V. — De l'oubli au réveil cJie:^ les hypnotises
M. Delbœuf (i) a attaqué Tassertion que j'ai émise au sujet de la mémoire chez les hypnotisés.
« Le fait caractéristique, ai-je dit, et qui a été a constaté par presque tous ceux qui se sont « occupés de cette question, c'est que la per- (( sonne hypnotisée, une fois réveillée, ne se (( rappelle rien de ce qui s'est passé pendant le « sommeil hypnotique... (2) «
M. Delbœuf cherche à prouver qu'il n'en est rien. Les expériences qu'il a instituées lui démontrent le contraire et lui permettent de « ré- « tablir dans son intégrité l'unité de la cons- (( cience des hypnotisés, que Ton était en voie « de regarder comme brisée. « Pour lui, il suffit, pour que le sujet se souvienne, que le sujet
(i) La mémoire che^ les hypnotisés, mai 1886 {Revue plu" losophique).
ta) P. 116.
DE l'oubli au réveil CHEZ LES HYPNOTISÉS 20}
soit réveillé au milieu d'une action et que le dernier acte du rêve soit le premier du réveil.
J'avoue que nnes expériences ne m'ont pas donné le même résultat que celles de M. Delbœuf. J'ai réveillé des sujets à toutes les phases du rêve, pour employer le terme de Tauteur, pendant, comme après Faction, sans avoir trouvé de différences au point de vue de l'oubli au réveil. Les seules exceptions à la règle posée plus haut provenaient d'un sommeil incomplet et pas assez profond.
Mais il me semble, en outre, qu'en s'en tenant aux seules expériences de M. Delbœuf, il est impossible d'arriver légitimement à la conclusion qu'il en tire.
J'éliminerai d'abord toutes les expériences (ce sont les premières) dans lesquelles M. Dslbœuf recommande au sujet de se rappeler son rêve au réveil. Dans ces cas, en effet, rien de plus naturel que de voir le sujet se souvenir, puisque la suggestion lui en a été faite et j'ai moi-mê ne signalé ce fait. Voici ce que je dis en effet : (i)
« En résumé, les lois suivantes régissent la « mémoire hypnotique :
2^>4 r>n i/ouBLi au r^jveil
« jo Le souvenir des états de conscience (scn- « sations, actes, pensées, etc.) du sommeil pro- « voqué est aboli au réveil, mais ce souvenir u peut être ravivé par su^rg-stion, soit tempo- « rairemcnt, soit d'une façon persistante;
Restent donc les cas dans lesquels le sujet n'a pas reçu la suggestion de se rappeler son rêve à son réveil. Dans ces expériences, le résultat a été variable; tantôt le souvenir manquait tantôt et le plus souvent il existait; mais je ferai remarquer que presque toutes les expériences ont été faites sur le même sujet qui a subi, en réalité, un véritable dressage. Enfin, dans ces cas, M. Delbœuf est-il bien sûr de n'avoir pas involontairement prononcé quelques paroles qui, entendues du sujet, aient pu lui su^^f^érer le souvenir de son rêve?
Ce qui me porterait à le penser c'est la considération suivante : M. Delbœaf (i) relate une série d'expériences dans lesquelles, sa?is prononcer tin mot, les actes suggérés pendant le sommeil l'ont été simplement par imitation des gestes de l'opérateur. Or, dans tous ces cas,
(i) Paragraphe 7 de son article, p. 459.