‹ Le somnambulisme provoquéChapitre 26 sur 47 · VI. — De l'ctat meut al dans le soriinambulisme provoqué · texte numérisé non relu

VI. — De l'ctat meut al dans le soriinambulisme provoqué

Quel est Vétat mental de Thypnotisé pendant son sommeil ? L'intelligence est-elle active et les sujets pensent-ils à quelque chose? D'après ce que j'ai observé, je serais porté à croire qu'il y a un repos absolu de la pensée, tant que des suggestions ne leur sont pas faites. Quand on demande à un sujet placé dans le sommeil hypnotique, et j'ai fait cette demande bien des fois : A quoi pensez-vous ? Presque toujours on a cette réponse : A rien. Il y a donc un véritable état d'inertie ou plutôt de repos intellectuel, ce qui s'accorde bien du reste avec l'aspect physique de l'hypnotisé ; le corps est immobile, le masque impassible; la figure a même une expression de calme et de tranquillité qu'elle atteint rarement dans le sommeil ordinaire. 11 n y a certainement ni rêves, ni pensées d'aiicune sorte, car les sujets qui se rappellent si bien, une fois endormis de nouveau, tout ce qui s'est passé

dans un sommeil antérieur, ne se rappellent rien d'un sommeil hypnotique dans lequel il ne leur a pas été fait de suggestions.

Aussi, contrairement à beaucoup de médecins, je regarde le sommeil hypnotique sans suggestions comme plus réparateur que le sommeil ordinaire, et d'après }les observations que j'ai pu faire chez le D'" Liébeault ou que j'ai faites par moi-même, une partie des effets thérapeutiques produits par l'hypnotisme doit être attribuée à ce caractère bienfaisant du sommeil provoqué. Je n'ai pas à insister ici sur cette question, que je ne mentionne qu'incidemment.

La seule chose importante au point de vue psychologique, c'est cette inactivité, ce repos complet de la pensée pendant le sommeil hypnotique.

On s'est souvent demandé si, dans le sommeil ordinaire, le cerveau était inacnf et bien des raisons ont été données pour et contre ; il me semble que les faits que je viens de citer permettent de trancher la question, et je crois que dans le sommeil ï\dX\jiVQ\ projond, le cerveau est en réalité inactif comme dans le sommeil provoqué.

Cette inertie de la pensée, comme nous l'avons

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VU, n'est qu'une inertie conditionnelle ; il sulfjt de la moindre suggestion, du moindre mot prononcé par l'hypnotiseur pour que cette inertie fasse place à Pactivitc et cette activité peut même être très développée, plus peut-être qu'à l'état normal. Le jugement m'a paru en cllct très droit chez les hypnotisés cl ils raisonnent en général avec beaucoup de correction et de logique. « Ce qui nous a le plus frappé, dit le D"" Liébeault, c'est leur puissance de déduction; quelle que soit la conséquence de leur élaboration intellectuelle^ la trame de leur raisonnement est logique et rapide », et je partage tout à fait son avis. Il ne me paraît donc pas juste de considérer Thypnotisé « comme une machine inconsciente incapable de raisonnement et de jugement ( I ) » . Ce qui est vrai, c'est qu'il leur faut rimpulsion première, la suggestion; mais cette impulsion donnée, la machine intellectuelle (pour continuer la comparaison) se met en mouvement et peut même fonctionner avec plus de régularité et de précision que dans l'état de veille.

Je n'ai jamais pu cependant, jusqu'à 'présent du moins, constater chez les sujets que j'ai

(i) Fitres. p. iq.

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observés, les phénomènes merveilleux admis par certains magnétiseurs, tels que la divination mentale, la seconde vue, le doyi de prophé^ tie, etc. Toutes les fois que la suggestion que je voulais produire a étésimplementj;e«5eeet non exprimée d'une façon ou d'une autre, elle ne s'est jamais réalisée. Jamais, non plus, les sujets n'ont pu deviner la nature d'un objet que je tenais dans la main ; jamais ils n'ont pu dire ce que je pensais ou ce que j'avais fait à tel ou tel moment. Je ne veux pas cependant nier absolument ces faits en présence des affirmations de savants de très bonne foi ; ce que je puis dire, c'est que je ne les ai jamais observés.

Quant aux prédictions, il en est de même. On peut prédire soi-même l'acte que fera un sujet puisque, cet acte, on le lui a suggéré; mais je n'ai jamais rencontré un sujet qui annonçât à l'avance un événement et dont la prédiction se réalisât.

Une seule exception existe et le fait a été déjà constaté souvent et j'en ai moi-même observé des exemples. Il peut arriver que des somnambules atteintes de maladies et spécialement d'affections nerveuses, annoncent l'heure et le jour de leur accès, disent si elles guériront ou non.

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et prévoient la date de leur gucrison, mais il c-^t très possible qu'il n'y ait là qu'une affaire â'au' tosiiggestion.

Un fait que j'ai constate plusieurs fois et qui me paraît hors de doute, c'est que certains sujets reconnaissent au toucher, ou du moins sans le secours de la vue ni de l'ouïe, le sexe et l'âge approximatif des personnes avec lesquelles on les met en rapport.

En outre, quand on met un sujet en rapport avec une personne malade qu'il ne connaît pas, il arrive parfois et ti^op souvent pour que ce soit un effet du hasard ou une simple coïncidence, que le sujet désigne la partie malade. Certains somnambules, en particulier M""® M..,, m'ont paru remarquables à ce point de vue. Mais il faut dire aussi qu'ils se trompent souvent.

Tous ces faits, quelque étranges qu'ils puissent paraître , peuvent s'expliquer cependant par une augmentation d'activité des sens, par une hyperesthésie sensorielle excessive , telle qu'on la constate dans le somnambulisme, sauf peut-être les derniers faits pour lesquels il faudrait invoquer une sensibilité organique spéciale.

A l'état mental des hypnotisés se rattache un

point qui m'intéressait particulièrement et que j'ai cherché à étudier et à résoudre. Les somnambules mentent-ils pendant leur sommeil .?

Pitres (i) répond affirmativement à la question. Pour lui, certains sujets peuvent, pendant le sommeil hypnotique, mentir volontairement et sciemment. Interrogés sur des faits qu'ils connaissent, sur des actes dont ils ont le souvenir précis, ils peuvent faire des réponses contraires à la vérité (2), et il cite à l'appui l'exemple d'une femme à laquelle il fit commettre un meurtre par suggestion pendant son sommeil et qui, dans un sommeil ultérieur, ne l'avoua qu'après avoir été pressée ,^de questions et après l'avoir nié avec énergie.

Pour ma part, je n'ai jamais pu surprendre un des sujets que j'ai observés en flagrant délit de mensonge ; ils ont quelquefois refusé de répondre à mes questions; si ma demande leur était désagréable, ils répondaient simplement : << Je ne veux rien dire », ou se taisaient; jamais ils ne m'ont dit le contraire de la vérité. A plusieurs reprises, j'ai cru les prendre en défaut sur certains détails, mais, vérification faite, j'ai

(i) Pitres, Des suggestions hypnotiques, (2) Pitres, page 60,

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été obligé de reconnaître que je me trompais et que c'était ma mémoire qui était en faute et non leur bonne foi.

J'ai cité plus haut des observations dans lesquelles les sujets ont raconté des détails qu'ils auraient certainement préféré taire s'ils l'avaient pu. Je les ai souvent interrompus en leur disant : « Vous ne me dites pas la vérité », et toujours leur réponse a été la même pendant le sommeil somnambulique : « Je ne pourrais pas mentir. »

Il est possible du reste qu'en s'adressant à des natures vicieuses, le résultat fût différent et il serait intéressant de savoir comment se comporterait pendant le sommeil hypnotique un criminel de profession, un voleur ou un assassin, par exemple. Il est certain que ces recherches seraient difficiles et qu'il faudrait se mettre en garde contre une simulation probable, mais quoi qu'il en soit, ces essais présenteraient un grand intérêt au point de vue psychologique. Dans rhypnotisme en effet, j'ai déjà eu occasion de le faire remarquer, l'être moral se livre tout entier, non seulement dans ses actes, mais dans ses pensées et ses sentiments les plus intimes; tout apparaît, vices, défauts, travers, ver-

tus, passions, tout s'étale avec la plus implacable franchise, avec la naïveté la plus complète. Voir à nu l'amc d'un Lacenaire, quel sujet d'études pour un philosophe! Et qui sait si, dans cette exploration , il ne se rencontrerait pas quelque sentiment pur, diamant perdu dans la fange, quelque souvenir d'enfance qui, mis en œuvre, par la suggestion , pourrait devenir le point de départ du relèvement moral du criminel et de son retour au bien ?

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