‹ Le sonChapitre 101 sur 143 · FROTTEMENT RHYTHMÉ · texte numérisé non relu

FROTTEMENT RHYTHMÉ

bruit qui rappelle celui des cascades. Faites traverser vivement Fair par une bougie bien allumée ; les dentelures du ruban lumineux suivant lequel elle s’épanouit sont la conséquence et la preuve visible de Fintermittence, et le son presque musical qui accompagne l’apparition de la bande dentelée en est l’expression acoustique. D’un autre côté, si vous soufflez doucement sur une bougie sans l’éteindre, le son tremblotant qui résulte de l’agitation de la flamme dénote encore une action rhythmée. Nous avons déjà vu ce qu’on peut obtenir en associant un tube à de l’air ainsi agité. Nous savons que le tube choisit lapulsation spéciale qui lui convient, et la transforme par résonnance en un son musical. Pareille chose peut se produire avec le bruit de la flamme. Qu’on introduise, par exemple, dans un tube de diamètre et de longueur convenables, la flamme de la lampe d’émailleur de notre laboratoire, et ses mouvements confus se résoudront en un bourdonnement musical. La pulsation particulière d’abord choisie par le tube réagit sur la flamme de manière à éteindre jusqu’à un certain point les autres pulsations, forçant la flamme à vibrer synchroniquement avec elle. Cette réaction peut être assez puissante, les chocs rhythmés des pulsations peuvent s’accumuler ou s’ajouter assez pour devenir capables de causer l’extinction de la flamme, lors même que son volume et son activité sont considérables.

Il n’est pas nécessaire, pour produire cette agitation, de mettre enjeu une action extérieure. Lorsqu’un bec de gaz enflammé est entouré d’un tube, au sein duquel il plonge, la circulation intérieure de l’air suffit ordinairement pour produire le mouvement rhythmé indispensable, et amener spontanément la flamme à chanter. On ne s’imaginerait pas quel degré d’intensité cette musique des flammes peut atteindre. Voici un bec circulaire, percé de vingt-huit orifices

LEÇON VI

pour la sortie clu gaz. Je place au-dessus de sa flamme ce tube de fer-blanc long de 15 décimètres et large intérieurement de 63 millimètres. La flamme frémit d’abord et semble inquiète, mais elle a bientôt imposé à ses pulsations incertaines une périodicité parfaite, et il en résulte un son musical clair et retentissant. La rapidité des pulsations' dépend, dans une certaine mesure, des dimensions de la flamme ; en diminuant la quantité de gaz, je fais cesser le son que la flamme rend actuellement. Mais après un moment de silence, la flamme rend un nouveau son qui est précisément l’octave du premier. Le premier était le son fondamental du tube qui entoure la flamme, le second est le premier harmonique de ce même tube. Ici, en effet, comme dans le cas des tuyaux d’orgue ouverts , la colonne d’air intérieur se divise en segments vibrants séparés les uns des autres par des nœuds.

Permettez-moi d’essayer devant vous l’effet de ce grand tube ab ( fig . 107), qui n’a pas moins de 45 décimètres de longueur, de 1 0 centimètres de diamètre, construit d’ailleurs pour un tout autre usage. Il est porté par un trépied ss! , et l’on y a introduit un large bec ou brûleur de gaz, représenté sur une plus grande échelle en B. Vous entendez le frémissement préliminaire ; maintenant , c’est un son d’une trèsgrande puissance. Augmentons la hauteur de la flamme, l’action devient de plus en plus violente ; bientôt c’est un véritable ouragan musical qui sort du tube. Mais voici que le vacarme a cessé subitement, les pulsations de la flamme ont réagi sur elle, et, ne pouvant résister à la violence du choc, elle s’est éteinte. Rallumons-la et faisons-la très-petite. Remise au sein du tube, elle chante de nouveau, mais c’est un des sons harmoniques du tube qu’elle fait entendre. En ouvrant entièrement le robinet, je donne au gaz son plein essor, et le son s’arrête, tout rentre dans le silence pour un instant; mais c’est une tempête qui couve et qui, comme dans la pre-

Page 1