‹ Le somnambulisme provoquéChapitre 43 sur 47 · QUELQUES MOTS SUR L'ÉCOLE DE NANCY · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUR L'ÉCOLE DE NANCY

mais je ne parle ici que de ceux dont les recherches ont été publiées in extenso (i).

On voit que quelques noms résument ce qu'on a appelé V École de Nancy, Dans ces recherches entreprises, sans parti pris, avec défiance et doute pour la plupart, nous sommes arrivés à des résultats concordants sur un certain nombre de points. Je les indiquerai en traits généraux.

1° Nos recherches n'ont pas confirmé l'existence et les caractères des trois états classiques, tels qu'ils sont décrits par TÉcole de la Salpêtrière (2).

2** L'importance capitale de la suggestion dans les phénomènes de somnambulisme a été constatée et mise hors de doute.

3° Contrairement à l'opinion générale, il a été démontré que le sommeil hypnotique se produit aussi bien chez les sujets normaux que chez les hystériques, chez les hommes que chez les femmes, et que la proportion des sujets

(i) Je ne dois pas oublier une thèse de M. Brullard, Considérations générales sur Vétat hypnotique, soutenue en i886 devant la Faculté de médecine de Nancy.

(2) D- très vives polémiques se soat élevées sur ce sujet, et on peut lire en particulier le numéro de novembre i885 de la Revue philosophique. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans ce débat.

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aptes à entrer en somnambulisme est beaucoup plus grande qu'on ne l'admet d'ordinaire.

4" L'influence du cerveau sur les fonctions organiques dérobées à la volonté dans les conditions ordinaires a été mise en lumière d'une façon irréfutable.

50 Enfin, et c'est là, je puis le dire, le trait dominant, je noterai la tendance pratique de ces recherches.

En médecine, les recherches de MM. Liébeault et Bernheim ont montré tout le parti que les médecins peuvent tirer en thérapeutique de la suggestion et du sommeil somnambulique; elles ont prouvé que, contrairement à ce que croient encore beaucoup de médecins, cette influence peut être utilisée non seulement dans rhystérie et dans les affections purement nerveuses, mais encore dans les maladies d'un tout autre ordre.

En médecine légale, M. Liégeois a montré rimportance de ces phénomènes et la nécessité d'en tenir compte en justice sous peine de s^exposer à des erreurs qui peuvent être préjudiciables aux prévenus et aux magistrats euxmêmes.

En psychologie, j'ai essayé de prouver que le

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somnambulisme provoqué constitue une méthode précieuse d'expérimentation et une sorte de vivisection morale qui, employée avec précaution, peut servir à la solution des problèmes de rintelligence.

Les essais de M. Liébeault, rappelés au dernier congrès de la Société pour Tavancement des sciences à Nancy ont ouvert la voie à une véritable thérapeutique intellectuelle et morale, et le jour n'est peut être pas loin où la pédagogie aura à compter avec les procédés de l'hypnotisme et où sera appliquée ce qu'on a appelé justement V orthopédie morale.

Tels sontyil me semble, les traits principaux qui constituent la caractéristique de ce qu'on a appelé rÉcole de Nancy et ce qui lui donne son unité. Mais cette unité n'est que relative et on ne se trouve pas là comme dans une école au sens vrai du mot, devant un corps de doctrine homogène et cohérent. Au contraire, chacun des observateurs a ses idées propres et conserve son individualité, et il serait facile de noter les divergences profondes, radicales même qui les séparent.

M. Bernheim a sa façon d'endormir et M. Lié-

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gcois n'emploie pas les mêmes procédés que M. Licbcault; chacun s'est créé peu à peu une méthode qui lui est devenue familière.

M. Bernheim n'a pas, sur le rapport de Thypnotisc à l'hypnotiseur, les menés idées que M. Liébeault. .M. Bernheim s'en tient à la suggestion pure et reste inébranlable sur ce terrain, tandis que M. Liébeault tend à aller plus loin et je suis convaincu, pour ma part, que la suggestion n'explique pas tout et qu'il y a autre chose.

Enfin, au point de vue moral et psychologique, il serait facile de relever les différences profondes qui nous séparent.

Ces divergences s'expliquent facilement et il n'en saurait être autrement dans une science qui n'est pas encore faite et qui n'en est encore qu'à ses débuts.

Mais ce qui nous est commun, c'est la conviction que nous avons tous de l'importance de ces questions, c'est la foi dans l'avenir de ces études, c'est le sentiment intime et profond que cette méthode si raillée constitue un des p. us grands progrès de l'esprit humain et une de ses plus précieuses conquêtes.

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