‹ Le songe de Bernat Metge, auteur catalan du XIVe siècle;Chapitre 9 sur 34 · LO QUART LIBRE · texte numérisé non relu

LO QUART LIBRE

rist yo ladonchs e desconortat, no en altra manera quel laurador quant vol cegar lo blat , e troba la espiga buyda; apres que agui pençat vn 5 poch, digui : « Si fortuna hauia de mi prou jutjat, be li estaria ques mudas en altre part, e quem lexas.

— E com, respos Tiresias, clames te de fortuna?

io — Ben he raho, digui yo. E si dissimulai ' nou vols, axi ho creus tu qui veus com son

QUATRIÈME DIALOGUE

E ^US a^ors P™s tristesse et de

désespoir, comme le laboureur qui, yÇfXr au moment de couper ses blés, trouve les épis vides. Après avoir réfléchi un peu : « Si la fortune, dis-je, m’avait suffisamment éprouvé, elle ferait bien de changer de lieu et de me laisser en repos.

— Eh quoi ! reprit Tirésias, tu te plains de la fortune ?

— Et avec raison, répondis-je. Si tu veux être franc, tu ne penses pas autrement que moi, en

QUATRIÈME DIALOGUE

enganat en la csperança que hauia , si ver es pero ço que dit lias de dones .

— Ço quet lie dit es ver, dix ell; e no creech pas quet degues clamar de fortuna, si donchs no ten clames per ço com axi ses aguda fauo- $ rablament vers tu en hauer gratia de fembres; car millor obra te aguera fêta , si en hoy de aquelles te agues constituit . E si vels que pus propriament parlem, not clams de fortuna, mas de tu mateix. Not he (l. ha) forçat fortuna de io amar, de auorrir . Car no es offici seu, ne ha senyoria alguna en les coses que estan en liber - 140 tat de arbitre . Sabs | qui ten ha forçat? No als sino la tua bestialitat, que lexada la raho, ha seguit lo d'esordonat voler . Riqueses, potentias, 15

voyant mon espérance déçue, si toutefois tu as dit vrai en parlant des femmes.

— Je ne t’ai dit que la vérité, reprit-il. Ce qui n’empêche pas que tu as tort de te plaindre de la fortune; à moins que tu ne lui reproches de t’avoir favorisé en te rendant agréable aux femmes. En effet, elle t’eût mieux servi en faisant de toi l’objet de leur haine. Si tu veux que nous parlions sans détours, n’accuse point la fortune. C’est toi-même qu’il faut accuser. Ce n’est point la fortune qui t’a contraint d’aimer ou de haïr. Ce n’est pas là sa profession. Elle ne peut rien sur les choses qui dépendent du libre arbitre. Et sais-tu qui t’a contraint? C’est ton instinct bestial. Laissant de côté la raison, tu as suivi la volonté désordonnée. Les riches-

dignitats , e semblants coses done fortuna ; e toi les , quant li plau. Mas electio deamar o auorrir , obrar be ho mal , voler ho no voler , en franch arbitre esta , e en la ma de cascu es quen hus S a son plaer. Veges donchs de quit deus clamar.

— Cert de mi mateix, diguiyo , si errât he. Ço que atorchy e conexeras ho be sim escoltes . Si fortuna hagues la colpa,yo no baguera cura de escusar aquella. Car mal ne son content per io moites desplasents obres quem ha procurât. Mas pus a mi toca princip aiment, tant com pore me esforçare sostenir e defendre la mia electio esser rahonable e bona} eper conseguent no hauer errât.

ses, les com mandements, leà honneurs et autres choses semblables, voilà ce que donne la fortune, et ce qu’elle retire quand il lui plaît. Mais choisir entre aimer et haïr, entre bien et mal faire, entre vouloir et ne vouloir pas, c’est le propre du libre arbitre. Ce choix est à la portée de chacun, et dépend de son bon plaisir. Vois donc de qui tu as à te plaindre.

— Evidemment de moi-même, répondis-je, si j’ai failli ; ce que j’accorde, et qu’il te sera facile de comprendre en m’écoutant. Si la faute en était à la fortune, je ne me donnerais pas la peine de l’excuser. Elle m’a traité bien souvent de manière à me déplaire par ses procédés. Pour ce qui est de moi personnellement, je ferai tous mes efforts pour soutenir et démontrer la raison de mon bon

QUATRIÈME DIALOGUE

— Si be he concebut tôt ço que lias dit, tu lias mal parlât primerament de doties en general. Entens ho liauer dit de totes?

— No yo, dix ell; mas de tan grati part, que entench que fort poques ne sien exemp- 5 tas.

141 — E dels | homens, diguiyo, queten semble,

abans que (répété) pus auant procehisquam ?

— Qiie diria, dix ell, en alguns. Mas lexem ho anar apresent, car noy ha comparatio. 10 — Lexar anar ? respongui yo, guardat ne seras. Si not responia a les obiections que m lias fetes, la sententia perdria justament . O si axiu vols , digues lo contrari, e callare.

choix, comme un homme qui n’a point failli.

— Autant que j’ai pu suivre ton raisonnement, tu as en premier lieu médit des femmes en général, en les englobant toutes dans tes discours.

— Non pas, dit-il; mais ce que j’en ai dit s’adresse à la très grande majorité; les exceptions sont en fort petit nombre.

— Et des hommes, dis-je, que le semble-t-il, avant d’aller plus loin ?

— J’en dirais autant, dit-il, de quelques-uns; mais pour le moment n’en parlons point. Il n’y a point de comparaison.

— Comment, n’en parlons point, répondis-je ? Cela ne fait point mon compte. Certes, je perdrais justement mon procès, si je laissais tes objections sans réponse. Mais je suis prêt à me taire, si tu consens à la palinodie.

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