‹ Le somnambulisme provoquéChapitre 4 sur 47 · PROCÉDÉS EMPLOYÉS · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS EMPLOYÉS

formel du sujet, et toujours en pré^^ence d'un tiers autorisé;

S'enquérir auparavant si le sujet est atteint d'accidents nerveux, et de la nature de ces accidents. Même précaution pour les troubles circulatoires et, dans ces cas, si l'on n'est pas médecin, n'essayer Thypnotisaiion qu'après avoir pris l'avis d'un médecin compétent ;

Faire bien sentir au sujet qu'il n'y a aucun danger, et le rassurer d'une façon absolue. S'il laisse paraître la moindre appréhension, ne pas insister et attendre une autre occasion;

Ne faire de suggestions qu'avec le consentement formel du sujet, et éviter toute suggestion triste, douloureuse, désagréable ou terrible;

Suggérer au sujet, avant de le réveiller, qu'il se trouvera très bien du sommeil hypnotique et qu'il n'éprouvera aucun malaise une fois réveillé;

Enfin, si l'on a affaire à un sujet présentant une facilité exceptionnelle à se laisser hypnotiser, il est prudent de le prévenir et de le mettre en garde. Il faudra alors lui suggérer que personne ne pourra l'hypnotiser, sauf certaines personnes désignées d'avance et dont on peut être sûr et que personne ne pourra lui faire de sug-

gestions, soit à Tétat de sommeil, soit à l'état de veille, et on renouvellera cette interdiction de temps en temps.

En résumé, Thypnotisme ne doit pas être un objet d'amusement et une sorte de jeu de société ; mais il doit rester ce qu'il est en réalité, c'est-à-dire un procédé d'étude scientifique, un moyen de traitement physique et moral et un instrument de moralisation. Je n'irai pas jusqu'à demander qu'il ne soit employé que par des médecins; ce serait à la fois dépasser le but et souvent aussi rester en deçà. Mais il est cependant permis d'exiger que celui qui veut hypnotiser en soit digne par son intelligence, son savoir et son caractère. Il faut qu'il soit guidé, non par une vaine curiosité, mais par la passion de la vérité et par l'amour de ses semblables. La puissance même qu'il peut acquérir sur l'esprit des autres doit le rendre plus difficile et plus exigeant encore pour lui-même; il ne suffit pas que ses intentions soient pures, il faut qu'elles ne puissent pas être soupçonnées.

III. — Modification de la fréquence des battements du cœur par suggestion hypnotique.

Dès le début de mes études sur le somnambulisme, ma première pensée fut de rechercher des phénomènes qu'il fût absolument impossible de simuler et qui pussent démontrer d'une façon péremptoire aux esprits les plus prévenus la réalité des faits somnambuliques.

Je m^adressai de suite aux fonctions de la vie organique qui sont, dans les conditions ordinaires, dérobées à Tinfluence de la volonté et me traçai un programme d'expériences que je considérais comme décisives.

Parmi ces expériences, une des premières consistait à faire varier par suggestion la fréquence des battements du cœur. M. Liébeault m'avait dit souvent qu'il avait réussi plusieurs fois à ralentir par suggestion les battements du cœur chez ses somnambules; j'avais pu moi-même constater, chez des malades souffrant dp palpitations, qu'on pouvait calmer ces palpitations et régulariser les pulsations du cœur; mais il fal-

lait, pour être bien sûr soi-même de la réalité du fait et surtout pour entraîner la conviction chez les autres, le soumettre à la vérification expérimentale et enregistrer les battements du cœur par les procédés physiologiques ordinaires.

L'expérience fut faite à Nancy, dans mon laboratoire, le 3o juin 1884, sur une somnambule très remarquable, Élisa F..., dont j'aurai occasion de reparler plus loin et que M. Focachon, pharmacien à Charmes, avait bien voulu amener à Nancy sur ma demande (i). Elisa F.... est âgée de 47 ans, et avait depuis 1 5 ans des crises d'hystéro-épilepsie qui se répétaient de i à 5 fois par mois. M. Focachon réussit par l'hypnotisme à éloigner les crises et enfin à les faire disparaître complètement. Ce sujet, grâce à l'action répétée de l'hypnotisme employé pour le guérir, est arrivé à un degré remarquable de suggestibilité^ et j'aurai occasion de reparler de lui par la suite.

Pour revenir à l'expérience que je relate ici, Élisa F.... étant éveillée, j'applique sur l'artère

(i) Assistaient à l'expérience :M. Liébeault; M. Liégeois^ professeur à la Faculté de droit; M. René, chef des travaux physiologiques de la Faculté.

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