I. — Cai^actères généraux de l'état somnainbiilique
Je commencerai par donner la liste des principaux sujets que j'ai observés, avec quelques détails très brefs sur chacun d'eux.
lO Monsieur D...., 89 ans. Bonne santé. Somnambulisme naturel;
2° Victorine L...., 12 ans et demi. Ghorée guérie par l'hypnotisme;
'6° Stéphanie G...., 14 ans. Hystérie grave guérie par l'hypnotisme;
4<^ Monsieur H..,., 23 ans. Tuberculisation puhnonaire;
50 ^ime y ^ 53 ^j^5 Cataracte au début;
6® Delphine P...., 10 ans. Ulcérations spécifiques;
<yo ^{im M .^ 3j ans. Bonne santé.
8° M"« y...., 3o ans environ. Bien portante;
go ,\|me i^;^^^^^ 34 ans. Bronchite;
10° Elisa F...., 37 ans. Hystéro-épilepsie. Guérison par Thypnotisme;
jj CARACTfeRES GÉNÉRAUX
,," Louise D ,y ans. Chorce hystérique.
Guérison par l'iiypnotisme-,
,,oMar,c A...., 21 ans. Lymphatique-, névralgie faciale ; .
,3» Mathilde C...., 23 ans. Hystérique;
14° M»» A.... E...., xj ans. Anémie;
,5"M"'« H. A...., 23 ans. Trajets fistuleux consécutifs à des abcès glandulaires;
16° M"« Hu 21 ans. Bien portante;
i^oM"'» L... X...., 3o ans environ. Anémique; ulcérations du col; fissure à l'anus;
,8» M"« L...., 22 ans. Arthrite du poignet
droit : , . , ^ • j
jgo Monsieur N...., 36 ans. Hémiplégie de
nature probablement spécifique.
Avant d'aller plus loin, je résumerai en quelques lignes les principaux caractères de 1 état somnambulique tel que je l'ai observe chez les sujets dont j'ai donné plus haut lenumera-
tion. . ^, .
Chez ces sujets, le sommeil hypnotique peut être provoqué par n'importe quel procède; des que le sujet est endormi, il est en état de somnambulisme; les membres conservent la situation que leur donne l'hypnotiseur et les mouve-
DE l'État somnambulique 23
ments qu'il leur imprime se continuent automatiquement.
Le sujet n'est en rapport qu^avec la personne qui l'a mis en état de somnambulisme, pourvu que le sommeil soit assez profond; il n'entend que lui et ne répond qu'à lui. Il obéit passivement à son hypnotiseur et à lui seul, et il peut en recevoir des suggestions (hallucinations ou actes) qui se réalisent au réveil.
Pendant son sommeil, Thypnotisé se rappelle parfaitement ce qui s'est passé, soit pendant rétat de veille, soit pendant les sommeils provoqués antérieurs ; à son réveil, il a tout à fait oubhé ce qui s'est passé pendant le sommeil provoqué.
Ces caractères essentiels du sommeil provoqué, je les ai constatés chez tous mes sujets-, chez tous, il y a eu ressemblance parfaite sur tous ces points ; les seules différences ont été des différences de degré portant sur le plus ou moins de profondeur du sommeil et sur l'intensité plus ou moins grande de l'état somnambulique.
A ce propos, je dois dire que je n'ai pas constaté dans les caractères du somnambulisme provoqué de différences réelles entre les sujets hystériques et les sujets non hystériques.
24 CARACrtRES GÉNÉRAUX
Je n'ai pu du reste, pas plus que mes collègues Je Nancy, retrouver chez mes sujets les trois états décrits par Charcot et ses élèves chez les hysiéro-épileptiques de la Salpêtrière. Je ne veux pas entrer ici dans la discussion de cette question ni essayer d'expliquer la contradiction qui existe entre ces faits et ceux que nous observons journellement. Il y a là le sujet d'une étude qui devra se faire ultérieurement, mais pour laquelle je ne pourrais apporter jusqu'ici que des documents insuffisants.
Je me suis contenté d'étudier ici quelques phénomènes physiologiques, pris parmi ceux que j^ai constatés, et ai laissé volontairement de côté les faits sur lesquels mon observation personnelle ne pouvait rien m'apprendre ou ne me conduisait qu'à une négation.
On verra aussi que je ne parle, dans ce travail, ni de l'hyperexcitabiliié neuromusculaire, ni de Tétat de la sensibilité chez les somnambules. Pour la première, je n'ai pas eu occasion de la constater, et quant à la seconde, les résultats que j'ai obtenus jusqu'ici sont variables et j'ai préféré attendre, pour publier quelque chose sur ce sujet, que mes recherches fussent plus nombreuses et surtout qu'elles pussent me con-
DE l'État somnambulique 25
duire à des conclusions précises. Il y a en effet, dans ce genre de recherches, un élément capital dont il faut toujours tenir compte et qu'il est bien difficile d'éliminer, la suggestion. Méfiezvous de la suggestion^ a dit très justement le professeur Bernheim, et cette parole ne doit jamais être perdue de vue.
II. — ■ Procédés employés pour déterminer le sommeil hypnotique et le réveil.
Le procédé le plus habituel, classique pour ainsi dire, c'est la fixation du regard. Je dis au sujet : Regardez-moi bien fixement, et au bout de quelque temps, ses paupières se ferment^ le sujet dort.
On peut aussi, comme le faisait Braid, lui faire fixer un objet quelconque.
Les premières fois, le sommeil ne vient pas toujours, mais habituellement, au bout de quelques séances, le résultat est obtenu. Le sommeil est d'abord assez longtemps à se produire ; ensuite il se produit en quelques mJnutes, puis en quelques secondes, et enfin presque instantanément.
Dès que le sujet a été ainsi endormi plusieurs fois par vous, il est en votre pouvoir et on peut alors provoquer le sommeil jt>ar n'importe quel procédé. Ainsi, vous n'avez qu'à dire au sujet : Vous dormirez dans tant de minutes, pour que le sommeil se produise à la minute fixée. C'est
même un procédé très commode pour endormir un sujet malgré lui. Chez les sujets très impressionnables, il suffit de dire d'un ton impératif: Dormez; pour que le sommeil se produise immédiatement.
Cette puissance de produire à volonté chez certains sujets le sommeil hypnotique peut se traduire de bien des façons différentes; j'en citerai quelques exemples.
Ainsi on peut dire : je vais compter jusqu'à dix ; quand je serai à six vous dormirez ; quand je ferai tel mouvement, quand je lèverai le bras, par exemple, vous dormirez; quand M. X... (une personne présente quelconque) fera tel geste, quand il vous adressera la parole, vous dormirez.
On peut aussi rattacher le sommeil à un acte même du sujet. On peut lui dire : Comptez jusqu'à dix; à huit vous dormirez ; quand vous ouvrirez cette porte, quand vous mettrez votre gant, vous dormirez.
Le sujet peut retarder tant qu'il le veut l'acte d'ouvrir la porte ou de mettre son gant, mais quand l'acte est exécuté, le sommeil le suit inévitablement.
Tous ces faits s'expliquent facilement; il suffit
28 PROCÉDI^.S EMPLOYÉS
que le sujet ait 1 iJce du sommeil pour que le sommeil se produise et l'acte quelconque auquel cette idée a été rattachée par Thypnotiscur suffit, quand il est accompli, pour que le sommeil ait lieu.
J'en citerai un exemple frappant.
Au moment des vacances, comme je devais quitter Nancy pendant plusieurs mois, M"^ A... E...,que j'avais Phabitude d'hypnotiser presque tous les jours, me dit un matin :
— Vous ne pourrez plus m'endormir maintenant, puisque vous partez.
— Pourquoi pas ?
— Mais ce n'est pas possible, puisque vous ne serez plus là.
— Gela ne fait rien ; je vous donnerai des jetons magnétisés; quand vous voudrez dormir, vous n'aurez qu'à en mettre un dans un verre d'eau sucrée ; vous dormirez un quart d'heure.
Puis me ravisant, je lui dit :
— Mais il y a quelque chose de beaucoup plus simple ; quand vous voudrez dormir, vous n'aurez qu'à dire en prononçant mon nom : « Endormez-moi », et vous dormirez immédiatement.
— Quelle plaisanterie 1
— Ce n'est pas une plaisanterie, c'est très sérieux.
— Je ne peux pas le croire.
— Que vous coûte-t-il d'essayer? Essayez de suite, vous verrez bien si cela réussit.
— Je le veux bien, dit-elle.
Mais elle avait l'air rien moins que convaincue, et j'avouerai que, malgré mon assurance apparente, je l'étais fort peu de mon côté : elle passe dans le jardin et je reste dans l'appartement pour éviter de l'influencer par le regard ou par ma présence.
Au bout de peu de temps, les personnes qui se trouvaient là viennent me dire : elle dort.
Je vais dans le jardin et je la trouve debout et dormant.
Mais il pouvait y avoir là un effet dû à ma présence, et j'étais curieux de savoir si, une fois absent de Nancy, le même phénomène se produirait. Je priai le D' Liébeault, chez lequel elle venait souvent, de l'observer et de me tenir au courant. Le résultat fut absolument le même. Elle n'avait qu'à prononcer la phrase sacramentelle pour s'endormir immédiatement. Et ce qu'il y a de caractéristique, c'est que dans ce sommeil, elle n'est en rapport avec aucune des
30 PROCÉDI^S KMPLOYl^:S
personnes présentes, elle n'entend personne, pas même ceux q'ii, comme le [Y Liébeauli, ont riiabitLide de l'endormir.
J\ii pu constater au contraire, à mon retour à Nancy après les vacances, que dans cet état elle est en rapport avec moi et avec moi seul. J'ai pu m'assurer du fait en prenant toutes les précautions pour qu'elle ne fût pas avertie de mon retour à Nancy et en me présentant à elle quand elle était déjà dans le sommeil hypnotique.
Les passes à distance (quelques centimètres) peuvent aussi, chez certains sujets, pas chez tous, déterminer le sommeil hypnotique. Il en est même chez lesquels ces passes réussissent mieux que les autres moyens. Tel procédé, en effet, réussira mieux qu'un autre chez tel ou tel sujet ; est-ce une affaire d'habitude ou bien estce le résultat de l'imagination du sujet qui se figure que tel procédé est meilleur qu'un autre. Ainsi M"*' V..., qui était habituée à être endormie par des passes, ne s'endormait que difficilement par la fixation du regard.
On sait, et Braid avait déjà remarqué le fait, que certains sujets peuvent s'endormir euxmêmes, et le D^ Liébeault cite le cas curieux
d'un sourd-muet, qui non seulement s'endormait à volonté, mais pouvait se suggérer toutes sortes d'hallucinations et mettait cette propriété toute spéciale au service de: ses passions (i).
Chez M"® A... E..., cette faculté de s'endormir spontanément se montrait dans certaines conditions particulières, ainsi quand elle voulait résister à une suggestion qui lui était désagréable. Je reviendrai ailleurs sur ce fait.
Enfin, deux sujets hypnotisables peuvent s'endormir réciproquement, phénomène déjà constaté par Ladame (2), et que j'ai eu occasion d'observer plusieurs fois, en particulier sur M"** A... E... et Victorine L... Il leur suffisait de se regarder fixement toutes les deux.
Peut-on endormir quelqu'un sans qu'il soit prévenu qu'on veut l'endormir ? J'ai essayé plusieurs fois d'endormir les sujets en faisant des
(i) Le somnambule L... s'avisait parfois de faire arriver dans son lit la femme qui lui plaisait le plus. Il la sentait à ses côtés, lui témoignait sa flamme, et au réveil, il lui restait le souvenir d'avoir passé des instants aussi délicieux que si son bonheur eût été partagé. (Liébeault, Du Sommeil et des états analogues, p. 282.) On observe assez souvent des hallucinations du même genre dans Talicnaiion mentale.
(2) Ladame, La Névrose hynoptique, ou le Magnétisme dévoilé, iNeuchatel, 1881.
^2 PROCf^:ni':s empi.oyls
passes par derrière à leur insu et j'ai réussi plusieurs fois, surtout chez M"" A... K.., à provoquer le sommeil. Mais dans ces cas, il est bien difficile d'éviter des mouvements, et ceux-ci peuvent révéler votre présence à la personne qu'on veut endormir et la prévenir de votre intention. J'ai bien, il est vrai, demandé dans ces cas à Ar'® A... E..., une fois endormie : Saviezvous que je faisais des passes derrière vous? Mais la réponse négative qu'elle me faisait ne peut évidemment être acceptée comme absolument probante, et il faudrait des expériences plus rigoureuses que je n'ai eu ni le temps, ni l'occasion de faire. Je mentionnerai cependant plus loin une expérience très complexe et intéressante à ce point de vue.
A cette question s'en rattache une autre très importante au point de vue pratique.
Chez les somnambules naturels, le passage au sommeil hypnotique est facile à produire; il est aisé par exemple, en causant avec un individu qui parle haut pendant son sommeil, de le faire arriver peu à peu au sommeil hypnotique et j'ai pu le faire moi-même dans une circonstance particulière sur laquelle j'aurai lieu de revenir. Mais le sommeil somnambulique n'est
pas le sommeil naturel normal. Peut-on faire passer une personne endormie, sans la réveiller, du sommeil naturel au sommeil hypnotique? La chose est possible, au moins pour certains sujets; le professeur Geischdlen a fait sur ce point un certain nombre d^expériences qui mettent le fait hors de doute, et le professeur Bernheim cite un cas analogue dans sa lettre à M. Paul Janet (i), La chose a son importance. On sait que le sommeil hypnotique ne s'obtient pas ou ne s'obtient qu'avec la plus grande difficulté chez les aliénés, phénomène qui trouve son explication dans ce fait bien connu des médecins, que le sommeil normal est très léger et quelquefois presque nul chez les aliénés. S'il était possible de profiter des instants de sommeil d'un aliéné pour l'hypnotiser, on pourrait sans doute améliorer son état et aider ainsi à sa guérison. Ne pourrait-on pas aussi (je laisse de côté la question de droit) essayer sur certains criminels l'hypnotisme pendant leur sommeil naturel pour en obtenir des aveux?
Enfin, dernière question. Peut-on être endormi malgré soi, abstraction faite du cas précédent,
(i) Bernheim, Revue médicale de l'Est, 1884, n* 18. Beaunis. 3
34 l'ROCtUÉS LMI'l.rjYJtS
dans lequel la chose est incontestable? D'après Braid « Tétat hypnoiique ne peut être déterminé, à aucun^ de ses périodes, sans le consentement de la personne opérée (i) », et plus loin, il répète la mémo assertion en d'autres termes : « Personne ne peut y être soumis, à aucune période, à moins de consentement libre. »
Le D^ Bernheim semble se rattacher à la même opinion : « Le sommeil provoqué ne dépend pas de rhypnotiseur, mais du sujet ; c'est sa propre foi qui Tendort ; nul ne peut être hynoptisé contre son gré, s'il résiste à Tinjonction (i). »
Malgré ces autorités, il m'est impossible d'être aussi affirmatif, et j'ai observé des faits qui me prouvent qu'une personne peut parfaitement être hynoptisée malgré elle -, seulement, c'est à une condition, c'est que cetie personne ait déjà été hypnotisée.
Quand on essaie pour la première fois, je crois que le sujet peut toujours résister en ne se prêtant pas au procédé qu'on veut employerc Ainsi, le rire est un excellent moyen d'éviter le sonameil provoqué; dès que la personne que
(i) Braid, Keurhypnologie, p. i8.
(2; Bernheim, Revus médicale de VEst^ 1SS4; p. 556.
POUR DÉTERMINER LE SOMMEIL Jj
VOUS voulez endormir se met à rire et tourne la chose en plaisanterie, vous pouvez cesser votre tentative, elle ne réussirait pas. Donc, l'affirmation de Braid et du D''Bernheim^est vraie, mais seulement pour ceux qui n'ont jamais été hypnotisés.
Mais pour ceux qui l'ont déjà été, il n'en est plus de même. Il en est toujours un certain nombre (non pas tous évidemment, car il est des degrés dans la facilité à entrer en hypnotisme) qu'on peut endormir malgré eux.
Ceux-là sont absolument sous la puissance de celui qui les endort habituellement; toute résistance de leur part est impossible; ils peuvent éviter le regard de l'hypnotiseur; celui-ci trouvera toujours un autre procédé pour les endormir. « Nul ne peut être hypnotisé contre son gré, s'il r^ésiste à l'injonction. » Mais c'est précisément cette résistance à l'injonction dont ils sont incapables. On verra plus loin que cet asservissement du sujet s'étend non seulement au sommeil hypnotique, mais a lieu aussi pendant l'état de veille, qu'il existe non seulement pour les suggestions les plus simples, mais pour toute espèce d'actes, même les plus compliqués et les plus criminels, et que les conséquences
j6 PROCÉDÉS EMPLOYÉS
les plus sérieuses peuvent résulter de cet assujettissement à la volonté d'un autre. Il ne sert de rien de vouloir atténuer la gravité de ce fait, et il vaut mieux Tenvisager tel qu'il est en réalité, et cette réalité, c'est dans certains cas, le pouvoir absolu de Thypnotiseur sur Thypnotisé.
Heureusement, il y a un correctif à cette puissance. Les personnes qui ont cette aptitude, à entrer en hypnotisme, aptitude dont le premier venu, le sachant, pourrait abuser dans une intention coupable, ces personnes peuvent être garanties d'une façon efficace, et j'ai employé le moyen plusieurs fois. Il suffit de leur suggérer que personne ne pourra les endormir pendant un temps déterminé pour que toutes les tentatives restent infructueuses. Aussi est-ce toujours une précaution utile à prendre avec ces sujets que de leur suggérer cette interdiction absolue en précisant, si on le juge convenable et avec l'assentiment du sujet, les personnes auxquelles on veut conserver la faculté de les hypnotiser.
Il est cependant certaines personnes qui paraissent réfractaires ; mais comme on Ta vu plus haut par les tableaux que j'ai donnés, ces per-
sonnes constituent la minorité. J'ai vu, du reste, plusieurs fois des sujets qui, aux premières séances d'hynoptisation, ne subissaient aucune influence, et qui au bout d'un certain nombre de séances arrivaient peu à peu au sommeil profond et même au somnambulisme. Je pourrais citer, par exemple, une dame qui n'arriva ainsi au somnambulisme qu'après plusieurs mois d'essais journaliers et infructueux. Mais on conçoit qu'il faut au sujet et à l'hypnotiseur une très forte dose de patience et de volonté, et la plupart des personnes qui se soumettent à l'hypnotisation n'ont ni cette patience ni cette volonté et abandonnent la partie lorsque le sommeil n'arrive pas au bout de quelques séances. Ce fait et quelques autres du même genre que j'ai observés à la consultation du D"" Liébeault font qu'on pourrait se demander si, en réalité, avec un exercice suffisant, tout le monde ne serait pas susceptible d'entrer en somnambulisme.
J'ai vu cependant quelques cas contraires qui ne permettent pas d'être aussi affirmatif; mais ce qui est certain, c'est que par l'exercice et la répétition on peut dresser pour ainsi dire le système nerveux et produire chez la plupart des
g ppOCàDÉS EMPLOYÉS
sujets, sinon le somnambulisme, au moins le
sommeil. ,
L<. rewfZ s'opère, en général, avec la plus arande facilité. Il suffit de souffl.r sur les yeux, d'agiter un éventail devant la figure ou de dire simplement: « Réveillez-vous », pour que le
réveil se fasse. , .
On peut aussi rattacher le moment du réveil à un acte quelconque ; ainsi on peut dire au sujet • Vous dormirez cinq mmutes, dix minutes, un quart d'heure, et il séveiUera exactement au moment fixé. La mesure du temps paraît, comme on le verra plus tard, se faire avec une grande précision chez les somnam-
bules. , .,,
On peut aussi leur dire : Vous vous réveillerez quand je vous mettrai la main sur le front, quand je vous toucherai le bras, quand )e vous
dirai tel mot, etc.
Dans certains cas, le réveil se fait avec quelque difficulté, mais on arrive toujours à en triompher. Cette résistance au réveil peut tenir au ïujet lui-même qui ne veut pas être réveille. Pitres (i) cite l'exemple d'une somnambule qui
(I) Pitres, Des Suggestions hypnotiques.
refusait de se laisser réveiller quand on lui faisait une suggestion qui lui était particulièrement désagréable.
Le réveil s'accompagne parfois de quelques accidents légers, surtout de mal de tête; cela arrive, par exemple, quand les sujets ont été incomplètement réveillés. Aussi ne faut-il les laisser partir que quand ils se sentent eux-mêmes parfaitement réveillés. Il est du reste prudent, chez les sujets chez lesquels ces légers inconvénients se présentent, de leur suggérer pendant leur sommeil qu'à leur réveil ils n'auront pas de mal de tête et qu'ils se sentiront très bien.
Avant de terminer ce paragraphe, je dois dire quelques mots des dangers de l'hypnotisme.
Le vrai, le seul danger, et il est très sérieux, c'est d'asservir le sujet à Texpérimentateur, de façon qu'une fois le pli pris , Thypnotisé se trouve sous la dépendance absolue de l'hypnotiseur. Mais ce danger, quelque redoutable qu'il soit, peut être atténué.
11 faut, et c'est là une règle dont on ne doit jamais se départir, que le sommeil ne soit provoqué qu'en présence d'un tiers autorisé, parent^ mari, père, etc., qui garantisse à la fois l'hypnotiseur et rhypnotisé. On préviendra ainsi toute
40 PROCÉDéS EMPLOYÉS
supposition fâcheuse , toute accusation ultérieure, tout soupçon de tentative qui n^aurait pas pour but le soulagement du sujet ou un intérêt scientifique. Il ne faut jamais opérer seul, d'hypnotiseur à hypnotisé.
Mais, dira-t-on, un individu pourra toujours abuser dans un but criminel du pouvoir qu'il aura acquis sur son sujet (i). A ceci nous ne pouvons rien, pas plus que nous ne pouvons empêcher un malfaiteur d'employer pour empoisonner les gens les substances que le médecin emploie pour les guérir. Les phénomènes de somnambulisme sont aujourd'hui entrés dans le domaine public; tout le monde sait à peu près ce que c'est, et tout le monde en parle, et il serait impossible d'en faire un mystère. Il sera aussi facile à un individu mal intentionné de se mettre au courant des procédés d'hypnotisme, que de prendre connaissance des propriétés toxiques de l'arsenic ou de la strychine. C'est au législa-
(i) Voyez P. Brouardel, Accusation de viol accompli pendant le sommeil hypnotique (Ann. d'Hyg.ei de méd. légale, 1879, 3« série, tome 1, p. Sg). — Ladame, La Néurose hypnotique devant la médecine légale, du Viol pendant le sommeil hypnotique. {Ann. d'Hyg,^ 1882, 3« série, tome VII, p. 5 18.)
teur à prévoir les cas que la science lui indique et à agir en conséquence.
Mais, cette objection écartée, il en reste une autre. L'hypnotisation n'offre-t-elle pas des dangers pour le sujet lui-même, surtout quand elle est répétée fréquemment? Ces dangers, qui ont été du reste beaucoup exagérés, tiennent en grande partie à Timperfection des procédés employés et à l'inexpérience de Thypnotiseur. Pour ma part, je n'ai jamais vu que des accidents tellement légers qu'ils ne peuvent réellement pas inquiéter et qu'on s'en rend maître facilement. Un peu de mal de tête, des douleurs variables comme forme et comme siège, quelques crises nerveuses allant rarement jusqu'à la véritable attaque de nerfs, l'imminence d'une syncope, tels sont les seuls accidents à craindre et qu'on peut, du reste, aisément prévenir.
Je terminerai en résumant en quelques mots les précautions à prendre dans l'hypnotisation, ne serait-ce que pour ceux de mes lecteurs qui, n'étant pas médecins, /oudraient répéter ces expériences.
Quand on hypnotise, il faut toujours s'astreindre aux préceptes suivants :
Ne jamais endormir qu'avec le consentement