SONS HARMONIQUES ET TIMBRE
nommées les sons harmoniques de la corde. Il en est de même généralement avec toute autre sorte de corps sonores. Partout et toujours, il y a coexistence de vibrations. Des notes plus élevées se mêlent aux notes fondamentales, et c’est ce mélange qui détermine ce qu’à défaut d’une expression plus juste, nous appellerions la qualité du son :les Français la nomment timbre et les allemands klanqfarbe1.
C’est cette coexistence, ce mélange de sons aigus et graves qui nous fait distinguer un instrument de musique d’un autre: la clarinette et le violon, par exemple, alors même que ces instruments rendent le même son fondamental, ne sauraient être confondus. Les sons accessoires de l’une sont différents des sons accessoires de l’autre, et l’union de ces sons accessoires avec le son fondamental empêche l’identité des deux sons; c’est le cas de quantités inégales ajoutées à des quantités égales, les sommes sont nécessairement inégales.
Ainsi tous les corps et tous les instruments employés à produire des sons musicaux émettent, en outre de leur note fondamentale, des sons dus à des ordres de vibration plus élevés. Les Allemands comprennent tous ces sons sous le nom générique de obertones [sons supérieurs , hypertons .) N’y aurait-il pas avantage à faire passer cette dénomination dans la langue anglaise? Qui n’a souvent envié la facilité avec laquelle la langue allemande se prête par la formation des mots composés à l’expression de toutes les idées? Le terme klangfarbe ( couleur du sow), par exemple, employé par M. Helmholtz, est singulièrement expressif, et il est à désirer que la langue anglaise ait son équivalent. Nous savons que la couleur dépend de la vitesse de vibration du milieu qui propage la lumière ou de l’éther, et que la lumière bleue est à la lumière rouge ce qu’un son plus aigu est à un
1 « La qualité du son se nomme quelquefois : son registre, sa couleur, ou son timbre. » Th. Young.
LEÇON ml!
son plus grave. Une couleur simple n’a qu’une seule vitesse cle vibration, et nous devons la considérer comme l’analogue d’un ton simple en musique. Un ton optique peut se définir la couleur simple résultant d’un mode de vibration qui ne peut pas être décomposé en vibrations plus simples. Une couleur composée, au contraire, résulte du mélange de deux ou plusieurs couleurs simples ou tons ; et un assemblage de tons tel que celui qui résulte de la résonnance simultanée du son fondamental et des sons harmoniques d’une corde est ce que les Allemands nomme klang (son pris dans l’ensemble de toutes les vibrations qui le composent). Ne pourrait-on pas employer le mot anglais clang pour exprimer la même chose, en donnant à ce mot une signification scientifique précise, en dehors de la signification populaire, et ajouter le mot colour or tint [teinte) pour particulariser le caractère du clang , en faisant du mot composé clang-tint l’équivalent de klang farbe 1 ?
Nous avons maintenant à étudier plus attentivement que nous ne l’avons fait jusqu’ici les subdivisions des cordes en segments harmoniques. Reprenons notre sonomètre avec son fil métallique tendu par un poids. L’échelle de l’instrument est divisée en 100 parties égales, et la division 50 répond au milieu du fil. De même les divisions 33, 25, 20 répondent à peu près exactement au tiers, au quart, au cinquième, pris à partir du zéro ou de l’extrémité de l’échelle. Ces nombres suffisent au but que nous voulons atteindre. Pinçons la corde à 50, vous entendez le timbre du son rendu; il semble creux et sourd. Pinçons à 33, le timbre est différent. Pinçons à 25, c’est encore un tout autre timbre différent du premier et du second. A mesure que l’on s’éloigne du milieu de la corde,
1 Nous conservons les dénominations françaises : son (klang); timbre (klang-farbe) ; sons harmoniques ' obertones) ; mais il faut se rappeler qu 'harmonique n’entraîne pas accord. Les sons harmoniques font quelquefois dissonance. (Note du traducteur )