‹ Le sonChapitre 32 sur 67 · CAR · texte numérisé non relu

CAR

faible densité de l’air au point où se produisait le son. À Montlhéry, c'était plutôt le contraire, puisque les ondes sonores émanées de Villejuif se propageaient en montant de 30 et quelques mètres vers la station opposée.

L’explication proposée par Tyndall n’est autre que celle de Humboldt : le défaut d’homogénéité des couches d’air à travers lesquelles se propagent les ondes sonores. Le 3 juillet, lors de la dernière expérience citée plus haut, le temps était calme et chaud. « Les rayons d’un soleil ardent en tombant sur la mer, devaient nécessairement donner lieu à une copieuse évaporation. La vapeur ainsi formée ne devait pas, suivant le savant anglais, se mêler à l'air, de manière à donner un tout homogène; les espaces inégalement saturés de ce milieu étaient dès lors séparés par des surfaces favorables à la production d’échos partiels par réflexion. De là un affaiblissement des ondes et une diminution de la portée du son. Un fait observé le même jour lui a paru confirmer la vérité de cette explication; un nuage assez épais pour voiler le soleil survint en effet, et l’évaporation ralentie permit au mélange d'air et de vapeur déjà formée de devenir plus homogène; au bout de quelques minutes, la portée du son s’éleva de 3,500 à 3,750 mètres et s’accrut jusqu’au soir à mesure que le soleil s’approchait de lhorizon ; au coucher de l’astre, le canon s’entendait à une distance de 12 kilomètres et demi. »

L'effet d’une forte averse de pluie fut analogue à celui de l’interposition d'un nuage. « Dans la matinée du 8 octobre, l'explosion de la pièce de 18 était à peine perceptible à la distance de 8,750 mètres de

C] la côte anglaise. L’après-midi est survenue une forte

averse de pluie mélangée de grêle; aussitôt le son

s’est graduellement rénforcé, et, en s’éloignant toujours plus de la côte, on a pu l'entendre distinctement à la distance de 12 kilomètres. Dans ce cas, la chute d’eau avait arrêté l’évaporation de la mer et rendu à l’atmosphère son homogénéité. »

Les brouillards, les brumes épaisses sont-ils des obstacles à la propagation du son? En diminuent-ils la portée? On le croyait jusqu'ici. Des expériences dues au même savant paraissent en contradiction avec cette manière de voir. En effet, pendant les trois journées des 10, 11 et 12 décembre, Londres étant plongé dans un brouillard d’une épaisseur exceptionnelle, le bruit du canon fut perceptible à une distance beaucoup plus grande que par les temps clairs qui avaient précédé ces jours brumeux où qui suivirent la disparition complète du brouillard. Ainsi, comme le fait remarquer Tyndall, la même cause qui diminue la transparence optique des couches d'air augmente sa transparence acoustique.

Un ingénieur en chef des ponts-et-chaussées , M. Philippe Breton, tout en admettant l'explication de Humboldt et de Tyndall, pense qu’une autre cause peut produire une brusque interruption des signaux sonores. Dans une atmosphère parfaitement homogène, mais dont les couches sont à des températures différentes, variant d’une manière continue, des ondes sonores parties d’un signal plus ou moins élevé vont raser l'horizon, plaine ou surface maritime à une certaine distance. Là, elles se relèvent brusquement laissant plus loin tout un espace où

elles ne pénètrent pas et que ce savant nomme l’om- . bre de silence. Pour percevoir lés sons dans cet espace, il faudrait s’élever verticalement à des hauteurs croissantes avec la distance. Il peut donc être arrivé que le navire où se trouvait Tyndall dans ses expériences ait pénétré dans cet espace et que ce savant ait attribué à un défaut d'homogénéité de l'air ce qui était le fait d’une loi géométrique de la propagation des ondes. « Par exemple, dit M. Breton, s’il lui est arrivé, en s’éloignant de l'instrument des signaux, de cesser brusquement d'entendre le son, au lieu d'observer un affaiblissement graduel et continu, c’est qu’à l'instant de la cessation brusque de laudition, l’observateur, en traversant la surface de l'ombre acoustique, sera entré brusquement dans Pombre de silence. La brusquerie de l'extinction apparente aura dû être d'autant plus nette que la transparence acoustique de l'air était plus complète. »

Quoi qu'il en soit des diverses théories proposées pour expliquer les anomalies que l'observation a déjà reconnues dans la portée variable des signaux sonores, la nécessité d'expériences nouvelles ressort évidemment selon nous des faits que nous venons de, rapporter. L'importance pratique de la question sollicitera d’ailleurs les physiciens.

Page 1