‹ Le son et la musique : (volume 2)Chapitre 65 sur 100 · COMBINAISONS DES ONDES SONORES · texte numérisé non relu

COMBINAISONS DES ONDES SONORES

yeux du corps de voir sur la surface des eaux ce que l'oeil intellectuel du mathématicien peut seul admirer dans l'air traversé en tous sens par des ondes sonores. Je veux parler de la superposition des différents systèmes d'ondes , dont chacune poursuit son chemin sans être troublée par les ondes voisines. Nous pouvons le voir du haut d'un pont sur l'eau de nos fleuves ; mais la mer nous le présente de la manière la plus grandiose, lorsque nous l'examinons d'un point élevé de la côte.

J'ai passé bien des heures à l'observer sur les côtes escarpées et couvertes de forêts près de Kœnigsberg; la mer Baltique y remplace les Alpes pour nous autres habitants de la Prusse orientale.

On y voit toujours des systèmes d'ondes de longueurs diverses se propageant en nombre incalculable dans des directions différentes. Les plus longues viennent d'ordinaire de la pleine mer et se dirigent vers le rivage ; de plus petites prennent. naissance à l'endroit où les vagues se brisent ; elles retournent vers la haute mer. Peut-être au même instant un oiseau de proie se précipite sur un poisson et donne naissance à un nouveau système d'ondes circulaires qui s'étendent sur la surface ballottée des vagues aussi régulièrement que sur la surface tranquille d'un lac. Depuis les limites de l'horizon, où des lignes d'écume blanche s'élevant au-dessus de la surface bleuâtre lui annoncent l'arrivée des vagues, jusqu'à ses pieds, où elles viennent dessiner leurs arcs sur le sable du rivage, l'observateur voit se dérouler l'image imposante d'une force immense, d'une variété infinie, qui ne trouble pas l'esprit, mais qui le fixe et l'élève, parce que l'œil y reconnaît facilement l'ordre et la loi.

Il faut de même vous figurer l'air d'une salle de danse ou de concert, parcouru dans tous les sens par une foule d'ondes s'entrecroisant gracieusement. De la bouche des hommes sortent des ondes de 6 à 12 pieds de longueur ;

180 l'harmonie musicale

des lèvres des dames s'échappent des ondes plus courtes, de 1 pied et demi à 3 pieds de long. Le frôlement des habits produit de petites plissures dans l'air ; chaque son de l'orchestre émet ses ondes, et tous ces systèmes se propagent sphériquement depuis leur origine, se traversent les uns les autres, se réfléchissent sur les murs de la salle, et rebondissent çà et là, jusqu'à ce que, dominés par des ondes nouvelles, ils s'éteignent.

Ce spectacle est invisible aux yeux du corps, mais un autre organe, l'oreille, vient nous en donner des nouvelles. Elle décompose cet embrouillement d'ondes, plus inextricable que celui des vagues de la mer, dans les sons isolés qui les constituent ; elle distingue les voix des hommes et des dames, même celle de chaque individu; elle reconnaît les sons des divers' instruments de musique, le frôlement des habits, le bruit des pas, etc.

Examinons un peu comment cela se passe. Lorsque, comme nous l'avons supposé tout à l'heure, un oiseau de proie vient heurter la surface agitée de la mer, des ondes circulaires prennent naissance, et s'étendent lentement et régulièrement sur la surface agitée, comme elles le feraient sur une surface unie.

Ces cercles coupent la surface couverte de vagues, comme ils couperaient la surface tranquille de l'eau. Dans ce cas, comme dans d'autres plus compliqués encore, la forme de la surface de l'eau dépend de la hauteur de chacun de ses points, et cette hauteur est égale à la somme des hauteurs des montagnes d'ondes, moins la somme des profondeurs des vallées qui se rencontrent en ce point. Une telle somme de grandeurs positives (les montagnes) et de grandeurs négatives (les vallées), ces dernières se soustrayant au lieu de s'ajouter, est une somme algébrique, et dans ce sens nous pouvons dire : La hauteur de chaque point de la surface de Veau est égale à la somme algébrique de toutes les portions d'ondes qui s'y rencontrent au même instant.

Page 1