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ANALYSES DES HARMONIQUES PAR L'OREILLE

cules qu'elles se figurent provenir de la maladie, et qu'elles ont eus généralement durant toute leur vie, devant les yeux, sans les voir.

Qui s'aperçoit facilement que sur la rétine d'un œil sain se trouve un endroit complètement privé de la faculté de voir, le punctum cœcum? Beaucoup de personnes savent-elles qu'elles ne voient simples que les seuls objets qu'elles fixent, et qu'elles voient doubles tous ceux qui sont placés en avant ou en arrière de ceux-là ? Je pourrais vous citer une longue série de faits analogues, dont on n'a eu connaissance que par les recherches scientifiques sur les sens, et qui restent complètement cachés jusqu'à ce qu'on dirige l'attention sur eux, en employant des moyens convenables, ce qui est souvent très-difficile.

Les harmoniques supérieurs rentrent clans ce genre de phénomènes. Il ne suffit pas que le nerf acoustique éprouve la sensation du son, il faut que l'intelligence y fasse attention; c'est pour cela que j'ai distingué tout à l'heure l'oreille corporelle de l'oreille spirituelle.

Nous entendons toujours le son d'une corde, accompagné d'une certaine combinaison d'harmoniques. Cette combinaison est différente pour le son de la flûte, la voix de l'homme ou le hurlement du chien. Il nous importe de savoir si nous sommes dans le voisinage d'un violon, d'une flûte, d'un homme ou d'un chien: aussi notre oreille s'exerce-t-ellô à distinguer les particularités de ces divers sons. Quant aux moyens que nous employons pour les distinguer, peu nous importe de les connaître.

Que la voix du chien contienne l'octave supérieure ou la douzième du son fondamental, il n'y a là aucun intérêt pratique, aucun objet qui puisse appeler notre attention. Ainsi les sons harmoniques rentrent dans cette particularité du son que nous appelons le timbre. Gomme l'existence des sons harmoniques dépend de la forme de l'onde sonore, vous voyez que j'avais raison de vous dire que le timbre

196 l'harmonie musicale

(klangfarbe, couleur du son) répond à la forme des ondes.

On entend le plus facilement les notes harmoniques lorsqu'elles forment une dissonance avec le son fondamental, comme cela a lieu pour les cloches. L'art de fondre les cloches consiste à donner à la cloche une forme telle que les sons plus bas qui accompagnent le son principal forment un accord consonnant, sans quoi la cloche n'a pas un son musical et résonne comme un chaudron ; les notes concomitantes supérieures restent toujours dissonantes, et c'est à cause de cela que le son de la cloche ne se prête pas à la musique artistique.

Il ressort, au contraire, de ce qui précède, qu'on entendra d'autant plus difficilement les harmoniques supérieurs, qu'on aura entendu plus souvent les sons composés dans lesquels ils se présentent. C'est ce qui arrive surtout pour la voix humaine ; de nombreux observateurs, et des plus habiles, ont cherché en vain à entendre les notes harmoniques de la voix humaine.

Cette manière d'envisager les choses s'est vérifiée d'une manière fort frappante ; elle m'a conduit à trouver une méthode qui m'a permis d'entendre et de faire entendre à d'autres personnes les harmoniques de la voix humaine.

Il n'est pas nécessaire pour cela d'avoir une oreille musicale bien exercée, ainsi qu'on l'a cru jusqu'ici ; il suffit de diriger l'attention à l'aide des moyens convenables.

Qu'une forte voix d'homme chante la voyelle o à la hauteur du ré 2. Donnez sur le piano, et très-doucement, le la 8 , et fixez votre attention sur le son faiblissant du piano. Si ce son est l'un des harmoniques contenus dans le timbre de la voix, le son du piano a l'air de persister, l'oreille entend comme sa continuation l'harmonique correspondant de la voix. On trouve ainsi, en variant cet essai, que les différentes voyelles se distinguent par leurs sons harmoniques.

Ce genre de recherches est rendu bien plus facile encore,

LE TIMBRE — RÉSONNATEURS

Fig. 48.

si l'on a soin d'armer l'oreille de boules de cuivre ou de verre, comme celle de la figure 48. L'ouverture la plus large, a, est tournée du côté de la source sonore ; on introduit dans le canal auditif l'extrémité b étirée en entonnoir. La masse d'air suffisamment délimitée de la boule a un son propre, qu'on peut faire apparaître en y soufflant par le bord a. Si maintenant on produit dans le voisinage de la boule le son pour lequel elle est accordée, soit comme son fondamental, soit comme harmonique d'un son quelconque, l'air du résonnateur se met à vibrer fortement, et l'oreille entend le son rendu bien plus intense. 11 est facile ainsi de décider si le son propre du résonnateur fait partie d'un son ou d'une réunion de sons.

Si l'on examine les voyelles de la voix humaine, on reconnaît facilement, à l'aide des résonnateurs , que les harmoniques de chaque voyelle sont particulièrement forts dans certains endroits de la gamme : dans les environs du la%, pour la voyelle o ; dans les environs du lah, au delà et au-dessus, pour la voyelle a. Je transcris en langage musical les parties de la gamme où les harmoniques des différentes voyelles apparaissent avec une intensité particulière, prononcées avec l'accent du nord de l'Alle-

magne :

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