‹ Le son et la musique : (volume 2)Chapitre 53 sur 100 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

1. Différence entre la science et l'art. — 2. Musique italienne et allemande. — 3 et 4. Différence des deux écoles. — 5. Influence de Paris. — 6. Conclusion.

1. Les lois du timbre sont fondamentales pour la théorie de l'instrumentation, et embrassent aussi l'harmonie tout entière. Grâce à elles, tout ce que nous avons exposé jusqu'à présent se réduit à un seul principe : les notes musicales doivent satisfaire aux lois de l 'harmonie, et celle-ci est d'autant plus parfaite que les divers sons d'un accord renforcent davantage le^son fondamental. Ainsi le concept de la tonique et de l'accord fondamental perd son caractère d'utilité purement pratique ; il en devient une conséquence nécessaire.

La science est arrivée à embrasser, sous un point de vue unique, ce grand et admirable assemblage de faits qui forme l'histoire et le développement de la musique. Elle est à même de déduire régulièrement les règles de l'art musical, et pourrait facilement les créer une seconde fois , si par hasard elles venaient à se perdre.

Mais il ne faudrait pas que ces paroles fissent naître en vous l'idée que la science veuille ou puisse remplacer l'art. Dans l'art il y a une chose qui défie tout calcul , que la science peut bien expliquer jusqu'à un certain point quand elle a pris une forme palpable, mais qu'elle ne peut ni pré-

dire ni modifier : c'est l'inspiration poétique. Gomme la plus profonde connaissance de la grammaire, de la syntaxe et de la métrique ne suffit pas pour faire une poésie même médiocre, de même l'étude la plus approfondie des lois de l'harmonie et de l'instrumentation ne suffira jamais à créer un compositeur. La composition et la critique sont deux, opérations de l'esprit humain diamétralement opposées; elles doivent se donner la main, procéder d'un commun accord, autant que possible, et se compléter réciproquement; mais le critique ne sera jamais un grand compositeur, ni le compositeur un vrai critique.

Si j'ai cherché à passer rapidement en revue les faits les plus importants de l'histoire musicale, c'était seulement pour montrer comment les créations les plus fantastiques de l'homme obéissent à certaines lois simples que la science nous a révélées.

Ces lois n'étaient certainement pas connues des grands hommes de génie qui nous ont laissé dans leurs œuvres des enseignements impérissables. Ils étaient uniquement guidés par le sentiment, l'imagination, l'inspiration dans la voie qu'ils ont parcourue. La science est venue après, et n'a pas fait autre chose que d'apporter la lumière. Il en sera toujours de même clans l'avenir. Il ne nous entrera jamais, dans l'esprit de pronostiquer ce que sera la musique dans cinquante ou cent ans, ni de dire si, au point de vue esthétique, elle se trouvera sur la branche ascendante ou descendante de la parabole ; d'autant que les principes esthétiques auxquels l'art s'est successivement conformé n'ont pas de valeur absolue. Mais nous pouvons dire avec certitude qu'on n'acceptera jamais rien de contraire aux principes larges établis maintenant par la science.

Je ne veux pas abandonner ce sujet intéressant , sans toucher encore à quelques questions fort agitées dans ces derniers temps, et qui appartiennent au patrimoine artistique de l'Europe moderne.

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