‹ Le somnambulisme provoquéChapitre 10 sur 47 · I KÉQUKNCE DES BATTEMENTS DU CŒUR · texte numérisé non relu

I KÉQUKNCE DES BATTEMENTS DU CŒUR

dcJ.-B. 'rarchanoir qui constata les faits suivants.

D'après les dires de l'étudiant, quand il veut accélérer son cœur, il concentre son attention sur son cœur et veut Taccélérer, absolument comme quand il veut exécuter un mouvement volontaire; la concentration seule de l'attention ne suffit pas, il faut qu'il s'y joigne une volonté active. Il ne se suggère aucun état émotionnel particulier, aucune idée agréable, par exemple, qui pourrait accélérer le cœur. On sait que les contractions musculaires violentes produisent l'accélération du pouls; chez lui, rien décela; tous les muscles sont à l'état de repos, on n'observe qu'un peu de rougeur de la face et quelquefois une légère tension des muscles du cou. II faut noter que chez cet étudiant la volonté a une très grande influence sur le système musculaire; il peut contracter à volonté les muscles de Toreille, les muscles épicraniens, fléchir les 3®^ phalanges, etc.

La respiration n'est pas non plus en cause, comme le montrent les tracés grapiiiques; du reste, en modifiant le nombre et la profondeur des respirations on n'observe pas de variation sensible des battements du cœur.

La pression sanguine prise avec le sphygmomanomètre de v. Basch, annonce, au moment de l'accélération du pouls, une augmentation de 10 à 20 millimètres de mercure; mais il n'y a pas une liaison intime entre l'accélération du pouls et l'augmentation de pression sanguine, car l'accélération finie, la pression continue encore à monter.

Les mains sont froides pendant l'expérience, tandis qu'il y a un peu d'augmentation de température des joues, du visage, du front; il y a donc une légère congestion encéphalique et excitation des centres vaso-moteurs des extrémités.

De tous ces faits, Tarchanoff conclut chez le sujet à une action directe de la volonté sur le cœur.

Mais comment se produit cette influence? Estce par paralysie du centre d'arrêt ou par excitatation du centre accélérateur? La façon dont l'accélération s'établit permet de trancher la question. Cette accélération n'est pas immédiate; elle s'établit graduellement et met une demiminute ou trois quarts de minute à arriver à son maximum; le ralentissement des battements n'a pas lieu non plus brusquement, il

Bealnis. 5

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dure qjclqucs minutes et s'accompagne d'oscillations secondaires. Cette marche du phénomène rappelle ce qui se passe dans l'excitation des nerfs accélérateurs, tandis que dans la paralysie des centres d'arrêt (section des pneumogastriques ou destruction de la moelle allongée), l'accélération est immédiate, de même que par l'excitation du centre d'arrêt, le ralentissement est immédiat aussi. Donc l'accélération doit être attribuée à une excitation du centre accélérateur.

Les caractères du pouls pendant Taccélération sont les suivants : la pulsation présente un abaissement graduel ; le soulèvement systolique est moins brusque (action moins énergique du cœur); dans la période de descente, les ondulations sont plus prononcées.

En faisant séjourner le sujet dans une étuve à 57°, le pouls présentait une identité complète avec le pouls de l'accélération; or, les expériences sur les animaux démontrent que par ce procédé on excite le centre accélérateur. Au moment de l'accélération, on constate une diminution de volume du membre.

Du reste, chez ce sujet, l'accélération du cœur se produit, en dehors de sa volonté, sous une

foule d'influences : travail musculaire, travail cérébral, boissons chaudes, excès vénériens, tabac, etc. ; l'acte seul de l'ausculter amenait une accélération de 12 à i6 pulsations par minute. Quand les expériences étaient répétées plusieurs fois, elles étaient toujours suivies d'une fatigue musculaire considérable. L'arsenic favorisait notablement le pouvoir d'accélérer le cœur ; le protoxyde d'azote au contraire l'annihilait.

Eugène Salomé ne peut, par la volonté, ralentir les battements du cœur.

A ce fait intéressant, TarchanofF en joint quelques autres qu'il eut occasion d'observer.

Le premier concerne un jeune homme très nerveux et très excitable; il pouvait faire monter son pouls de 85 à i3o pulsations par minute, mais le phénomène s'accompagnait d'un tremblement de tout le corps et les mouvements respiratoires étaient plus énergiques et plus fréquents. Le sujet pouvait contracter isolément un certain nombre de muscles et en particulier les muscles de l'oreille.

Le second cas est celui du D'' Schlesinger. Comme il pouvait contracter isolément les muscles de l'oreille et des doigts, Tarchanoff lui demanda d'essayer d'accélérer volontairement les

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battements du cœur; à la première expérience, il accéléra ses battements de 20 pulsations par minute. En s'excrçant graduellement, il arriva à les faire monter de 85 à iGo par minute.

Enfin Tarchanofî mentionne encore un jeune poète russe et un professeur qui peuvent augmenter le nombre de leurs battements du cœur de i5 à 20 par minute. Tous pouvaient contracter isolément les muscles de l'oreille et des phalanges.

Dans une note additionnelle, Tarchanoff fait savoir que, depuis ses expériences, le D*" Schlesingcr souffre de palpitations qui ne le laissent pas dormir. On doit donc être très réservé dans des expériences de ce genre et ne les faire qu'avec les plus grandes précautions.

L'accélération du cœur produite chez Élisa par suggestion peut-elle rentrer dans cette catégorie de faits? Je ne le crois pas. D'abord il ne faut pas oublier que les sujets, dont je viens de retracer l'histoire d'après Tarchanoff, peuvent bien accélérer, mais non ralentir les battements du cœur. Du reste, le graphique du pouls accéléré chez Elisa (ligne 6 de la figjre) présente des caractères opposés à celui d'Eugène Salomé-, enfin et surtout, et j'insiste sur le fait, Vac-

MODIFIÉE PAR SUGGfiSTION HYPNOTIQUE 69

céléi^ation est immédiate et suit instantanément la suggestion; ainsi en comptant sur le tracé le nombre des pulsations sur 3 centimètres de longueur, immédiatement avant et immédiatement après la suggestion de l'accélération, je trouve 8 pulsations dans le premier cas et 9 dans le second. Je serais donc porté à croire que la suggestion agit sur le centre d'arrêt (en le paralysant) plutôt que sur le centre accélérateur. Il en est de même, du reste, pour le ralentissement; là encore l'effet est immédiat; la première intermittence que j'ai signalée plus haut se produisit instantanément après la sug-

gestion.

J^arrive donc à cette conclusion que, dans le fait d'Elis ., la volonté du sujet, obéissant docilement à la suggestion qui lui est faite, agit directement soit en excitant, soit en paralysant le centre d'arrêt cardiaque, et produit dans le premier cas le ralentissement, dans le second l'accélération du cœur.

IV -Production de rougeur et de congestion cutanée par suggestion hypnotique.

Je serai très bref sur ces phénomènes qu'on peut produire facilement sur un grand nombre de somnambules. Je me contenterai d'en citer

un exemple.

Je dis à M»« A. E... pendant le sommeil hypnotique : « Après votre réveil vous aurez une tache rouge qui se produira sur le pomt que ,e touche en ce moment .. ; je touchais alors très légèrement avec le doigt un point de l avantbras bien reconnaissable à un signe quelconque. Dix minutes environ après le réveil, une rougeur d'abord peu intense commençait a apparaître au point indiqué, puis augmentait peu a peu et après avoir persisté pendant lO minutes ou un quart d'heure, disparaissait graduellement; la tache rouge était très apparente et ses bords se perdaient insensiblement dans la teinte générale de la peau. On peut du reste par suggestion la faire persister beaucoup plus longtemps, ainsi 2. ou 48 heures; toutes les précautions étaient prises, naturellement, pour que

le sujet n'exerçât aucun frottement sur l'endroit désigné et il était toujours surveillé à ce point de vue.

Or, dans les conditions ordinaires, nous ne pouvons modifier volontairement de cette façon notre innervation vaso-motrice.

Si on fait l'essai sur soi-même, on reconnaît qu'on peut, par l'attention soutenue et la concentration de l'esprit sur une seule idée, déterminer des sensations qui, chez certains individus, peuvent aller jusqu'à Thallucination; on peut même arriver en se suggérant un état émotionnel avec une intensité suffisante, se faire rougir ou pâlir à volonté et ce procédé a été employé souvent par de grands comédiens ; on dit que Talma, dans certains rôles et à certains passages, peuplait la salle de squelettes pour se donner le frisson tragique. Mais je ne crois pas qu'il soit possible, à moins de se placer dans un état tout spécial analogue à celui que détermine la suggestion, de faire apparaître une rongeur persistante sur un point déterminé du corps. Je reviendrai plus loin sur cet état spécial que je ne fais que mentionner ici.

Dans certains cas, quand la suggestion est assez forte, au lieu d'un simple érythème, on

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peut avoir une congestion véritable avec gonflement de la peau, (^ette congestion cutanée nous conduit à rexpénence suivante qui représente, jusqu'à présent, le maximum d'cilet qui ait été obtenu par la suggestion.

Cette expérience constitue une date dans Thistoire du somnambulisme provoqué. Elle démontre d'une façon irréfutable la réalité des phénomènes somnambuliques et elle démontre en outre l'influence énorme que le cerveau exerce sur toutes les fonctions de la vie organique. J'aurai occasion de revenir plus tard sur cette question, je me contenterai ici de relater fidèlement les faits.

Ces expériences ont été faites sur Elisa F..., dont j'ai déjà parlé plus haut, par M. Focachon, pharmacien à Charmes, auquel la science doit déjà tant sur ces questions.

Un jour qu'Elisa éprouvait une douleur audessus de Faine gauche, il lui suggéra, après l'avoir endormie, qu'il se formerait une ampoule de vésicatoire au point douloureux; le lendemain, quoiqu'il n'eiàt rien appliqué, il y avait au point désigné une bulle de sérosité.

Peu après, il employa le même procédé de la suggestion pour lui enlever une douleur névral-

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g:que de la région claviculairc droite; mais cette fois, au livjii d une vésication, il produisit " des brûlures en tout semblables à des pointes de feu bien formées et laissant des escarres réelles. »

M. Focachon informa de ces faits le D' Liébeault et l'on prit jour pour recommencer ces expériences à Nancy devant quelques témoins.

C'est le 2 décembre 1884 que M. Focachon amena Élisa chez le D"" Liébeault. M. le D"" Bernheim indiqua lui-même comme devant devenir le siège de la vésication une partie du corps qui, située entre les deux épaules, ne pouvait être atteinte avec les mains par le sujet mis en expérience. Malheureusement, la suggestion fut faite un peu tardivement, M.Bernheimayantétéretenu toute la matinée par son service d'hôpital, et l'effet produit par la suggestion ne put être constaté le jour même par les expérimentateurs de

Nancy.

MM. Focachon et Liébeault surveillèrent la dormeuse jusqu'à cinq heures et demie du soir, sans la quitter des yeux. Pendant la journée, on lui fit des suggestions répétées. A cinq heures et demie, on procéda à la vérification des effets attendus en présence de MM. Bernheim, Liégeois et Damont, chef des travaux physiques à

la Faculté de médecine. On constata une rougeur circonscrite dans les limites tracées à l'avance et en quelques endroits des points de couleur plus foncée présentant une certaine saillie. Le sujet se plaignait d*une sensation de brûlure et de démangeaison qui la portait à se frotter le dos contre les meubles si on ne Ten avait pas empêchée.

Cette expérience fut interrompue par la nécessité où se trouvait M. Focachon de retourner à Charmes. Elle ne fut pas jugée suffisamment concluante, et il fut convenu que Ton essaierait de la renouveler dans des conditions meilleures.

Cependant, le lendemain, M. Focachon envoyait à M. Liébeault d'abord un télégramme, puis une lettre renfermant un certificat de M. le D"" Chevreuse, de Charmes. Ce praticien avait constaté l'existence chez Élisa « d'un éryihème « vésiculeux entre les épaules; la pression était (( douloureuse en cet endroit, et la partie de la « chemise en contact avec la région était ma- « culée d'un liquide purulent -, on aurait pu (( croire à une petite briàlure. »

Le lendemain, 3 décembre, M. Focachon écrivait à M. Liébeault : « J*ai revu hier Elisa, à trois heures. En lui faisant de nouveau enle-

7<^^ VIÎSICATION

ver SCS vêtements, j'ai pu constater que la vcsication était encore plus accentuée qu'elle ne l'était le matin, et que la plaie du centre (sans doute ie point où xM. le D' Ghevrcusc avait remarqué la présence d'un liquide purulent ayant maculé la chemise) qui continuait à suppurer, mesurait, à ce moment, 5 centimètres de long sur 25 millimètres de large.

Ce fait se présentait avec toutes les garanties d'authenticité; cependant comme il y avait eu une interruption de surveillance sur Élisa pendant la nuit qui suivit son retour à Charmes, il n'y avait pas certitude absolue. On décida donc de recommencer l'épreuve dans de meilleures conditions.

L'occasion s'en offrit à la suite d'une attaque d'hystéro-épilepsie qui se renouvela par émotion, à la fin du mois d'avril.

Depuis dix-huit mois, elle n'avait plus éprouvé d'accès.

Sous prétexte de l'amener en consultation chez M. Liébeault, M. Focachon se rendit avec elle à Nancy, le 12 mai i885 ; elle ne se doutait nullement de ce qu'on lui ferait et pensait être de retour à Charmes pour quatre heures de l'après-midi.

Elle fut endormie devant nous vers onze heures du matin. Cette fois, en un endroit choisi derrière Tépaule gauche, où il était encore impossible à la dormeuse d'atteindre avec la main, on fixa du papier de timbres-poste gommés, dont des carrés de même sorte avaient été placés déjà sur le bras de quelqu'un, pendant dixhuit heures, et sans qu'il appariât au-dessous la moindre rougeur. On mit par-dessus ce papier un léger appareil de pansement, composé de bandelettes de diachylon et d'une compresse. Ce simulacre de pansement, proposé par M. Liégeois, fut constitué dans le but de rendre l'esprit de la somnambule plus tendu sur l'idée permanente de la vésication à développer, et Élisa, à laquelle on ne fit, toute la durée de son sommeil, que trois fois et quelques minutes chaque fois, une suggestion ad hoc^ passa la nuit entière enfermée seule à clef dans une chambre, après avoir été mise en sommeil hypnotique.

Le lendemain i3 mai, le pansement fut levé devant tous ceux qui s'intéressaient au résultat de l'expérience, et après l'examen qui suivit, le procès-verbal suivant fut rédigé par moi-même, séance tenante; le voici :

«Le 12 mai i885, à onze heures du matin,

jlj VÉSICATION

M. Focachon endort M"" Élisa en présence de MM. Ik-rnlicim, Liébeault, Beaunis et de quelques autres personnes. Pendant son sommeil, on lui applique sur répaule gauche huit timbresposte, en lui suggérant qu'on lui applique un vésicatoire. Les timbres-poste sont maintenus par quelques bandes de diachylon et par une compresse.

« Puis le sujet est laissé dans cet état toute la journée, après avoir été réveillé deux fois, pour le repas de midi et celui du soir; maison la surveille et on ne la perd pas de vue.

« Pour la nuit, M. Focachon l'endort en lui suggérant qu'elle ne se réveillera que le lendemain matin, à sept heures (ce qui eut li^u).

« Ce jour même, à huit heures un quart, M. Focachon enlève le pansement en présence de MM. Bernheim, Liégeois, Liébeault, B^aunis , etc. Nous constatons d'abord que les timbres-poste n'ont pas été dérangés. Ceux-ci enlevés, le lieu de leur application présente Taspect suivant : dans l'étendue de 4 sur 5 centimètres, on voit répiderme épaissi et mortifié, d'une couleur blanc jaunâtre ; seulement l'épiderme n'est pas soulevé et ne forme pas de cloches, il est épaissi, un peu plissé, et présente

en un mot l'aspect et les caiactères de la période qui précède immédiatement la vésication proprement dite avec production de liquide. Cette région de la peau est entourée d'une zone de rougeur intense avec gonflement. Cette zone a environ un demi-centimètre de largeur. Ces faits constatés, on replace une compresse sèche par-dessus, pour examiner la peau un peu plus tard. Le même jour, à onze heures et demie, la peau présente le même aspect que le matin. »

Cet état fut constaté par MM. les professeurs Beaunis, Bernheim, Liégeois; les docteurs Liébeault et Simon, aide de clinique : ALVL Laurent, architecte-statuaire, et Brulard, interne delà Faculté, qui apposèrent leur signature au bas du procès-verbal.

A son retour à Charmes, le même jour à quatre heures de Taprès-midi, M. Focachon photographia le vésicatoire d'Elisa. On aperçoit sur la photographie plusieurs phlyctènes (4 à 5 qui se sont développées probablement pendant le voyage de Nancy à Charmes.

Ces phlyctènes augmentèrent peu à peu en laissant échapper une sérosité épaisse et laiteuse.

Le 28 mai, le vésicatoire était encuic en pleine suppuration et M. Focachon put en

8o \{-.^]CKTlOS

prendre à divers moments plusieurs épreuves photographiques.

Le 3o mai, il détermina par sug:;estion chez la même personne un vésicatoire sur le bras, vésicatoire qui fut aussi photographié par lui.

J'ai communiqué ces faits à la Société de psychologie physiologique dans sa séance du 29 juin i885 et présenté aux membres de la Société les photographies de ces deux vésicatoires.

On pourrait dire qu'il s'agit là d'un fait exceptionnel, qu'on a affaire dans ce cas à une aptitude individuelle particulière. Il est bien évident que ces expériences ne réussissent pas chez tous les somnambules; mais le fait d'Élisa n'est pas unique.

Les mêmes expériences ont été répétées avec succès par M. Focachon sur une autre personne, Marie G. Cette fille souffrait depuis trois ans de douleurs névralgiques intenses ; comme elle tomba en somnambulisme dès la première séance d'hypnotisation, AL Focachon lui appliqua par suggestion et successivement deux vésicatoires sur la partie douloureuse ; tous deux de la grandeur d'une pièce de 5 francs ; le premier fut appliqué en avant et un peu au-dessous

PAR SUGGESTION HYPNOTIQUE 8l

du lobule de l'oreille gauche, le second au niveau de l'arcade temporale du même côté; la vésication ne fut complète qu'au bout de quarante-huit heures et fut par conséquent plus lente à se produire que chez Elisa; il y eut, du reste, comme chez cette dernière, phlyctène suivie de suppuration. Les douleurs névralgiques disparurent complètement après douze séances d'hypnotisation.

Aux faits dont je viens de parler et sur lesquels j'ai cru devoir m'étendre assez longuement, il serait facile d'en ajouter d'autres.

Ainsi, les sécrétions comme l'urine, la sueur, les larmes, le lait, etc., peuvent être excitées par suggestion; le flux menstruel peut être régularisé, diminué ou augmenté; on peut même, comme je l'ai vu chez Elisa, exciter d'un seul côté la sécrétion lacrymale; en un mot, il n'est pas, pour ainsi dire de fonction organique qui échappe à la suggestion hypnotique.

Depuis que ces faits et surtout le fait de la vésication ont été publiés, des observations nouvelles faites par les médecins les plus autorisés sont venues confirmer ces expériences et ne peuvent plus laisser aucun doute dans l'esprit

Beaunis. (3

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de ceux qui ne se laissent point aveugler par le parti pris.

Dumontpallicr a communiqué récemment a la Société de biologie des expériences dans lesquelles il a produit par suggestion, chez des hystériques hypnotisables, des congestions locales et des élévations de température de plusieurs degrés dans des régions limitées à volonté (i).

MM. Bourru, professeur de clinique médicale à l'Ecole de médecine navale de Rochefort, et Burot, agrégé à la même école, ont publié dans la même séance de la Société de biologie (i I juillet i885) des faits d'épistaxis et de sueur sanguine par suggestion hypnotique chez un

(i) J'ai essayé une fois, chez Élisa, d'augmenter par suggestion et directement la température générale du corps, sans lui suggérer qu'elle avait la fièvre. Le thermomètre, laissé d'abord 20 minutes dans l'aisselle sans lui faire de suggestion, marquait ^yô. A ce moment, je commençai la suggestion en la répétant de temps en temps; l'expérience dura une heure dix minutes; pendant tout ce temps, je restai à côté d'elle ne quittant pas des yeux la colonne mercurielle; à la fin, le thermomètre marquait 38»; il n'y avait donc eu qu'une ascension de 4 dixièmes de degré en I heure 10 minutes; cette ascension avait été très lente, graduelle; la respiration était accélérée; il y avait de la sueur sur tout le corps; des circonstances particulières m'empêchèrent de continuer l'expérience. Elle eu lieu le 18 juillet

sujet hémiplégique et hémianesthésique (i). Ces expériences ont été répétées avec le n^êm2 résultat sur le même sujet par le D'' Mibille, directeur de TAsile de Lafond (La Rochelle).

Tous ces phénomènes expliquent bien des faits jusqu'ici incompréhensibles et en particulier les phénomènes présentés par les stigmatisés du moyen âge et des temps modernes; il n'y avait là, comme on Ta cru trop souvent, ni miracle, ni supercherie, il n'y avait que de malheureuses hystériques qui étaient arrivées par l'extase et la contemplation à l'état dans lequel les suggestions réussissent, et qui se suggéraient à elles-mêmes ou se laissaient suggérer les plaies,

(i) «L'expérimentateur traça son nom sur ses deux avantbras avec l'extrémité mousse d'un stylet de trousse; puis il tit le commandement suivant :

« Ce soir, à 4 heures, tu t'endormiras et tu saigneras aux bras, sur les lignes que je viens de tracer. »

A l'heure dite, il s'endort. Au bras gauche, les caractères se dessinent en relief et en rouge vit sur le fond pâle de la peau, et des gouttelettes de sang perlent en plusieurs points. Après 3 mois, les caractères sont encore visibles, bien qu'ils aient pâli peu à peu. A droite, côté paralysé, il ne paraît absolument rien.

Voyez A. Berjon, la Grande hystérie che:^ V homme, phé' nomènes d'inhibition et de dynamogénicy changements de la personnalité^ action des médicaments à distance. Paris, I«b6,

84 Vf^SICATION

les sueurs de sang et tous les phénomènes de la crucifixion du Chnst. On avait déjà, du reste, l'intuition de cette interprétation des faits (i), mais les expériences déjà anciennes de Liébeault (2) et celles que je viens de citer ne peuvent laisser aucun doute sur la validité de cette interprétation (3).

(i) Voir Maury, Magie et Astrologie.

(2) Liébeault, Du Sommeil et des états analogues.

(3) Je rappellerai à ce propos un passage de ma Thèse pour le doctorat en médecine [De l'Habitude en général. Montpellier, i836) :

« Il suffit de regarder avec attention une partie de son « corps, d'y penser fortement pendant quelques temps, de « la soumettre aux passes dites magnétiques, pour y éprou- »i ver des sensations indéfinissables, des picotements, des « ardeurs, des battements, etc. On peut trouver des preuves « de ce fait dans les descriptions si minutieuses des expé- « rimentateurs homœopathes; on en trouve la preuve en- « core plus frappante chez ces fameux mystiques du moyen <( âge, dont le front, les mains, les pieds étaient, aux heures « d'extase, le siège de fluxions, de sueurs de sang, et même i( de véritables plaies (p. 22). »

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