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VI. — Recherches dynamométriques

Ces recherches dynamométriques ont été faites pendant l'été de 1884 sur 83 sujets de tout âge et des deux sexes, chez lesquels on provoquait par hypnotisation le sommeil artificiel. La force manuelle était prise avec le dynamomètre de Mathieu (figure 2) :

Fig. 6. — Dynamomètre de Mathieu.

1° Avant le sommeil provoqué;

2° Pendant le sommeil provoqué ;

3® Après le réveil.

Avant de donner les résultats que j'ai constatés, je dirai quelques mots de la technique de ces expériences.

Je n'ai pas à décrire le dynamomètre, que tous les médecins connaissent.

Je mentionnerai seulement quelques causes d'erreurs inhérentes à son maniement.

Chez les femmes et chez les enfants, et en général chez les individus à peau fine et délicate, la pression détermine de la douleur qui fait, qu'après quelques épreuves, il faut renoncer à continuer.. Il est nécessaire, du reste, chez les femmes et surtout chez les enfants, de se servir du dynamomètre du plus petit modèle. Après quelques essais, les sujets se mettent facilement au courant de la façon dont ils doivent s'y prendre pour presser sur le dynamomètre, et ils arrivent assez vite à des chiffres concordants dans une série donnée d'expériences.

Pour les ouvriers à mains calleuses, on se heurte à d'autres difficultés : il en est beaucoup chez lesquels la main ne peut ni s'étendre ni se fermer tout à fait, par suite probablement de la dureté de l'épiderme épaissi et peut-être aussi d'un certain degré de rétraction de l'aponévrose palmaire ; les doigts n'ont plus alors la souplesse nécessaire pour bien embrasser le dynamomètre, et la sensibi'îlé tactile émoussée ne leur permet pas de graduer exactement la pression nécessaire pour donner le maximum de force ; aussi ai-je vu souvent des ouvriers, et particu-

DYNAMOMÉTRIQUES 87

lièrement un hercule de foire, B..., que j'ai fait venir plusieurs fois dans mon laboratoire pour des expériences, donner au dynamomètre des chiffres inférieurs à ceux d'étudiants qui étaient certainement d'une force musculaire beaucoup plus faible. A ce point de vue, le dynamomètre est évidemment un mauvais instrument quand il s'agit de comparer la force manuelle d'un ouvrier et celle d'un homme adonné aux travaux de l'esprit, et il y a à tenir compte de cette considération dans les recherches faites par quelques auteurs sur ce sujet.

Les résultats g-énéraux de mes recherches sont les suivants :

Sur 242 cas, la force dynamométrique prise pendant le sommeil provoqué a été :

3 1 fois, égale à la force dynamométrique prise avant le sommeil ;

41 fois, plus grande;

162 fois, plus faible;

Donc, dans la majorité des cas, \di force dynamométrique diminue pendant le sommeil provoqué, si on la compare à ce qu'elle était avant le sommeil.

Sur ces 242 cas, la force dynamométrique prise après le réveil a été :

29 fois, égale à la force d3mamométrique prise avant le sommeil ;

1 14 fois, plus grande-,

71 fois, plus faible ;

Donc, dans la majorité des cas, la force dynamométrique augmente après le r^éveil, si on la compare à ce qu'elle était avant le sommeil provoqué.

Si maintenant on compare la force dynamométrique après le réveil à ce qu'elle étsiit pendant le sommeil provoqué, on trouve que, sur 225 cas, elle était :

14 fois, égale ;

id8 fois, plus grande*,

43 fois, plus faible;

Donc, d'une façon générale, la force dynamométrique est plus grande après le réveil que pendant le sommeil provoqué.

Mais ce sont là des résultats bruts^ sans aucun égard aux cas particuliers.

Si maintenant je groupe les sujets d'après les caractères et la profondeur du sommeil provoqué, j'ai les résultats suivants :

Sur ces 73 sujets, 36 présentaient un sommeil léger (engourdissement ; entendent tout ce qui se dit autour d'eux):

DYNÂMOMÉTRIQUES 89

23 entraient en sommeil profond (catalepsie suggestive, continuation des mouvements automatiques qu'on fait exécuter au sujet; oubli au

réveil) ;

14 étaient à l'état de somnambulisme (suggestions d'actes et d'hallucinations).

Les tableaux suivants résument les résultats.

A. — Force dynamométrique prise pendant le sommeil^ comparée à la force dynamométrique prise avant le sommeil. (Les chiffres indiquent le nombre de fois.)

Total Egale. Supérieure. Inférieure, des cas.

Sommeil léger. .

Sommeil profond.

Somnambulisme .

B. — Force dynamométrique prise après le réveil, comparée à la force dynamométrique prise avant le sommeil.

Total Egale. Supérieure. Inférieure, des cas.

Sommeil léger. .

Sommeil profond.

Somnambulisme .

C. — Force dynamométrique prise après le réveil, comparée à ce qu'elle était pendant le sommeil.

Total

Egale.

Supérieure.

Inférieure.

des cas,

Sommeil léger. .

Sommeil profond.

Somnambulisme .

Si, au lieu de prendre les chiffres bruts, on prend les chiffres proportionnels pour 100 cas, les tableaux prennent la forme suivante :

Tableau A.

Total Egale. Supérieure, Inférieure, des cas.

Snmmeil léger. .

lA-

Sommeil profond.

Somnambulisme .

Tableau

Total Egale. Supérieure. Inférieure, des cas.

Sommeil léger. .

Sommeil profond.

Somnambulisme.

DYNAMOMÉTRIQUES

Tableau C.

Total

Egale.

Supérieure.

Inférieure.

des cas.

Sommeil léger. .

Sommeil profond.

Somnambulisme .

On voit, par ces tableaux, que les mêmes rapports se conservent dans ces trois états, c'est-à-dire que la force dynamométrique est plus faible pendant le sommeil provoqué qu'elle ne rétait avant le sommeil.

De même, si Ton compare la force dynamométrique prise après le réveil à la force prise soit avant le sommeil, soit pendant le sommeil, on trouve une augmentation, absolument comme on Ta vu dans les résultats généraux. Mais ces rapports ne se conservent pas tout à fait dans les mêmes proportions, comme on le voit par les tableaux.

Le fait le plus frappant est que, à mesure que le sommeil augmente de profondeur, la proportion des cas dans lesquels la force diminue pendant le sommeil devient plus faible.

J'ai vu aussi que, par la suggestion, on peut chez certains somnambules augmenter la force

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dynamométrique, mais dans des proportions beaucoup plus faibles que je ne l'aurais supposé à priori^ du moins pour ce qui concerne une augmentation instantanée. Par contre, j'ai observé souvent une augmentation lente et graduelle. Ainsi, chez une jeune fille anémique qui, au début, ne donnait que 1 1 au dynamomètre, après un mois de séances d'hypnotisation presque journalières, elle donnait 87 à 38 et même 40. Il est vrai que Tétat d'anémie avait presque disparu.

VIL — Recherches sui^ Vacuité auditive.

Pour mes recherches sur Tacuité auditive, j'ai employé la disposition suivante : je me suis servi de Tappareil à glissement de Du Bois- Reymond. (Fig. 3.)

Les deux bornes de la bobine inductrice sont mises en rapport avec la pile, les deux bornes de la bobine induite avec un téléphone que le sujet applique contre son oreille. Pour n'avoir qu'un seul choc d'induction de fermeture et de rupture, la vis est tournée de façon à appliquer le trembleur avec sa pièee de fer doux contre l'électro-aimant de l'interrupteur (i). Pour fermer ou rompre le courant inducteur, je m'étais d'abord servi d'un interrupteur à mercure; mais j'y ai de suite renoncé, car l'étincelle de rupture produit un bruit assez fort qui gêne le sujet et

(i) Voir, pour la disposition de l'appareil, les Traités de physiologie et en particulier mes Nouveaux Éléments de physiologie, 2^ édition, page 1427.

peut fausser les résultats. J'ai alors employé une petite lamelle de platine rattachée par un con-

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ducteur à un des pôles de la pile; cette lamelle de platine est appliquée sur un coussin épais de

papier à filtrer; Tautre pôle de la pile aboutit à une aiguille de platine; en touchant la lamelle avec l'aiguille, le courant s'établit; en les écartant, la rupture du courant inducteur a lieu sans qu'aucun bruit appréciable vienne avertir le sujet de la rupture de ce courant.

L'expérience étant ainsi disposée, si on approche le téléphone de l'oreille au moment où le courant s'établit (choc d'induction de fermeture), on n'entend rien; au moment où l'on rompt le circuit (choc d'induction de rupture), on entend dans le téléphone un petit claquement sec qui est d'autant plus intense que la bobine induite est plus rapprochée de la bobine inductrice et qui s'affaiblit à mesure qu'on écarte la bobine Induite pour disparaître enfin à une certaine distance variable suivant la sensibilité auditive du sujet. On a ainsi un audiomètre excessivement sensible et d'une précision parfaite.

En outre, il est très facile de se mettre en garde contre toute simulation de la part du sujet qui n'entend aucun bruit au moment du contact et de la rupture du contact des deux pièces métalliques et qui ne peut savoir à quel moment ils se produisent.

Un aide fait varier à chaque instant la dis-

tance des deux bobines pour ;apprécier Tacuité auditive du sujet; et celui-ci est placé de façon qu'il ne peut voir ni les mouvements de l'expérimentateur ni ceux de l'aide.

L'appareil de Du Bois-Reymond dont je me suis servi est gradué en centimètres de o à 40; o correspondant à Tintensité minimum du courant (et à la distance maximum des deux bobines), 40 correspondant au rapprochement complet des deux bobines, et par suite à l'intensité maximum du courant induit. Les chiffres qui seront donnés plus loin représentent donc les intensités du courant induit, et par conséquent Vinteîisité du bruit, sauf quelques réserves pour lesquelles je renvoie à un travail antérieur (i).

J'ai , avec cette disposition expérimentale , constaté un certain nombre de faits intéressants au point de vue dês sensations auditives, faits sur lesquels je reviendrai plus tard*, je me contente ici de mentionner les expériences faites sur quelques somnambules.

(i) Note de la page 83 de mes Recherches sur la forme de la contraction musculaire. {Recherches expérimentales sur les conditions de l'activité cérébrale, etc., fascicule l.)

jo j\fiie j^ ^ Somnambulisme complet. Je prends d'abord son acuité auditive pendant qu'elle est éveillée :

Oreille droite 20

Oreille gauche 25

(c'est-à-dire que, pour une intensité de courant au-dessous de 20 et de 25, il n'y a plus de sensation auditive ; le claquement de rupture n'est pas entendu dans le téléphone).

A ce moment, je Tendors sans lui faire aucune suggestion particulière.

Oreille droite i3

Oreille gauche i3

Je lui fais alors, pendant qu'elle est endormie, la suggestion qu'elle aura Touïe très fine et qu'elle entendra facilement les bruits les plus faibles.

Oreille droite 14

Oreille gauche i3

La suggestion n'a rien produit chez elle. Le maximum d'acuité auditive avait donc été atteint dans le sommeil somnambulique d'emblée et sans suggestion.

jo M""®L... X... Jeune femme délicate, ané-

Beaunis. 7

mique; mère de quatre enfants ; ulcérations du col; fissure de l'anus. Très bonne somnambule.

Éveillée :

Oreille droite 28

Oreille gauche 3i

Endormie sans suggestion particulière :

Oreille droite 9

Oreille gauche 28

Endormie avec suggestion qu'elle a l'ouïe très fine :

Oreille droite 2

Oreille gauche 27

Réveillée (après lui avoir suggéré pendant son sommeil qu'elle entendra très bien après son réveil) :

Oreille droite 28

Oreille gauche 3o

Ainsi, chez cette jeune femme, le sommeil hypnotique a déterminé, sans suggestion, une augmentation de Tacuité auditive, très marquée pour Toreille droite (28 à 9), très faible pour Toreille gauche (3i à 28), et cette augmentation

a été encore accentuée par la suggestion, sur- . tout pour l'oreille droite (9 à 2) ; mais, après le réveil, cette augmentation de l'acuité auditive ne s'est pas maintenue.

30 ]\^i\e Hu... Très bonne somnambule.

Éveillée :

Oreille droite i3,5

Oreille gauche .... i6,5

Endormie sans suggestion :

Oreille droite 6

Oreille gauche ii

Endormie avec suggestion qu'elle a l'ouïe très fine :

Oreille droite 4

Oreille gauche 8

On trouve là la même marche que dans l'expérience précédente, augmentation de Tacuité auditive pendant le sommeil hypnotique en dehors même de toute suggestion et augmentation plus prononcée quand la suggestion en a été faite.

J'ai observé chez M"® Hu... un fait intéressant que je compte étudier plus tard, mais dont je dirai ici quelques mots.

On sait ce qu'on entend par addition latente. Des excitations électriques qui, isolées, ne produisent rien, peuvent déterminer des contractions musculaires quand elles se suivent à des intervalles assez rapprochés. J'ai constaté chez M^i^Hu. .. un phénomène du même ordre, ce que j'appellerai une addition latente sensitive, ainsi, en laissant la bobine induite dans la même situation, par conséquent Tintensité du choc de rupture ne variant pas, un premier choc de rupture n'était pas entendu, le second non plus, le troisième Tétait.

4° M'^^L... Cette personne n'arrive au somnambulisme que depuis peu de temps. Les premières fois elle ne présentait qu'un sommeil léger et entendait tout ce qui se disait autour d'elle; au bout d'un assez grand nombre de séances d'hypnotisation, elle entra en sommeil profond, n'entendant que celui qui l'endormait; mais ce n'est que depuis quelques jours (Texpérience a été faite le 24 juillet i885) qu'elle peut être mise en somnambulisme, et qu'on peut voir se réaliser chez elle des suggestions d'actes et d'hallucinations.

Éveillée :

Oreille droite 9,5

Oreille gauche 9

Endormie sans suggestion particulière :

Oreille droite 23

Oreille gauche 23

Endormie avec suggestion qu^elle aura l'ouïe très fine :

Oreille droite 20

Oreille gauche i5

Il y a donc dans ce cas diminution de l'acuité auditive pendant le sommeil hypnotique ; cette diminution cède un peu à la suggestion, mais même malgré cela Tacuité auditive reste inférieure à ce qu'elle était avant le sommeil provoqué. Ce fait est à rapprocher, à ce point de vue, de ceux que j'ai constatés dans les recherches dynamométriques dont j'ai parlé plus haut. Il faut remarquer du reste que, chez M^^^ L..., . le somnambulisme n'existe que depuis quelques séances, et qu'il est par conséquent beaucoup moins parfait que chez les sujets précédents.

VIII. — Recherches sur le temps de réaction des sensations auditives.

Je ne décrirai pas ici la disposition que j'ai employée dans ces recherches. C'est la même que j'ai déjà décrite dans mon travail sur le temps de réaction des sefisations olfactives (i). Le temps de réaction comprend le temps qui s'écoule entre le moment de la production du son et le moment où le sujet signale la perception du son par un mouvement du doigt qui l'inscrit sur le cylindre enregistreur. Les chiffres donnent des millièmes de seconde.

1° M"e A.. E... (19 juin i885).

Eveillée. Temps de réaction : 3oo (maximum : 320; minimum : 281).

Endormie sans suggestion particulière : 269 (maximum : 280; minimum : 223).

Endormie avec suggestion d'aller le plus vite

(i) Recherches expérimentales sur les conditions de l'activité cérébrale; fascicule I, p. 64.

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