BRUIT ET SONS MUSICAUX
brane du tympan; elle est ébranlée par le choc, et un corps ébranlé ne revient pas instantanément au repos. Mais l’oreille humaine est tellement construite que le mouvement sonore s’éteint avec une extrême rapidité, sans cependant que son extinction soit absolument instantanée ; et si le mouvement imprimé au nerf auditif par chaque pulsation individuelle de la série, se continue jusqu’à l’arrivée de la pulsation suivante, le son ne cessera pas du tout. L’effet de chacun des chocs successifs se renouvellera avant d’être éteint, et les impulsions périodiques s’uniront ensemble pour former un son musical continu. Les pulsations, au contraire, qui produisent le bruit sont irrégulières dans leur force et leur retour. Elles heurtent l’oreille d’une manière confuse, et leur confusion se traduit en nous par une sensation désagréable. La musique ressemble à la poésie, si agréable par son rhythme et sa douceur ; le bruit produit l’effet d’une prose heurtée et sourde. Mais, de même que les mots de la prose peuvent, par un arrangement convenable, devenir de la poésie, de même, si nous parvenions à rendre ses éléments périodiques, le bruit tumultueux de la rue se convertirait en musique d’orchestre. L’effet du bruit sur l’oreille a été justement comparé à celui que produit sur les yeux une lumière vacillante : ces deux sensations sont également pénibles par les changements brusques et continuels des frémissements imposés à leurs nerfs respectifs.
La seule condition nécessaire à la production d’un son musical est donc que les pulsations, quelle que soit leur origine, se succèdent l’une à l’autre après le même intervalle de temps. Si cette condition est remplie, le son devient un son musical. Si, par exemple, les tic-tacs d’une montre se succédaient plus rapidement, s’il y en avait une centaine par seconde, ils perdraient leur individualité et se fondraient en une note musicale. Si les battements des ailes des pigeons avaient
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cette même rapidité, leur progression dans Fair serait accompagnée d’une musique. Cette rapidité est réellement atteinte par F oiseau-mouche ; et, si des oiseaux nous passons aux insectes, dont les battements sont encore plus rapides, nous trouvons qu’une note musicale est l’accompagnement ordinaire de leur vol 1 . Les souffles d’une locomotive se succèdent lentement au départ , mais ils ne tardent pas à se succéder si rapides qu’on ne peut plus les compter. Si cette vitesse devenait encore plus grande, si le nombre des souffles s’élevait à 50 ou 60 par seconde, l’approche d’une locomotive serait annoncée par un son d’orgue d’une force effrayante* Galilée réussit à produire un son musical en passant vivement le dos d’un couteau sur le rebord d’une piastre. La petite dentelure qu’il découvrit sur le contour de la pièce de monnaie lui révéla le caractère périodique du mouvement, qui consistait dans une suite de chocs assez rapide pour produire une impression sonore continue. Il n’est pas d’écolier qui ne sache produire une note avec le crayon de son ardoise. Le tenant verticalement, sans trop le presser entre les doigts, et le faisant avancer sur l’ardoise, il fait naître une suite de petits chocs qu’on entend distinctement : en augmentant la pression, il fait que les chocs se succèdent assez rapidement pour produire un son pontinu. Je n’appellerai pas ce son un son musical, parce que l’expression, son musical, s’associe ordinairement à une idée de plaisir, et que le son du crayon n’est nullement agréable; mais il n’est réellement désagréable que parce qu’il n’est pas pur. Il est formé d’un assemblage de notes dont chacune pourrait pfaire, mais dont plusieurs sont en plein désaccord.
On réalise ordinairement la production du son musical par la succession de petits chocs, en présentant le bord d’une
1 Suivant Burmeister, leur bourdonnement est produit par l’entrée et la sortie de l’air respiré dans la cavité de la poitrine.