‹ Le sonChapitre 57 sur 67 · UT LE S0N 0° DR · texte numérisé non relu

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Derrière la caisse du tympan se trouve l’oreille interne, qui paraît la partie la plus essentielle de l'organe de l’ouïe. Aussi est-elle protégée par les parties les plus dures de l’os temporal, celles que les anatomistes nomment le rocher. Trois cavités particulières composent l’oreille interne, ce sont : le vestibule au milieu;les canaux semi-circulaires G à la partie supérieure, et le limaçon H à la partie inférieure. Leur ensemble forme le labyrinthe dont l’intérieur est tapissé , dans toute son étendue, d’une membrane que baigne un liquide gélatineux. C'est dans

Fig. 69. — Coupe du limaçon.

nent plonger les ramifications du nerf auditif, qui pénètre dans le labyrinthe par un canal osseux nommé conduit auditif interne.

Telle est la description des principales parties qui constituent l’organe de l’ouïie chez l’homme : dans la série animale, descendante, on voit par degrés, disparaître l'oreille externe et l’oreille moyenne, mais à mesure que l’organe se simplifie les parties restantes sont plus développées. Il nous reste maintenant à dire quel est le rôle joué par chacune d’entre elles.

Évidemment le pavillon a pour objet de rassembler et de réfléchir les ondes sonores à l’intérieur du conduit auditif externe. Ce qui le prouve, c’est que les animaux chez lesquels le pavillon est mobile. tournent cette ouverture du côté d’où viennent

ce liquide que vien-

les sons, dès que leur attention est provoquée. L'homme n’a pas cette faculté; pour obtenir le même résultat, il est obligé de tourner la tête de façon à placer l’orifice du pavillon dans la direction d’où les sons paraissent provenir, mais on a observé que les ouïes les plus fines appartiennent aux individus dont le pavillon est le plus écarté du crâne, et tout le monde sait que, pour mieux entendre, il

suffit d'agrandir artificiellement la surface réfléchis- Sante de l'oreille externe à l’aide du creux de la

main. Le conduit auditif externe transmet, en les renforçant, les vibrations sonores à la membrane du tympan, puis par la chaîne des osselets à l’oreille interne 1. La trompe d'Eustache, en amenant Pair extérieur dans la caisse du tympan, maintient, du côté intérieur de la membrane la même pression qu’à l'extérieur, sur la face tournée vers le conduit auditif externe. Quant aux osselets, outre leur fonction de transmettre les vibrations à l'oreille interne plus facilement et plus énergiquement que ne le ferait un corps gazeux, ils servent aussi, selon Savart et Muller, à modérer l’effet des sons trop déchirants; surtout à tendre la membrane du tympan et celle de la fenêtre ovale, et à les rendre ainsi plus

1. Les parties solides de la tête, les dents transmettent directement à l'oreille interne les vibrations sonores. C’est ainsi que, si l’on suspend un timbre à un fil tenu entre les dents, et si l’on se bouche préalablement les oreilles, on entend un son grave transmis par le fil, les dents et les os du rocher jusqu’à l’oreille interne. Les sourds dont l'infirmité n’est due qu'à une conformation vicieuse des organes extérieurs, peuvent entendre de cette façon. On citait un Espagnol sourd qui entendait les sons d’une guitare en mettant entre ses dents le manche de l'instrument, (Ingrassias, d’après C. Broussais).

sensibles au mouvement vibratoire : c’est ainsi, :

d'après Muller, qu’une tige solide placée entre deux membranes, augmente l'intensité de la transmission.

sonore. De là, la différence qui existe, au‘ point de vue de la sensation, entre les modes d’audition que la langue caractérise par ces mots : écouter, entendre.La personne qui ne fait qu'entendre éprouve une sensation moins forte, parce qu'elle ne fait

point intervenir l’action de sa volonté. Au contraire, : dès qu’elle écoute, elle donne instinctivement l’ordre aux muscles du marteau et de l’étrier d'agir; :

les membranes se tendent, le son parait plus intense et plus distinct. Cette opinion, émise par Bichat, est adoptée par les physiologistes et les physiciens {. Il paraît que le degré de tension de la

1. Est-elle à l’abri de toutes les objections ? A-t-on prouvé par des expériences, que la distinction, si bien établie en fait, entre les deux états physiologiques successifs par lesquels passe une personne qui, ne faisant d'abord qu’entendre, vient ensuite: à écouter, est uniquement causée par le passage d'une tension moins forte à une tension plus forte de sa membrane du tympan ? En tout cas, l’intervention de la volonté peut obtenir mieux que de faire passer l'organe de l’ouïe d’un état presque passif à une activité plus intense : elle détermine, en certains cas, un choix parmi les sensations auditives. Tout le monde en eftet à remarqué, qu'au milieu du bourdonnement confus de plusieurs conversations qu'on entend parfois sans en écouter aucune, l'oreille peut, sous l’action d’une attention voulue, suivre l’une des conversations partielles qu'elle entend alors distinctement, tandis que les autres voix, sans cesser pour cela de l’affecter, continuent bien d'être entendues, mais ne sont plus écoutées; ce n’est pas évidemment sur la membrane du tympan, ou du moins sur elle seule que la volonté a pu agir pour produire ce résultat, puisqu’alors la membrane mieux tendue, plus sensible, le serait aussi bien pour telle voix que pour telle autre. Les fibres de Corti dont nous parlons plus loin, ne sont-elles pas aptes à opérer un

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membrane du tympan varie aussi avec ie en d'acuité ou de gravité des sons à percevoir; pour percevoir les sons aigus, la membrane est plus fortement tendue que sil s’agit des sons graves. :

Nous-avons dit plus haut que l'oreille interne est la partie essentielle de l’organe de l’ouïe; et, en effet, il est prouvé par l’observation que la meimbrane du tympan et les osselets peuvent être perdus sans que la surdité s’ensuive, pourvu toutefois. que les deux fenêtres du tympan ne soient pas déchirées, car alors, les liquides qui baignent le nerf auditif venant à s’écouler, les organes de l'oreille interne se dessèchent, perdent leur sensibilité , ainsi que les ramifications du nerf lui-même. En ce cas, il y a surdité absolue. Le nerf auditif distribue ses rameaux en deux branches, dont l’une, celle qui pénètre dans le limaçon, se die en une multitude de filets très-déliés qu’on nomme les fibres de Corti, du nom du savant micrographe qui en a fait la découverte. D’après Helmholtz, ces fibres, dont la longueur varie et qui sont au,nombre de plus de 3,000, vibrent probablement chacune à l’uwisson d’un son particulier, de sorte qu’elles forment une série régulière analogue à la gamme musicale. En supposant que 200 d'entre elles soient affectées aux sons situés en dehors des limites musicales, « il reste, dit-il, 2,800 fibres pour les sept octaves des instruments de musique, c’est-à-dire 400 pour chaque octave, 33 pour chaque demi-ton, en tous cas assez pour expliquer la distinction des

tel triage ? Il nous paraît en tout cas qu’il y a lieu de chercher encore l'explication vraie du phénomène.

fractions de demi-ton, dans la limite où elle est 4

possible. » Si l’on admet ce rôle des fibres de Gorti,

on comprend comment le mécanisme des vibrations sonores se transmet jusqu’à l’épanouissement ou à la naissance des nerfs. Simples ou composées, ces vibrations arrivent par le: conduit auditif jusqu’à la membrane du tympan ; elles se transmettent ensuite par la caisse du tympan, la chaîne des osselets et les membranes des deux fenêtres, ronde et ovale, jusqu’à l'oreille interne. Arrivées en ce point, de vibrations aériennes elles se changent en vibrations de corps liquides et de solides, jusqu'aux fibres de Corti. Là, enfin, le triage se fait et chaque vibration sim ple, de hauteur musicale donnée, trouve une fibre pour la recevoir. Ainsi s’expliquerait aussi la décomposition d’un son composé et de ses harmoniques , et la sensation simultanée du son fondamental et de Pharmonique prédominant, c’est-à-dire du timbre.

D’après les détails qui précèdent, on voit que la théorie de l’ouie présente encore des obscurités : mais c’est plutôt aux physiologistes qu'aux physiciens qu'il appartient de les dissiper entièrement f. Ce qui est admirable dans cette organisation d’un

1. L’organe de l’ouïe est à peu près conformé de la même manière, chez tous les mammifères ; certaines parties seulement sont tantôt plus, tantôt moins développées ; chez les

oiseaux, c'est toujours:sur le même plan qu'est construit

l'appareil de l'audition, bien qu’il soit notablement plus simple : il n’y a pas de pavillon, pas de limaçon proprement dit. Il est encore plus simple chez les reptiles et les poissons. On ne connaît pas l'organe dé l’ouïe chez les insectes bien que la fonction existe, puisqu'on sait que ces animaux savent produire des sons à l’aide desquels ils s'appellent à distance. Enfin les mollusques, sauf les céphalopodes supérieurs, n’ont pas de sens auditif.

des sens les plus utiles à la conservation de l’individu, à ses relations avec ses semblables et avec le monde extérieur, et qui est la source des jouissances les plus délicieuses et les plus profondes, c’est sa merveilleuse faculté de percevoir une multitude pour ainsi dire indéfinie de sons. Du reste, la coexistence des vibrations dans Pair et dans les milieux propres à propager le son rend compte de : cette propriété de l'oreille, qui ne fait que transmettre aux nérfs, et de là au Cerveau, les ‘mille modifications dés iilieux élastiques où nous nous trouvons plongés. i

S2. — La voix Humaine. -

Terminons cette étude dés phénomènes du son par une description somimairé de l’organe de la voix chez l’homme, dé cet inStrument de musique naturel, à l’aide duquél fous éommuüniquons nos idées dans leurs nuañhéés les plus délicates et les plus intimes, instrumeñt si flékible et si complet que les instruments artificiels les plus perfectionnés wWarrivent point à cetté diversité dé nuances, de timbres, qui permet à la Voix humaine d'exprimer les sentiments et les passions les plus variés.

L'organe de la voix n'ést aütre chose qu’un instrument à vent, c’est-à-dire un appareil où les sons sont produits par les vibrations plus ou moins rapides de l'air, à son passage par une ouverture de forme particulière plus ou moins resserrée. L’air arrive des poumons par un tube ou canal annulaire N nommée trachée-artère ; de là, il pénètre dans le larynx M, où il entre en vibration et produit les

260 LE SON . 1 SRE sons de la voix, puis dans le pharynx, entonnoir qui continue l’arrière-bouche. Le son arrive alors . dans les cavités des fosses nasales et de la bouche,

ae UE | TITI LE VEILLE : DEL. . C. LAPLANTE 4

Fig. 70. — Organe de la voix chez l’homme; caisseintérieure du larynx. E, Epiglotte. — H, Ligaments supérieurs. — I, Cordes vocales. — : K, Glotte. — N, Trachée artère.

qui jouent le rôle de caisses renforcantes et donnent au son un timbre spécial.

La figure 70 montre la conformation intérieure

du larynx. Cest, comme on voit, une sorte de boîte

cartilagineuse terminée inférieurement par la trachée-artère N, et à la partie supérieure par l'os hyoîde, en forme de fer à cheval. Une sorte de soupape mobile, l’épiglotte E, peut en s’abaissant fermer le larynx à sa partie supérieure, empêchant ainsi les aliments d'y pénétrer, ce qui produirait l'extinction de la voix ou la suffocation. Au-dessous de l’épiglotte est la glotte K, ouverture comprise entre deux systèmes de replis laissant entre eux une cavité qu’on nomme le ventricule de la glotte. Ces replis sont, d’une part, à la partie inférieure de la glotte, les cordes vocales I, ainsi nommées parce qu'on croyait d’abord que c’étaient elles qui formaient les sons en vibrant sous l'influence de l'air, comme des cordes sonores frottées par un archet; puis, au-dessus, les ligaments supérieurs H.

Des expériences dues à des physiologistes ont prouvé que les cordes vocales vibrent comme les anches battantes des tuyaux sonores, et que les sons ainsi produits sont plus ou moins aigus, selon que la tension plus ou moins forte des cordes vocales modifie la forme et les dimensions de l’ouverture de la glotte. Quand le son arrive dans la bouche, sa hauteur est déterminée; il ne subit plus d’autres modifications que celles qui en constituent le timbre ou qui forment la voix articulée. Les mouvements du pharynx, de la langue et des lèvres servent à produire ces divers changements, dont nous n’avons point ici à nous occuper.

Disons seulement que les voix d'homme, différant des voix de femme et d’enfant par leur gravité, doivent leur caractère aux dimensions plus grandes

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du larynx et de l'ouverture de la glotte. Le développement rapide de cet organe chez les jeunes gens, vers l’âge de la puberté, est la cause de la transformation qu’on observe alors dans leur voix.

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