‹ Le Songe d'une nuit d'été, opéra-comique en trois actesChapitre 51 sur 83 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Que je te voie!... ou, si d'une inflexible loi

Tu subis toi-même l'empire, Si je ne dois pas voir ton radieux sourire Que je t'entende encore !

ELISABETH

Eh bien ! Écoute-moi!

Si pour toujours je t'abandonne, flus d'auréole pour ton front!..

La foule, au lieu d'une couronne, N'aura pour toi que la honte et l'affront!

SHAKSPEARE

A moi, Shakspeare, et la honte et l'affront

ELISABETH

Plus de pensée en ton âme voilée, Aucun élan dans ton esprit altier !

Près de nos bois, non, plus de mausolée !.♦, Maudit de Dieu, tu mourras tout entier !

SHAKSPEARE, hors de lui.

Ah ! je frémis ! quel anatheme ....

Pour éviter ce destin exécré, 0 mon génie, en cet instant suprême, Que faut-il faire, hélas f... parle, j'obéirai!

ELISABETH

Au désordre, à l'indigne orgie, Que ton adieu soit éternel !

Il faut respecter le génie, Qui, pour toi, descendit du ciel l

SHAKSPEARE

Ta voix me donne un nouvel éirc,

Oui, je le sens...

Le poète eniin va renaître

A tes accents!

Archives de la Ville de Bruxelles -Archief van de Stad Brussel

U LE SONGE D'UNt NUIT D'ÉTÉ

ELISABETH

Pour toi, mes vœux Vont monter aux cieux !

Pour toi, mon cœur Veut gloire et splendeur !

S1IAKSPEARE.

Ici-bas pour ma vie,

Pour men bonheur, 11 faudrait le cœur d'une ami*

Près de mon cœur !

ELISABETH

Ce bonheur qui semblait sur la terre, T'abandonnner, Quelle femme ne serait fière De le donner !...

SHAKSPEARE, avec entraînement.

Aii ! par ta voix mon âme est rajeunie. Que de tendresse en tes accents !

S'exaltant de plus en plus.

Non, non, tu n'es pas mon génie, -Mais mieux encor pour moi, je le comprends.» Ce voile cache une femme, une amie,

Aux attraits les plus séduisants!

Qu'oses-tu dire?

Quel délire ?...

ENSEMBLE

SHAKSPEARE, se jetant à genoux.

0 toi, toi dont la voix si chère, M'a rendu la force et l'espoir,*

ACTfc; DEUXIÈME 7?

Prestige de ma vie entière, Je te verrai, je veux te voir !

ELISABETH, à part.

Mon Dieu ! mon Dieu ! sa voix si cfiôro Sur mon cœur a trop de pouvoir...

Hélas ! faut-il, ma vie entière, Que je repousse un doux espoir?

SHAKSPEARE

Ta vue est le bonheur !

Laisse, laisse à ma vie...

Ce rêve enchanteur Qui vient enivrer mon cœur !

Ah ! si tu m'es ravie, Sur moi, malheur ! malheur!

SHAKSPEARE

0 toi. toi dont la voix si chère, etc.

ELISABETH

Mon Dieu ! mon Dieu ! sa voix si chère, etc.

SHAKSPEARE, au comble de l'enivrement.

Je bfave tout !... dans mon transport...

il veut écarter le voile d'Elisabeth.

On vient, malheureux!... c'est ta mort!...

hakspeare se détourne pour voir qui vient. — Elisabeth se dégage. Au même instant Olivia, qui a paru à la porte du pavillon, se jette entre

SUakspeare et Elisabeth, laquelle se précipite dans le pavillon.

U LE SONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ

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