‹ Le sonChapitre 1 sur 143 · GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE · texte numérisé non relu

GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE

DC BUREAU DES LONGITUDES, DE l’ÉCOJ.Ê IMPERIALE POLYTECHNIQUE, SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER,

Quai des Augustins, 55.

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PRÉFACE DE L’AUTEUR

Dans les pages qui suivent j’ai essayé de rendre la science de l’acoustique accessible à toutes les personnes intelligentes, en y comprenant celles qui n’ont reçu aucune instruction scientifique particulière.

J’ai traité mon sujet d’une manière tout à fait expérimentale, et j’ai cherché à placer tellement chaque expérience sous les yeux et dans la main du lecteur, qu’il puisse la réaliser lui-même ou la répéter. Mon désir et mon but ont été de laisser dans les esprits des images si nettes des divers phénomènes de l'acoustique qu’ils les saisissent et les voient dans leurs rapports réels.

J’ai à remercier quelques-uns de mes amis d’Angleterre d’avoir eu la bonté de lire plus ou moins complètement les épreuves de cet ouvrage. Mais je dois une reconnaissance toute particulière à l’un de mes illustres amis d’Allemagne (M. Clausius) qui s’est donné la peine de revoir ces mêmes épreuves du commencement à la fin.

On voit grandir avec bonheur sur toute la surface du monde civilisé le désir d’une instruction scientifique plus sérieuse. Ce sentiment est tout naturel, il est même inévitable dans les circonstances présentes. Car une puissance qui a une si grande influence sur les destinées intellectuelles et matérielles de notre époque ne pouvait pas manquer de fixer l’attention et de commander l’examen. On voitnaitre au sein de nos écoles et de nos universités, en faveur de la science , un mouvement qui aura sans doute pour résultat la recon-

PRÉFACE DE L’AUTEUR

naissance authentique de ses droits, comme principe à la fois de connaissances et de développement intellectuel. Si en plaçant, quoique d’une manière incomplète, les principaux traits et la physionomie des sciences physiques sous les yeux des hommes influents qui ont puisé leur instructionà uneautre source, ce livre peut aider indirectement ceux qui sont engagés dans le mouvement auquel je faisais tout à l’heure allusion, il n’aura pas été écrit en vain.

La traduction française de cet ouvrage a été faite par M. l’abbé Moigno avec son habileté accoutumée. Quoique je n'aie pas la bonne fortune de partager dans toutes leurs particularités les vues de mon savant traducteur, je ne lui en dois pas moins mes remerciments pour son intéressante préface et le précieux appendice qu’il a ajouté à cet ouvrage.

Je dois remercier aussi M. Gauthier- Villars des soins trèsdistingués qu’il a apportés à l’impression de mon livre. En réalité, au point de vue de la typographie, la traduction, dans mon opinion, surpasse l’original.

John TYNDALL.

Londres, ce 20 novembre 1868.

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

La traduction du livre de M. Tyndall a été laborieuse ; elle présentait des difficultés particulières, en raison peutêtre de la perfection du texte anglais. Je crois les avoir vaincues, etjeme sens déjà tout récompensé d’une fatigue de quelques mois, autant par le mérite intrinsèque de ce traité élémentaire d’acoustique, que parles services qu’il est appelé à rendre. Il est parfait au point de vue expérimental ; il serait, en effet, impossible de mieux choisir, de mieux décrire, de mieux exécuter les expériences nécessaires à la manifestation des faits et à la détermination des lois qui les régissent. Il sera donc lu avec un vif intérêt non-seulement par les professeurs, mais par tous les amis de la science claire et pratique.

M. Tyndall a parfaitement fait ce qu’il a voulu faire ; sous ce rapport, je ne vois rien à perfectionner dans son œuvre; mais peut-être que quelques remarques historiques, techniques et philosophiques la rendront un peu plus intéressante encore aux nombreux lecteurs qu’elle est assurée de trouver en France. Qu’il me permette de les présenter ici sans prétention aucune.

Il y a vingt ans à peine, la science du son, cependant si attrayante, si utile, ou même si nécessaire, était presque ignorée en France; elle n’avait dans l’enseignement qu’une part infiniment petite. Dans les cabinets de physique les mieux montés et les plus célèbres, on trouvait, en fait d’instruments ’d’acoustique : une clochette ou plutôt

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un mouvement d’horlogerie mal combiné pour Texpérience du son dans le vide; un sonomètre rudimentaire; un sommier avec quelques tuyaux mal assortis, en bois ou en carton, de formes et de dimensions complètement arbitraires; quelques petites plaques vibrantes en verre ; rien de plus. Aucune des lois, à part celle des cordes vibrantes, ne pouvait être démontrée, et presque tous les phénomènes acoustiques de la nature, de T expérience et de Fart restaient complètement ignorés; Même pour la vitesse du son dans l’air, on en était réduit à accepter de confiance les expériences de Montlhéry, sans pouvoir les confirmer sur place, tandis qu’ aujourd’hui nous mesurons rigoureusement cette vitesse de mille manières, dans nos cabinets de physique.

Heureusement Félix Savart, d’abord chirurgien des armées, puis médecin praticien à Strasbourg, musicien assez habile, se prit, vers 1820., d’une belle passion pour l’acoustique. Il l’étudia d’une manière approfondie, après que, sur sa demande, il eut été nommé préparateur de physique et conservateur des collections au Collège de France; et il l’enseigna avec un très-grand succès de 1836 à 1842, dès qu’il eut succédé à Ampère dans la chaire de physique de ce même Collège de France. Lié avec lui, je suivis assidûment ses cours; je rédigeai même avec un très-grand soin ses leçons, publiées plus tard par M. Masson, professeur de physique au lycée Louis-le- Grand, dans le journal Y Institut. Je pourrais ajouter qu’avec M. le docteur Guérard, j’étais l’élève le plus sympathique et le plus fidèle de Savart. Son enseignement était vraiment remarquable. Il mettait quelquefois plusieurs jours à préparer une leçon ; il multipliait les expériences et les

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exécutait avec une habileté prodigieuse ; il analysait les phénomènes avec une supériorité incontestable, etc.; mais il manquait d’une science suffisante pour en faire la synthèse et la théorie ; il n’était pas assez initié à la physique générale et ne savait pas les mathématiques. Aussi les explications théoriques de ses plus beaux mémoires sont-elles aujourd’hui contredites ou révoquées en doute; il ne reste guère de lui, comme le livre deM. Tyndall le fera peut-être trop sentir, que plusieurs expériences brillantes.

Quoi qu’il en soit, de 1836 à 1840, l’enseignement de l’acoustique fut* aussi avancé au Collège de France qu’à Gottingue et à Heidelberg. Mais il n’avait pas pénétré dans les facultés, les lycées et les collèges, et un progrès considérable restait à réaliser : on me permettra de dire comment j’en fus l’instrument. Je rencontrais sans cesse au cours de Savart un homme très-aimable, très-avide d’apprendre et d'enseigner, M. Marloye, constructeur d’instruments de mathématiques en bois et de modèles de cristaux. Il aidait Savart à préparer ses leçons, et avec tant d'ardeur, qu’il négligeait peut-être un peu trop son industrie et ses propres intérêts. La pensée me vint de lui commander, pour le cabinet de physique de l’école normale ecclésiastique que je dirigeais rue du Kegard, n° 13, une collection complète des principaux appareils de démonstration de Savart : mes supérieurs m’avaient permis de consacrer à cette acquisition une somme assez considérable, trois ou quatre mille francs. Je fus bien récompensé de mon initiative en me trouvant tout à coup en mesure de répéter les belles expériences que j’avais tant admirées au Collège de France, et que j’ai énumérées rapidement, en 1842, dans la Revue scientifique et industrielle de M. le docteur Ques-

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ne ville, tome VIII, page 83. J’avais : un banc complet de roues dentées pour la production des sons musicaux par le choc, pour la mesure du nombre des vibrations des notes de la gamme et la fixation approchée de la limite des sons aigus ; un banc, avec la barre de Savart, pour la fixation de la limite des sons graves ; des séries complètes de tuyaux pour mettre en évidence les lois de leurs vibrations, l’état de l’air dans leur sein, la position des nœuds et des ventres, l’influence des parois, etc; des assortiments de cordes, de verges, de lames, de plaques, de membranes, parfaitement choisis et combinés, de manière à faire ressortir les lois de leurs vibrations, les phénomènes de transmission du mouvement et de réaction des milieux, etc. Ces expériences, toujours prêtes à être répétées, excitèrent au plus haut degré l’attention des nombreux visiteurs de ce cabinet de physique modèle, où l’acoustique, autrefois inconnue, devint la science à la mode , au point de faire oublier un instant ses sœurs privilégiées, les sciences de la lumière, de la chaleur et de l’électricité. Mon exemple allait être imité, lorsque, par suite d’un mécontentement imprévu, et sans cause légitime, M. Marloye se vit tout à coup repoussé par Savart, après dix longues années d’intimité1 * * 4.

1 En révélant la cause de cette rupture douloureuse, je rappellerai un fait d'acoustique

important. M. Marloye ne croyait pas que les chocs de la barre contre l’air fussent un moyen rigoureux de fixer la limite des sons graves, parce qu’on ne tenait pas compte de l’influence de la masse d’air environnante. La barre, dans l'instrument de Savart, pas-

sait entre deux planches suffisamment rapprochées à la surface supérieure du banc; il dressa deux planches semblables au-dessous, et constata que le son, à nombres égaux

de tours de barre, montait notablement. 11 prit ensuite une simple crécelle en bois, lui adapta une petite planchette que l’on pouvait écarter ou rapprocher de manière à ouvrir ou fermer le fond de la crécelle, et s’aperçut que le son passait du ton fondamental à la quinte, quand la crécelle devenait d’ouverte fermée. Comment faire accepter cette expérience décisive? Je mis le petit instrument dans ma poche; j’allai chez Savart, et feignant un moment de distraction, je fis tourner la crécelle tour à tour ouverte et fermée.

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

Ce que je viens de dire se rattache à un point important delà science de T acoustique. Pour déterminer la limite des sons graves, il faut se servir des sons simples; si le son, en effet, est accompagné d’harmoniques, l’oreille n’entendra que ces harmoniques, parce que sa sensibilité diminue à mesure que l’on descend dans l'échelle des sons. Savart était au comble de sa gloire et de sa puissance ; il cessa de recommander son vieil ami, il le contrecarra même, et le mouvement que j’avais eu tant de peine à faire naître s’arrêta quelque peu. Il reprit après la mort du maître ; M. Marloye eut quelques commandes, et, grâce à lui, l’acoustique tendit à se généraliser; mais il se fatiguait, et bientôt il dut songer à la retraite, sans avoir pu se donner un successeur de son choix.

Quelques années après, au moment où je cherchais partout le remplaçant de M. Marloye, un jeune allemand, M. Rodolphe Kœnig, fut tout à coup saisi à son tour d’une belle passion pour l’acoustique. Il se construisit un petit atelier; et son ardeur fut si grande, sa persévérance si opiniâtre,. qu’on le vit grandir rapidement sans avoir été patroné par personne, jusqu’au point de prendre dans l’Europe entière une position aujourd’hui sans rivale. Il est vrai qu’à la célèbre école de Kœnigsberg, laquelle, reconnaissante, vient de lui conférer le titre de docteur en philosophie, il avait. fait d’excellentes études; que son oreille est très-exercée et sa main grandement habile ; que les ouvrages de Helmholtz et les mémoires des savants phy-

Savart comprit; mais il ne revit plus M. Marloye. Il est trop vrai, hélas! que les promoteurs les plus ardents du progrès finissent par en devenir les adversaires les plus acharnés, parce qu’ils s’imaginent qu’incarné en eux, il ne peut plus être réalisé par d’autres que par eux. Que d’exemples de cette douloureuse vérité je pourrais exhumer de ma longue vie scientifique !

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