‹ Le sonChapitre 39 sur 67 · LES0N · texte numérisé non relu

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manières possibles, donneraient lieu à la plus horrible cacophonie.

$ 6. — Pierres musicales ; phénomène du Gebel-Nagus: statue de Memnon.

Le son que donne un corps sonore en vibration approche d'autant plus d’être un son musical que le corps a des dimensions et une forme plus symétrique et régulière, que l’élasticité de la matière qui le forme est plus grande et qu’elle est plus homogène. La facon dont les vibrations sont produites paraît aussi y être pour quelque chose. C’est ainsi qu'une pierre jetée sur le sol ne donne d'habitude qu’un bruit : projetée avec une fronde, elle tourne rapidement sur elle-même et le ronflement qui en résulte est alors un son dont la hauteur peut être appréciée; la même chose arrive, si en projetant la pierre sur un sol dur, résistant et par suite doué: d’une certaine élasticité, on a soin de la lancer de manière à lui imprimer une rotation rapide sur ellemême. En la faisant ricocher sur une nappe d’eau que la gelée a recouverte d’une couche de glace suffisamment épaisse, on entend une suite de sons qui ont tout le caractère des sons musicaux.

Des pierres convenablement suspendues, et choquées rendent quelquefois des sons musicaux: voici quelques faits, relatifs à cette propriété singulière, que nous empruntons au journal scientifique La Nature 1:

4. La direction de cette intéressante Revue est entre les mains de M. Gaston Tissandier, le courageux compagnon des deux martyrs de leur dévouement à la science, MM. Sivel

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« M. Richard Nelson écrit au journal anglais Nature une lettre intéressante où il parle de certaines pierres musicales qui se rencontrent assez fréquemment aux environs de Kendale, ville voisine de Lancastre, dans le Westmoreland. En me promenant aux environs de Kendale, dit cet observateur, à travers les monts et les rochers, il m'est souvent arrivé de ramasser certains cailloux que l’on appelle ici « les pierres musicales. » Elles sont généralement plates, usées par le temps, et offrent

des formes particulières ; quand on les frappe d’un

morceau de fer ou d’une autre pierre, elles rendent un son musical, bien différent du bruit sourd que produirait un caillou ordinaire. Les sons obtenus sont généralement assez analogues, mais je connais des personnes qui possèdent huit de ces pierres, qui frappées successivement produisent une octave, très-nette, très-distincte. « Nous nous rappelons, ajoute le recueil français, avoir vu à Paris, dans une fête publique, un physicien en plein vent qui jouait des airs de musique, en frappant d’une tige de fer, de gros silex pendus à des fils de soie. Les sons obtenus étaient limpides et purs : les pierres siliceuses avaient des formes très-irrégulières. » Ces espèces d'harmonica n’ont rien de mystérieux : la sonorité de ces pierres est due certainement à l’homogénéité et à l’élasticité de l’espèce minérale qui les constitue. Voici un fait que nous nous expliquons moins, ce qui tient peut-être au défaut de clarté de la description : « Un musicien distingué,

et Crocé-Spinelli, morts Le 15 avril 1875, dans une mémo-

rable ascension aéronautique.

M. A. Elwart, a eu l’idée de frapper de la paume de

la main la vasque de pierre qui est dans la cour d'honneur de l’Institut. Il a reconnu que cette vas-

que rend un son musical qui correspond avec une

extrême précision à l'accord parfait majeur de fa

naturel. » Qu’un son soit à l’unisson de celui que les musiciens appellent le fa, fort bien, mais qu’à lui seul il forme un accord parfait, c’est ce qui nous paraît bizarre et ce que le rédacteur de la Nature n’explique point.

Enfin voici encore, d’après le même recueil, un

fait assez curieux, observé par le capitaine Palmer, sur les flancs du Gebel-Nagus, colline sablonneuse voisine du Sinaï. « L’étendue de la pente sablonneuse s'élève jusqu’à 60 mètres de haut. Le sable paraît différer peu de celui du désert environnant ; ses grains, assez forts, sont des débris de quartz. Ils sont de même nature que les rochers des environs, friables, ayant la cassure jaunâtre, ils sont

brûlés du soleil. Ce sable est si homogène et si pro-

pre qu’il suffit du passage d’un homme, d’une bête de somme ou du vent pour provoquer sur cette pente, inclinée environ à 29°, le départ d’une traînée. Quelquefois aussi l’excès de chaleur combiné avec la pluie déterminent une séparation de la croûte superficielle avec les particules sablonneuses. Quand le mouvement du sable acquiert une certaine importance, il se forme de petites ondulations de sept ou huit centimètres de hauteur, que l’on pourrait comparer avec quelque exactitude à de l’huile ou à un liquide épais qui coulerait sur une glace avec des courbes et des festons variés. On entend alors un bruit singulier; léger au début, il augmente avec

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teignant son maximum d'intensité, il soit perceptible à distance. Il dure pendant tout le temps que le sable glisse sur la pente.

« Ce son est difficile à décrire ; 11 n’est n1 métallique, ni vibratoire !; il ressemblerait plutôt aux notes les plus aiguës d’une harpe éolienne, ou bien encore au grincement produit par un bouchon que l’on promène durement sur un verre mouillé, on pourrait aussi le comparer au bruit de l'air chassé rapidement d’un flacon vide ; tantôt il produit à l’oreille du voyageur l’effet du tonnerre éloigné, tantôt celui des sons graves du violoncelle. Le capitaine Palmer aurait observé que les couches superficielles étaient plus propres à la sonorité que les couches sous-jacentes. Le sable, à la température d'environ 40° centigrades, est d'autant plus mobile que la sé-

. cheresse détermine le glissement ; si le mouvement du sable se produit quand il y a un peu d'humidité à sa surface, le bruit est insensible. » |

En somme, nous voyons ici un phénomène acoustique analogue à celui de la roue dentée de Savart, c’est-à-dire une multitude de chocs, successifs dans le premier cas, à la fois simultanés et successifs dans le second, déterminant la production d’un son musical. Le choc est plus net, les grains plus élastiques, quand le sable est sec; cela se conçoit; ce que l’observateur ne dit point et qu'il eût été curieux de savoir, c’est si le son variait de hauteur

1. Nous ne comprenons pas bien ce qu’entend le narrateur par ces expressions « ni métallique ni vibratoire, » tout son étant nécessairement vibratoire.

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comme il variait d'intensité, à mesure que croissait

la rapidité de descente d’une trainée.

Une ancienne tradition affirme qu’au lever du

soleil, quand les premiers rayons de l’astre venaient …

frapper la statue colossale de Memnon, dans la

Thèbes d'Egypte, des sons harmonieux émanaient

de la bouche divine du prince, phénomène qui semblait miraculeux pour les foules. Des débris de la statue subsistent encore, et nous ignorons s'ils sont encore doués de cette propriété singulière. Il n’y

aurait rien d’impossible à la réalité du phénomène

en lui-même. On vient de voir que certaines pierres ont une sonorité assez grande pour être appelées

pierres musicales; d’ailleurs, on conçoit que lPélé-

vation inégale de température des diverses parties du bloc de granit, détermine, au lever du soleil, des dilatations partielles et qu’il en résulte des mouvements moléculaires semblables à ceux de linstrument de Trevelyan. C’est ainsi que certains poêles de fonte, chauffés très-inégalement dans leurs diverses parties, rendent par moments des sons trèsdistincts. On a émis aussi l'opinion que l'air con-

tenu dans des fentes de la pierre, chauffé par les : rayons solaires, peut entrer en vibrations, repro- .

duisant ainsi le phénomène des flammes chantantes, Mais avant de disserter sur la cause probable du fait, il serait important d’être assuré de sa réalité.

Fig. 32, — Statues de Memnon.

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