‹ Le sonChapitre 38 sur 67 · LA PS PRES · texte numérisé non relu

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bilité d’apprécier la hauteur musicale de ces sons n’est que relative : c’est qu’alors la durée de leur impression sur l'oreille est trop courte; mais si l’on fait se succéder sans interruption divers bruits de ce genre, l'impossibilité disparaît.

Par exemple, on a sept morceaux de bois, de forme et de dimensions convenables ; si on les jette séparément sur le pavé, l'oreille ne perçoit que des bruits, dont elle ne sait apprécier la hauteur; en les jetant successivement dans l’ordre du plus gros au plus petit, on reconnaît la gamme des sons telle qu’on l’'emploie en musique. Le premier, le troisième et le cinquième projetés de la même manière font entendre très-distinctement l'accord parfait. Une expérience analogue se fait avec trois tubes cylindriques, munis chacun d’un piston qui entre à frottement. En enlevant brusquement le piston d’un des tubes, l'oreille ne perçoit qu'un bruit; si les pistons sont retirés rapidement les uns après les autres, du plus grand au plus petit cylindre, l'oreille perçoit trois sons qui forment aussi l’accord parfait, si la longueur relative des tubes a été convenablement calculée.

Quand on incline une carafe presque pleine d’eau, comme pour verser le liquide, des bulles d’air pénètrent successivement à l’intérieur du vase, et l’introduction de chacune d’elles ne produit qu’un bruit. En les faisant succéder rapidement, on peut constater aisément que ces sons passent du grave à l'aigu : ils sont alors comparables sous le rapport de la hauteur. Voici deux autres exemples que nous empruntons à la Physique de M. Daguin : « Si l’on fait claquer les doigts en faisant tomber brusque-

ment le médium entre la base du pouce et l’annulaire appuyé contre cette base, on peut reconnaitre

la quinte ou à peu près, si l’on élève et abaisse successivement le petit doigt, de manière à accourcir ou allonger la colonne d’air renfermée entre les doigts. Si l’on forme sur une table deux bulles de savon hémisphériques, gonflées avec un mélange de gaz hydrogène et oxygène, et dont les diamètres

soient entre eux !:° 4 : 2, en les enflammant l’une

après l’autre, on reconnaitra l'intervalle d’octave. » Il n’est pas douteux que l'oreille, en s’exerçant fréquemment, n arrive dans beaucoup de cas à évaluer la hauteur de sons que l’on considère comme de simples bruits, et à ranger ces bruits au nombre des sons musicaux.

Savart a essayé de déterminer la limite de brièveté des sons, en ce qui concerne la possibilité d’en apprécier la hauteur, et il a conclu de ses expériences, faites au moyen de la roue dentée, qu’il est possible de donner la hauteur d’un son dont la durée ne dépasse pas un cinq millième de seconde.

Il semble donc que le bruit diffère du son musical, ou bien parce qu’il est produit par un mélange de sons discordants, ou bien parce que la durée de l’ébranlement est trop courte pour que l’oreille apprécie la hauteur du son simple et isolé qui le constitue. Nous venons de citer des faits qui justifient chacune de ces hypothèses. En voici d’autres qui viennent encore à l’appui de la première.

C’est toujours à notre célèbre acousticien Savart que les expériences suivantes sont dues. Pour analyser les bruits, pour séparer les uns des autres les sons confus dont il supposait ces bruits formés, il

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… s’éloignait à des distances variables d'une surface sur laquelle les sons venaient se réfléchir, par exemple d’un mur vertical. Il reconnut ainsi que les sons aigus dominent, si l'oreille est rapprochée de la surface réfléchissante ; ce sont les sons les plus graves qui se distinguent à mesure que l'oreille s’éloigne. Le bruissement des vagues de la mer, le bruit causé par le froissement d’un papier qu'il tenait à la main et analysés de cette facon, ont fait voir qu’ils étaient formés par la réunion d’une multitude de sons qui, séparés, étaient comparables entre eux au point de. vue de la hauteur ou du ton.

Nous verrons, en parlant de la théorie du brel comment on peut analyser les sons composés, à l’aide d’un appareil fort simple auquel on donne le nom de résonnateur. |

En résumé, on voit que le son musical est caractérisé par l’uniformité, la régularité, la constance des vibrations périodiques et isochrones du corps sonore et par suite des ondes aériennes qui transmettent ces vibrations à l’oreille. Au contraire, un bruit est produit soit par un mélange de sons discordants et confus, soit par une trop grande briè- - veté dans la durée d’un son unique, brièveté qui ne permet pas à l’oreille d'apprécier sa hauteur. Des sons musicaux combinés de manière à satisfaire l'oreille, c’est-à-dire selon les lois de l'harmonie, ne forment pas un bruit; mais rien ne ressemblerait plus au bruit que le mélange des sons musicaux résultant de tous les instruments d’un orchestre, jouant à la fois dans tous les tons, sans rhythme, sans harmonie, sans mesure. Toutes les vibrations ainsi coexistantes dans l’air, se contrariant de toutes les

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