‹ Le somnambulisme provoquéChapitre 38 sur 47 · CHEZ LES HYPNOTISÉS · texte numérisé non relu

CHEZ LES HYPNOTISÉS

Toubli au réveil a été absolu, même quand le sommeil avait lien au moment d'un acte, le dernier du sommeil et le premier du réveil.

Il me semble qu'en présence de ces faits, il n'est guère permis d'hésiter sur la conclusion, et cette conclusion me paraît contraire à celle de Tauteur de Tarticle. Je suis convaincu pour ma part, d'après ce que m'ont appris mes expériences, que si M. Delbœuf répète les siennes en prenant bien soin d'éviter tout dressage antérieur du sujet et de s'interdire toute suggestion directe ou indirecte, il arrivera aux mêmes résultats que moi. Méfiez-vous de la suggestion.

Une réflexion pour terminer. Je ne veux pas dire que jamais il n'y a de souvenir au réveil; j'ai pris soin moi-même de remarquer qu'// est probable qu'il y a des variétés individuelles suivant les sujets (i), mais ce sont là des cas exceptionnels qui n'infirment en rien la règle générale.

(I) P. ii8.

Un certain nombre de faits de suggestion mentale ont été communiqués dans ces derniers temps à la Société de psychologie physiologique par MM. Pierre Janet, Ch. Richet, J. Héricourt, Ochorowicz et j'en ai moi-même communiqué à la même Société un cas qu'on trouvera plus loin.

En Angleterre, la Society for psychical Research a publié un certain nombre de fiits analogues.

L'attention est éveillée aujourd'hui sur cette catégorie de phénomènes déjà indiqués, du reste, par les anciens magnétiseurs, et quelque répugnance qu'ait l'esprit à admettre la réalité de phénomènes qui bouleversent les idées reçues, il est bon de les enregistrer en attendant qu'on puisse en donner une démonstration rigoureuse et en essayer une interprétation.

peut-être y a-t-il dans les faits cités quelque condition qui nous échappe et qui en donnerait une explication toute simple, mais jusqu'à nouvel ordre, et à moins de mettre en doute la bonne foi de ceux qui les ont observés, il est impossible de les nier. Il est certain cependant que ces phénomènes ne pourront entrer dans la science positive que le jour où on pourra les reproduire à volonté, et par conséquent quand on connaîtra les conditions de leur production. D'ici là, il faut se contenter de les noter quand ils se présentent. C'est ce que je veux faire ici pour ceux que j'ai eu occasion d'observer par moi-même et pour d'autres qui m'ont été communiqués par M. Liébeault.

J'ai essayé une dizame de fois environ de produire ces faits de suggestion mentale. Je n'ai constaté de réussite qu'une seule fois. C'est dans le cas que j'ai communiqué à la Société de psychologie physiologique. Je donne donc ici cette communication telle qu'elle a été faite et publiée dans les Bulletins de la Société (séance du 3o novembre i885).

Un fait de suggestion mentale. — La communication de M. Janet me donne l'occasion de

mentionner un fait de siii^gcslioîi mentale que j'ai observé il y a quelques jours avec le D' Liébeault. Le sujet est un jeune homme, très bon somnambule, bien portant, un peu timide. Il accompagnait chez M. Liébeault sa cousine, très bonne somnambule aussi, et qui est traitée par l'hypnotisme pour des accidents nerveux.

M. Liébeault endort le sujet et lui dit pendant son sommeil :

« A votre réveil vous exécuterez l'acte qui vous sera ordonné mentalement par les personnes présentes. «

J'écris alors au crayon sur un papier ces mots : « Embrasser sa cousine ». Ces mots écrits, je montre le papier au D'" Liébeault et aux quelques personnes présentes en leur recommandant de le lire des yeux seulement et sans prononcer même des lèvres une seule des paroles qui s'y trouvent et j'ajoute : « A son réveil, vous penserez fortement à l'acte qu'il doit exécuter, sans rien dire et sans faire aucun signe qui puisse le mettre sur la voie ».

On réveille alors le sujet et nous attendons tous le résultat de Texpérience.

Peu après son réveil, nous le voyons rire et se cacher la figure dans ses mains, et ce manège

continue quelque temps sans autre résultat. Je lui demande alors :

(( — Qu'avez-vous ?

« — Rien.

« — A quoi pensez-vous ? »

Pas de réponse.

a — Vous savez, lui dis-je, que vous devez faire quelque chose à quoi nous pensons. Si vous ne voulez pas le faire, dites-nous au moins à quoi vous pensez.

« — Non.

« Alors je lui dis : « Si vous ne voulez pas le dire tout haut, dites-le-moi bas à l'oreille, » et je m^approche de lui.

« — A embrasser ma cousine », me dit-il.

Une fois le premier pas fait, le reste de la suggestion mentale s'accomplit de bonne grâce.

Y a-t-il eu simple coïncidence ? Ce serait bien étonnant. A-t-il pu, pendant son sommeil, reconnaître le sens des paroles que j'écrivais à la façon dont je les écrivais sur le papier, ou a-til pu les voir? C'est bien peu supposable. Enfin je suis sûr qu'aucune des personnes présentes n'a pu le mettre d'une façon quelconque sur la voie de Pacte qu'il devait accomplir.

Il y a là évidemment quelque chose qui bou-

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le verse toutes les idées reçues sur les fonctions du cerveau et pour ma part, jusqu'à ces derniers temps, j'étais parfaitement incrédule sur les faits de ce genre. Aujourd'hui j'arrive à cette conviction qu'il ne faut pas les repousser, les cas de réussite, quoique rares, étant trop nombreux pour être un simple effet de hasard. Aussi du moment que la question de la suggestion mentale était posée devant la Société, j'ai cru pouvoir, quelque étranges que paraissent ces phénomènes, y apporter mon contingent.

Le deuxième fait est un insuccès, mais un insuccès assez singulier et presque aussi instructif qu'un succès.

Il s'agit d'une jeune fille de la campagne hystéro-épileptique depuis trois ans et ayant plusieurs accès par jour dans les derniers temps. Elle venait chez le D"" Liébeault pour se faire endormir et le sommeil hypnotique a du reste amené une amélioration considérable dans son état.

On lui dit pendant son sommeil : « Vous verrez ce que nous pensons » et l'un de nous écrit sur un papier : « Après votre réveil vous verre\ M. Liébeault avec des cheveux noirs »

et nous fait lire le papier. Notons que le D"" Liébeault est grisonnant et que ses cheveux et sa barbe tirent plus sur le blanc que sur le noir.

On la réveille ; elle regarde M. Liébeault et se met à rire.

— Qu'avez-vous ?

— Je trouve qu'il a l'air singulier, monsieur Liébeault.

— Mais en quoi ?

— Je ne sais pas^ mais il a Tair drôle; il a quelque chose.

— Où cela ?

— A la figure.

Et elle continue à regarder.

— Je ne puis dire ce que c'est ; mais il n'est pas le même.

Puis, au bout d'un certain temps.

— Il a la barbe blanche ^ dit-elle.

Toutes les autres fois je n'ai eu que des résultats négatifs ou tellement vagues qu'il était impossible d'en rien conclure.

Aux faits que je viens de citer j'en ajouterai d'autres qui m'ont été communiqués par M. Liébeault. Les expériences ont été faites par M. Liébeault et M. de Giiaita, homme de lettres,

le <) janvier 1886 chez M. Licbcault. Je transcris purement et simplement le procès-verbal des faits tel qu'il m'a été transmis par M. Liébeault.

i'' M"" Louise L..., endormie du sommeil magnétique, fut informée qu'elle allait avoir à répondre à une question qui lui serait faite mentalement, sans rintervention d'aucune parole, ni d'aucun signe. Le D"" Liébeault, la main appuyée au front du sujet, se recueillit un instant, concentrant sa propre attention sur la demande « Qiiand sere^-vous guérie ? » qu'il avait la volonté de faire. Les lèvres de la somnambule remuèrent soudain. « Bientôt » murmura-telle distinctement. On Tinvita alors à répéter, devant toutes les personnes présentes la question qu'elle avait instinctivement perçue. Elle la redit dans les termes mêmes où elle avait été formulée dans l'esprit de l'expérimentateur.

2° AL de Guaita, s'étant mis en rapport avec la magnétisée, lui posa mentalement une autre question : « Reviendrey-vous la semaine prochaine? )) — « Peut-être » fut la réponse du sujet ; mais invité à communiquer aux personnes présentes la question mentale, il répondit : « Vous m'ave:{ demandé si vous revien-

drie:{ la semaine prochaine. » Cette confasion, portant sur un mot de la phrase est très significative. On dirait que la jeune fille a bronché en lisant dans le cerveau du magnétiseur.

3° Le D'' Liébeault, afin qu'aucune phrase indicative ne fût prononcée, même à voix basse, écrivit sur un billet : Mademoiselle., en se reveillanty i^erra son chapeau noir transformé en chapeau rouge. » Le billet fut passé d'avance à tous les témoins ; puis MM. Liébeault et de Guaita posèrent en silence leur main sur le front du sujet, en formulant mentalement la phrase convenue. Alors, la jeune fille, instruite qu'elle verrait dans la pièce quelque chose d'insolite, fut réveillée. Sans une hésitation, elle fixa aussitôt son chapeau et avec un grand éclat de rire, se récria.

« — Ce n'était pas son chapeau ; elle n'en voulait pas. Il avait bien la même forme ; mais cette plaisanterie avait assez duré; il fallait lui rendre son bien.

« — Mais enfin, qu'y voyez-vous de changé ?

» — Vous le savez de reste, voms avez des yeux comme moi.

« — Mais encore ? »

On dut insister très longtemps pour qu'elle

Beaunis. 18

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conscmît à dire en quoi son chapeau était changé ; on voulait se moquer d'elle.

Pressée de questions, elle dit enfin :

« — Vous vo)'e:[ bien qu'il est tout rouge ». Comme elle refusait de le reprendre, force fut de mettre fin à son hallucination, en lui affirmant qu'il allait revenir à sa couleur première. Le D"^ Liébeault souffla sur le chapeau, et redevenu le sien à ses yeux, elle consentit à le reprendre.

Je n'essaierai pas ici une interprétation de ces faits ; j'aurai peut-être occasion d y revenir plus tard (i).

(i) On lira avec intérêt à ce propos l'article suivant : Ds la s muhtion wcon'^ciente dans l'état d'hypnotisme, de M. Bergs n, dans la Revue philosophique^ numéro de novembre 1886).

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