MUSIQUE ALLEMANDE
aspirations nationales. L'Italie renaissait alors à une vie nouvelle; elle avait besoin de mouvement et d'émotions fortes. Le patriotisme s'empara de la musique à la Verdi, la rendit extrêmement populaire, en usa et en abusa largement. Mais le bon goût et les écoles de chant en souffrirent énormément. Dans ces derniers temps, Verdi a modifié notablement sa manière, et il tend ouvertement à se rapprocher de la musique allemande, ou au moins à diminuer la grande distance qui sépare aujourd'hui les deux écoles. BeNabucco et d'Emcmi à Rigoletto et au Ballo in maschera, puis à Aida, le progrès a été continu dans cette voie. Les exemples, d'ailleurs très-connus, sont discutés partout avec intérêt et passion.
4. Avant que le mouvement progressif s'opérât en Italie, l'Allemagne avait marché de son côté. Gluck introduisit et développa admirablement le concept de la musique dramatique, qui se propose de mieux adapter la musique aux paroles et de créer musicalement une œuvre d'art capable de produire sur les auditeurs les mêmes sensations que le texte. A ce point de vue, la musique est une mine. inépuisable d'effets vraiment artistiques. Elle surpasse par beaucoup de côtés la poésie, tant dans l'expression du terrible que dans celle des sentiments vraiment gracieux.
Pour s'en convaincre, il suffît de rappeler, parmi les choses modernes, la scène d'amour entre Faust et Marguerite, décrite musicalement par Gounod, pour conclure nonseulement que la grande poésie de Gœthe n'a pas souffert, mais que l'effet s'est plutôt modifié et idéalisé, loin d'être diminué. Il suffit de rappeler encore le duo entre Raoul et Valentine dans les Huguenots, où toutes les sensations, du patriotisme à l'amour, de l'amour à la terreur, sont décrites avec une vivacité, un sentiment incomparables, qui touchent si profondément malgré quelques exagérations ; enfin la terrible scène du Freischùtz de Weber , où la terreur est portée au plus haut degré de l'expression musicale. La
musique qui, sous beaucoup de rapports, reste inférieure à la poésie, se montre supérieure à elle sous d'autres points de vue, où l'effet dramatique et le sentiment sont profondément accentués.
Un pas encore plus grand a été fait par Beethoven, le grand, le vrai créateur de la musique instrumentale moderne. Depuis cette époque l'école allemande s'est toujours éloignée de plus en plus de la route parcourue en commun avec l'école italienne. Mendelssohn, Schumann, et enfin Wagner forment une progression dans cette voie . La musique a toujours pris de plus en plus le caractère instrumental, et le chant libre a été négligé. Pour nous servir d'une phrase devenue célèbre, et peut-être exagérée, mais qui dépeint vivement l'état actuel des choses, nous dirons que, dans la musique italienne, l'orchestre était devenu une grande guitare destinée à accompagner le chant; mais on peut dire en revanche que, dans la musique allemande, les chanteurs étaient devenus des instruments d'orchestre ambulants. Il faut pourtant convenir que, tandis que dans notre siècle la musique italienne penchait vers une décadence sensible, en Allemagne l'art se maintint à un niveau élevé. L'étude de l'harmonie et des grands mouvements de l'orchestre, le sentiment profond et l'expression dramatique, malgré quelques exagérations trop réalistes et des recherches de peu de valeur, ont été portés à un haut degré de perfection par l'impulsion du génie de Wagner. Si les livrets, presque toujours stupides et médiocrement favorables à la composition, ont cédé la place à une poésie plus mâle et plus indépendante, c'est à lui qu'on le doit; l'union plus étroite de la poésie et de la musique, où les deux arts cheminent du même pas, sans que l'un opprime l'autre, c'est là peut-être le caractère le plus saillant et le plus beau de sa musique, qui se maintient presque toujours à une grande hauteur, avec de grandes richesses d'harmonie, en vous transportant dans une sphère idéale.