‹ Le songe de Bernat Metge, auteur catalan du XIVe siècle;Chapitre 10 sur 34 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

— Nom estaria be mentir desliber adament.

— Pijor estaria a mi, diguiyo, no defendre veritat, majorment quey puixa entreuenir colpa mia.

s — Pus axi es, nauech cascun ab son vent.

— Affer couendra, responguiyo, car a diuer sos termens anam .

— Via donchs, dix ell, veiam quetva pel cor.

— Tu has dit lo pijor que has pugut de dones, I0 respongui yo. E per les bones obres quem han fet, vull les escusar tant com pore; en dos maneres principalment : la vna dient lo be que es en elles, he en temps passât ne es esdauengut en lo mon; Valtra mostrant lomal que comuna-

— Il ne me siérait pas de mentir sciemment.

< — Il me siérait encore moins, à moi, dis-je,

de ne point défendre la vérité, surtout par ma faute.

— Puisqu’il en est ainsi, que chacun mène sa barque.

— Il le faudra bien, répondis-je, puisque chacun poursuit son but.

— Eh bien! en route, dit-il. Voyons le fond de ton cœur.

— Tu as dit des femmes, répondis-je, le plus de mal que tu as pu. Or, à cause de ce qu’elles m’ont fait de bien, je veux les défendre de tout mon pouvoir, d'après deux chefs principaux: d’abord, en montrant ce qu’elles ont de bon, et ce que le monde leur a dû dans le passé. Ensuite, en mettant en relief le mal qui se

ment es en los homens; parlant pero tota vegada 142 a b reuerentia | e benuolença d aquells, e sens lut ' injuria. La quai cosa sera gran escusatio d elles. Car sils homens son viciosos , qui deurieti mes vsar de raho, e lunyarse de mal que $ les doneSy que no han tanta perfectio com élis , no es merauella si aquelles fan errades, posât que algunes ne fassen, ço que no crech .

» Tu sabs be, que per lo peccat de nostre pare Adam, iota Humana natura per justifia 10 merexia he encorria de fet pena infernal. E no ignores que per una sola fembra es estada reemuda; la quai per la sua humilitat heexcellentia de virtuts que ague sobre totes quantes

trouve généralement parmi les hommes; mais avec égards et bienveillance pour eux, sans les outrager; ce qui doit tourner à la défense des femmes. De fait, si les hommes ont des vices, eux qui devraient surtout user de raison et s’éloigner du mal bien plus que les femmes, il n’est pas étonnant que celles-ci, étant moins parfaites, commettent des fautes, en supposant qu’elles en commettent par exception, ce que je n’accorde pas.

» Tu sais bien qu’à cause du péché de notre père Adam, tout le genre humain avait encouru et bien mérité le châtiment d’Enfer. Et tu n’ignores pas qu’il a été racheté par une seule femme, qui grâce à son humilité et à l’excellence de ses vertus, supérieure à toutes les femmes passées et futures, mérita d’être mère

for en he seran, meresque esser mare del fill de Deu. Si altra lahor no donaua a natura feme nina, prou te deuria bestar. Car aquesta sola perrogatiua apparia que la fassa digna de 5 major reuerentia e honor que j âmes meresques he aconseguis hom del mon.

» Diras per ventura quemaior lameresque Jésus Christ , qui fo hom.E yot die (l.dire) que ver es. Mas aqueix no era hom solament; ans era deu , io vestit devestidura | humana, ab animaracional. Esi fos estât purament hom, baguera loch la tua obiectio. Mes digues men vn altre qui sia estât pur hom he egual ab ella en honor, e callare.

— Cert no poria, dix ell, e atorch te que dius is gran veritat. Mas be sabs tu que aquexa, la

du fils de Dieu. Quand je ne ferais point d’autre éloge du sexe féminin, tu devrais t’en contenter. Et, de fait, cette unique prérogative semble le rendre digne de plus de respect et d’honneur que n’en mérita ou n’en acquit jamais homme du monde.

» Peut-être me diras-tu que Jésus-Christ, qui fut homme, en obtint encore plus. Je te l’accorderai. Mais il n’était pas homme seulement. Il était Dieu sous forme humaine, avec l’âme raisonnable. Ton objection ne vaudrait que s’il eût été homme sans plus. Nomme-moi seulement un simple mortel qui soit son égal en honneur, et je me tairai.

— Vraiment je ne saurais, dit-il, et tu es dans le vrai. Mais tu sais bien que celle qui, si Dieu

QUATRIÈME DIALOGUE

quai hagues plagut a Deu, que per ma salvatio fos venguda abans de mon temps en lo mon , es estada vn sol fenichs en virtuts de santa vida. E vna flor no fa primauera. Si d altr es nesab s semblants, digues les, quevoienterosament te hoyre. 5

— No son tant foll, respongui yo, quempenç que de semblants ne pogues hom trobar. Mas sit ( l.sihu ) vols, direten de tais que en actes virtuosos e de gran valor, saber e enginy son estades eguals, 0 per ventura sobre pujants quai 10 se vulla hom qui sia estât, de la creatio del mon tro a mon temps; de que merexen gran honor . Attes maiorment que elles , ab lur industria hagen aconseguit ço que natura nols ha donat.

— Bemplaura,resposell,solament pcrveura | is

l’avait voulu, eût pu pour mon salut, venir au monde avant moi, a été par la sainteté de sa vie un phénix unique. Or, une fleur ne fait pas le printemps. Si tu en sais d’autres semblables, nomme-les, et tu me feras plaisir.

— Je ne suis pas assez sot, répondis-je, pour penser qu’on pût trouver sa pareille. Mais je puis t’en nommer qui par la vertu, le courage, le savoir et le talent ont égalé, sinon surpassé tous les hommes les plus éminents depuis la création jusqu’à présent. Il leur en revient un grand honneur, car c’est par la volonté qu’elles ont vaincu la nature avare.

— Tu me feras plaisir, répondit-il. Je suis curieux devoir les ressources de ton esprit en défense de la cause dont tu t’es chargé. Je suis

quin enginy hauras en saber defendre ço que has i4 empera t(l. empres ?).Esies cert que tu poras as s a ts deurar. Mas no hick métras estany per argent.

— Via, digui io, lexem trufes. Si dire ver o 5 no, les scriptures dels aprouats antichs ne produesch en testimonis. E vull que sapies que yo he per cert que major afany haure de lexarme que de començar dir be de dones.

» Nom recorda jamay hauer lest algun hom io esser estât pus abte e virtuos en armes que Orithia, reyna de Mat\onia, a la quai Eristeu, rey de Gretia, trames aquell Hercules, que null temps fo vençut, manantli axi com a cosa impossible, per raho de molt gran ardiment G que ella liauia, que li leuas les armes. Ne que

sûr que tu te montreras habile orfèvre; mais ne va pas substituer l’étain à l’argent.

— En avant, dis-je; et trêve de railleries. Comme garants de ma bonne foi, je produirai le témoignage de quelques anciens dont les écrits font autorité. Il faut que tu saches que j’ai plus de hâte de finir que de commencer à dire du bien des femmes.

» Il ne me souvient pas d’avoir lu qu’un homme ait jamais été plus habile ou plus brave guerrier qu’Orithye, reine des Amazones, vers laquelle Eurysthée, roi de Grèce, envoya cet Hercule, toujours invaincu, avec ordre de lui enlever ses armes; entreprise réputée impossible, à cause de son rare courage; ni que Sémiramis, reine des Assyriens,

QUATRIÈME DIALOGUE

Semiramis, reyna dels Assirians, la quai, no solament régna per lonch temps, ans vencent los Indians he Ethiops, cresque e dilata son régna, e hedifica Babilonia, e la seny de ampla mur. No resmenys, com vn jorn ella, estant 5 en la sua cambra, pentinas son cap, he hoys i45 dir que Babilonia hauia \ rebellât, troçada la vna part dels cabells tant solament, he l altra part escampada, heencara no composta, preses les armes, assetia la dita ciutat, la quai a si 10 mateixa subiuga, abans que del tôt bagues acabat troçar l altra part dels cabells. En memoria de la quai cosa, fo fêta vna gran estatua femenina de matall, posada en Babilonia, en loch ait, ab vna part dels cabells solta, he ab la

laquelle régna longtemps, vainquit les Indous et les Ethiopiens, recula les limites de son empire, bâtit Babylone et l’entoura d’une immense muraille. Un jour qu’elle était dans sa chambre, peignant sa chevelure, on lui apprit que Babylone était en révolte. Alors, la moitié de sa tête étant seule coiffée, tandis que de l’autre côté les cheveux épars tombaient en désordre, elle prit les armes, assiégea la ville, et la soumit en personne, avant d’avoir mis la dernière main à sa coiffure. C’est en souvenir de ce fait que fut fondue et érigée en haut lieu dans Babylone une statue de femme à moitié coiffée. Non moindre fut le courage de Thamyris, reine des Scythes. Pour venger la mort de son fils, et se consoler, elle tua à la guerre

SONGE DE BERNAT MET GE

altra troçada. Tamiris, reyna de Scithia, no fo de maior (l. menor) coratge; la quai , en ven jança de la mort de son fill, he consolatio sua , mata batallant aquell famos e molt tamut Cirus,

5 rey d A sia, ab dos cents milia Persians. Puys toit lo cap del dit rey; meslo en vn odre pie de la sanch dels sens, dient : « Aytal sepultura mereys. Sanch as sadeiada, e de sanch te sadollaras. »

io » Qiiet dire de Cenobia, ques intitulaue Reyna

d Orient? Longa es la istoria. La conclusio de la quai per o es aquesta : apres molts insignes | fets seus, e dignes de memoria, ella esuehi i46 terriblament l imper i de Roma. E Aurélia, i) princep dels Romans, batallant ab ella, la terne molt. E apres que la agite domdade (sic), scn

le fameux et redoutable Cyrus, roi d’Asie, avec deux cent mille Perses; lui fit couper la tête, et la plongea dans une outre remplie du sang des siens en disant : « Voilà ta sépulture. Tu avais soif de sang. Rassasie-toi de sang. »

» Que te dirai-je de Zénobie, qui prenait le titre de Reine d’Orient? Longue en est l’histoire. En voici le résumé. Après avoir accompli bien des choses mémorables, elle attaqua vaillamment l’empire romain, et se rendit redoutable à Aurélien, chef des Romains, dans la guerre; lequel fut aussi fier de l’avoir vaincue que s’il eût triomphé du premier et plus vaillant prince du monde.

QUATRIÈME DIALOGUE

glorieia tant com si agues venait lo maior e pus virtuos princep del mon.

» Qiii es qui res de be sapia, e ignor los actes virtuosos de Pantasilea en Troya, e de Camilla en Italia ? e de moites altres doues que en s Africa, Lacedemonia, A lamanya e altres parts del mon han batallat pus animosament quels homens? clarament ho reciten les istories .

» Qui pot negar que Minerua sia estada trobadora de diuerses arts, e que en Grecia haie io sobrepujat tots los homens ab son enginy? E que Ysis haie donat les primeres letres als Egiptians. E Carmentis , mare de Euander, als Latins ? E que Sapho, donqella Grega, haia dictats libres dignes de esser comparât s 15 als enginy s dels grans poetes? E que Pobra,

» Est-il quelqu’un qui, ayant reçu une bonne instruction, ignore les hauts faits de Penthésilée en Troade, et de Camille en Italie, et de beaucoup d’autres femmes qui, en Afrique, à Lacédémone, en Allemagne, et ailleurs, ont combattu plus bravement que les hommes ? L’histoire en témoigne avec éclat.

» Qui oserait contester que Minerve a inventé plusieurs arts, et que son génie l’a emporté, dans la Grèce, sur tous les hommes ? et qu’Isis donna les premières lettres aux Egyptiens, et Carmentis, mère d’Evandre, aux Latins? que Sapho, jeune fille grecque, a composé des livres dignes d’être comparés aux vers des plus grands poètes ? que Proba, femme d’Adelphos,

muller.de Adelphus, expetra (l. experta) en grech | e letiy e altves lengatjes, haia ordonats nota- 147 blés libres tractants de la creatio del mon e del adueniment de Jesu Christ ? E que les Sibilles,

5 les quais segons que diu Marchas Varro, son es tades deu en nombre , fembres notables e de diuerses nations e edats, hagen prophetat del adueniment dessus dit ?

» Qui pot dir la amor conjugal que Hipsi- 10 cratea hague a son marit Mitridates, rey de Ponto? La quai no solament segui aquell, en la longua e dubtosa guerra que hague ab los Romans ; ans apres que fo vensut e desemparat per los seus, jamay nos parti d ell, seguint lo xs ab cauall e armes, lexat labit femeni, lie obli dada la sua gran ballesa he delicament... E

habile en grec et en latin, et en d’autres langues, a fait des livres qui traitent de la création du monde, et de la venue de Jésus-Christ? que les Sibylles, au nombre de dix, selon Marcus Varron, femmes remarquables et de nations différentes, et à diverses époques, ont prédit le même avènement?

» Qui pourrait dire l’amour conjugal d’Hipsicratée pour son mari Mithridate, roi du Pont ? Non seulement elle le suivit dans sa longue et terrible guerre contre les Romains; mais quand il eut été vaincu et abandonné par les siens, jamais elle ne le quitta; toujours à cheval, revêtue de l’armure qui avait remplacé ses habits de femme, oubliant sa grande beauté et

QUATRIÈME DIALOGUE

aquella que Pcn'tia, filla de Catho, hague a Bruto, marit, la quai encontinent que sabe la mort de aquell,per ço com no hauia prest ferro ab ques matas , desijant seguir l esperit del marit, begue carbons foguejants, lie mori..t No fo menor a mon juy aquella que Julia, filla de i4S Julius César, hague ha | Pompeu, marit seu, que veent la vestidura de aquell vn poch sangonosa, he cuydant que ell, lo quai ladonclis no era en casa, fos mort, encontinent auerti vn fill que portaua en son ventre, e esclatant mori.

v Be fo cordial e mémorable la amor que Artemisia, reytia, ague a Mauseolo, marit seu. La quai, apres que ell fo mort, e li ague celebrades sollempnes exequies, lo feu poluorit^ar, el begue, mostrant que ella volia esser

son faste. Et l’amour de Porcia, fille de Caton, pour Brutus son mari? Instruite de sa mort, comme elle n’avait point de glaive pour se tuer, résolue de suivre son mari, elle avala des charbons ardents, et mourut... Non moindre fut, à mon sens, l’amour de Julie, fille de Jules César, pour Pompée, son mari. Voyant un peu de sang sur ses vêtements, et croyant, en son absence, qu’il était mort, elle avorta aussitôt d’un enfant qu’elle portait dans son sein, et mourut dans cet avortement.

» Il fut aussi cordial et digne de mémoire, l’amour de la reine Artémise pour son époux Mausole. Quand il fut mort, elle lui fit de superbes funérailles; puis elle avala ses cendres,

sépulcre dell... Quet appar de Emilia, millier del primer Sipio Africha, que com son marit adultéras ab vna sua catiua , null temps ho volch descobrir, per ço que nol di/amas. Ans S tantost quel dit Scipio fo mort , ella li dona liber tat e marit.

» E de Tratia, muller de Qiiinto Ffabio Lu cretio, que com fos condempnat corporalment, ella , ab grand perill de sa persona, lo amaga io en son lit , el estorce de mort. E de Sulpitia, que com Lentulo , marit seu, fos axellat en Cicilia, ella vestida pobrament, e desfressada, contra voler | de sa mare , qui diligentment la guardaua , ana secretament ab dues seruentes i) lie atretans catius, tenir exili ab son marit.

voulant lui servir de tombeau... Que penses-tu d’Emilie, femme de Scipion, le premier Africain ! Son mari commettant le crime d’adultère avec une sienne esclave, elle fit semblant de l’ignorer, de peur de porter atteinte à sa réputation. Et dès qu’il fut mort, elle affranchit et maria cette esclave.

» On connaît la conduite de Tatia, femme de Quintus Fabius Lucretius. Son mari ayant été condamné à mort, elle l’arracha au supplice, en le cachant dans son lit, en s’exposant au plus grand péril. Sulpicia, son mari Lentulus ayant été exilé en Sicile, se couvrit de haillons, et sous ce déguisement, en dépit de sa mère, qui la surveillait avec soin, alla, avec deux servantes et deux esclaves, rejoindre son mari en exil.

QUATRIÈME DIALOGUE

» Qiii es que no haia hoyt com en Lacedemonia, les milliers de alguns presos e condemp nats a mort, per ço que poguessen estorcre lurs marits , entraren denits en la preso, per escusa de pendre lur comiat; puys, despullades lurs 5 vestidures, faeren les vestir als dits marits lurs; los quais fengint especia de dolor, ab los caps cuberts exiren de la preso, posant se al perill quels dits marits deuien passai'.

» Be pens quet recorda de aquella mesquina 10 mare, per crim capital per lo pretor a mort comdempnada en lo carcre, e per compassio de son executador, per tal que aqui fameiant moris reseruada, conca (l. com sa) filla, laquai algunes vegades la entraua visitar, jatsia fos i>

» Qui n’a pas entendu parler des femmes de Lacédémone, dont les maris avaient étécondamnésà mort? Afin de les sauver, elles pénétrèrent la nuit dans la prison, sous prétexte de prendre congé, et dépouillant leurs vêtements, en revêtirent les prisonniers. Ceux-ci, se feignant in* disposés, sortirent de prison, la tête couverte; leurs femmes restant exposées au péril qui les menaçait.

» Tu n’as pas oublié, je pense, cette malheureuse mère, condamnée à mort par le préteur dans une cause capitale. Mise en prison, son exécuteur consentit, par pitié, qu’elle mourût de faim. On lui permettait de temps en temps de voir sa fille, laquelle avait été avertie par le geôlier et priée de ne pas introduire de nourri-

be amonestada e sollicitada ab gran pena per lo dit executador , que no li mates dins alguna viande y ne res | ab que pogues estorcre, ne sa i5o vida alongar, no contrestant lo dit manament ;

5 veent que en altre manera no li podia ajuaar, la sostench ab la let de les sues mamelles, per gran temps, tro que fo sabut per les guardes del dit carcre , que publicans aço al dit pretor, obtengueren ha aquelles, per aquesta nouitat, io remissio gratiosa... Semblantment vsa vna altre doua appellada Ruis en son pare Simon, fort vell, e condempnat a semblant mort . Lo quai ella secretament tench en vn altre carcre entrels brassos , alletant lo axi com si fos petit i$ infant, per alguns dies, tro que fos descubert.

ture ni rien qui pût lui prolonger la vie. Et la fille, en dépit de cette défense, ne trouvant pas d’autre moyen de lui venir en aide, la nourrit du lait de ses mamelles, jusqu’au jour où la chose fut découverte par les gardiens de la prison, et rapportée au préteur, qui leur accorda la rémission de la peine, à cause de la nouveauté du fait... Ce fut ainsi qu’en usa une autre femme nommée Ruis envers son père Simon, très vieil homme condamné à mourir de même. Sans qu’on le sût, elle le prenait dans ses bras, en prison, l’allaitant comme un petit enfant, pendant quelques jours, jusqu’à la découverte du secret. Et pour le même motif ils obtinrent l’un et l’autre la liberté.

QUATRIÈME DIALOGUE

Per la quai ralio lo dit Simon e ella rel[a] xatio semblant obtengueren .

» No pots dir que en Assia, dones no haien edificades ciutats notables, e que gran part de Asia e de Europa no sia estada subjugada per S elles . L imperi de Cartage per virtut deaquella vidua Didofo fundat. Asia he Europa encara 1 5 1 seruen los noms de les dones que en | aquelles per actes magnifichs floriren. E no puch pençar que sens gran misteri haia [>?] noms femenins 10 les maiors parts de les prouincics e de les pus insignes ciutats del mon , entre les quais la nos - » tra notable ciutat de Barchinona es collocada .

» No puch callar aquell rigoros exemplar de castedat Lucretia, la quai, apres que ague i>

» Tu ne saurais nier qu’en Asie, des femmes aient fondé des cités illustres. Une bonne partie de l’Asie et de l’Europe a été soumise par elles. L’empire de Carthage fut l’œuvre de la vertueuse veuve Didon. L’Asie et l’Europe portent encore les noms de femmes qui s’illustrèrent par de hauts faits. Je ne puis croire qu’il n’y ait pas quelque grand mystère dans ces noms féminins attribués à la plupart des provinces les plus considérables et des cités les plus célèbres du monde, parmi lesquelles est notre renommée ville de Barcelone.

» Je ne puis passer sous silence Lucrèce, ce modèle de chasteté. Quand elle eut révélé à son mari, Collatin, à son père, aux parents et amis, la violence que lui avait faite Sextus, fils de

descubert a son marit Collati, he a son pare parents e amichs , que Sextus, fill de Tarqui \ la hauia per força carnalment conaguda, se mes un coltell per lo rentra, deuant élis . E 5 volent mostrar a les dones forçades, jatsia castes de cor, que deuian fer, foragita l esperit. Pus marauellador es pero que loador entre nosaltres Chrestians ço que feu. Car punit lo peccat estrany en lo seu cors, mata aquell. io Vosaltres gentils ho liaueu loat, car acostumat ho hauieu, quant vos plehia.

» Nofo menai- ne menys cautelosa guardiane de la sua castedat Hippo,fembra grega,fort bella, la quai comfos | presa per enemichs, en vna 1 5i M nau. he vees que la sua castedat no pognes conseruar, sino per mort, se gita en la mar, c mori.

Tarquin, elle s’enfonça un couteau dans le ventre, sous leurs yeux; et montrant ainsi 1 exemple aux femmes victimes de la force mais chastes de cœur, elle expira. Il est vrai que pour nous, chrétiens, sa conduite est plus digne d admiration que de louange; vu qu’elle tua son corps en punition du péché d’autrui Et vous, païens, vous l’avez louée, l’usagé ayant consacré chez vous la mort volontaire.

» Elle ne fut pas moins bonne gardienne de sa chasteté, Hippo, femme grecque d’une rare beauté. Prise en mer par l’ennemi, et ne pouvant rester pure que par la mort, elle $e noya,

QUATRIÈME DIALOGUE

» De Cloelia, verge romana, volria parlai' ; mas dubte lie que ho puixa explicar digna ment. La quai , com ensemps ab altres vergens fos donada per reynas a Porsenna , rey dels Tosquans, qui ténia assetiada Roma, vna nit > ab ses companyones sen ana vers lo riu de Tiber, e pujant eu vn cauall que troba, passa aquelles nadant a Roma per lo di riu, lo quai era fort pregon he ampla, lie restituhiles a lurs amichs. Per la virtut de la quai merauellat Por- 10 senna se leua del setge encontinent. Testimoni de aço es la estatua de vna don\ella caualcant que fo posada a memoria sua en la via sacra, a Roma.

» Qui pot dir que maior patientia e fortitut de coratge haia agut aigu en ses aduersitats 15 que Cornelia, filla de Sipio Africa, mare dels

» Je voudrais bien parler de Glélie, jeune Romaine, mais je crains d’être au-dessous du sujet. Ayant été livrée en otage avec quelques compagnes à Porsenna, roi des Toscans, qui assiégeait Rome, elle alla avec elles, pendant la nuit, vers le Tibre, et montée sur un cheval qui se trouvait là, elle les fit passer toutes à travers le fleuve, large et profond, et les rendit à leurs familles. Emerveillé de sa prouesse, Porsenna leva aussitôt le siège. En mémoire de ce fait une statue représentant une jeune fille à cheval fut érigée dans la voie sacrée.

» Qui pourrait montrer quelqu’un de plus patient et courageux dans l’adversité que Cornélie, fille de Scipion l’Africain, mère des Grac-

SONGE JDE BERNAT METGE

Grechs ; la qaal,com se vees deuant morts dot^e fills, algunsper malaltia , elosaltres \ abferro, 1 53 per aualot popular, e gita[t]s en lo riu de Tiber, no pogue esser induida per los plors, crits e 5 suspirs de les dones que li estauen entorn ployant, que atorgas ella esser mesquina per la dita perdua que fet hauia. Ans dehia que era vna de les pus benauenturades fembres del mon y com hauia consebut aytals fills. Cert a îo monjtiy digna fo esser estada mare de aquells , he indigna de hauerlos perduts... La patientia he amor conjugal de Griselda , la istoria de la quai fo per mi de leti en nostre vulgar transportada, callare. Car tant es notoria, que ia la 15 reciten les velles com fillen(sîc) en iuern, entorn del foch.

ques? Ayant vu mourir douze fils, les uns de maladie, les autres tués dans l’émeute et jetés au courant du Tibre, elle ne voulut pas avouer aux femmes de son entourage qui se lamentaient bruyamment et pleuraient, qu’elle fût malheureuse à cause de la perte qu’elle avait faite. Loin de là, elle se proclamait une des plus heureuses femmes du monde pour avoir eu de tels enfants... La patience et l’amour conjugal de Grésilidis, dont l’histoire a été traduite par moi du latin en notre idiome vulgaire, sont trop connus : les vieilles femmes la racontent aux veillées d’hiver, en filant devant le feu.

» Que dirai-je de Sara, de Rebecca, de Ra-

QUATRIÈME DIALOGUE

» De Sarra, de Rebeca, Ratxel, Judith , Hester , Ruth, he altres del temps de civcuncisio ; no resmenys de moites santés dones ver gens, vidues e continents del temps de Jesu Christ en sa, si ten volia dir ço quen es estât, no bastaria 5 temps, posât que visques tant com Metusalem .

1 54 Pero, si not enuig, parlaret breument | d aigu nés de nostre temps, les virtuts de les quais me forcen parlarpusprolixamentqueno cuydaue ... Quit poria sufficientment dir la honestat gran 10 de la reyna de Pedralbes, muller del rey en Jaume d Arago? La quai, viuent aquell, fo molt gratiosa, e continua intercessora tostemps per sos pobles. James no jura (sic,l.gira) sos hulls a coses desonestes. La sua almoyna null 15 temps fo de negada als probres. E apres la mort

chel, de Judith, d’Esther, de Ruth, et autres de l’ère de circoncision, ainsi que de beaucoup de saintes femmes, vierges ou veuves depuis le temps de Jésus-Christ jusqu’au nôtre? Si je voulais t’en parler en détail, le loisir me manquerait, quand je vivrais autant que Mathusalem. Je puis toutefois, si tu le veux, te parler brièvement de quelques dames modernes dont les vertus m’obligent à allonger mon discours... Qui pourrait dignement louer le haut mérite de la Reine de Pedralbes, femme du roi Jacques d’Aragon? Tant qu’il vécut, elle se montra pleine de bonté, intercédant toujours pour le peuple, ne détournant jamais ses regards de la pudeur. Jamais elle ne refusa

del dit rey, acaba lo monestir de Pedralbes, que en vida de aquell hauia començat. En lo quai honestament fini sos dies.

» Qui poria assats exprimir la gran sauiesa,

5 diligencia e madur conseil que (a) mostra en la guerra de Castella dona Alianor d Arago, mare de mon Senyor qui aci es? La quai , segons que as hoyt, es ia en la gloria aternal. Notori es a tôt hom, que si no fos per la sua io iudustria e sforç, tôt lo régna fora perdut. Car lo Senyor Rey, son marit, occupât ladonchs en la frontera, per resistir als enamichs, no podia entendre en les altres coses necessaries | a la guerra; les quais ella sopli. La punacion 1 55 15 (l.punicio) dels tirants rebelles de Sicilia, fêta

ses libéralités aux pauvres. Après la mort du roi, elle acheva le moûtier de Pedralbes, commencé de son vivant, et y termina saintement ses jours.

» Qui saurait dire la haute sagesse, l’activité et la raison profonde que fit paraître dans la guerre de Castille, Madame Eléonore d’Aragon, la mère de mon Seigneur ici présent; laquelle est présentement, ainsi que tu viens de l’entendre, dans l’éternelle gloire? Il est de notoriété publique que son activité courageuse a sauvé le royaume. Occupé sur la frontière à repousser l’ennemi, le Seigneur roi, son mari, ne pouvait entendre aux nécessités de la guerre. Ce fut elle qui y suppléa. Le châtiment infligé aux tyrans rebelles de la

QUATRIÈME DIALOGUE

per lo Senyor Rey en Marti, ara régnant, ella, en sa vida, la sambra . E lo dit Senyor, per la gracia diuinal, la a collida e portada a desijada fi e cluncocio. Be feu la mort quant la lunya de aquest régné temporal; pus s fo ocasio que en lo celestial fos encontinent trelladada.

)) Qiii poria eximpliar la gran anamositat que la Reyna doua Alianor de Xipre ague en lo gran perill que ague per sa honor? deslibe - 10 radament exposa la sua persona en la veniança que feu de la mort del Rey en Pere, maritseu, per sos frarers e vassalls prodisionalment (sic) impetrada.

» Quit poria dar entenent la fortele^a de cor, 15

Sicile par le roi Martin, présentement régnant, c’est elle qui le prépara de son vivant. Par la grâce de Dieu, c’est mon dit Seigneur qui l’a repris et mené à terme heureusement. Bénie soit la mort qui l’a enlevée à ce royaume temporel pour la transporter aussitôt dans le royaume céleste.

» Qui pourrait mettre en relief le grand courage déployé par la reine Madame Eléonor de Chypre dans l’immense péril qui fit tant pour sa gloire? Elle exposa résolument sa vie pour venger la mort de son mari, le roi Pierre, traîtreusement égorgé par ses frères et vassaux.

» Qui pourrait te rendre la grande énergie, le courage et la constance de la reine Madame

sforç e gran paciencia de la Reyne doua Sibilia d Arago, el gran saber que ague ? Moites vegades men so molt marauellat de nostre Senyor Deu, com tan virtuos esperit aiusta a 5 coi's femeni. Car digna fora de Scipio.

» Qui poria dir ne esser sufficient relador (sic) de les virtuts de laReyna dona Yolant, muller de mon Senyor qui asi es? No men tinch per bastant per ho dirten e breument | [leg. pero 10 dirten he breument], (Le folio So, moitié du recto, et tout le verso, est d’une autre écriture plus serrée.) per 110

tenir temps, ço que pore. Natura femenina es 1 56 natur aiment ha auaritia inclinade. E aquesta, per contrari, es estada la pus liberal que 15 haia lest ho hoyt quem recort. Busa cannesa,

Sibylle d’Aragon, ainsi que son grand savoir? Combien de fois n’ai-je pas admiré Dieu notre Seigneur d’avoir associé à un corps de femme une âme aussi vaillante, et digne de Scipion.

)) Qui pourrait se vanter d’être le fidèle narrateur des vertus de la reine Madame Yolande, femme de mon maître ici présent? Je ne me crois pas capable de les résumer.

» Pour abréger, faute de temps, voici ce que j’en puis dire : La femme est naturellement portée à l’avarice. Elle, au contraire, si j’ai bonne mémoire et profité de mes lectures, n’a pas eu sa pareille en libéralité. Buse de Cannes, Quintus Fabius Maximus et Guilias, qui furent, à mon sens, d’une libéralité extrême, ont été avares en comparaison. Son palais a

QUATRIÈME DIALOGUE

Qitinto Ffabio Maximo, e Guilias, qui a mon juy for en superlatiuament libérais , son es tats auaritiosos en esguart d ella. La sua casa es estada ho es encara templa de liberalitat, e molt pus occupada en donar que en pendre . De 5 subtilitat singular de entendre, de compendre e de gosar empendre grans fets, no pens que persona viuent l in port auentatge . E yo deig ho saber entrels altres, qui de mon flacli poder la heseruida longament . Si hoyras parlar d esi 10 auant d amor conjugal, e d aquesta not sera fêta singular mentio, no haies per bon istorial ne disert (l. discret) aquell quin parlara. Car sapies quepoques en nombre son a ella estades eguals.

» Clara conexença, que molt son estât prolix 15

été, est encore, le temple de la libéralité. Elle s'occupe bien plus de donner que de recevoir. Pour la pénétration singulière de l’esprit, la facilité à comprendre et la hardiesse à entreprendre de grandes choses, je ne pense pas qu’aucun contemporain l’emporte sur elle. Je dois le savoir mieux que personne, moi qui, selon mon petit pouvoir, l’ai longtemps servie. Si tu entends parler désormais de l’amour conjugal, sans qu’il soit fait d’elle une mention spéciale, tu peux regarder comme un pauvre historien celui qui traitera ce sujet. Sache, en effet, qu’il en est peu qui l’aient égalée.

» Je m’aperçois que j’ai été prolixe en mes discours. Aussi, bien que je pusse citer encore

en mes paraules. E per ço,jatsia moites altres virtuoses dones me accorreguen , concloure | breument en la reyna dona Maria, ara re- 15 gnant; no gens per ço que ella meresque esser 5 derrera per minoritat de virtuts ; mas per darlin auentatge e honor. Ella sera la clau qui tan cara la obra el signe posât a la fi del escrit, el segell auctoritçant complidament aquell. Tantes son les virtuts de que la poria digna io ment lohar, que no se lion comens. Pero per tal com derrerament e fet mensio de conjugal amor , vull hi ajustai' ço quen fall.

» Alguns poetes fan gran festa de la cordial amor que Penelope ague a Hulixes, marit seu,

15 per tal com en sa longa abscentia nol oblida,

nombre de femmes de mérite, je terminerai par quelques mots sur la reine Madame Marie, présentement régnante; non qu’elle doive être la dernière par infériorité de mérite. Je veux, au contraire, lui faire honneur et lui donner avantage de son rang. Elle sera comme la clef qui fermera cet écrit, et le sceau qui en mar- ■ quera la fin, et dont l’autorité le recommandera pleinement. Si nombreuses sont les vertus qui la recommandent à l’éloge, que je ne sais par où commencer. Cependant, puisque j’ai parlé en dernier lieu de l’amour conjugal, je vais y ajouter quelque chose.

» Quelques poètes ne tarissent pas sur l’amour profond que montra Pénélope pour son époux Ulysse, qu’elle n’oublia point en sa longue ab-

QUATRIÈME DIALOGUE

client que nul temps pendria altre marit, posât quel seu j âmes no tornas ; car muller de Vlixes volia morir. Assats li mostra gran amor, a mon juy. Mas sens compavatio fo molt major aquella que la prop dita Reyna mostra hauer 5 al senyor Rey. Car no solament li recorda continuament de ell, mentre laguia per lonch temps subjugar ab extremis (sic) perills de sa persona lo regyie de Sicilia , el espera mig 58 vidua, e segons \ comuna oppinio, ab temerosa 10 esperanca de no veurel jamay ; ans per sostemr lie socorrer aquell, vene tôt quant hauia, he li trames gran esforç de gent d armes e molta moneda, romanent ella e viuent, considérât son estament , ab gran inopia e fretura. Souen me i>

sence; déclarant que jamais plus elle ne prendrait un second mari, quand même le premier ne reviendrait pas; et qu’elle mourrait femme d’Ulysse. Ce lui fut, à mon sens, une grande preuve d’amour. Mais plus grande encore fut celle que la susdite Reine a donnée au seigneur roi. Non seulement elle se souvint de lui sans faute, tandis qu’il était occupé à soumettre, en courant les plus grands risques de la vie, le royaume de Sicile; elle l’attendit, déjà veuve à moitié, car l’opinion générale était qu’elle devait renoncer à le revoir jamais ; mais en outre, pour lui venir en aide, elle vendit tout ce qu’elle possédait, et lui envoya un puissant renfort de troupes et beaucoup d’argent, tandis que loin de lui, elle vivait, eu égard à son rang, dans le

som merauellat, lie encara no men puch lexar, de la gran patientia que ague, apres que fo pujada a reginal dignitat, en sofferir que di guessen alguns atreuits, deuant la sua celsitud, 5 quant nols volia complaure en ço que injusta ment li demanauen : « Encara no sabem si sou reyna. » O paraules dignes de les or elles de Nei'O. O terra sorda, e injusta, com nols absor bist, axi com Datan e Abiron, qui per semblant 10 delicte foren perjuy diuinal axi condempnats? A b quanta maturitat pences ques agues ella en gitar de la terra lo comte de Ffoix, qui hos tilment hic era entrât, acompanyat de molts potens ladres, allegant hauer dret en lo régné, 15 en lo quai ne hauia tant com tu? La nostra |

besoin et le dénûment. J’ai souvent admiré, et je ne puis encore me défendre d’admirer la grande fermeté qu’elle montra après son avènement au trône, quand elle souffrit que des insolents qui ne la trouvaient pas assez complaisante, à leur gré, pour leurs prétentions injustes, dissent en sa présence auguste : « Il n’est pas bien sûr que vous soyez reine. » Paroles dignes des oreilles de Néron. O terre sourde et injuste, pourquoi ne les as-tu pas engloutis, comme Datan et Abiron, qui pour un pareil crime furent condamnés par le jugement de Dieu? Quelle force de tête ne montra-t-elle pas en chassant du pays le comte de Foix, qui avait fait une invasion armée, avec de très puissants larrons, comme prétendant à la couronne, à

QUATRIÈME DIALOGUE

1 59 gent d armes diu quels hic gita , cuydant donar entenent que son altre Ffabio Maximo, qui vence mes batalles per Roma, no batallant, que altres combatent los enemichs. Sapies certament, e dich grosseria, car per tal com est esperit, mils ho sabs queyo ; altri nols hic gita sino la sauiesa, industria, e bons tractaments de la dita Senyora, que ab sos grans prépara toris que feu, ajudants en aço la nostra insigna ciutat de Barchinona he Arago, los espanta els feu fogir, axi com lo leo lo ceruo, el grifaut la grua.

» No puch estar que not digua que ha fet durant aquesta nostra persecutio. E far e fi a aço. Tôt quant ella hagues volgut demanar li

laquelle il avait autant de droits que toi-même ? Nos gens de guerre prétendent qu’ils en eurent l’honneur, comme pour se comparer à ce Fabius Maximus, qui remporta plus de victoires à Rome sans combat, que d’autres en livrant bataille. Eh bien! sache sûrement, et j’ai tort de le dire, car étant esprit, tu le sais mieux que moi ; nul autre ne les chassa, si ce n’est la sagesse et l’habile conduite de la susdite dame. Par les grands préparatifs qu’elle fit, avec le concours de notre illustre cité de Barcelone et d’Aragon, elle les effraya et les mit en fuite, comme le lion fait du cerf, et le gerfaut de la grue.

» Je ne puis m’empêcher de te dire une action digne de mémoire, qu’elle fit en ce temps de misère; et ce sera la fin. Tout ce qu’il lui aurait

SONGE DE BERNAT MET GE

fora estât atorgat per nostres enemichs, e perseguidors, si volgues hauer donat loch que la verga dels peccadors fosgitada sobre lesquena dels justs, e que poguessen hauer jutjat a lur S plaer. Mas ella elegi abans f aent justifia freturar, que yiafrant aquella aconseguir ço que fora estât veri a la sua conscientia. | Veies donclis 160 e considéra be si dones merexen gran honor, e si has parlât massa generalment de elles.

10 Ladonchs ell se près ha riura vn poch :

— Tôt quant be sabies en fembres has dit. E tu ara cuydes les molt hauer loades; e no sa b s quet has f et. Car tant es lo mal que en elles es, quel be quen has dit es tant poch, que no es als 15 sino voler endolcir lamarab vnahonça de sucre.

plu de demander, elle l’eût obtenu de nos ennemis acharnés, en consentant que la verge des pécheurs s’abattît sur le dos des innocents, et qu’ils jugeassent selon leur bon plaisir. Mais elle aima mieux souffrir en faisant justice, que d’obtenir en la violant ce qui eût été du poison pour sa conscience. Vois donc, après réflexion, si les femmes sont dignes d’être honorées, et si ce que tu en as dit n’est pas trop général.

Alors il se mit à rire doucement :

— Tu as dit tout le bien que tu sais des femmes. Tu t’imagines que tu les as parfaitement louées; et tu ne sais pas ce que tu as fait. Il y a tant de mal en elles, que le bien que tu en as dit est fort peu de chose. Autant prétendre adoucir la mer avec une once de sucre.

QUATRIÈME DIALOGUE

— E com, digui yo, vols quet en digue mes? Esperet, que vitra innumerables istories que poria recitar , egualsa les dessus per tu lioydes, ho molt majors , jot mostrare que no lie dit la sentena part que en elles es, *

y> Tu sabs be que si dones no fossen estades, tota Humana natura fora perida en Adam, No for en ciutats, castells, ne cases. No fo ren ciutadans , menestrals, ne lauradors ; no foren mercaders ne mercaderies ; no for en arts, 10 leys, canones (sic), ne estatuts ; no foren f estes,

161 jochs, dances, ne amor que totes coses \ sobre puja. Aigu no sabere los mouiments dels cels e de les planètes; ne aguera conexença de aquells, ne encercare les operations amagades de na - x>

— Eh quoi ! répondis-je, veux-tu que je t’en dise davantage? Écoute et tu verras qu’outre d’innombrables faits que je pourrais rapporter, pareils à ceux que tu viens d’entendre, et peut-être supérieurs, je n’ai point dit la centième partie du bien qui est en elles.

»Tu sais bien que sans les femmes tout le genre humain eût fini avec Adam. Il n’y aurait point de cités, de châteaux, ni de maisons. Il n’y aurait point de bourgeois, d’artisans, de laboureurs. Il n’y aurait point de rois, de chevaliers, ni d’armes. Il n’y aurait ni marchands ni commerce. Il n’y aurait point de lois, de règles, de statuts. Il n’y aurait point de fêtes, de jeux, de danses, ni d’amour qui surpasse toutes choses. Nul ne saurait les mouvements

tura. Ne sabereper que la mar infla; ne en quina manera gita la ayguaper les venes de la terra, laquai apres torna cobrar. Ne en quina forma son ligats los elaments entre élis ; ne les injluen - 5 ties dels cossors celestials ; ne per que es la diuersitat dels quatre temps del any, lie de la granesa e poquesa de les nits ; ne perque respon Ecco en les concauitats quant hom crida. Ne perque lo lauant tira les nuus plujoses a ci (i. a si) mateix, e la tramuntana les encalsa. Ne perque tremola la terra, ne moites altres coses naturals, quet engendrerien fastig, si les te dehia especificadament.

» No ignores que quant hom es sa ho malalt,

des deux et des planètes; nul ne les connaîtrait ni ne rechercherait les opérations occultes de la nature. Nul ne saurait pourquoi la mer se gonfle, ni comment elle injecte l’eau dans les veines de la terre, pour la reprendre après; non plus que le mélange des éléments, et l’influence des corps célestes; ni la variété des quatre saisons de l’année; ni la longueur et la brièveté des nuits; ni pourquoi les cris sont répercutés dans les concavités d’Écho; ni pourquoi le vent d’Est attire les nuées pluvieuses, tandis que la tramontane les chasse; ni pourquoi la terre tremble, et quantité de phénomènes naturels qu’il serait fastidieux d’énumérer par le menu.

» Tu n’es pas sans savoir qu’en état de santé et de maladie, les femmes font leur service

elles seruexen pus diligentment lie mils , e pus netement que homens . T art conselleran que hom vaja per bregues, tauernes, joclis ne lochs de - 162 sonests. Si \ Hector , Julius César , e Pompeu haguessen creegut concell de doues , lur vida $ no fora estada tant breu. Les istories clares son.

» Vitra les malédictions que lias récitât, de doues en general , has dit terrible mal de la doua que y 0 mes am en lo mon. Dichte que aço no+poria pacientment tôlier ar . Hoies donchs , 10 e veuras com te prouare lo contrari.

Ladonchs ell, alçant lo basto, ab cara molt irada, dix : « Si desta materia pus parlaras auant, ab aquest basto, la virtut del quai no

avec plus de conscience et de propreté que les hommes. Ce n’est point d’elles que viendra le conseil de se mêler aux rixes, aux jeux, de fréquenter les cabarets et les mauvais lieux. Si Hector, Jules César et Pompée en eussent cru leurs femmes, leur vie n’eùt point été si courte. L’histoire le montre clairement.

» Outre les médisances que tu as faites des femmes en général, tu as singulièrement maltraité la femme que j’aime le plus au monde. Eh bien! je te déclare que je ne saurais le tolérer. Écoute-moi bien, et je vais te prouver le contraire.

Alors lui, levant son bâton, avec un air de colère, dit : « Si tu reviens encore une fois à ce sujet, avec ce bâton, dont tu n’ignores pas

ignores , te dare ; esia teu aco quev guanya ras. »

Encontinent Orpheu, posant se en lo mig de abdos, dreça a mi les sues parantes , dient :

5 (( Fui g ha occasio, e no li vullas contrestar , ne assetiar de sostenir ço que mantenir ne auerar no pories. Sapies que si jamay Tiresias dix veritat de res, tôt quant ha dit de aquexa dona, que tu âmes, es ver; que en res no ha mentit .

10 E no dons raho quen âges pus a saber.

Allas, digui yo, e com se pot fer, sino pens que pus perfeta dona vischa en lo mon, | ne que jamay fos mes amat per alguna que yo 163 son per ella ? ^

15 — per ço est enganat) dix ell. Mas no es

la vertu, je te frapperai, et ce sera pour toi tout profit. »

Tout aussitôt Orphée, s’interposant, m’adressa la parole en ces termes : « Évite l’occasion de le contredire, et garde-toi de soutenir ce que tu ne saurais démontrer. Sache que si jamais Tirésias a dit vérité, il l’a dite surtout au sujet de cette femme que tu aimes. Il n’a aucunement menti. Et ne t’avise pas de vouloir en apprendre davantage.

— Hélas ! répondis-je; comment cela se peutil, lorsque je me persuade qu’il n’est pas au monde de femme plus parfaite, ni d’homme qui soit plus aimé que je le suis par elle?

"7 C’est là justement ce qui t’abuse, dit-il; i mais rien d’étonnant. Tout amant est aveugle

marauella ; car tôt amant es cech e créent . Vols sauiament vsar? dona fe e aço (sic, l.aaço) quet dich; car axi es. Lexa aquestes noues, he acabali de dir ço que lias lexat .

— No se que, als li haia a dir, respongui yo. s Volguera que encara hi hagues a començar ; queyol aguera lexat parlar assats, sens negun contrast.

— Aytant me plaura, dix Tiresias, lo teu

parlar com lo callar, ab que no vulles mantenir 10 coses contraries a veritat. Digues ardidament quet vulles, si de parlar has desig, ab que no sia fêta mentio en nostre rahonament de aquexa tuaydola, spluga de anamorats, font de vicis, he archiu de mentides. ï>

et crédule. Veux-tu en user raisonnablement? Ajoute foi à ce que je te dis; c’est la vérité. Laisse tout cela, et achève de lui dire ce que tu avais commencé.

— Mais je ne vois plus rien à lui dire, répondis-je. Je voudrais que ce fût à recommencer. Je l’eusse laissé parler à son aise, sans faire d’objection.

— Je me soucie autant de ta parole que de ton silence, ditTirésias. Mais je n’entends pas que tu soutiennes ce qui est contre la vérité. Parle hardiment et selon ton bon plaisir, si tu veux; mais qu’il ne soit pas question dans cet entretien de ton idole, qui est un repaire de galants, une source de vices, et un nid de mensonges.

Dites per Tiresias aquestes parantes , a la rnia memoria occorrech que y 0 li hauia offert dessus dir, per excusatio de les doues , lo mal que en los homens es, e que no era marauella,

5 si elles que no hauien tanta perfectio com los homens \ errauen, pus los homens fehien sem-i64 blant e pijor.

E pensât vn poch, balbuseiant per temor, digui : « Si greu not era, saluant la protestatio 10 per tu fêta, de bon grat acabaria ço que dessus te comence dir en laor de doues generalment.

— Perque donchs, dix ell, perts aquets poch de temps que has? Espatxa, que la hora se prohisma. E si breument nou dius, temps me i> falria a respondre.

Quand Tiresias eut parlé, il me souvint que je lui avais promis de dire, à la décharge des femmes, le mal qui est chez les hommes. Comment s’étonner qu’étant moins parfaites que les hommes, elles se trompent, lorsque les hommes font de même, et pire ?

Et, la voix mal assurée par la crainte, je lui dis : « Avec ta permission, et respectant la réserve que tu as faite, j’achèverais volontiers mon discours à la louange des femmes en général.

— Et pourquoi donc, dit-il, perdre le peu de temps qui te reste? Hâte-toi, car l’heure approche. Si tu n’abrèges pas, je ne pourrai te répondre.

QUATRIÈME DIALOGUE

— Bem plauvia, dixi jo , millor pj'oces haure .

— Hoc; mes lo dret nol hauras millor, respos ell. E a la fi cauras de la questio,

— Hoyes donchs, digui jo, pacientment ço S quet dire. E en res que diga dels homens, not hi entenes tu. Car nou entench a dir de tots, sino tant solament dels dolents e vitiosos. E per semblant forma lias tu husat, sino men engan, en lo mal dir de dones . A mi baste solament 10 que vna conclusio vertadera resuit de mon dit , que si les dones erren, sis fan los homens. E que si no merexen esser amades, ne tant poch los i65 homens. E que si deuen | esser menys presades per inconstantia he altres vicis; semblantment i.

— Cela me ferait plaisir, repris-je, et ma cause en vaudrait mieux.

— Oui, mais ton droit n’en sera pas meilleur, répondit-il. Finalement tu te trouveras débouté.

— Ecoute donc patiemment, dis-je, ce que j’ai à dire. Et ne t’applique rien de ce que je dirai des hommes. Ce n’est pas de tous qu’il le faut entendre, mais uniquement des pervers et vicieux. Il me semble que tu n’as pas procédé autrement en parlant mal des femmes. Il me suffit de démontrer sans réplique par mes discours, que si les femmes faillent, autant en font les hommes; et que si elles ne méritent point d’être aimées, les hommes non plus; et que si elles doivent être méprisées pour inconstance et d’autres défauts, les hommes

ho deuen esser los homens. E per conséquent sien dignes de menor reprentio si erren, que aquells, e de no tant gran blasme com dessus los lias dat. Atorgaras ho, e callare, per no tenir temps; que d altres coses me volria rahonar ab tu.

— Passa auant, dix ell. Com atorgar? ans ho nech expressament.

— Ara donchs, digui yo, ab ta benuolença procehire. E per abreuiar, tocare superficialment alguns dels principals vicis que has dit esser en les dones, prouant a tu, de mon poder, sens iniuria d aigu, esser maiors aquells dels homens.

» Tu primerament has dit que elles no amen

doivent l’être également. Elles sont donc moins répréhensibles qu’eux dans leurs fautes, et ne méritent pas tout le blâme que tu leur as infligé. Si tu m’accordes cela, je me tairai faute de temps; car il est d’autres choses dont je voudrais m’entretenir avec toi.

— Poursuis, dit-il. Gomment accorderais-je ce que je nie expressément?

— Eh bien! donc, dis-je, avec ta permission, je poursuis. Pour abréger, je ne ferai qu’effleurer quelques-uns des principaux défauts que tu as attribués aux femmes; et je te prouverai de mon mieux, sans faire tort à personne, que les défauts des hommes sont plus graves.

» Et d’abord tu as dit qu’elles n’aiment rien autre qu’elles-mêmes. Je t’assure que c’est là

QUATRIÈME DIALOGUE

als sino si mateixes. Dichte que aqueixa malaltia comuna es, e que mes ne son passionats los hotnens que elles. E si be cerques les istories antigues , veuras ho clarament. Car a vn home quis sia lexat morir per dones, ne trobaras S quatre d elles que hanf et semblant per homens.

E qui coneys tu, per ta fe, qui am alguna 1 66dona, sino | per amor de si mateix, e que puixa complir son propri desig? Hamen los homens, inentre son belles e jouens. Puys diran los: 10 « Aquexa pell /aria ( l. falrîa ou calria) tornar al pelicer, que massa penge. En marc deuria esser estade podade aquexa serment, que la brocade li plora. Aqueix sach faria lïgar, sino porie caure. » E molts altres vituperis 15

un mal commun, auquel les hommes sont toutefois plus sujets qu’elles. Repasse l’ancienne histoire, et tu en demeureras convaincu. Pour un homme qui aura consenti à mourir pour des femmes, tu trouveras quatre femmes qui en ont fait autant pour des hommes. Voyons, de bonne foi, connais-tu quelqu’un qui aime une femme autrement que par amour de soimême, et pour donner satisfaction à son propre désir? Les hommes les aiment tant qu’elles sont belles et jeunes. Au retour, ils diront : « Voilà une peau flasque qui a besoin du peaussier. Voilà un sarment qu’il aurait fallu couper en mars, car la larme lui coule. Voilà un sac qu’il faudrait rattacher, de peur qu’il ne tombe. » Et beaucoup d’autres allusions dé-

he escarns qui porien esser dits a élis pus di gnament.

» Dius que no son netes. No se coneixe quels homens sien pus nets; si donchs no entens hauer S parlât dels accidents naturals. E sabs be que de les coses que natur aiment venen, no deu esser aigu loat o vitupérât; car no estan en f ranch arbitre. Quanta monjuy, pus dispostes son les doues, quels homens, affer netes les coses inmundes . io » De pintar les lias difamades, e de trobar guises nouelles he pomposes; e de la gran cura he diligentia que han en lur ligar. Posât que axi sia com tu dius, de aquest peccatab aygua beneyta ne deuen esser absoltes, majorment

plaisantes qu’on pourrait leur appliquer plus justement.

» Tu dis qu’elles ne sont pas propres. Je ne vois pas que les hommes le soient davantage, à moins que tu n’aies voulu parler des infirmités de nature. Or, tu sais que des choses qui se produisent naturellement, nul ne doit être loué ni blâmé, car elles ne sont point volontaires. A mon sens, les femmes sont plus portées que les hommes à rendre nettes les choses sales.

»Tu leur as reproché de se farder, d’imaginer des atours nouveaux et fastueux, et des soins minutieux et excessifs qu’elles donnent à leur toilette. En admettant qu’il en soit comme tu dis, c’est un péché véniel que doit laver l’eau bénite. D’ailleurs la faute en est

QUATRIÈME DIALOGUE

quels homens haien la colpa, qui atesa lur \

167 conditio, fan pijor que elles. Quid (l.quit) poria dir que élis en hauer lurs cabells semblants a fil d aur crespats e rulls, no vsen de totes aquelles que dessus has dit que fan les dones? 5 E per arrearse be, a lurjuy, de cabells blanchs, qui son testimonis de vellesa, nols fassen tornar negres com a carbo, per tal que les dones creeguen élis esser jouens? Cert de ço les passen : dignes son de guanyar joy a. Nouell me séria ~ 10 si hoya que jamay dona, en sa vellesa , hagues treballat en altarar la color dels seus cabells .

E los homens y qui sen deurien mills que elles abstenir y vsen ne sens tota vergonya publica-

aux hommes, qui, malgré leur sexe, font encore pis. Qui donc oserait dire qu’eux aussi, pour rendre leurs cheveux crêpés et ondés, et semblables à des fils d’or, n’usent point de tous les moyens qu’emploient les femmes, d’après ton dire ? Pour se bien parer à leur gré, ne rendent-ils pas leurs cheveux blancs, témoins de vieillesse, noirs comme du charbon, en vue de paraître jeunes aux femmes ? Certes, ils l’emportent sur elles en cela, et méritent le premier prix. Ce serait pour moi chose nouvelle d’apprendre qu’une femme, en sa vieillesse, eût travaillé à changer la couleur de ses cheveux. Or, cet usage est familier aux hommes, qui n’ont pas la pudeur de s’en cacher, eux qui, bien plus qu’elles, devraient s’en abstenir. Si les femmes se fardent, les

ment. No es menor cosa quel pintar de les dones lo raure quels homens fan fer de lur barba fort souen; e la manera que tenen de ferla raurapel amuntyper ço que la cara romangue pus lisa ; e S lopelar que fan del loch lion lur s celles seajusten ; e l algalia, ambre, perfums e aygues be flay rants que vsen de superfluitat al arrear.

» E del | ligar de les dones no ha colpa altre 168 persona sino élis, qui cascun jorn troben guises 10 nouelles, desonestes e sumptuoses. A des van tant larchs que nols veu hom los peus; ades tant curts quemostren lursvergonyes. Ades escombren les car reres ab les manegues; ades les porten trossades a mi g brassos. Ades les fan tant astretes

hommes se font souvent raser la barbe, chose équivalente. Ils la font raser à rebrousse-poil, de manière que la peau en demeure plus lisse. Ils épilent l’endroit où les sourcils se joignent; et font une grande consommation de musc, d’ambre, de parfums et d’eaux de senteur.

» Quant aux raffinements de la toilette des femmes, qui donc les a mis à la mode sinon les hommes qui inventent tous les jours des nouveautés indécentes et somptueuses? Tantôt leurs habits sont si longs qu’on ne voit point leurs pieds. Tantôt ils sont si courts qu’on voit ce qui devrait se cacher. Tantôt ils balaient les rues avec leurs manches; tantôt ils les retroussent au-dessus du coude. Tantôt ils les portent si étroites qu’on dirait qu’ils vont

QUATRIÈME DIALOGUE

que par que vullen guarrotar ; ades les fan tant amples que par que porten a cascuna part vn manto. A des portait los cabells plans, ades l'ulls ; ades rossos, ades negres; ades larchs, ades curts. Ades portait capiro en lo cap, ades touallola ; ades xipellet, ades vel; ades patrenostres, ades correia ; ades capell de vebra, ades barret. Ades polaynes largues; ades curtes. Ades sabatcs sobre les calces; ades dejus . Ades van vestits de draps fins; ades de friço. Ades armats, ades sens armes; ades sols, ades acompanyats. E ço que nols es menor vergonya, van ab alcandores 169 brodades | e perfumades, axi comsi eren donbelles que deguessen anar a maint. E fan les

jouer du bâton; tantôt si larges qu’on dirait un manteau de chaque côté. Tantôt ils portent les cheveux plats, tantôt frisés; tantôt blonds, tantôt noirs; tantôt longs, tantôt courts. Tantôt ils portent un chaperon sur la tête, tantôt un voile replié ; tantôt un petit chapeau, tantôt un voile; tantôt un chapelet, tantôt une ceinture de cuir; tantôt un chapeau de feutre, tantôt un bonnet; tantôt des guêtres longues, tantôt des guêtres courtes; tantôt des souliers par-dessus les chausses, tantôt dessous. Ils sont vêtus tantôt de drap fin; tantôt de bure. Tantôt armés, tantôt sans armes; tantôt seuls, tantôt en compagnie. Et ce qui est bien plus honteux, ils mettent des dentelles brodées et parfumées comme des jeunes filles à marier. Et il les étalent bien sur les autres pièces

sobre puiar a les altres vestidures, per ço que mils sia vista la lur dolentia.

» No se ley ne secta que haia loat homens portar arreaments de dona. E finalment, per S no tenir temps , tantes son les mutations dels abits he gests lurs ab los quels donen mal eximpli, no solament als altres homens quils veen ; mas a les dones, les quais no son res presades per élis, sino son be pintades, arreades, e comio plidament hornades. Qiie si arals veus, ades nols conexeras, ans te couendra demanar qui son, ne don venen. Moites vegades hepençat he creegut, que si lurs pares he auis morts resstfs citauen, nols conexerien, ne creurien élis esser

du costume, afin que l’on voie mieux leur maladie.

» Je ne sache pas qu’aucune religion, qu’aucune secte ait loué les hommes de se parer comme des femmes. En somme, comme le temps manque, ils changent tant d’habits et de façons, qu’ils sont de mauvais exemple, non seulement aux autres hommes qui les voient, mais encore aux femmes, qu’ils ne prisent point du tout, à moins d’être bien fardées, arrangées et entièrement harnachées. Aussi ne les reconnaît-on pas à les voir; et il faut demander qui ils sont et d’où ils viennent. Que de fois j’ai pensé que si leurs parents et leurs aïeuls ressuscitaient du tombeau, ils ne les reconnaîtraient pas pour leurs enfants et petits-enfants, sans témoins. Je m’imagine

QUATRIÈME DIALOGUE

lurs fills 0 nets sens testimonis. E pens que si tornauen, no plauria molt ha aquests, per ço que nols aguessen a prouehir 0 fer part de ço que aquells los hauien lexat en lurs testaments .

170 » De voler senyoreiar a lurs | marits les lias S

notades : dessebut est. Elles no desigen axo ; masvolen rahonablament senyoreiar a la company a, que comunament es inclinada a mal ; sabents que companyones son dels marits , he eguals a élis en lo régiment de casa. 10

» Del anar al bany no fasses festa; que be fan quel continuen,per ço com ne son pus netes , pus ale grès ,pus sanes , e pus dispostes a consebre.

» Luxuria dius que régna molt en ellas. No

aussi qu’ils ne seraient pas bien aises de les revoir, de peur d’être obligés de les pourvoir ou de partager avec eux les biens légués par testament.

» Tu les as accusées aussi de vouloir dominer leurs maris. Tu t’abuses. Ce n’est pas ce qu’elles prétendent, mais elles veulent raisonnablement gouverner leur moitié, qui est naturellement portée au mal. C’est qu’elles se savent les compagnes du mari et leurs égales dans le gouvernement de la maison.

» Ne triomphe pas de ce qu’elles vont au bain. Elles ont raison de le fréquenter, car elles en sont plus propres, plus gaies, plus saines, et plus disposées à concevoir.

» Tu dis qu’elles sont dominées par la luxure. Il ne m’appartient pas de débattre la question

SONGE DE BERNAT MET GE

séria propri a mi disputante ab tu, car mils que io ho sabs, per ço com cascuna natura has expérimentât. Pero be son cert que gran es la luxuria dels Jtomens. E plena memoria he que 5 en tôt quant e lest, maior mantio es fêta dels actes luxuriosos quels homens han perpetrats, que d aquells de les dones. E majors mais ne son estats seguits en lo mon; e molt mes son estats los homens qui han enganat dones, que io aquells qui son estats dessebuts. Pero si vols que vingam a compte, digues ho, que prest son.

— Quant (l.guard), dix ell ; no anemper les | cimes. Tu coneys be com va lo fet, per moltiji quet esforç de daurar.

i5 — Suspita e ira, dius encara mes, que han

avec toi; car tu la connais mieux que moi, l’expérience t’ayant initié aux deux sexes. Mais d’ailleurs, je sais que grande est la luxure des hommes. En remémorant mes lectures, il me souvient que les actes de débauche des hommes sont bien plus nombreux que ceux des femmes. Il s’en est aussi suivi de plus grands maux. Infiniment plus nombreux sont les hommes qui ont trompé des femmes, que les femmes qui ont trompé des hommes. Si tu veux que nous en fassions le compte, parle; je suis prêt.

— Voyons, dit-il, ne nous emportons pas. Tu sais bien à quoi t’en tenir, bien que tu t’efforces de pallier.

— Tu prétends aussi qu’elles sont intolérables

incomportables ; e que tôt lur estudi meten en robar he enganar los homens . Posât que axi fos , digui yo, com afermes, ço que no atorch, no séria gran marauella , ates ço quels as (l. es) fet. Tu saps be quels homens viuen ab continua suspita e gelosia. Be pero que sen saben mils cobrir que les dones ; e son terri blâment irats, si elles fan alguna cosa, que encontinent 7iols sia manifestada. No vetrdran elles de la esgleya, ho de visitar pobres , ho 10 malalts, ho lurs parents ho amichs, ho de fer alguna cosa piadosa, que élis no demanen ho vullen saber tantost don venen, ab qui son anades, perque son partides de casa tant gran mati ; perques son tant be arreades ; perque an 15

dans leurs soupçons et leur colère, et qu’elles mettent tout leur soin à voler et abuser les hommes. En admettant qu’il en soit ainsi que tu le dis, ce que je nie, il n’y aurait rien d’étonnant, eu égard à ce qu’on leur fait. Tu sais bien que les hommes sont sans cesse partagés entre le soupçon et la jalousie. Il est vrai qu’ils savent mieux les dissimuler que les femmes. Comme ils sont furieux, si les femmes font la moindre chose sans les mettre tout de suite au courant! Reviennent- elles de l’église, ou de leur visite aux pauvres et aux malades, ou de voir leurs parents et amis, ou d’accomplir quelque œuvre de piété; ils s’enquièrent aussitôt et veulent savoir où elles ont été, et avec qui, pourquoi elles ont quitté la maison de si bonne

leguiat tant tornar a casa. E si elles , per ço com la obra piadosa tant es pus meritoria , com es pus sécréta , e ( l . ho) volran celar e no desco brir axi prestament com élis desi | gen, la brega 172 5 sera tantost en lo camp. Los trons e lamps no (l. ne) venen, e la pluja sengendra en los hulls de les mesquines , quels regua e destroueix lut's car es he pits délicats.

» Be esguarden élis que no juguen en la forma 10 que mostren . Iran de nits, no jaur an ho menjaran en lurs cases , sino fort atart ; conuersaran ab fembres desonestes ; priuadeiaran ab per sones de vida dampnade; ffrequentaran jochs ; cerqueran bregues. E no sera mester a lesdones 15 quels demanen hon an estât , ho don venen. E siu

heure, pourquoi elles sont si bien mises, pourquoi elles sont rentrées si tard? Et si elles ne se hâtent pas de répondre, désirant garder le secret, d’autant que la discrétion fait valoir les bonnes œuvres, la discorde ne tardera pas à éclater. En attendant le tonnerre et l’éclair, la pluie coule des yeux des pauvrettes, arrosant et gâtant leur visage et leur gorge fine.

» Pour eux, ils feront tout pour cacher leur jeu. Ils sortent la nuit; ils découchent et mangent hors de chez eux; ils s’oublieront jusqu’à une heure indue avec des femmes légères, vivant dans l’intimité de gens de mauvaise vie. Ils fréquentent les jeux, ils recherchent les rixes. Les femmes peuvent se passer de leur demander où ils ont été, et d’où ils viennent.

QUATRIÈME DIALOGUE

2ÔI

fan, lo mal jorn es en casa. Si elles son riques, per vn cap ne per altra, ho en mort ho en vida, ho vetlant, ho durment, seran per aquells roba des, enganades e gunyades (1. gînyades), ho ab falços abrassaments, ho ab manasses, ho altres 5 maneras exquisides, que tôt quant han e poden hauer los donen, ois presten a no tornar ho jamay. E quels fassen hereus en lurs testaments; e si fer nou volen, quels fassen al menys marmessors, car tôt los tornara a vn compte. 10 iq’bPuys, quant elles | seran mortes, riuran dejus lo capero que portaran vestit ; e fingint que ploren, hiran ab gramalles negres de drap gros tro als peus; e abstindranse de raura la barba vn temps, per ço que alguna desestruga se trench 1$

Et si elles le demandent, la maison devient un enfer. Si elles sont riches, en tout temps, en toute occasion, dans la veille ou pendant le sommeil, mortes ou vivantes, ils les voleront, les tromperont, les enjôleront soit par de perfides embrassements, soit par des menaces, ou par d’autres façons exquises; si bien qu’ils en obtiennent tout ce qu’ils veulent, tout ce qu’ils peuvent emprunter, sans jamais rendre. Ils se font porter comme héritiers sur leur testament, ou tout au moins cc nme exécuteurs testamentaires, ce qui revient au même. Et quand elles auront trépassé, ils riront sous le chaperon de deuil; et feignant de pleurer, ils traîneront les houppelandes de gros drap noir qui leur tombent sur les pieds; ils resteront quelque temps

lo coll. La quai, a vuyt dies que sera entrada en casa, sera tractada molt pijor que la primera . Tantost vendran los suspirs. Apres diran ; « A tant bona dona era aquella que (l. quen) terra S podreix. Tant maleyt fo lojorn que ella isque de aquesta casa. Mes valguera que foch si a gués près a quatre cantons. Tôt es per dut. Gran era la administratio que aquella haitia. Jamay nom volguera hauer dcmanat vns petins, ne vn vel, io siyo mateix noy prenia cosiment. Seruiem axi com si fos lo rey. Null temps volia seure a taula, tro queyo hauia mig maniat. Deu o dot^e vega des se dreçaue la nit, per veura si yo dormia, ho estaue descubert. E cercaue axi mos plers,

sans se raser; tout cela pour que quelque malheureuse se rompe le cou; laquelle, huit jours après son entrée dans la maison, sera encore plus maltraitée que la première; et bientôt viendront les soupirs. Ils diront ensuite: «Quelle excellente femme que celle qui pourrit sous terre. Que maudit soit le jour où elle sortit de céans ! Il vaudrait mieux que le feu eût pris aux quatre angles de la maison. Tout est perdu. Ah! qu’elle gouvernait sagement! Jamais elle n’eût osé demander des patins ou un voile. C’est moi-même qui y pourvoyais. Elle me servait comme un roi. Jamais elle ne s’assit à table que je n’eusse fait la moitié du repas. Elle se levait dix ou douze fois la nuit, pour savoir si je dormais ou si j’étais découvert. Elle cherchait à me faire plaisir comme si elle

QUATRIÈME DIALOGUE

com sim degues aconseguir vn régna. Jamay 174 no isquere | de casa, ne volguera hauer t'es fet sens licentia mia . » E divan los moites altves coses punytiues e desplasents, per ço quels sien pus subiugades que catiues ; ho per tristor se s vaien deportar en l altre setgle; puys quen prenguen altra, a la quai fassen semblant ho pijor, e quels dots romanguen en casa.

» De auaritia les lias notades, de pocha fermetat, lie de presumptio.O ! fort has gran colpa 10 de hauer dit semblants paraules. E no sabs tu que les dones necessariament han esser vn poch catiues, per ço com no han materia de guanyar, e volen fugir a fretura? Si prenen per ventura

devait me gagner un royaume. Jamais elle ne serait sortie, jamais elle ne se serait permis de rien faire sans ma permission. » Ilscontinueront ainsi à les poindre de mille propos déplaisants, pour les tenir plus assujéties que des esclaves, ou pour les envoyer s’égayer dans l’autre monde; de manière qu’ils en puissent prendre une autre qu’ils traiteront de même ou pire encore, tandis qu’ils garderont la dot.

»Tu les as accusées d’avarice, de faiblesse et de présomption. Ah ! que tu es coupable d’avoir parlé ainsi. Eh quoi ! Ne sais-tu pas qu’il faut que les femmes soient un peu serrées, à cause que, n’ayant pas occasion de gagner, elles veulent se soustraire au besoin ? Si elles épousent des maris vieux, elles ne le font que pour complaire à leurs parents et

marits vells , fan ho per tal com lurs parents he amichs ho volen. E son ne mils maridades a vegades que dels jouens qui les menys presen, he les oblidenper altres que no merexerien esser 5 lurs seruentes . E aquells fan les amar e honrar axi com si mateys . E ladonchs elles estan fermes en amor , pus veen quels es fet semblant , e fan be ques presen de lur honor, pus ho merexen. Car a bona j dona noy baste preu. 175

10 » Si be aguesses considérât aquests vicis,

quant regnen en los homens, per ventura no hagueres parlât tant larch de dones. Qui p or i a parlar suficientment de la auaritia d aquells , inconstantia e presumptio? Poques coses son 15 que nofaessen vuy per diners : logreiar, lago-

amis. Et parfois elles s’en trouvent mieux que des jeunes maris qui les dédaignent et les oublient pour d’autres qui ne seraient pas dignes d’être à leur service; tandis que les vieux les aiment et les honorent comme euxmêmes. Aussi sont-elles fidèles en amour, voyant qu’on les traite de même; et elles se montrent par reconnaissance jalouses de leur honneur. Femme honnête est hors de prix.

» Si tu avais considéré tous ces défauts chez les hommes, peut-être aurais-tu parlé moins longuement des femmes. Qui en dirait jamais assez sur leur cupidité, leur inconstance, leur présomption? A quoi donc ne se prêteraientils pas aujourd’hui pour de l’argent? Frauder, flagorner, faire des conventions blâmables,

QUATRIÈME DIALOGUE

teiar, fermais contractes, espiar altres, matar , enganar, difamar, testificar falçament, robar, acusar, mentir, pelliar, emparar mais homens heplets injusts ; descarrarar ab lur enginy doues he don-çelles, hc liurarles ha altres, sien de ço s testimonis. No pot hom res tenir en élis. Ara seran de vna intentio; ades d altre. Quant se gitaran al lit, vos prometran vna cosa; e quant sen leuaran, noy haura res fet. Sens tota ver gonya negaran ço que dit he jurât hauran. io Cascuns se tenen per bastants, no solament de régir tôt lo régné; mas tôt lo mon. E per poch que haien, solament puxen passar temps sens 17 ôgran treball, no volen res fer, ne mostrar | a lurs fils scientia ho art ab que puxen viure. 15

espionner le prochain, tuer, tromper, diffamer, porter faux témoignage, voler, calomnier, mentir, se parjurer, donner asile aux malfaiteurs; soutenir des procès injustes; débaucher avec art femmes et jeunes filles; faire les entremetteurs: voilà de quoi ils sont coutumiers. Nul ne peut s’y fier. Tantôt d’un avis, tantôt de l’autre. En allant se coucher, ils vous feront une promesse, et il n’y aura rien de fait au lever. Ils nieront effrontément ce qu’ils auront affirmé sous serment. Ils se croient tous de force non seulement à gouverner le royaume, mais encore le monde. Si peu qu’ils possèdent, pourvu qu’ils puissent se passer de travailler, ils ne veulent rien faire, ni faire apprendre à leurs enfants un art ou un métier utile. Ils

Ans se gloriejen que aquells vaien be arreats, brodats he encaualcats, axi com si eren fills de gvans mestres, es deporten e prenguen lo bon temps mentre durara . Puys couendrals ha 5 furtar, o mendicar per lo mon, a gran lur ver gonya e confusio.

» Dit has encara mes que les dones son par leres e ralladores. E has fet gran festa de la scientia diuinalment en elles infusa . Verament io a monjuy ha gran tort les acuses. Lo parlar de les dones no es, comunament, sino de coses menu des, e de administratio de casa. Bees veritatque per ço com naturalment son subtils, entenen he saben moites coses primament he fort tost. Puys 15 dien los a vegades familiarment les vnes a les

mettent leur vanité à les voir bien vêtus, bien parés, bien montés, comme des fils de famille, s’amusant et se gobergeant tant qu’ils pourront. Après quoi il faudra qu’ils se livrent au vol ou à la mendicité, à leur grande honte.

» Les femmes, as-tu dit encore, sont bavardes et babillardes. Et tu as raillé leur science infuse. C’est à tort vraiment, selon moi, que tu les accuses. En général les femmes ne parlent que de menues choses et des affaires du ménage. Il est vrai qu’étant naturellement fines, elles devinent et apprennent vite bien des choses, dont elles s’entretiennent familièrement entre elles, sans nuire à personne.

» Il n’en va pas de même des hommes, dont

QUATRIÈME DIALOGUE

altres, he non segueix dampnatge ha algun.

» Mas no esaxi dels homens ; lopat'lar e rallar dels quais es abominable a Deu, e desplasent e intollerable a tota persona, e fort dampnos a 1 77 molts. La maior part d élis es bistia | de prat , s e cascu cuyda esser altre Salamo en sauiesa, e altre Tulli en eloquentia. Si hom parla de alguna eloquentia (?) subtil deuant élis , diran que moites vegades la han disputada ab homens de gran scientia, e que han de bons libres de 10 aquella materia tractans. Si hom parla abells de fets d armes , diran que Anibal e Alexandre for en assats bons cauallers; mas que de tants bons ne trobaria quils sercaue, volents ho dir de si mateixs. Si hom parla de alguns grans i>

le parler et la conversation sont abominables devant Dieu, déplaisants et insupportables à tout le monde, et très dommageables au grand nombre. Bien que la plupart ressemble au bétail qui paît, chacun d’eux se croit un Salomon par la sagesse, et un Cicéron par l’éloquence. S’ils entendent traiter quelque point de haute littérature, ils prétendent l’avoir discuté bien des fois avec de gros savants, et avoir d’excellents livres sur la matière. Si l’on agite la question des armes, ils accorderont qu’Annibal et Alexandre furent d’assez bons capitaines; mais qu’il serait aisé d’en trouver d’aussi bons, se désignant ainsi eux-mêmes. Vient-on à citer de grandes actions, ils assurent avoir vu, entendu, cherché et lu autant qu’homme vivant,

fetSj diran que han vist, hoyt , cercat e lest tant com hom viuent . E jamay hisqueren, ne saberen aiustar très limons en vn baci de barber. Iran per les plasses e pels cantons jutjants > les gents he escarnints e gitans veri per les boques, e demeneran régiments de ciutats e de viles , e no saben régir si mateys e lurs cases.

Si plou , ho fa vent , o fret, ho calor, diras que son estornell de carabassa. Bes guarderan, que io no exiran de la (barcha) archa, tro que la coloma sia tornada ab lo ram vert en lo bech. | Estaran destiu en lo celler ; e diuern en la 178 cuyna, trufant e rient, dient moites pagueses he escarns.

15 » Si van a la esgleya, escarniran lopreuera,

sans avoir jamais quitté leur trou, ni su ranger trois citrons dans un plat à barbe. Ils s’en vont par les places et les carrefours, jugeant les gens, calomniant, crachant leur venin. Ils prétendront à gouverner des cités et des villes, étant incapables de se conduire eux-mêmes et leur maison. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse froid ou chaud, on les prendrait pour des poules mouillées. Ils se garderont bien de quitter l’arche avant le retour de la colombe portant le rameau vert en son bec. Ils passent l’été dans le cellier, et l’hiver dans la cuisine, à plaisanter, à rire, à dire des sottises et des médisances.

» Quand ils vont à l’église, ils se moquent du prêtre, s’il allonge la messe; du prédica-

QUATRIÈME DIALOGUE

si leguia molt la missa ; lo sermonadov , si nols diu lo prehich en très paraules; los altres homens, si no van arreats segons lo temps; e les dones honestes, sinoseran tant horades com élis volrien, jutjants aquelles de ypocresia. Qitant $

/ offici diuinal se celebrava, parlaran de barateries, e de viltats; riuran, e no sabran de que; torbaran los circunstans, guardaran les dones impudicament ; e no exiran de la esgleya, men tre elles hi seran. Mas pus ne sien exides, diras 10 que son excomunicats;noy romandrien per res, ney tornarien tro que elles hi son, que han poder de donar los consolatio, ho de sospendrels l’entredit. Quant van per les ' carreres, se cuyden trencar lo coll, guardant per les finestres ço i>

teur, s’il n’expédie le prône en quelques mots; des assistants, s’ils ne sont pas vêtus à la dernière mode; et des honnêtes femmes, si elles ne sont pas aussi folles qu’ils les voudraient, et les traitent d’hypocrites. Pendant la célébration de l’office divin, ils parlent de choses frivoles ou malpropres; ils rient sans motif; ils regardent les femmes indécemment, et attendent qu’elles sortent de l’église; mais à peine en sont-elles sorties, on dirait des excommuniés. Ils ne sauraient y rester ou y retourner tant qu’elles n’y sont pas. Elles seules sont capables de les consoler et de suspendre l’interdiction. Quand ils marchent dans les rues, ils s’exposent à se rompre le cou, à force de regarder les fenêtres, sans y trouver

que souen los es impossible aconseguir . Apres vanarse han de moites doues, que jamay no hauran parlât ab élis, nels conexeran. | E 1 7s finalment, mentiran sens tota vergonya, molt S mes que no parlaran. E per jurant , diran esser en fet coses que null temps foren ymaginades.

» No resmenys has dit que elles han a gran injuria sino son guardianes e tresoreres dels bens de lurs marits. No ten marauells, car ço 10 fan que deuen. Tu sabs be que elles per companyones son donades, e no per seruentes . E apres de lurs marits , deuen senyoreiar, régir lie administrai' tôt lo patrimoni d aquells. E major fe los deu esser donadeque ha altre per- 15 sona ; car mes los hi va. Mas los desestruchs,

souvent ce qu’ils cherchent. Et puis ils se vanteront de connaître des femmes qu’ils n’ont jamais vues, à qui ils n’ont jamais parlé. En un mot, ils mentiront sans vergogne, encore plus qu’ils ne parleront. Et ils affirmeront en jurant ce qui n’a jamais été.

» Tu as dit en outre qu’elles regardent comme un outrage de n’être point dépositaires et trésorières des biens de leurs maris. Il ne faut pas t’en étonner, car elles ne font que leur devoir. Tu sais bien qu’elles sont des compagnes et non des servantes. Il leur appartient de gouverner, de régir et d’administrer le patrimoine de leurs maris, après ces derniers. Elles méritent plus de confiance que toute autre personne, car il y va de leur intérêt. Mais les malheu-

QUATRIÈME DIALOGUE

no conexents quils fa be, els ama, de bon cory fien mes de vna catiua, 0 de vna seruenta, quels port lagots y hols furt ço que pot, que de lurs mullers, que ho saben mils que elles e pus diligentment conseruar. A la pocha amor que dius 5 que elles han a lurs filastres, not respondre al présent , suio que, qui no ama, no mereix esser amat . Elis tostemps les maltracten, e les accu - 80 sen falçament; e hanellen a lur mort. \ Qui sera donchs tant foll, que diga elles esser obligades 10 en amar aquells qui les han en hoy capital ?

» De gran venitat les has notades, e del délit que dius que troben en ben menjare heure, dormir e molt reposar. Per ma fe, be agueres fet que aço aguesses callat. Despertat has lo leo que 1 >

reux, ne sachant pas qui leur veut du bien et les aime de tout cœur, se fient plus à une esclave ou à une servante, qui les trompe en les flattant, et les vole tant qu’elle peut, qu’à leurs femmes qui s’entendent bien mieux à conserver et administrer. Quant au peu de tendresse qu’elles ont pour les enfants d’un premier lit, tout ce que je puis te direà présent, c’est que qui n’aime point ne mérite pas d’être aimé. Ils ne font que les maltraiter, les accusent à faux, et désirent leur mort. Qui donc serait assez sot pour prétendre qu’elles sont tenues d’aimer ceux qui les haïssent mortellement?

» Tu les as de plus accusées d’être extraordinairement vaines, et de prendre grand plaisir à bien manger, boire et dormir et paresser!

dormia. Io, a la veritat, no poria ben defendre que en algunes dones no haia partida de ço que dit has; ne tu pories mantenir quels homens no sien, tota comparatio cessant, molt pus tacats S de aço que aquelles has imposât. La major part d aquells se délita molt en viure delicadament e reposada, he en saber diuerses coses, que al espiritual ho al temporal no li aprofiten, sino a sola obstentatio e superbia; he a esser hoyts 10 he loats per la gent, mostrau (l. mostrats) ab lo dit, mirau (l. mirais) e tenguts per sauis. De la aparentia han molt, he de la existentia fort poch.

» En menjar e beura son tant dissoluts, que iS apenes ho poria explicar. Natura ha datvianda

Par ma foi, il eût mieux valu n’en rien dire, au lieu d’éveiller le lion endormi. A la vérité, je ne saurais nier que quelques femmes ne méritent en partie tes reproches; et toi -même tu ne saurais contester que les hommes ne soient incomparablement plus répréhensibles que les femmes en ce que tu as reproché à celles-ci. La plupart d’entre eux, en effet, se plaît fort à vivre dans le luxe et l’oisiveté, à connaître bien des choses qui n’ont aucun avantage spirituel ou temporel, mais qui flattent le désir de paraître et l’orgueil. Ils aiment que le monde les connaisse et les loue, les montre au doigt, les regarde et les tienne pour habiles. Ils ont beaucoup d’apparence, et peu de réalité.

» Pour ce qui est du manger et du boire, ils

QUATRIÈME DIALOGUE

a sustentât io de vida. E élis , trencades les re- 181 gnes | de trempança, no curants satisfer a luv bestial appétit, menjen e beuen de dia e de nit, aytantes vegades com los plau. E per ço com humanal custum es dclitar se en varietat, diuer - > sifiquen les viandes e vins dels quais mengcn e beuen ha esclatar, Puys diran quels fa mal l estomach, o que han dolor de cap, de que no poden tant prest remey hauer, sino que buyden lo sach per vn forât o per altre. Puys donnen io lie reposen, somien e parlen en va, com a frenetichs, tro quel accident los es passât.

» O quin temps fo aquell en que Saturnus régna ! De glans e de aygua eren contents les gents, he viuien longament, e nets de malalties. i>

s’excèdent plus que je ne saurais dire. La nature a fourni amplement à l’entretien de la vie. Et eux, violant les lois de la tempérance, pour donner satisfaction à leur brutal appétit, mangent et boivent le jour et la nuit, autant de fois qu’il leur plaît. Gomme les hommes aiment la variété, ils ont toutes sortes de mets et de vins, dont ils mangent et boivent à en crever. Après quoi ils se plaindront de souffrir de l’estomac, ou de la tête. Et le plus prompt remède sera de vider le sac par l’une des deux issues. Et puis ils se couchent, s’endorment, et parlent haut, comme les maniaques, jusqu’à ce que l’accident soit passé.

» Ah ! qu’il est loin le temps où régnait Saturne! Les gens se contentaient alors de

Ara la terra, la mar, el haer no basten a les viandes que élis cobeien deuorar. E no consi devants la grosseria que per dissolutio de menjar ve al enteniment, e la corruptio de 5 sanch he altres humors al cors, viuen per breu temps, he malalts ; e de tant diuerses malalties, que ja nos poden trobar medicines suficients | a curar aquelles. Car los entichs phisichs les 182 han ignorades e noy han sabut ne pogut proue- 10 hir. Axi com la superjluitat de viandes es crescuda, han près diuerç naximent les malalties, he pendran d aqui auant. Car algun vici no mor : alla hon neix, cascun dia pren creximent. E tôt hom estudia diligentment com lii

glands et d’eau, et ils vivaient longuement, exempts de maladies. Et maintenant la terre, la mer et l’air ne suffisent point à leur fournir toute la nourriture qu’ils convoitent. Et, sans considérer que l’intelligence s’alourdit par les excès de table, et que le sang et les autres humeurs du corps se corrompent, ils abrègent leur vie, et sont sujets à tant de maladies si diverses, qu’on ne peut plus trouver assez de remèdes pour les guérir. Ou les anciens médecins ne les connaissaient pas, ou bien ils n’ont pas su y remédier. A proportion que les mets se sont multipliés inutilement, le nombre des maladies s’est accru, et il s’accroîtra dans l’avenir. Car aucun vice ne meurt; une fois né, il grandit tous les jours. Et chacun met tous ses soins à éviter le travail, pour lequel sont nés

QUATRIÈME DIALOGUE

pora ajustai \ Treball , per lo quai los homens son nats , lunyen axi d élis , com si era veri.

E si vsauen de raho, abraçarien aquell, car es dissipador de les humors superflues que son en lo cors. En dormir , qui es cosi de la mort, des - $ penen lo terç, 0 mes de lur vida ; el restant en seruei de lur cors, d el quai son seruidors e catius.

)) Dances e causons ditts que escolten les doues ab gran plaer. No men marauell . Car natural cosa es pendre délit en musicha, lie especial- 10 ment que sia mesclade ab rethorica, e poesia, que concorren souen en les dances he causons dictades per bons trobadors. Poch se deliten los homens en hoyr semblants coses; les quais

tous les hommes, et qu’ils repoussent comme si c’était du poison; tandis qu’ils le rechercheraient s’ils étaient raisonnables, vu que c’est lui qui dissipe les humeurs superflues du corps. Us dépensent le tiers et plus de leur vie livrés au sommeil, cousin de la mort; et le reste, au service de leur corps, dont ils se font esclaves.

» Les femmes, dis-tu, se plaisent très fort aux chants et aux danses. Rien d’étonnant. Il est naturel, en effet, de prendre plaisir à la musique, surtout lorsquelle se joint à l’éloquence et à la poésie, qui se rencontrent fréquemment dans les ballets et les chansons des bons troubadours. Les hommes ne se plaisent guère à ces divertissements. Ils devraient pourtant s’y exercer, afin de fuir l’oisiveté et de pouvoir donner une forme agréable à leurs

deurien | saber fer per fugir ha ociositat, e per 1 83 poder dir bellament lo concebiment de lur pença . Mas délit en se molt en hoyr trufadors he escarnidors liarants, ralladors , mais parles $ (l. parlas), cridadors, aualotadors, jutgedors, he migencers de bacalleries , e de viltats .

» Grans serimonies lias dit que seruen lesdones en leuar se del lit . E que no exirien de la cambraf tro que son be reparades. O bet délités en io dir mal! Crech que tu voiries que exissen nues he desligades. Elles fan ço que deuen. E si en altre manera vsauen, prejudicarien ha vergonya, que es virtut molt loable , he especialment en dones. Sabs de qui pot hom dir axo? Certa - 15 ment dels homcns, qui en la vintena part de vna

conceptions. En revanche , ils se plaisent à entendre les diseurs de bons mots, les médisants, les railleurs, les charlatans, les mauvaises langues, les trouble-fête, les querelleurs, les souteneurs de sottises et de vilenies.

» Tu as parlé des cérémonies que font les femmes quand elles se lèvent, et des précautions qu’elles prennent avant de quitter leur chambre. Faut-il que tu te plaisesà médire ! Voudraistu qu’elles en sortissent nues et négligées? Elles ne font que leur devoir. Si elles en usaient autrement, elles porteraient atteinte à la pudeur, vertu particulièrement louable chez les femmes. Ce que tu en dis s’appliquerait bien mieux aux hommes, eux qui devraient s’habiller et s’arranger pour sortir en un vingtième

hora deurien esser vestits lie arresats per exir de casa . E en embotonar lo gipo, tirar les calces ha vuyi hoadeu parts; dressar les polayncs,fer espolsar les cotes; vestirse aquelles; pentinar i84 lurs cabells, qui la nit passada | hauran estât S en premsa; leuar lurscaresab aygues ben olenst ; mîrar si son aquells que eren lo jorn passât; posar se al coll cadettes , cascauells lie esquelles , e garroteres a les cames; leguiaran per espay de très hores. Puys far an mostre de lur cors 10 sut^e dins per vicis, ebell defora per vestidures sollempnes. Considéra donchs , si, attesos los defelliments dels homens, son assats escusades les dones dels vicis quels lias dessus imposats .

Ladonclis ell enuers mi esclarint la cara, pen- i>

d’heure. Or, à boutonner le pourpoint, à tirer les chausses à huit ou dix endroits, à mettre les guêtres, à faire battre les habits et s’en revêtir, à démêler leurs cheveux qu’ils ont maintenus serrés la nuit, à se laver la figure avec des eaux de senteur, à se mirer pour se retrouver tels qu’ils étaient la veille, à se passer au cou des chaînes, des grelots, des clochettes, à s’ajuster les jarretières, ilsemploieront trois bonnes heures. Après quoi ils promèneront leur corps tout souillé de vices à l’intérieur, tandis qu’il sera paré audehorsdes plussomptueuxhabits. Vois donc, en considérant les faiblesses des hommes, si les femmes ne méritent pas quelque indulgence pour les défauts que tu leur attribues.

Alors lui, se tournant vers moi d’un air se-

sant vn poch , dix : « Not poria explicar sufi cientment lo délit que lie agut d el teu enginy. Disertamente colorada, a monjuy, has respost a tôt ço que yo te hauia dit de fembres. La 5 veritat pero no es mudada; carvna matexa es.

E si volies confessar, ço quem (sic) dicta la tua conscientia , atorgarias esser ver tôt ço que dessus te dit. »

— No fariajo may , diguiyo. Ab aquexa 10 opinio vull morir .

— Concellte, dix ell que no faces; | car major i85 aparentia ha que existentia de veritat. Lexa d aqui auant amor de dones. Fuig a tôt loch e auinentesa de parlar e perseuerar ab aquelles.

15 Esquiua les com a lamp. Subir ana oradura es

rein, se recueillit un moment et dit : «Je ne saurais t’exprimer le plaisir que m’a procuré ton esprit. Tu as éloquemment et brillamment répondu à tout ce que je t’ai dit des femmes. Mais la vérité demeure telle quelle; elle n’a point changé. Si tu voulais confesser ce que te dicte ta conscience, tu reconnaîtrais pour vrai tout ce que je t’ai dit.»

— Non ferai-je jamais, dis-je. Je veux mourir dans cette opinion.

— Je ne te le conseille pas, dit-il, car elle a plus d’apparence que de réalité. Laisse là dorénavant l’amour des femmes. Evite toutes les occasions de les voir, de t’entretenir avec elles et de les fréquenter. Fuis-les comme la foudre. C’est le comble de la folie que de poursuivre ce

QUATRIÈME DIALOGUE

encalçar la cosa que , aconscguida, doua la mort. Per fembra mori Nabot ; Sampso ne fo près e ligat;Josep encarcerat ; Ysbosech mort ; Salomo apostata ; Dauid omicida ; Sisara trahit e mort ab vn gran clan; Ypolit, Agamenon,equaranta 5 nou fills de Danaus ne perderen la vida. Mas a que pert temps en aço? La major part dels in conuenients del mon, e mais qui son estats son venguts per fembra. Aço no es aigu qui res de be sapiaquiho pogues sensvergonya negar. Con • 10 uerteix donchs la tua amor d aqui auant en ser uey de Deu, lie continuât estudi. Enotaballescha negociaiar, ne sentir Senyor tcrrenal. Haies assats traballatper altres. Enten en tos fets propis ; no dich pero mundenals ne trascitoris O'V; 15

qui donne la mort. G’estpar la femme que mourut Nabot, que Samson fut pris et enchaîné, que Joseph fut jeté en prison, qu’Isboseth fut tué, que Salomon apostasia,que David fut homicide, que Sisara fut trahi et tué au moyen d’un grand clou, qu’Hippolyte, Agamemnon, et quaranteneuf fils de Danaüs perdirent la vie. Mais à quoi bon perdredutemps ? La plupartdes événements funestes et des maux qui ont affligé le monde sont venus des femmes. Il n’est pas un esprit éclairé qui pourrait contester cela sans honte. Change donc désormais ton amour en service de Dieu et en continuelle étude. Renonce à tra* fiquer et à servir quelque maître de la terre. Tu as assez travaillé pour autrui. Donne tes soins à tes propres affaires, non pas à des affaires mon-

masespevi | tuais e durables ; lie especialme.it en 186 conexer lie millorar tu mateix . Trenque lopont perhon est passât, en manera quenotsia possible retornar. Not gis (sic) detras, axi com Orpheu.

S E pus en la tempetuosa mat' lias viscut, fe ton poder que muyres en segur e tranquille port.

Dient Tiresias aquestes paraules, los falcons estors [é\cans dessus dits comcnçaren a cridar he vdular fort agrament . E yo despertim fort io trist e desconsolat, e destituit tro al mati se guent de la virtut dels propis membres, axi com si lo meu esperit los hagues desemperats.

Explicit liber. Deo gratias. Amen.

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