne sacrifie pas aisément ses enfants adoptifs. Ce n'est pas que la prédisposition à imiter ne serve à la science ; on doit faire arme de tout bois. On rapporte que Gampanella, lorsqu'il voulait connaître ce qui se passait dans l'esprit de quelqu'un, contrefaisait de son mieux la physionomie et l'attitude de cet homme en concentrant en même temps sa pensée sur ses émotions propres. A son insu, les gestes et les traits qu'il affectait faisaient naître en lui des idées et des sentiments analogues à ceux de ce

personnage, tant les expressions externes que nous imitons ont la propriété de réveiller les idées qui leur sont relatives ; on peut dire qu'elles font corps ensemble, ce dont nous nous sommes convaincu dans nos expériences sur des dormeurs. Joint-on les mains à une somnambule, aussitôt elle se jette à genoux ; donne-t-on à son corps et k son bras une posture menaçante, elle s'irrite à l'instant et devient aggressive ; dans l'état passif surtout, la pensée suit l'attitude et en devient le complément inséparable.

En somme, il est, pendant la veille, un état de l'esprit où l'attention inactive s'abandonne aux impulsions venues du dehors. Les impressions qui frappent les sens réagissent sur la pensée et la mettent en mouvement, parfois insciemment et sans que la volonté y participe. Conséquence de l'inertie où l'on se trouve, les idées qui naissent et les actions que Ton accomplit alors ont lieu par une suggestion involontaire que l'on se fait à soimême, et sont la copie de ce qui se passe autour de soi. Il est un âge, un sexe un tempérament où la prédisposition à imiter est remarquable. Cette prédisposition existe à un haut degré dans le sommeil, qui n'est luimême qu'une amplification de l'état passif favorisant d'ordinaire l'imitation. L'imitation roule sur des sensations, des sentiments, des idées, des principes, elc ; elle est personnelle ou collective, physiologique ou morbide; elle remplace la raison dans l'enfance et même dans tous les âges ; elle sert aussi de lien social. Quand on y est trop prédisposé, on est sous une baguette magique conduisant souvent vers le bien, mais aussi vers le mal ; vers des sentiments de pitié, de commisération ou vers des sentiments de haine et de vengeance ; vers des préjugés, des entraînements dangereux ou vers des aspirations généreuses et des mouvements héroïques. Comme

elle est l'antipode du raisonnement, effet d'efforts volontaires et réfléchis, elle est un ennemi né de l'esprit d'examen auquel elle peut pourtant quelquefois servir d'auxiliaire.

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