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Mais il manque un trait à ce tableau, et c^est • précisément ce trait qui constitue la caractéristique réelle de cet état spécial; je veux parler de cette perte partielle de la mémoire que j'ai signalée déjà, perte qui ne porte que sur la suggestion qui vient d'être faite, tandis que le souvenir est conservé pour tout le reste. Il y a là une distinction capitale et qui n'a été faite par aucun des observateurs précités.
Il importe avant tout de différencier cet état spécial de certains états qui, au premier abord, pourraient être confondus avec lui.
On rencontre quelquefois chez certains sujets, et j'ai observé le fait chez M"^® V..., M"® A... E... et plusieurs autres, une forme particulière de somnambulisme provoqué. Le sujet s'endort de la façon ordinaire, mais les yeux restent ouverts; sauf cette particularité, ils présentent tous les caractères du sommeil hypnotique tels qu'ils ont été décrits plus haut, et si Ton n'était pas prévenu de la possibilité du fait, on pourrait croire que le sujet n'est pas endormi ; j'ai vu continuer ainsi les passes, les injonctions, la fixation du regard, longtemps après que le sujet était tombé dans le sommeil hypnotique, et cela peut arriver facilement aux hypnotiseurs no-
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vices; mais quand on connaît ce phénomène, il est impossible de s'y tromper : la fixité du regard, l'immobilité absolue, le calme impassible de la figure, indiquent de suite que le sommeil est arrivé, et il est facile de s'en convaincre en faisant quelques expériences très simples, telles que celle de l'attitude cataleptique des membres ou des mouvements automatiques. Cet état ne se distingue en rien du sommeil hypnotique, sauf par l'ouverture des yeux.
L'état de fascination décrit par le D"" Brémaud(i) me paraît se rapprocher beaucoup de ce sommeil somnambulique les yeux ouverts. Dans cet état, caractérisé entre autres choses par l'ouverture des paupières et la fixité du regard, le sujet, dit le D^" Brémaud, « a quelquefois conscience de son état et entend confusément ce qui se dit autour de lui ». Il n'y a là, à mon sens, qu'une forme de somnambulisme provoqué, due très probablement à ce que le sujet n'est pas encore arrivé au sommeil profond.
L'état décrit par le D'" Liébeault sous le nom
(i) Bremaud, Société de biologie, i883, séance du 27 octobre.
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de charme^ se rapproche un peu plus du phénomène que nous étudions ici.
« Parmi les sujets que Ton peut endormir, « dit-il (i), on en trouve qui arrivent seulement « dans un engourdissement très curieux et dé- « signé sous le nom de charme; ceux-ci pensent « encore activement et ont une conscience assez « nette du monde extérieur; mais si on leur « affirme, par exemple, Timpossibilité de parler, (( de faire certains mouvements, voire même de « sentir, ou si on leur suggère Tidée d'actes « absurdes, leur attention déjà sans ^ressort « s'immobilise complètement sur les idées im- « posées, leur esprit les adopte et l'organisme « obéit; ce sont devrais automates placés sur « la limite de la veille et du sommeil. »
En résumé, il résulte des faits qui viennent d'être exposés qu'on peut déterminer chez certains sujets un état particulier qui n'est ni le sommeil hypnotique ni la veille. Cet état se distingue du sommeil hypnotique par plusieurs caractères : le sujet est parfaitement éveillé, il a les yeux ouverts^ il est en rapport avec le monde extérieur ; il se rappelle parfaitement tout ce qui
(i) Liébeault, Sommeil, p. 32.
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se dit ou se fait autour de lui, tout ce qu'il a dit ou fait lui-même ; le souvenir n'est perdu que sur un point particulier, la suggestion qui vient de lui être faite; c'est par là et par la docilité aux suggestions que cet état se rapproche du somnambulisme. Ces deux caractères sont du reste les seuls qui le distinguent de l'état de veille ordinaire. Le nom de condition priine^ que M. Liégeois propose de lui attribuer, ne me satisfait pas beaucoup, car il n'indique rien qui rappelle les caractères distinctifs de cet état, et je préférerais le nom de veille somnarnbiilique^ malgré la contradiction qui existe entre les deux termes (i).
En quoi consiste cet état de veille somnambuliqiie ? Comment est-il produit ? A quelle modification cérébrale correspond-il? Autant de questions insolubles pour le moment; la seule chose certaine, c'est qu'il constitue un état à part, qui ne peut être confondu ni avec le sommeil hynoptique ordinaire, ni avec l'état de fascination du D'^ Brémaud, ni avec le charme du D"^ Liébeault, et pas plus avec le sommeil hypnotique incomplet tel qu'il s'observe sur cer-
(i) Les médecins emploient le terme coma vigil ; le mot somiio-vigil a été aussi employé par quelque magnétiseurs.