FRÉQUENCE DES BATTEMENTS DU CŒUR
pouls, et je puis confirmer cette assertion d'après des tracés sphygmo^raphiques pris dans ces conditions avec le sphygmographe à transmission. On peut retenir sa respiration pendant un temps assez long (une demi-minute environ), soit dans l'inspiration, soit dans l'expiration, ordinaires ou profondes, sans que la fréquence du pouls varie sensiblement. Pour que l'arrêt du cœur se produise, il faut qu'un nouveau facteur intervienne, savoir la compression du thorax par les muscles expirateurs.
Cet arrêt de la circulation peut même être porté très loin, comme Weber a pu le constater sur lui-même :
« Un jour, dit-il, que j'avais retenu ma respiration un peu plus longtemps qu'à l'ordinaire (certainement pas une minute entière), je perdis connaissance. Pendant que j'étais en cet état, les assistants remarquèrent chez moi quelques convulsions des muscles de la face; lorsque je revins à moi, j'avais perdu la mémoire de ce qui s'était passé, et au premier moment, bien que mon pouls fût redevenu sensible, je ne pouvais me rappeler où j'étais. Je me suis souvenu ensuite que, lorsque je sentis venir la syncope, je cessai de comprimer ma poitrine, et il
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est probable que, si je ne l'avais pas fait, cela aurait eu des suites fâcheuses pour moi, et que ma vie aurait peut-être été mise en danger. »
Aussi Weber explique-t-il par ce mécanisme, arrêt de la respiration et compression du thorax, les faits de mort volontaire cités par Valère- Maxime et Galien et dont on trouvera la relation dans son mémoire.
Wendling (i) cite aussi un exemple d*arrêt volontaire des battements du cœur :
« Un de nos amis, dit-il, M. Ed. Weber, étudiant en médecine, est en pouvoir d'arrêter complètement le choc de son cœur en faisant une inspiration profonde, suivie de l'occlusion de la glotte et de la contraction énergique des muscles expirateurs. Le pouls chez lui se supprime au bout de cinq à six secondes, et au lieu des bruits cardiaques, on n'entend qu'un frémissement singulier, qui semble indiquer que le cœur tremble en quelque sorte sous l'influence de la haute pression à laquelle il est soumis. Pendant l'expérience, M. Weber ressent comme un coup violent qu'on lui porterait à la nuque, sa face se congestionne à un degré très pro-
(i) Wendling, Thèse, Strasbourg, 1864, page 3i.
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nonce, et les veines du front se dessinent sous la peau, dilatées et tendues. Au moment même oij il rétablit la respiration, il éprou\'e un vertige assez intense qui disparaît au bout de quelques secondes ».
On pourrait, à ces faits, en ajouter quelques autres dont je trouve la mention dans un travail de Tarchanoff, dont je parlerai plus loin.
Ainsi Boikin cite le cas d'un individu atteint d^atrophie musculaire progressive qui pouvait ralentir les battements de son cœur en pensant à rétat misérable de santé dans lequel il se trouvait. Il s'agit là évidemment d'un état émotionnel produit par auto-suggestion.
La concentration de l'attention sur un sujet déterminé peut produire aussi un ralentissement du pouls ; ainsi Millner Fothergill a observé le fait suivant sur un jeune homme très nerveux et très irritable, quand on l'interrogeait en auscultant le cœur^ quand les réponses exigeaient de la réflexion, on constatait un ralentissement du cœur et de l'irrégularité du pouls, ces phénomènes ne se montraient pas quand la réponse à faire était simple et n'exigeait aucun efiort de réflexion.
D'après Millner Fothergill, un physiologiste
américain bien connu aurait aussi le pouvoir d'arrêter les battements de son cœur.
En résumé, dans tous ces faits, en dehors des influences émotives, Tarrêt par le ralentissement du cœur n^est que secondaire et dû à Tinfluence de la respiration. Or, dans le cas d'Elisa F..., la respiration est resiée calme et régulière tout le temps de l'expérience, et son influence ne peut être invoquée pour expliquer le ralentissement du pouls.
Les faits d'accélération volontaire du cœur sont moins connus.
Cependant il a paru récemment un travail très intéressant de J.-B. TarchanolT sur cette question (i).
Le premier cas a été observé sur un étudiant, Eugène Salomé. Entre lo et i5 ans, il souflrit de palpitations qui se calmèrent par la suite, mais il lui resta une susceptibilité extrême du cœur aux influences extérieures. Il porta son attention sur ce sujet et s'aperçut un jour qu'en concentrant son attention sur ce point, il pouvait accélérer à volonté les battements de son cœur. Il voulut bien se prêter aux explorations
(i) TarchanofF, Archives de Pfîûger, 1884, p. 100.