SIRÈNE DE CAGNIARD LATOUR
chargeant convenablement la soufflerie. Observez, en effet, ce qui arrive. Le son de la sirène est d'abord trèsbas : il s'élève lentement et, au bout de quelque temps, arrive à se maintenir à une hauteur constante. C'est que le courant d'air est juste suffisant pour vaincre les résistances de l'instrument pour la vitesse donnée. Mais le son de mon diapason est plus élevé ; pour l'atteindre, je charge un peu plus la soufflerie. Vous entendez le son s'élever tout à coup ; après quelques tâtonnements, je trouve le poids dont je dois charger la soufflerie pour obtenir le son du diapason et le conserver. Vous remarquez que le son se maintient constant pendant un certain temps, durant lequel je puis exécuter commodément la seconde opération.
Gela fait, j'observe la position exacte des index, je mets en mouvement mon chronomètre, et, au moment voulu, le compteur de la sirène, que je laisse marcher pendant dix secondes. Il vaut toujours mieux opérer pendant plusieurs secondes parce que la petite erreur provenant du temps qu'il a fallu pour mettre en mouvement le compteur, est moins sensible.
Au bout des dix secondes, j'arrête le compteur, et par la position des index , je vois combien l'instrument a fait de tours. Si je trouve 358 tours pour 10 secondes, je sais qu'à une seconde correspondent 35,8 tours. Pour connaître maintenant le nombre de vibrations, comme le disque de la sirène a 25 trous, je multiplie 35,8 par 25 et je trouve 895 vibrations.
Le diapason que j'ai pris ici pour exemple, donne donc un son de 895 vibrations à la seconde.
Nous pouvons opérer de la même façon dans tous les cas de ce genre. La sirène se prête très-bien aux recherches de cette nature. Elle réclame seulement une oreille exercée, pour cru'elle puisse reproduire avec exactitude un son déterminé.
Ainsi, soit qu'on veuille recourir à la méthode graphique, soit qu'on veuille faire usage de la sirène, nous savons qu'il est possible de déterminer les nombres de vibrations d'un très-grand nombre de sons, j'allais dire de tous.
3. Je vais indiquer les résultats les plus importants auxquels on arrive sous ce rapport par un examen minutieux et exact des faits. Quelle est la limite des sons sensibles ? Notre oreille perçoit-elle comme un son un nombre quelconque de vibrations , ou notre sensation ne s'exerce-t-elle qu'entre certaines limites? Qu'il y ait une limite inférieure, c'est ce qui se démontre facilement au moyen de la sirène. Quand on met la sirène en mouvement, et quand elle tourne avec lenteur, on entend séparément les bouffées isolées d'air, mais on n'entend pas un son. Un son très-grave commence seulement à se produire quand la sirène tourne un peu plus vite. D'expériences plus exactes il résulte qu'il faut au moins seize vibrations à la seconde, pour qu'il se produise un son; et même cette limite ne s'atteint qu'en employant un instrument très-énergique, c'est-à-dire un instrument capable de produire des sons très-intenses. Dans les autres cas, comme par exemple dans celui de la sirène commune, il faut vingt ou vingt-cinq vibrations pour produire un son appréciable.
Il est plus difficile de fixer une limite supérieure au son. Si je charge successivement la soufflerie, la sirène tourne toujours de plus en plus vite, le son devient de plus en plus aigu et finalement strident, désagréable.
Mais avec cette sirène, il ne serait pas possible d'obtenir une vitesse dépassant une certaine limite, parce que les résistances s'opposent à une très-grande rapidité. Pour résoudre la question, Despretz s'est servi de diapasons de plus en plus petits, et il est arrivé à démontrer qu'il existe pour le son une limite supérieure au-delà de laquelle notre oreille ne perçoit plus rien.