INFLEXION DU SON
quent brisée en o' , et, comme la direction dn mouvement est perpendiculaire à la face de l’onde, ces deux moitiés empiéteront maintenant l’une sur l’autre. La convergence des deux moitiés de l’onde se trouve augmentée lorsqu’elles sortent de la lentille. En effet, lorsque o' est en o ", les extrémités a et b ont parcouru un plus grand espace, et sont, par exemple, en a' et b1. Bientôt après, les deux moitiés se seront croisées complètement l’une l’autre, c’est-à-dire, en d’autres termes, qu’elles seront en un foyer commun où l’air recevra la somme des mouvements des deux demi-ondes L.
Lorsqu’une longue vague de la mer rencontre sur son passage un rocher isolé , elle monte le long de ses flancs et l’entoure de tous les côtés. Les faits de cette nature amenèrent Newton à rejeter la théorie ondulatoire de la lumière. Il prétendait que, si la lumière était produite par un mouvement d’ondes, il n’y aurait pas d’ombre, parce que les ondes lumineuses se répandraient autour des corps opaques comme les vagues autour desrochers.il est démontré aujourd’hui que les ondes lumineuses se courbent autour des corps opaques, et tendent à les envelopper ; mais nous n’avons rien à faire avec ce fait pour le moment. Quant aux ondes sonores, il est certain aussi qu’elles contournent les obstacles et qu’au delà del’obstacle, l’intensité duson est moindre, de sorte quel’obstacle produit une ombre partielle du son. Toute personne qui a vu un train de chemin de fer pénétrer dans une tranchée plus ou moins profonde entre les flancs d’un déblai, a constaté que le son diminuait beaucoup d’intensité. L’interposition d’une colline des Alpes, ou d’un simple mamelon, suffit [pour intercepter ou amortir beaucoup le bruit d’une cataracte, ou le tintement des clochettes des vaches. Cependant, comme je l’ai dit, les ombres de son ne sont pas com-
1 Nous avons supposé, pour plus de simplicité, l’onde brisée en o’, et les deux demiondes représentées par des lignes droites. Dans le fait, la surface de l’onde est courbe, et sa 'concavité est tournée dans le sens de la marche du son.
LEÇON 1
plètes, elles ne sont que partielles ; l’homme chargé de marquer les coups sur une cible ne manque pas d’entendre les explosions, quoiqu’il soit bien protégé contre les balles. L’exemple le plus frappant de cette inflexion des ondes sonores dont j’aie été témoin accompagna la terrible explosion d’un magasin de poudre survenue à Érith, eii 1864. Le village d’Eritb est éloigné de quelques milles du magasin de poudre; cependant presque toutes les vitres des fenêtres volèrent en éclats, et l’on remarqua que les fenêtres tournées du côté opposé au centre de l’explosion souffrirent presque autant que celles qui lui faisaient face. Dans l’église d’Eritb, les fenêtres étaient à châssis de plomb, et la flexibilité de ce métal permit aux vitres de céder à la pression sans trop de fractures; or, toutes les fenêtres de l’église, celles de derrière comme celles de front, étaient courbées vers V intérieur : ce fait s’explique très-simplement. L’onde sonore, en atteignant l’église, se divisa en deux branches, qui passèrent l’une à droite et l’autre à gauche; pendant un instant, l’édifice subit l’étreinte d’une ceinture d’air fortement comprimé, et la surface flexible des fenêtres prit une courbure de dehors en dedans. Sans doute, après cet instant de compression, l’air intérieur dut réagir et tendre au redressement des surfaces infléchies ; mais sa compression ayant été faible relativement à celle de l’air extérieur, l’effet de réaction ou de recul resta très-limité en comparaison de l’effet du choc direct; il fut impuissant à ramener les vitraux dans leur état primitif.
Après avoir ainsi considéré la réflexion, la réfraction et l’inflexion du son, nous devons reporter nos regards sur sa propagation, pour examiner attentivement deux conditions qui déterminent essentiellement la vitesse de l’onde sonore, savoir : l’élasticité et la densité du milieu qu’elle traverse. L’élasticité de l’air se mesure par la pression qu’il supporte et à laquelle il fait équilibre. Au niveau de la mer, la près-