‹ Le son et la musiqueChapitre 74 sur 80 · INTERFÉRENCES — BATTEMENTS · texte numérisé non relu

INTERFÉRENCES — BATTEMENTS

parties condensées de l'une se superposent aux parties condensées de l'autre. Ce curieux phénomène de la destruction d'un son par un son de même nature s'appelle l'interférence du son.

La sirène que nous avons décrite plus haut permet d'étudier facilement ce phénomène. Si l'on dispose la boîte supérieure de manière que les deux porte-vent produisent en même temps le son des séries de 12 trous, les deux porte-vent se renforcent réciproquement, et l'on entend un son plein et fort correspondant à la série 12. Si l'on dispose au contraire le porte-vent supérieur de façon que les pulsations supérieures se produisent pendant que les trous inférieurs sont fermés, et réciproquement, le son disparaît, et l'on n'entend plus que très-faiblement le premier harmonique, supérieur d'une octave, qui n'est pas détruit par l'interférence, dans ces circonstances.

L'interférence nous conduit aux battements. Lorsque deux sons entendus au même instant font des vibrations de durée complètement identique, leurs montagnes se rencontrent toujours si elles se sont superposées au commencement ; et si elles ne se superposent pas dès l'origine, elles ne se superposent plus jamais.

Les deux sons se renforceront ou s'affaibliront continuellement . Si les durées des vibrations des deux sons ne sont égales qu'à peu près, leurs montagnes peuvent se rencontrer à l'origine, et se renforcer ainsi réciproquement ; mais peu à peu les montagnes de l'un des sons devanceront celles de l'autre. Il arrivera des moments où les montagnes de l'un se placeront dans les vallées de l'autre ; plus tard les montagnes qui s'avancent le plus rapidement atteindront de nouveau les montagnes de l'autre son : ces rencontres se traduisent pour l'oreille par des augmentations et des affaiblissements du son, auxquels on donne le nom de battements. On entend souvent des battements lorsque deux instruments qui ne sont pas complètement à l'unisson

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donnent la même note. Un piano faux, dans lequel les deux ou trois cordes frappées par une même touche ne s'accordent plus exactement, les fait entendre distinctement. Des battements lents et réguliers font un très-bon effet dans les chants d'église : tantôt ils s'écoulent comme des vagues majestueuses, entre les voûtes élevées des cathédrales; tantôt, par un léger tremblement, ils communiquent au son un caractère spécial de ferveur et d'émotion. Plus les différences de durée des vibrations sont grandes, plus les battements sont rapides. Tant qu'il n'y a que 4 à 6 battements par seconde, l'oreille distingue facilement les variations successives de l'intensité du son. Lorsque les battements sont encore plus rapides, le son devient strident. Un son strident est un son divisé par des interruptions rapides, un son semblable au son de la lettre r que nous produisons en interrompant le son de la voix par des tremblements du palais ou de la langue.

Lorsque ces battements deviennent encore plus rapides, il devient difficile à l'oreille de les entendre, mais le son garde une certaine rudesse. Finalement, ils deviennent tout à fait imperceptibles, et se transforment, comme les sensations isolées qui composent un son, en une sensation sonore continue1.

Ainsi tout son musical provoque dans le nerf acoustique une sensation d'une durée régulière ; deux sons inégalement hauts se contrarient et se divisent en sensations sonores distinctes, qui font naître dans le nerf acoustique une irritation discontinue. Ils produisent sur l'oreille un effet désagréable, analogue à celui que produisent, sur les autres organes, des excitations intermittentes se succédant très-rapidement. Je ne citerai que l'action d'une lumière vacillante ou scintillante sur l'œil, ou la sensation que pro-

1. M. Heimholtz a montré ce passage des battements en une dissonance rude, à l'aide de deux tuyaux d'orgue, dont il faussait l'un de plus en plus.

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