‹ Le somnambulisme provoqué (volume 2)Chapitre 29 sur 32 · A 172 JOURS D INTERVALLE · texte numérisé non relu

A 172 JOURS D INTERVALLE

gestion que j'avais faite s'est réalisée dans ses plus petits détails. Pour ma part, je ne mets pas en doute que les suggestions ne puissent réussir après un temps beaucoup plus long et peutêtre même après plusieurs années.

guéri par l'hypnotisme ( i ) .

La réalité des phénomènes de l'hypnotisme est mise encore en doute aujourd'hui par beaucoup de médecins. Dans une série de recherches entreprises dans ces derniers temps sur les caractères physiologiques du somnambulisme provoqué, j'ai eu occasion d'observer un certain nombre de faits qui excluent toute idée de simulation et qui me paraissent de nature à entraîner la conviction du sceptique le plus endurci. C'est un de ces faits que je viens publier aujourd'hui.

Un fait analogue avait déjà été observé quelques jours auparavant par mon collègue le professeur Bernheim, qui m'en avait fait part, et les deux observations ont été communiquées à la Société de médecine de Nancy dans sa séance du 25 juin 1884, avec pièces à l'appui.

(1) Observation publiée dans la Galette médicale de Paris du 2 août i8b4.

Voici, très abrégée, Tobservation, à laquelle je n'aurai à ajouter que quelques mots :

Victorine L..., âgée de douze ans et demi, d'un tempérament lympathique, mais forte et bien constituée, est atteinte d'une hémichorée droite sur laquelle sa mère me donne les renseignements suivants :

Première atteinte. — A quatre ans et demi, à la suite d'une frayeur, elle fut prise d'une chorée généralisée très intense. L'enfant ne pouvait ni marcher, ni articuler les mots, ni presque manger. En outre, le mal s'aggravait à certains moments de la journée *, ces crises ou ces accès duraient dix à quinze minutes et se répétaient six à sept fois par jour. La durée de cette première atteinte fut de trois mois. Les douches d'eau froide furent le seul traitement employé.

Entre six et sept ans, douleurs articulaires.

Deuxième atteinte, à sept ans et demi. — Elle fut aussi forte que la première et offrit les mêmes caractères : mais elle ne dura que six semaines. Même traitement.

Troisième atteinte, à neuf ans et demi. — Le côté droit seul fut pris; six à sept accès par jour; durée : six semaines. Pas de traitement.

Qiiatrihne atteinte, à onze ans et demi. — Même forme hémichoréique ; même durée; toujours six à sept accès par jour. Pas de traitement.

Cinquième atteinte, à douze ans et demi. — Le premier accès eut lieu le 27 mai et fut suivi dans la même journée de six accès très violents. Le 28 et le 29, même nombre d'accès très violents; sa mère l'amène ce jour-là chez M. le docteur Liébeault, qui l'endort pour la première fois. Elle a encore deux accès dans l'après-midi, mais moins forts.

Le 3i mai, elle est soumise encore au sommeil provoqué; un seul accès léger qui fut le dernier.

Le 9 juin, à la suite d'une frayeur, les mouvements choréiques reparaissent, avec moins d'intensité cependant. Mais les mouvements sont très désordonnés, surtout dans la main et dans le bras. Sa mère la ramène pour la faire endormir.

GUÉRI PAR l'hypnotisme 239

Je me trouvais ce jour-là chez M. Liébeault ; M. le professeur Bernheim m'avait précisément communiqué quelques jours auparavant un cas

Fig. 4. — Écriture de Victorine L..., choréique.

de chorée dans lequel l'hypnotisme avait réussi, en une séance, à faire cesser le désordre des mouvements de la main et à permettre l'écriture, impossible auparavant. J'en fis part à M. le docteur Liébeault et le priai d'essayer la

même épreuve sur sa petite malade. Il y consentit immédiatement.

Je disàVictorine L... d'écrire son nom. Malgré toutes ses tentatives, Tenfant, très intelligente et très docile du reste, n'arrive qu'à faire un gribouillage informe dans lequel on distingue à peine une L, première lettre de son nom, gribouillage que reproduit le fac-similé de la page 239 (fig. 4).

Alors M. Liébeault l'endort, et, une fois endormie, il lui dit d'écrire son nom. Voici ce qu'elle écrivit d'emblée, sans hésitation, les yeux fermés: (fig. 5.)

Fig. 5. — Écriture de Victorine L. . ., endormie.

Tous les mouvements choréiques avaient du reste disparu pendant le sommeil.

A son réveil, nous lui faisons de nouveau écrire son nom, les yeux ouverts cette fois. Le

GUÉRI PAR l'hypnotisme 24 1

fac-similé suivant (fig. 6) montre le résultat obtenu :

Fig. 6. — Écriture de Victorine L..., réveillée.

Les jours suivants, on continua les séances d'hypnotisme et l'amélioration se maintint.

Au bout de quelques jours, Penfant n'avait plus de mouvements désordonnés et pouvait écrire, coudre et se livrer à toutes les occupations manuelles comme auparavant.

Ce fait,1 je crois, n'a pas besoin de commentaires, et il me semble que pour tous les esprits non prévenus, l'inspection des trois fac-similés reproduits ci- dessus vaut mieux que toutes les considérations possibles.

Beaunis. i6

III. — Rei7iarqîies à propos d'une note de M. Beaiissire : VObservation interne et lobservation externe en psychologie.

Dans une note publiée dans le numéro de septembre i885 de la Revue philosophique, note intitulée : VObservation interne et l'observation exterme en psychologie^ M. Beaussire rectifie un passage de mon article sur VExpérimentation en psychologie par le somriambu- Usine provoqué. Voici ce passage : « Uobserva- « tion interne, seule préconisée autrefois, n'a « rien donné de ce qu'on en attendait et tout le (( génie des hommes qui se sont occupés de (( l'étude de l'âme n'a pu prévaloir contre Tin- « suffisance de la méthode. En réalité, nous en « étions encore, il y a quelques années, au « Traité de Vâme d'Aristote, ou peu s'en « faut. »

La rectification de M. Beaussire porte surtout sur les mots « seule préconisée autrefois « dont il conteste l'exactitude historique.

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