ACTION DU SON SUR LES VEINES LIQUIDES
A une certaine distance de l’orifice, la veine se résout en jolies spherules, dont les mouvements ne sont pas assez rapides pour donner à la veine une apparence de continuité. Au sommet de la parabole, ce collier de perles a plus de trois centimètres de largeur, et plus loin les gouttes d’eau sont encore plus éparpillées. Un seul coup d’archet sur un diapason qui exécute 512 vibrations dans une seconde suffit pour rapprocher instantanément les gouttes éparses, comme si elles obéissaient à leurs attractions mutuelles, et leur donner l’apparence d’un arc liquide continu, dont la hauteur et l’amplitude peuvent être de 1 à 2 mètres [fig. 130). Aussi longtemps que résonne la note efficace, la veine ressemble à un filet d’eau solidifiée, tant son mouvement est devenu insensible. J’éteins les vibrations du diapason, l’arc cesse d’être continu , et nous voyons se reproduire le jeu des perles liquides que nous avons admiré tout d’abord. Chaque coup d’archet opère une nouvelle réunion des gouttes, et les fait couler suivant une même ligne commune à toutes.
Un flageolet ou un tuyau d’orgue qui rend la note du diapason exerce aussi sur la veine une action énergique. Ma voix n’a pas moins de puissance. J’émets une note sans lui donner une très-grande force, et à son commandement les gouttes éparses se réunissent. D’une distance de 20 mètres, ma voix semble n’avoir rien perdu de son efficacité ; elle courbe le jet liquide, et force les gouttes à se rapprocher comme si j’étais placé tout près de la veine.
Les effets des battements eux-mêmes sur la veine sont aussi curieux qu’instructifs. Ils peuvent être produits par des tuyaux d’orgue ou des diapasons. Voici deux diapasons dont l’un donne 512 et l’autre 508 vibrations par seconde. Vous apprendrez, dans notre prochaine leçon, que lorsque ces deux diapasons résonnent en même temps, on doit avoir quatre battements par seconde. Je les fais vibrer à la
LEÇON YI.
fois, et je constate que la veine liquide rassemble ses gouttes ou les disperse synchroniquement avec les battements. Placé près de la veine, je conclus du mouvement des éclats de la lumière qu’elle réfléchit à l’existence d’oscillations rhythmées de même période que les battements. La retraite et l’avance des gouttes relativement au point où elles se forment d’abord, suivent la même période et produisent un très-bel effet. Dans ces conditions, la sensibilité de la veine est vraiment étonnante, elle rivalise avec celle de l’oreille. Plaçons les deux diapasons sur une table éloignée, et laissons leurs battements s’éteindre graduellement, le mouvement rhythmé de la veine continue aussi longtemps que le son peut s’entendre. Une veine encore plus sensible se montrerait certainement supérieure à l’oreille , résultat bien surprenant, si l’on considère la merveilleuse délicatesse de l’organe de l’ouïe1.
En introduisant une bouteille de Leyde dans le circuit d’un puissant appareil d’induction, on obtient, comme le savent les personnes initiées aux phénomènes électriques, une série d’étincelles, denses et éblouissantes, qui ne brillent qu’un instant. Rendons la salle obscure et éclairons la veine par une semblable série d’étincelles. Les gouttes sont rendues distinctes, chacune d’elles est transformée en une petite étoile extrêmement brillante. Elles sont, en outre, trèslargement espacées. Je fais appel au jet liquide en émettant la note convenable ou efficace. Les gouttes éparses *se rassemblent aussitôt, pour former un collier de perles d’une inimitable beauté. Je suspends ma voix, et le collier est de nouveau mis en pièces ; je fais un nouvel appel et les étoiles dispersées se distribuent de nouveau le long d’une courbe
1 Lorsque ces deux diapasons étaient mis en contact avec le vase d’où sortait la veine liquide, l’action mouvementée de la veine se continuait visiblement longtemps après qu’on avait cessé de les entendre.