‹ Le songe de Bernat Metge, auteur catalan du XIVe siècle;Chapitre 12 sur 34 · FIN DU LIVRE. GRACES A DIEU. AINSI SOIT-IL · texte numérisé non relu

FIN DU LIVRE. GRACES A DIEU. AINSI SOIT-IL

FIN

NOTES

es notes sommaires pourront servir aux lecteurs curieux d'étudier le texte au point vr*>u Vf de vue de la langue. Sans être savantes, foASilâf elles combleront peut-être quelques-unes des nombreuses lacunes qu’on regrette de constater dans le moins imparfait des dictionnaires catalans. Ce n’est que par l’exhumation et la publication des vieûx textes, la plupart inédits, que les savants qui préparent les matériaux de l’histoire encore à faire de la littérature catalane, travailleront en même temps à préparer le dictionnaire historique de la langue nationale. C’est par là qu’aurait dû commencer la Renaissance, dont les résultats ont été si mesquins. Si les chefs du mouvement littéraire qui a reçu ce nom sonore, en avaient compris le sens et la portée, ils eussent commencé par glorifier les ancêtres, en produisant leurs titres à la gloire, au lieu de stimuler la vanité des gens de plume par la restauration intempestive des Jeux Floraux et autres joutes littéraires, qui ont eu pour effet de multiplier déplorablement !es écrivains de pacotille et les versificateurs à la douzaine. C’est en rédigeant ces notes sans prétention que nous avons regretté que les promoteurs de la Renaissance catalane n’aient pas songé à doter leur pays d’une Bibliothèque choisie des auteurs catalans, d’une Grammaire historique et d’un Dictionnaire étymologique et historique de la langue catalane. L 'Histoire littéraire de la Catalogne sortirait de ces travaux préliminaires et indispensables, et l’Histoire des lettres catalanes deviendrait possible. Comme ce volume s’adresse au public lettré, il nous a paru inutile de le grossir de quantité de

NOTES

notes mythologiques et classiques. Le lecteur saura bien reconnaître les sources et les réminiscences de l’auteur, dont l’érudition n’est pas vulgaire pour le temps où il écrivait, et il rectifiera au besoin les erreurs de transcription du copiste, qui a péché plus d’une fois par ignorance ou incurie.

Page 2, lignes 3-4 : cogitations. Mot qui a disparu, ainsi que le verbe cogitar et le participe cogitât. Il est tout latin.

P. 2, 1. 6 : soptat de molta son. Pris subitement d’un impérieux besoin de sommeil. L’orthographe sobiat, sobtos est plus conforme à l’étymologie (subito).

P. 2, 1. 10 : mon vijares. A mon gré, à mon sens, à ce qu’il me parut. Cette locution n’a point d’autre sens dans le songe.

P. 2, 1. 12 : de vellut pellos . C’est la peluche.

P. 3, 1. 1 : vna rota. La rote, variété du luth, ainsi nommée, parce que la table d’harmonie était ronde comme une roue (rota).

P. 3, 1. 4-5 : falcons astors. Oiseaux de poing, dressés à la chasse. En français, autour. D’où autoursier et autourserie, aujourd’hui hors d’usage.

P. 3, 1. 5 : cridauen e vdulauen. Les faucons criaient. Les chiens de la meute hurlaient ; du latin ululare , tandis qu’aboyer c’est ladrar, devenu lladrar, du latin latrare.

P. 3, 1. 11 : dubtant. Dubtar (en latin dubitare ) a le double sens de douter et de craindre (redouter). Car mort els fa dubtar, a dit Ramon Lull.

P. 3, 1. 12 : espahordim. Ce verbe a perdu Yh. On dit espavordir, avoir peur, bien que pavor-e-m ait donné pahor (peur).

P. 4, 1. 9 : si res es. S’il est quelque chose. Res a même origine et même sens que rien en français.

P. 4, 1. 15 : no ho crech. Devient souvent non crech, orthographe pour l’oreille.

P. 5, 1. 4 : barateria. Tromperie, fraude, sottise. De baratar, troquer, échanger. D’où baraier ou baratero, maquignon.

P. 5, 1. 14 : may l esperil no mor. Au lieu de may, peut-être vaudrait-il mieux lire mas. C’est la leçon des mss. de Barcelone

P. 6, 1. 9 : discrepantia. Mot latin, comme cogiiatio. S’est conservé en castillan, dans le style élevé.

NOTES

P. 7, 1. 5 : esperiis vidais. C’est vital qui a prévalu, bien que le latin vita-m ait donné vida, comme en castillan. Vidal s’est conservé comme nom propre, dans les deux langues. Il est assez commun dans le midi de la France.

P. 8, 1. 6-7 : als von crech. Als se trouve aussi comme adverbe ; autre, autrement. Cf. le latin alio-.

P. 9, 1. 3-4 : dels impiadosos e infirmants. Proprement, malades, infirmes. S’entend d’une infirmité de l’esprit, et de ceux qui nient, par opposition à ceux qui affirment.

P. 9, 1. 13 : es cant tôt borne. Il faut lire caut pour avoir un sens clair. La vraie leçon est créât.

P. 10, 1. 3: No resmenys. Formule de transition qui répond au latin nihilominus, et au grec o*J [Ayjv àXXa. Quelquefois équivaut à pourtant.

P. 14, 1. 12-13: no tcn cal fer grans noues. Ce n’est pas à toi qu’il faut l’apprendre.

P. 15, 1. 1-2: non veig venir les mars . Le sens se devine; mais la traduction littérale est impossible.

P. 17, 1. 5 : Mas segons pora. Ce dernier mot, souligné de rouge dans le texte, ne cache pas un nom propre. C’est la troisième personne du singulier futur du verbe poder. Il y a une lacune que n’ont point les mss. de B.

P. 17, 1. 7 : Nasica. Encore un nom propre, probablement grec, altéré.

P. 17, 1. 10 : quel loch e cadira. Ce dernier mot signifie proprement chaise, siège pour s’asseoir. Faut-il y voir une allusion à la selle turcique du crâne? L’âme conçue comme une unité indivisible devait passer des ventricules du cerveau dans un siège unique et fixe. Descartes choisit la glande pinéale, à cause des esprits qui devaient la nourrir.

P. 18. 1. 2 : entramenes. Plus tard entranyes, comme le castillan entravas. Dans les deux formes on retrouve le latin interanea, viscères.

P. 18-19, 1* i>-i • es creador per Deu. Bévue du copiste. Il faut es creada per Deu.

P. 21, 1. 10 : del cars. C’est la forme ancienne, au lieu de cas.

P. 23, 1. 6 : vafrats. En français, navrés. Navrer était anciennement nafrer,c’e st-à-dire blesser. Nafra signifie blessure, plaie, et s'applique particulièrement aux bêtes de somme. De l’homme, on dit toujours llaga, ferida.

P. 26, 1. 3 : maligvar.Y mettre de la malice. On sait qu’en latin maligno - signifie proprement avare, et benigno-, libéral, généreux.

P. 28, 1. 3 : Axi com vos , Senyor, dictareu e plaura. Il faut

NOTES

mettre un trait au-dessus de e, et lire, Axi com vos, Senyor, dictareu, em plaura. Autrement plaura ne se rapportant à rien, ferait un solécisme. Mss. de B.: manareis.

P. 30, 1. 13-14: reptiva de tots contraris. Adjectif de même origine que l’ancien verbe repiar, reprendre, reprocher. Donc, passible, justiciable. Il faut lire receptiua.

P. 44, 1. 10-11 : aytanbe ho denen atorgar. Il faut lire ho denem aJorgar, nous devons l’accorder.

P. 45, 1. 1 : Echides. Nom propre estropié. Peut-être Phérécyde, philosophe, et l’un des premiers Grecs qui écrivirent en prose. Mss. de B.: Eschides.

P. 45, 1. 6: venguts ne reputats. Il faut lire tenguts ne reputats. Leçon du ms. de B.

P. 48, 1. 4-5 : per ço que yo e tu no poguessen. Il faut lire en ou ne poguessem.

P. 51, 1. 4 : tenga per orais. Orates en castillan, fous, aliénés. Jardinet de orats est le titre d’une collection célèbre d’anciens poètes catalans, dont Tardent catalaniste Pelay Briz a fait connaître une partie. Si quelqu’un s’avisait de faire un recueil des innombrables versificateurs qu’a produits la Renaissance catalane, il lui faudrait substituer au diminutif Jardinet, les mots casa ou hospital de orats. Plus on est de fous, plus on rit, dit le refrain de Béranger.

P. 5 3, 1. 10 : tendria ço que nan escrit. Il faut lire, ten diria ço que nan escrit. Leçon du ms. de B.

P. 64, 1. 9 : melcolada. Miel liquide et transparent, roseida niella des poètes, par opposition au miel en rayons. Comme l’huile, le miel subit l’influence du froid, et change de consistance, il se solidifie.

P. 64, 1. 12 : pon celles ou ponselles. Pucelles; d’où le verbe desponcellar. Le mot pucelle et le verbe équivalent en français ont la même origine.

P. 65, 1. 10: fembres. Proprement femelles. Souvent au sens péjoratif, par opposition à dones, femmes, dames.

P. 67, 1. 7 : inmutablement ne ferma. Le contraire du Castillan, qui dirait inmutable y firmemente.

P. 67, 1. 9 : dessaben 0 ignoren. Le premier au sens propre du latin des i per e.

P. 68, 1. 8 : vecillar, pour vacillar. Balancer, hésiter, douter.

P. 75, 1. 2 : aguant la visia. Littéralement, aiguisant la vue. Le verbe aguar, équivalent du latin acu-c-re, a disparu. Mss. de B.: aguhant.

P. 76, 1. 11 : instiltiech. Erreur manifeste, au lieu de instinct.

NOTES

SECOND DIALOGUE

P. 82 : Cette première phrase d’une construction pénible signifie, en somme : Il est quatre choses que je désire également savoir, si bien que je ne sais par où commencer. Je vais donc vous questionner en bloc sur les quatre à la fois. Le sens est clair. Alss. de B. : primerament vos deman .

P. 83, 1. 2 : vio cv grands. Ce mot s’explique par ce qui suit. Veuillez entrer dans les détails, me distribuer la nourriture par menus morceaux, afin de faciliter la digestion. C’est le contraire de gaver, empâter, comme on fait pour la volaille. Ce verbe 11’est point synonyme de engranellar, qui répond au castillan cebar, leurrer. Etigranar se traduirait bien par hacher menu, mâcher. Dans cette phrase, la correction tw dananare , indiquée dans le manuscrit, au lieu de primerament deman, n’est point nécessaire. Mss. de B. : engrunets.

P. 84, 1. 8 : pus eniens. Puisque tu sais, tu es au courant.

P. 84, 1. 10 : Alguns singulars. Ne se peut traduire que par quelques personnages, et s’entend de la qualité plutôt que du nombre. Il s’agit des hauts barons.

P. 84, 1. 13 : e desijants esscr en loch. Toujours l’ambition et l’envie de parvenir : Ote-toi de là, que je m’y mette. La réponse du feu roi montre sa simplicité. Il se console de sa mort soudaine en se mettant au point de vue des causes finales.

P. 87, 1. 7 : per lur sol barat iustauan. Ils ne montraient tant de zèle qu’en vue de leur intérêt propre. Le verbe, qui signifie jouter, est employé ironiquement. Les raisons que fait valoir le roi pour justifier sa fin soudaine font ressortir son pauvre esprit. Il est inutile de corriger justar en instar, bien que ce dernier signifie aussi attaquer, combattre les raisons de l’adversaire. Mss. de B.: instauen.

P. 90, 1. 4-5 : de que ma potentia n es abrcujada. Il faut lire penitentia. La correction est évidente. Abreuiar est l’ancienne forme. On remarquera que dans l’ancienne orthographe abre viar s’écrivait exactement de même, le v et Vu, T’* et le j se confondant très souvent. L’un et l’autre viennent de breti, bref, qui est le latin brev(i), selon la règle qui veut que le v latin final se vocalise (u), tandis qu’il devient /en français. Vivo, vif, viu.

P. 93, 1. 1-2 : gent que segueix la sensualitat. Le vulgaire qni obéit aux sens se laisse conduire aux apparences. Expliqué par les volents usar de raho.

P. 96, 1. 1-2 : mas no deu comcnçar iofs sos fets a fortuna. Phrase louche. Peut-être faut-il lire : mas no deu hom corne -

NOTES

nar tots sos fets a fortuna. Ce qui répondrait au précepte, Aide-toi, le ciel t’aidera. Juvénal a dit que ce sont les hommes qui ont fait la déesse Fortune et l’ont placée au ciel.

P. 9 6, 1. 6 : Quinaeslafaça. Il faut lire évidemment lafossa.

P. 99, 1. 2 : faent me retret de la vanitat. Me rappelant la

vanité ; me faisant souvenir de la vanité. Ne pas confondre ferrelret, rappeler, remémorer, et fer relrets, faire des reproches, dire des injures.

P. 99, 1. 8 : Per ma fa, Senyor. Il faut lire, per via fe.

P. 99, 1. 12 : Gran dubie hc que... Je doute fort, j’ai grand

peur que... On a déjà vu dubiar avec le double sens de craindre, redouter, hésiter, douter. Mss. B. : Gran dubie ne que...

P. ioi, 1. 2: nodridors del scisme. Expression énergique; fauteurs, proprement nourrisseurs du schisme.

P. 102, 1. 2 : e per impressio e temor de mort. Sous la pression, la menace de mort.

P. 102, 1. 14 : de bon expédient. Légalement, à bon droit.

P. 114, 1. 9 : noy haueu res afollat. Vous n’y avez pas manqué, non plus. Vous n’avez pas fait moins que (vos parents). Rapprocher ce verbe de amollir, amollar et ajluxar, qui ont un sens analogue.

P. 116, 1. 13-14! te haien imposât. T’aient chargé, attaqué, accusé, représentant ses ennemis comme des imposteurs, des calomniateurs.

P. 1 17, 1. 13 ! unifch. Lisez munifich, qui va parfaitement avec liberal e propici. C’est la leçon du ms. de B.

P. 117, 1. 14-1 5 ! e encara nous en sabets estar. Et vous ne pouvez encore vous en défendre, renoncer à l’habitude prise.

P. 11 8, 1. 6 ! fer sos fets de mi. Tirer parti de moi. Proprement, faire ses affaires, exploiter quelqu’un à son profit.

P. 119, 1. 10-11 ! e signanlment ignorants. Cet adverbe a disparu. Ignorant au sens de sot, comme stultus opposé à sapiens. Ce qui suit est presque littéralement traduit de l’Ecriture ! Stultorum infinitus est numerus. Quelqu’un a dit ! Tout vice vient d’ânerie.

P. 120, 1. 2-3 : als meus flacs musclos. A mes faibles épaules. Le castillan muslo signifie cuisse. Il y a là une réminiscence d’Horace.

P. 120, 1. 5-6 ! que la mia força es pocha, l enginy iart, e la inemoria Jluxa. Calqué sur le latin : vis parua, tardum ingcnium, memoria jluxa. Mss. de B. : Z enginy curt.

P. 120, 1. 10 ! sino voler nol empafxa. Le sens est clair. Il le serait davantage en lisant ! si lo no voler nol empatxa.

P. 12 1, 1. 6 : Pençaueu que. Il faut lire pençattem que, je 11’imaginais que. Leçon du mss. de B.

NOTES

P. 122, 1. 7 : de la quai exira... La phrase est interrompue par Tirésias, qui paraît jaloux de la connaissance de l’avenir.

P. 122, 1. 12-13 : en gran sospita e prolixiiat. Ce dernier mot doit être lu perplexitat.

P. 124, 1. 2 : per a ell. On a dit par la suite pera ell. C’est per avec ad. De même l’ancien castillan/or a est devenu para.

P. 125, 1. 3 : couinent jstorial est. Historien, versé dans l’histoire, synonyme de htstoriador, historiayrc. On disait aussi historich, par imitation du latin. Couinent équivaut au latin probabilis , passable, estimable, et probabilis oraior, dit Cornélius Nepos, Cat. 3. Mss. de B. : couinentment.

P. 126, 1. 1-2: per talque mils sieshoyt de lursfets. Afin que tu sois mieux renseigné sur leur compte. Hoyt dans le sens d’informer. En effet, l’auteur va être renseigné personnellement par Orphée et Tirésias qui remplissent les deux derniers dialogues, tandis que le roi Jean se repose, après avoir tant parlé dans les deux premiers. Mss. de B. : sias inslruhit.

TROISIÈME DIALOGUE

P. 127, 1. 1 : Axi com cell qui. Souvenir du Dante, qui commence ainsi nombre de comparaisons. Cette formule est fréquente dans les méditations poétiques d’Ausias March et de ses imitateurs.

P. 127, 1. 7 : E un poch estât. Bracliylogie. Au bout d’un moment, peu après.

P. 127, 1. 9 : vsar de curialitat. Se conformer aux usages de la cour, curia. Curial, courtisan. Ce substantif, qui a disparu, signifie courtoisie. Mss. de B. : curaliiat.

P. 128, 1. 7-8 : relhorica e musica. Inutile de signaler l’orthographe du premier mot, qui désigne à la fois la faconde, l’éloquence, l’art de la parole. Il est quelquefois synonyme de prose. Au pluriel, phraséologie, circonlocutions.

P. 128, 1. 11 : libidinosa amor . C’est du latin. Libidineux n’est pas d’un fréquent usage en français. Amor , féminin, comme l’ancien français amour; d’où amourette, et le pluriel féminin.

P. 129, 1. 2 ; douall. Le manuscrit porte à la suite de ce mot un e ou un i. C’est deualli qu’il faut lire, je descendis, forme chère à l’auteur.

P. 129, 1. 2-3 : la rota, la quai Mercuri a mi hauia donada. C’est donc au luth, et non à la lyre, que se rapportait la rote.

P. 130, 1. 10: deuem generalment venir. Cet adverbe a le sens propre de generatim dans Lucrèce, et s’applique à toutes

NOTES

les générations, au genre humain tout entier, universel mortaiitas de Pline.

P. 1 3 1 , 1. io : hnuents pielat de mi. L’accord du participe présent était de rigueur dans l’ancienne langue. On dit encore en français les ayants droit.

P. 1 3 1 , 1. 14: que solia manar. Quoique le sens ne soit pas douteux, il serait peut-être mieux de lire menar ou manejar.

P. 132, 1. 3 : los vexells. Les vases, les vaisseaux. Vaxella, vaisselle, castillan, vaxilla, bagilla. Archaïque. Vaxell, vaxellet, navire de guerre, petite embarcation.

P. 132, 1. 8: vench claudicant. Au sens propre du latin claudicare, boiter, clopiner. Ne s’emploie plus qu’au sens figuré, manquer, broncher, faire un faux pas.

P. 132, 1. 9-10 : cib ayial conditio ley. S’il ne manque pas une conjonction (0, e) entre les deux substantifs, le second mot renforce le premier ; à la condition expresse et rigoureuse, dura lex.

P. 132, 1. 11 : de les vàlls infet nais . Au sens propre, non de vallis, vallée, mais de vallus ou vallttm, fossé, retranchement, frontière. Mais ce mot peut aussi désigner les régions sombres, souterraines.

P. 133, 1. 10-11 : e nom volgue res fer. Il faut lire : e non volgue res fer , et il n’en voulut rien faire.

P. 135, 1. 8-9: ab corns, cembes , bacins he conques. Tous instruments appropriés à ce charivari des Bacchantes en carnaval. Cembes, cymbales. ‘Bacins , chaudrons, bassins de cuivre ou de bronze. La conque marine sert encore aujourd’hui, en Espagne, et particulièrement en Catalogne et aux îles Baléares, aux bergers et aux meuniers.

P. 136, 1. 10: bon arismeiieh. Lisez aritmetich, calculateur. La première forme rappelle la prononciation du Q grec. C’est la seconde qui a prévalu.

P. 139, 1. 8 : quel començ plenerament hoyt. Il faut l’infinitif hoyr.

P. 141, 1. 1 : concauiîat. Au sens du castillan cuenca, bassin, vallée.

P. 141, 1. 13: calitja espessa. Epais brouillard. Du latin caligin-e-m.

P. 144, 1. 6 : no creeguts esser. Le sens indique la vraie leçon, no creegues esser.

P. 150, 1. 2 : jatsia no haien lur desig complir. Ou il faut ajouter pogut, après haien , ou lire complit, complert.

P. 153, 1. 9 : ab infeguenis e figures. Si le premier substantif a un sens, ce ne peut être que celui d’allégorie.

P. 154, 1. 14: per molt quey aprims. Il y avait aprimes, mais

NOTES

Ve a été biffé. Aprimar , amincir (de pritn, mince, fluet) ; au figuré, affiner, subtiliser.

P. 158, 1. 10-11 : aqueixparlament. Cet entretien, de parla, parlar, parole, parler.

P. 158, 1. 12 : abans que hich per tiscam. Comme le latin hinc. Avant que nous sortions d’ici.

P. 159, 1. 2 : comença a falegar. Se mit à caresser. Même sens que le castillan halagar.

P. 159, 1. 5-6: calitja de tenebres. Pléonasme dans le goût de l’auteur. Ténébreux brouillard.

P. 163, 1. 3 : Si foll est, bon proposit he. Son dessein était de le guérir du mal d’amour, de sa folie.

P. 163, 1. 10 : sine tro que. Lisez fin e tro que. Jusqu’à tant que, jusqu’à ce que.

P. 163, 1. 13: egestmadur. Peut s’entendre de la douceur ou de la gravité.

P. 163-164, 1. 1 $-1 : instruit en rnethematiques . Lemot77/rttematica s’entend aussi, dans la vieille langue, de l’astrologie. En latin niathematicus a aussi le sens d’astrologue.

P. 164, 1. 2 : en nigromentia. Pris ici comme synonyme de magie (noire, s’entend, d’après la doctrine qui accordait tout pouvoir au démon, avant la venue du Christ) . La réflexion qui suit, et le nom de Médée, ne laissent aucun doute. Savant et sorcier étaient synonymes au moyen âge. Quand on désespérait de Dieu, on se donnait au diable, révélateur de la science du bien et du mal. C’était le malin esprit, croyait-on, qui inspirait les prophétesses et les sibylles.

P. 164, 1. 6 : ques era ajustades. Il faut lire eran au pluriel. Le trait qui remplace les lettres m, n, est souvent oublié. Ajustât au sens de coire > s’accoupler.

P. 163, 1. 5 : que marit he muller acostumauen hauer. L’imparfait s’applique au cas particulier du couple divin. Mais la réflexion générale veut le présent au pluriel, acostumen.

P. 165, 1. 6-7 : la luxuria de la fembra. Evidemment ce mot a ici le sens du latin libido, salacitas, lasciveté, jouissance et désir effréné du plaisir, fringale d’amour, telle que Vénus, dans Homère, la donna à Paris pour avoir jugé en sa faveur. Le même poète nous apprend que l’acariâtre Junon ne s’accordait jamais avec son seigneur et maître.

P. 166, 1. 10*. respon clarament el argument. C’est al qu’il faut lire. Confusion fréquente.

P. 167, 1. 4-5 : lo joch te estranyare en br eu s par ailles. Il faut lire estrenyere ou estrenyire, et traduire librement : Je te ferai grâce de longs discours.

P. 167, 1. 6-7 : en dona.., lurs costums. Irrégularité appa-

NOTES

rente, imitée du latin. Le pluriel va très bien avec donci, singulier collectif. Cette construction n’est pas rare.

P. 169, 1. 2-3 : les quais serien vergonyoses exprimir. Usage consacré, dans la vieille langue, au lieu de les quais séria vergonyos exprimir. Il y avait une tendance à l’accord, qui a disparu sous l’influence du castillan et du français.

P. 169, L 14 : algalia. Le musc, ainsi nommé, prétendait-on, du pays où vit l’animal qui produit cette substance odorante igat d’Algalia) ; n’ayant rien de commun avec la martre zibeline, comme l’affirment quelques lexicographes. D’après W. H. Engelmann, algalia est la transcription de l’arabe al-galiya, qui signifie civette. Musc ou civette, c’est un produit animal, bien connu des pharmaciens, et souvent adultéré, falsifié comme le castoreum, autre antispasmodique. Les ingrédients de la toilette des dames catalanes formaient une sorte de pharmacie. Le titre d’un ouvrage d’Ovide justifie ce rapprochement.

P. 169-170, 1. 15-1 : suplexen lurpudor. On connaît l’adage latin : Male olet, qui bene olet, bonnes odeurs, mauvaises odeurs. On connaît moins le mot charmant de Lucien, d’après l’heureuse correction de M. G. Cobet : Etant tout parfum (les femmes), quel besoin ont-elles de parfums? Bernat Metge est moins gracieux ou moins galant. L’auteur du premier acte de la Célestine, qui avait lu notre auteur, amplifie cette curieuse énumération des drogues de la toilette féminine. Sur ce chapitre, et en particulier sur l’art de blondir les cheveux, il faut consulter l’agréable monographie d’Armand Baschet et Feuillet de Conches : les Femmes blondes , par deux Vénitiens. Paris, Auguste Aubry, 1864, in-8°. Les deux auteurs, si bien informés pourtant, ne connaissaient pas le Songe du courtisan-philosophe catalan, si expert en cette sorte de matière médicale des boudoirs.

P. 17 1, 1. 9-10 : de mares de vin grech. Il n’y a rien à corriger ; mais il est difficile de traduire mares autrement que par lie, marc. C’est le dépôt des vins sous forme de cristaux, dans les fûts qui les renferment. Ce tartre est usité en pharmacie. On pourrait traduire tartrate, acide tartrique, si ces termes étaient moins techniques.

P. 171, 10: genesia. Une espèce de genêt, la génestrolle, ou herbe des teinturiers, qui servait pour teindre en jaune. Ne pas confondre avec ginebre, genévrier. On dit aussi ginesia.

P. 172, 1. 3-4: algunes fembretes. Ces femmelettes, très habiles et très complaisantes, artistes en toilette, pénétraient facilement dans les maisons et faisaient avec un art infini le

NOTES

métier d’entremetteuses. Célestine est le type immortel de ces messagères de la débauche. Ces hideuses femelles savaient un nombre infini de recettes et d’oraisons dont elles se servaient pour abuser les jeunes filles et les jeunes femmes qui les consultaient. Elles se mêlaient de médecine et pratiquaient les avortements. De là le nom de metgesses, que l’auteur leur donne dans un autre endroit.

P. 172 1. 7 : diverses maneres de pelador. La peau était travaillée de mille façons, pour tromper les yeux, pour paraître, pour corriger la nature, enfin, « pour réparer des ans l’irréparable outrage ». La coquetterie n’a pas moins de peine à vieillir que l’ambition.

P. 172, 1. 9-10: arreamenis e comportaments. Ces deux mots résument toute la mode : ce que l’on porte, et la manière de le porter. On voit que, dès ce temps-là, c’étaient les courtisanes qui donnaient le ton.

) P. 172, 1. 13- 14: per fembres doues e indignes esteir entre

doues castes. Fembres doues ne s’entend pas. Peut-être faut-il lire per fembres joves. Dans tous les cas, doues après fembres est à corriger ou à effacer. Il faut lire vancs. V. les variantes.

P. 173, 1. 2 : ab les gonelles de la cinta aitall. Se dit de tout vêtement ample, bouffant, qui descend plus ou moins bas, tunique, jupe, jupon. Les formes gona, goneyla , gonela, sont aussi usitées.

P. 175, 1. 7 : ab les alcandores brodades. Il paraît que le mot est d’origine berbère, et qu’il a été introduit en Espagne par les Arabes, comme semble le prouver l’article al. Il signifie chemise, chemisette, camisolle. D'après Eguilaz, dans son glossaire étymologique, postérieur aux travaux de Dozy et d’Engelmann, on disait alcandria, gandora. Cette chemise, chez les Maures de Grenade, était de soie, de drap fin, de tissu de lin, de coton ou de chanvre, verte, bleue, grise ou rouge. Elle était à l’usage des deux sexes, et servait de parure. On sait que les Arabes d’Espagne aimaient les couleurs voyantes. Un auteur compare le public des mosquées à un parterre de fleurs fraîchement écloses au printemps. Le grand luxe consistait à s’envelopper de Yalfolla ou alholla, sorte de manteau de brocart couleur de pourpre ou d’une étoffe rayée, brochée d’or et d’argent. On trouvera de curieux détails sur le costume des Maures de Grenade avec une riche bibliographie, dans l’intéressante étude de M. Francisco de Paula Valladar, dans Revista de Espana, 15 et 30 décembre 1888, tome 124, pp. 422-447, 586-616. Voyez aussi la monographie de D. Serafin Maria de Sotto, Discurso hislôrico sobre el trage de los Espanoles, desde los liempos mas remotos hasla el rcinado de los Reyes Calolicos, dans

NOTES

Memorias de la real Academia de la historia, t. IX, pp. vm-215, Madrid, 1879, in-40.

P. 173, 1. 9 : de vays purats, qu’il faut peut-être lire vayrs, à cause du point ou du trait qui surmonte l’y. Les dictionnaires sont muets. Il est probable qu’il s’agit du petit vair, fourrure blanche et grise (de vario- ?). Cette conjecture paraît confirmée par la suite, ho er minis : fourrure de petit vair ou d’hermine. Purats est peut-être synonyme de pur, à moins qu’il ne faille lire puntats.

P. 174, 1. 9 : e l alcofoll. C’est l’arabe al-cohl, qui désigne l’antimoine, dont les femmes d’Orient se teignaient les paupières.

P. 174, 1. 10: ah milretreis. Reproches, injures. De retraure. Fer retrets signifie faire des reproches, dire à quelqu’un ou lui rappeler des choses désagréables.

P. 175, 1. 2 : alfarda. Ce mot, d’origine arabe, ne peut signifier que fichu, collerette ou collier de pandeloques ou de petites pièces de monnaie. Dans le midi de l’Espagne, il n’est pas rare de voir de menues monnaies d’or et d’argent percées d’un trou dans lequel on passe un fil de soie, ou façonnées en boutons. C’est un luxe très répandu parmi le peuple.

P. 175, 1. 3: agulla. Proprement aiguille. Ici, grosse épingle à cheveux, dont la tête était façonnée de manière à servir d’ornement.

P. 175, 1. 5-13: ligar ne arresar. Le premier se dit plus particulièrement de la tête, des cheveux. Le second, de la toilette en général. Arresar est devenu arrear.

P. 175, 1. 14 : a sa guisa. Le sens veut a lur guisa. L’influence de l’espagnol a fait disparaître lur, lurs (leur, leurs, de illorum ).

P. 176, 1. 5 : arresades e deboxades. Ce dernier terme est juste et expressif, la toilette étant une œuvre d’art, plus près de la peinture que du dessin. On a dit depuis dihuxar, en espagnol dibtijar. On pourrait traduire familièrement : Quand elles sont bien attifées et tirées à quatre épingles.

P. 177, 1. 11-12: elles agueren lur desig. Le sens indique la correction aguen du verbe aguar, aiguiser, que l’on a déjà vu, qui est le latin acu-e-re, en castillan, agu\ar, aiguiser, aviver, stimuler. L’aiguillon qui les poind, c’est le désir, la passion du commandement, de l’autorité.

P. 179, 1. 8 : entre lurs lambrots. La terminaison du mot révèle le sens péjoratif. Grosses, vilaines lèvres, fardées, pommadées, gluantes. On abusait du vermillon et du carmin pour rendre les lèvres vermeilles. Nimium ne crede colori. Voir le poème d’Ovide sur l’art de faire son visage.

NOTES

P. 179, 1. 15-14: del teu humit radical . Expression qui résume les théories humorales de l’auteur, à une époque où Galien et les Arabes faisaient la loi en médecine. L’humide radical, c’était la vie même, avec le calorique inné.

P. 180, 1. 2 : slepa ou cslepa. Sorte de ciste, plante, dont une espèce, le ciste de Crète, donne une gomme odorante, qui était autrefois d’usage en médecine. Mss. de B. : stopa.

P. 180, 1 2-5 : batiya de cabro. Nom vulgaire ou populaire d’une plante analogue à la banya de cabra.

P. 180, 1. 3 : caparros. C’est l’espagnol caparrosa, en français couperose. Nom générique des sulfates métalliques ; sulfate de cuivre ou de fer (chalcanlhum). Remarquons, à ce propos, que la plupart de ces drogues de la toilette des femmes sont styptiques et astringentes. L'orpiment est une combinaison d’arsenic et de soufre, dont on se sert pour peindre en jaune.

P. 183, 1. 5-6-7 : traclan e meten a boita pcrfcctio he en obra que aquella cosa no vengue a boita perfectio. Il faut lire : iractan e meten en obra , et la suite a bona perfectio a été mis deux fois par une distraction du copiste.

P. 184, 1. 1-2 : alguna justa causa precedent sino... Il vaudrait mieux lire : no alguna, ou nenguna j. c. p., sino.

P. 185, 1. 2 : los estrolechs, los nigromantichs, los fatillers. Faiseurs d’horoscope, magiciens, devins ou diseurs de bonne aventure.

P. 18), 1. 13 : aigu de sos amadors. Au lieu de lurs amadors. Encore un lapsus du copiste. A cette époque, l’influence espagnole ne se faisait pas encore sentir.

P. 188, 1. 6-7 : ion se huhedos,masmolts.Lo.cor\)onc\\o\\o.àversative indique la correction : jon se no hu ne dos, masmolts.

P. 189, 1. 2-3 : cent milia retrets. On a déjà vu ce mot au pluriel. Chose désagréable à rappeler, reproche, injure.

P. 189, 1. 7-8 : les barres li asseguessen. Voeu cruel. Dans le trismus, la mâchoire inférieure (barres) devient immobile comme la supérieure, et la bouche est fermée par la double barrière des arcades dentaires.

P. 192, 1. 5 : sils poden embacinar. Probablement envoûter. Peut-être faudrait-il lire enmetÿnar, empoisonner, ou enbajanir, assoter, rendre stupide.

P. 192, 1. 6 : en inetgesses. Femmes se mêlant de médecine. Matrones qui donnaient des remèdes pour favoriser la conception, et plus souvent l’avortement ; très recherchées des pécheresses ; très habiles à refaire la virginité compromise. Célestine était fort savante dans cet art, huius rei artifex.

P. 197, 1. 12-13 : frenetich sois sens febre. C’est la définition classique de la manie ou délire des aliénés.

NOTES

P. 208, 1. 10-11 : da romagueres e de canyota. Le premier substantif, encore en usage, désigne les ronces. Le second est le nom d’une plante coriace, comme le spart, autrement dite carrix (en latin carex, laîche),très répandue sur les côtes de la Méditerranée, dans les terrains sablonneux. Ne pas confondre avec rosioll, rusioy , chaume du blé, de l’avoine et du seigle. La comparaison est aussi juste que pittoresque. Ces plantes malfaisantes ont de profondes racines et repoussent vite et avec beaucoup de vigueur.

QUATRIÈME DIALOGUE

P. 213, 1. 3-4 : e no crecch pas quet digues clamar de for tuna. Il faut lire degues, que tu doives accuser la fortune.

P. 213, 1. 10 : not he forçat for tuna. Il faut lire nol ha forçat for tuna.

P. 219, 1. 3-4: e una flor no fa primavera. En castillan, una golondrina no hace verano. Comparez l’adage français : une fois n’est pas coutume, et le mot des légistes : testis unus, ieslis ntillus.

P. 220, 1. 2-3 : que tu poras assais deurar. Ce verbe, qui doit s’écrire daurar, signifie orner, embellir, faire valoir. Il a aussi le sens du français dorer, dans le vers si connu de Molière : Le Seigneur Jupiter sait dorer la pilule.

P. 221, 1. 3-4 : cresque e dilata son régné. Le premier verbe, crexer, est aussi actif transitif, comme accroître, augmenter.

P. 221, 1. 7 : troçada la vna part dels cabells. Le sens du participe est nettement déterminé par les mots escampada, no composta, solia, qui s’appliquent à la partie arrangée. Troçar a la même origine que le français trousser, et à peu près le même sens : replier, relever, arranger. Mss. de B. : tressada.

P. 222, 1. 8 : sanch as sedeiada. De sedeiar, qui n’a point d’équivalent en castillan et en français ; équivalent du latin siti-re, avoir soif. Scd, en espagnol, set, en catalan, comme le latin, se confond avec set, nom de nombre, sept, sept-em.

P. 222, 1. 13 : ella esuehi. Esvahir peut avoir le sens de esvayr, détruire, aussi bien que d’envalîir, attaquer.

P. 222, 1. 16: domdade. C’est la forme ancienne, qui répond au français domptée. O11 a dit ensuite domar, comme en castillan. Mss. de B. : domdada, dompdada.

P. 224 1. 1 : cxpetra en grech. Comme experta en grech. La transposition est peut-être du fait du copiste; mais elle est fréquente dans d’autres mots où r et / sont voisins. Haia prdonats notables libres. Répond au latin compon-e-re et au grec

NOTES

(Tuyypâçstv, en parlant des compositions historiques ou de longue haleine.

P. 225, 1. 10-11 : en continent auerti vn fill. Elle avorta aussitôt. Forme différente de abortar. Mss. de B. : auorti.

P. 226, 1. 10 : e l estorce de mort. 3e pers. sing. du parfait de esiorcer, arracher, délivrer, en latin, extorquerc. Se trouve quelques lignes plus bas, sous la forme estorcre, avec transposition de IV.

P. 227, 1. 14 : conca filla. Bien que le premier mot soit souligné de carmin, ce n’est point un nom propre. Il faut lire con ça zn com sa filla. C’est la leçon des mss. de B.

P. 229, 1. 1-2 : relxatio. Il faut rétablir Va tombé et lire relaxatio, comme dans les deux mss. de B.

P. 229, 1. 7 : vidua est la forme latine, sans altération. Viuda est la forme actuelle, comme en castillan.

P. 231, 1. 4 : perreynas. En castillan, rehenes , otages. Pourrait se confondre avec reyna (de regina) et rehina, pour résina, reine et résine. Mss. de B. : rehenas et reenas.

P. 232, 1. 11 : e indigne de hauerlos perdais. Au sens du latin : qui méritait de ne pas les perdre, qui n’aurait pas dû les perdre.

P. 232, 1. 14-15 que ia la reciten les velles com fillen. Il faut lire filen. La leçon du manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris est préférable à celle que cite l’éditeur du conte de Grisélidis, traduit ert catalan du latin de Pétrarque, qui l’avait emprunté au Décaméron de Boccace. V elles au lieu de velles , a donné vetladcs , veillées; tandis que velles est le sujet de reciten et de filen. Aux veillées d’hiver, au coin du feu, la parole est aux vieilles fileuses, qui ont la mémoire bien meublée, et qu’on écoute religieusement autour de l’âtre. De là le nom de rondalles donné à ces récits populaires de la veillée.

P. 233, 1. 4-3 : ensa. S’écrit aussi ença. Le c avec cédille, d’un usage fréquent dans la vieille langue, devrait être conservé, comme il l’a été en français, tandis qu’il n’est plus usité en castillan où le 3; a pris sa place.

P, 233, 1. 14-15 : james no jura sos halls . Au j du texte a été substitué un g à l’encre rouge, ce qui donne g ira. Correction excellente. On pourrait lire aussi atura. Elle ne tourna, elle n’arrêta pas ses regards.

P. 235, 1. 4 : fi e cluncocio. C’est un barbarisme. Lisez conclusio. Le copiste qui a écrit cette page et la moitié de la précédente (folio 80 du mss.) a des formes singulières. Il est beaucoup plus incorrect que l’autre.

P. 235, 1. 8 : eximpliar. Bien que la dérivation de ce verbe ne soit pas douteuse, il signifie plutôt amplifier que proposer

NOTES

comme exemple. Si fréquente que soit la forme eximpli , eximpliar paraît se rapporter plutôt à axamplar. Mss. de B. : explicar.

P. 235, 1. 13 : prodis ionalment devrait s’écrire avec un c ou un t entre les deux i. Même sens que le latin per proditionem. Manque aux vocabulaires. Mss. de B. : perdicionalment.

P. 236, 1. 6 : relador. Forme archaïque. C’est rclator qui a prévalu. Mss. de B. : rellador.

P. 237, 1. 12-13 • Per b°n istorial ne disert. Ce dernier mot a un e barré avant le t. Peut-être vaudrait-il mieux lire discret, qui donnerait un sens plus satisfaisant, puisqu’il s’agit de véracité et non d’éloquence. Mss. de B. : disert.

P. 237, 1. 13 : clara conexensa que... Evidemment he (j’ai) manque entre le substantif et la conjonction. Il ne faudrait pas ériger en idiotismes les fautes certaines du copiste. La superstition de la lettre morte a fait dire beaucoup de sottises aux auteurs qui ont écrit avant l’invention de l’imprimerie.

P. 238, 1. 12 : ço qu en fait. Le sens paraît être : ce qui manque, à moins qu efallar ne soit proche parent du castillan hallar, ce que j’en sais, ce que j’en ai appris (en latin reperi-re, comperi-re). La phrase régulière serait, ço qu en hi f ail ou falta.

P. 239, 1. 8 : ab extremis per ill s. Lisez ah extrems péri Ils.

P 240, 1. 4 : la sua celsitud. Son Altesse. Quelques mots dérivés du latin ont conservé par abus le d final du thème. Celsitut est la forme régulière.

P. 241, 1. 7 e bons tractaments. Bons procédés, négociations bien conduites, habileté diplomatique.

P. 241, 1. 10: ‘Barcelona e Arago. Comme Catalunya e Arago. Les Comtes de Barcelone étaient rois d’Aragon, depuis Ramon Berenguer, dixième comte de Barcelone, lequel ayant épousé la fille du roi d’Aragon, prit le titre de Prince d’Aragon. Son fils et successeur Alphonse fut le premier à porter le titre de roi. De là les doubles couronnes de la robe du roi Jean : couronne comtale, couronne royale.

P. 247, 1. 14 : espluga de enamorats. Du latin spelunca, caverne, repaire de galants. On dit en français, caverne de voleurs, au sens figuré. Terme péjoratif.

P. 247, 1. 15 : archiu de ment ides. Les formes arxiu, arxiver ont prévalu.

P. 249, 1. 4 : cauras de la questio. C’est un latinisme, qui marque un échec. Excidit ausis, a dit Ovide. Dans Suétone, .excidere formula signifie perdre son procès.

P. 2^1, 1. 11- 12 : alpelicer. Ce mot s’écrit régulièrement pellicer, pellisser. C’est le peaussier, à moins que ce ne soit le tanneur. Mss. de B. : faria atornar al pellicer.

NOTES

P. 251, 1. 13-14: la brocade li plora. Ne peut s’entendre au figuré que des yeux larmoyants ou de l’écoulement par le nez de la pituite. Brocade, c’est le sarment de la vigne, qui après la taille laisse couler la sève. Le liquide recueilli dans un récipient de verre est réputé salutaire dans les ophtalmies.

P. 252, 1. 13-14: ab aygua beneyta. Comme si les aspersions d’eau bénite suffisaient à laver les péchés véniels.

P. 233, 1. 4 : crespais e rulls. Crêpés et frisés, par un effet de l’art, s’entend ; la plupart des artifices de la toilette allant contre la nature et prétendant la corriger.

P. 253, 1. 10: guanyar joya. Remporter le prix. Allusion aux bijoux, fleurs artificielles en or et en argent, et autres menus objets d’orfèvrerie qui récompensaient les vainqueurs dans les joutes et concours de tout ordre. Dans le Cançoner de obres enamorades de la Bibliothèque nationale, on trouve souvent à la marge la mention du mot joya , pour désigner la pièce d’un poète lauréat. L’églantine, l’œillet, la violette, la pensée, le souci sont les fleurs artificielles vraiment classiques des Jeux floraux. La fleur naturelle est réservée au premier entre tous les compétiteurs. Offerte à l’une des dames présentes à la cérémonie, cette fleur la désigne comme reine de la fête. Ce cérémonial d’un autre âge est à la fois charmant et puéril. Dans les courses qui ont lieu lors des fêtes locales, le vainqueur reçoit comme récompense un roseau vert auquel est suspendue une cuiller en argent, avec une faveur rose ou rouge.

P. 254, 1. 3-4: pel amant. N’est pas l’équivalent de per amunt. A rebrousse-poil en est la traduction exacte et littérale. La peau en devient plus lisse.

P. 253, 1. 1 : que vullen guarrotar. Ce verbe signifie proprement s’aider d’un bâton (garrot) pour mieux serrer la corde qui maintient un faix, une charge de bois. Ici, vraisemblablement, jouer du bâton. Ou bien l’auteur a voulu dire que les bras se trouvent si étroitement serrés par les manches qu’on dirait des bâtons.

P. 255, 1. 5 : capiro en lo cap. Le capiro était une espèce de capuchon assez semblable à celui de l’aumusse des prêtres, qui peut servir au besoin à couvrir la tête.

P. 255, 1. 5 : tovallola. Littéralement petite nappe ou serviette. C’était une longue pièce de linge fin, ayant la forme d’un essuie-mains, qui faisait le tour de la tête et retombait sur le dos ou sur les épaules. On le retrouve dans le costume de cérémonie des corporations de pénitents (bleus, blancs) dans quelques villes du midi . Cette coiffure rappelle celle des antiques Égyptiens et des femmes libres, dans Homère. Elle avait quelque chose de sacerdotal.

NOTES

P. 255, 1. 6 : xipellet. Sorte de bourrelet en forme de couronne, imitation probable du turban des Orientaux, surmonté d’une coiffe généralement basse, plus ou moins conique. Cet ajustement de tête se voit souvent dans les sculptures d’église au moyen âge, par exemple, dans une des chapelles du pourtour du chœur de la cathédrale de Tarragone, où l’on remarque un groupe de grandeur naturelle représentant la mise au tombeau du Christ, bien plus beau que celui de l’église de l’ancienne abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à Paris.

P. 255, 1. 6: ades pâte nostres, ades correja. Les chapelets ou rosaires suspendus à la ceinture et tombant au-dessus ou audessous du genou, ainsi que les ceintures de cuir retombant jusqu’à la cheville, étaient à l’usage des femmes dévotes, des religieuses et de certains ordres religieux. Les moines Augustins portaient le ceinturon et la courroie de cuir ; tandis que les Franciscains se ceignaient d’une corde grossière ou d’un cordon à longs nœuds. Patenôtre désigne le chapelet à grains, instrument à prier. Chaque grain représente un ave, et les gros grains l’oraison dominicale ( Pater noster ). Egrener ce chapelet composé de quinze dizaines à' Ave et de quinze Pater, c’est dire le rosaire de la Vierge. Si l’on remonte à l’origine de cette institution liturgique, on trouve le nom du bienheureux Alain, le doux mystique, et celui de Dominique de Guzman, le fondateur du Saint-Office de l’Inquisition. Il est probable que l’usage du clavier, longue chaîne d’argent qui s’accrochait à la ceinture, pour y suspendre un trousseau de clés, s’est maintenu en Espagne, grâce au chapelet, dont la provenance orientale est certaine.

P. 255, 1. 7 : capell de vebre. On pourrait traduire littéralement chapeau de bièvre. Ce mot désignait autrefois le castor. La forme populaire vibrum se trouve dans le scoliaste de Juvénal. C’est probablement de vebrum que dérive le catalan vibre, où nous voyons le même mot, tandis que les lexicographes, abusés par l’analogie du castillan vibora , vipère, en font un nom de serpent. La forme bebrum appartient au bas-latin. L’une et l’autre sont des altérations de fibrum, du latin classique. Castor, demicastor, désignaient autrefois le chapeau fabriqué avec le poil du castor.

P. 255, 1. 7 : barret. Bonnet, qui a donné barretina, coiffure nationale et populaire des Catalans, bien différente du berret ou béret des Béarnais et des Basques, qui est une toque ronde et plate. La coiffure ordinaire du peuple catalan est rouge ou violette, doublée de noir. Elle sert à deux fins. En temps ordinaire, la bordure noire qui fait le tour de la tête fait ressortir la couleur rouge ou violette. En temps de deuil, le bonnet se

NOTES

retourne, et la bordure rouge ou violette tranche sur le noir. Comme les deux cônes qui rentrent l’un dans l’autre sont fort longs, cette coiffure peut se replier sur la tête, de manière à protéger le front et les yeux, tout en servant de coussinet pour porter des fardeaux. Cette coiffure, le gilet court, la veste courte, la ceinture rouge faisant plusieurs fois le tour de la taille, la culotte courte de velours, la chaussure de tresse de chanvre ( espardenya , alpargala en castillan) et des bas chinés, tel est le costume ordinaire des catalans de la montagne. Il faut y joindre le couteau catalan (ganivet de molla, en castillan navaja) qui figure toujours dans les rixes et les rend terribles.

P. 255, 1. 9 : calces Peut signifier chausses et bas. La partie du vêtement que désigne ce dernier mot, se dit mitja. Mais l’ancien terme cake ou calse, est toujours en usage dans certaines parties de la Catalogne et aux îles Baléares.

P. 255, 1. 10 : Adesdefri^p. Drap de laine grossier, comme la bure fabriquée par les tisserands au métier. On appelait frise, dans le vieux français, une étoffe de laine à poil frisé. Ne pas confondre avec une sorte de toile fabriquée à Frise, en Hollande.

P. 255, 1. 12-13 : ab alcandores brodades. Chemises fines et brodées, de soie, de laine ou de toile, dont ils montrent le plus qu’ils peuvent. Le contexte permet de supposer qu'il s’agit ici d’autre chose que des chemisettes ou camisoles de femme du précédent dialogue. Peut-être des bandes d’une dentelle fabriquée à Alcântara, ville d’Espagne. C’est une conjecture à vérifier. Le costume et les modes des Arabes étaient imités, suivis par les Chrétiens du Nord.

P. 256, 1. 2 : la lur dolcntia. Ce mot comporte deux sens, selon l’accentuation. Dolénlia, maladie; dolénlia, malice. Les deux sont bons. Etre esclave de la mode, c’est à la fois une manie et une sottise.

P. 257, 1. 9 : a la companya. Peut s’entendre des deux consorts et conjoints, ou de l’un d’eux, de la moitié, comme ici.

P. 260, 1. 3 : e volran celar. Il faut lire ho volran celar.

P. ééo, I.5-6: los Irons e lamp no venen. No doit être lu ne, c’est-à-dire en. C’est une tempête formidable qui éclate, à la suite des questions pressantes du mari impatient, et de la discrétion obstinée de l’épouse timide. Rien ne manque à cet orage domestique. Après l’éclair et le tonnerre, vient une pluie de larmes.

P. 260, 1. 12 : priuadeieran. Mot heureusement formé. Se permettre des familiarités, avoir des privautés.

P. 261, 1. 4: ginyade<. Enjôlées, séduites par la manifestation de ces faux sentiments.

3oo

NOTES

P. 261, 1. 10 : marmessors. Exécuteurs testamentaires. D’où rnarmessoria .

P. 261, i. 11-12: dejus lo capero. Sorte de chaperon qui pouvait couvrir la tête, faisant partie d’une large et longue soutane sans manches, avec ou sans traîne. Ce costume de deuil s’appelait loba en Castillan. Le chaperon pouvait s’allonger en pointe, de manière à former un capuchon ou capuce, comme celui des capucins.

P. 261, 1. 13 : gramalles negres. Longues robes noires, comme les simarres des magistrats ou des professeurs du haut enseignement.

P. 261-262, 1. 15-1 : se trench locoll. Se rompe le cou, fasse une sottise, en épousant un veuf en apparence inconsolable.

P. 262, 1. 10 : si yo mateix noy prenia cosiment. Sans ma propre initiative. C’est le mari qui remarquait ce qu’il fallait à sa femme.

P. 262, 1. 13 : se dreçaue la nit. Se mettait sur son séant, sans se lever pour cela.

P. 263, 1. 5-6: se vaien deporiar en l altre seigle. Manière plaisante de dire qu’elles meurent.

P. 263, 1. 12-13 : un poch catiues. Un peu chiches, d’une économie exagérée. Ce sens ne se trouve pas dans les dictionnaires. Catiu est à rapprocher de mesqui, avare et misérable, au sens du français mesquin.

P. 264-265, 1. 15-1 : logreiar, logoteiar. Le premier de ces verbes signifie gagner de l’argent, faire l’usure. Le second, flatter, mentir.

P. 265, L 3 : pelliar, emperar mais homens. Le premier est à rapprocher du latin peierare, se parjurer. Le second peut s’entendre de la protection accordée à des gens de rien, ou de l’emploi de ces gens. Amparar et emprar se confondent souvent dans les manuscrits.

P. 265, 1. 4 : descarrerar , dévoyer, fourvoyer, détourner du droit chemin. Voir carrer , carrera.

P. 265, 1. 14-15 : no volen res fer nemostrar alurs fills.Cela. est toujours vrai. Ce n’est pas seulement le noble, le gentilhomme qui veut que son fils ne sache rien faire. Le petit bourgeois, le petit propriétaire, l’ouvrier aisé, n’entend pas non plus que son fils travaille de ses mains. L’institution des majorats n’a pas peu contribué à propager la fainéantise. Le vrai gentilhomme est celui qui ne fait rien et ne sait rien faire.

P. 266, 1. 2-3 : fils de grans mestres. Allusion aux ordres militaires dont les chefs prenaient le titre de grand-maître ? L’ordre de Montesa avait remplacé celui du Temple.

P. 266, 1. 14 : primament, qu’il ne faut pas confondre avec

NOTES

primerament , signifie subtilement, finement. L’esprit fin des femmes est aiguisé par leur curiosité innée.

P. 267, 1. 5: bistia de prat. Locution qui répond au français : âne bâté, ignorant, incapable.

P. 267, I.7-8: de a Iguna eloquentia subtil. Ce substantif doit être changé en un autre signifiant matière, question.

P. 267, 1. 14 : qu ils sercaue. Comme s ils cercaue, ou qu ils eercas ou cercaria. La vraie orthographe est cercar.

P. 268, 1. 8-9 : que son esiornell de carabassa. Point d’équivalent en français. Les mots estornell et carabassa font antithèse. L’étourneau est le symbole de la vivacité d’esprit, et carabassa est le synonyme de sottise. Carabasse, carabassot sont des termes dont on se sert en Catalogne pour marquer la sottise et la niaiserie. Appeler quelqu’un citrouille, potiron, ce n’est pas lui faire un compliment. Navet a un sens analogue en français.

P. 270, 1. 2 : vanarse han de moites doues. Ellipse, par la suppression d’un verbe avoir, connaître, posséder. Ils se vantent de conquêtes imaginaires.

P. 271, 1. 7 : que qui no ama no mereix esser amat. C’est la pensée de Sénèque, si vis amari, ama. La marâtre est un des types les plus fréquents de la littérature catalane. Celle du prince de Viana est demeurée célèbre dans l’histoire.

P. 271, 1. 15 : que aço aguessen callat. Il faut lire haguesses callat.

P. 272, 1. 10-11 : mostrau ab lo dit , mirau e tenguts. Il faut lire mostrats , mirais.

P. 272, 1. 11-12 : de la aparentia han molt, e de la existentia fort poch. Antithèse qui rappelle les deux personnages du Baron de Faineste, Etre et Paraître, de Théodore Agrippa d’Aubigné. Pour paraître, il faut être, a dit une femme d’esprit. Mais le vulgaire ne s’arrête qu’à la surface, ne va pas au fond des choses et se laisse prendre aux apparences.

P. 272-273, 1. 1 5 - 1 : Natura ha datvianda a suslentatio de vida. C’est le fameux adage cher à Harpagon : Il faut manger pour vivre, etc.

P. 273, 1. 1-2 : irencades les régnés de trempança. Bien que régnés soit bon, peut-être vaudrait-il mieux lire réglés. Trempança au lieu de temprança, suivant la transposition fréquente, qui a donné febrir, en catalan et en castillan, tandis que le français dit fourbir. Fabridor en vieux catalan, signifie polisseur, fourbisseur. Ce mot n’a rien de commun avec la fièvre, comme l’a cru un catalaniste officiel.

P- 274, 1. 8 : los entichs phisichs. Malgré l’adage de l’Ecole, « Medicus incipit, ubi desinit physicus », ce mot est encore en usage dans certaines langues, notamment en anglais et en espa-

NOTES

gnol, pour désigner le médecin. Dans la médecine naturiste, le médecin est considéré comme le ministre et l’interprète de la nature, suivant la formule de Baglivi. Hippocrate et Aristote poussaient le culte de la nature jusqu’à la superstition. L’omnipotence, l’omniscience de la nature finirent par se confondre avec l’idée de Providence. Asclépiade s’insurgea le premier contre cette espèce de religion positive, qui condamnait l’art de guérir à l’impuissance.

P. 276, 1. 3-4-5 -6 : en hoyr irufadors, escarnidors, haranis, ralladors, mais parlers, cridadors, aualotadors, jvtgcdors e migencers de baccaleries e de vilials. Voilà, en une phrase, la plus belle collection de vauriens, coquins, truands, ruffiens, croquants, piliers de tripot, souteneurs, entremetteurs et autre racaille qui abonde dans les grandes villes. C’est la seule fois que l’auteur nous laisse entrevoir la lie de la population catalane. D’un trait, il peint tous ces gens de sac et de corde, vrai gibier de potence. Quelqu’uns des termes de cette énumération ne se trouvent pas dans les dictionnaires. Jutgedors, à cause de sa ressemblance de sens avec escarnidors , devrait peut-être se lire jugadors . Bacalleries a une signification plus énergique et intense que le castillan bachilleria. On écrit auiourd’hui balxilleria. Batxiller signifie à la fois bachelier et bavard, diseur de riens. Il y a là, en raccourci, tout le personnel d’une cour des miracles.

P. 277, 1. 2 : lo gipo, espèce de veste qui se boutonnait sur la poitrine comme un gilet droit. Il y a aussi le diminutif giponel ; en castillan, jubon, juboncillo. Le proverbe, Primer es la camisa que ’l gipô, est presque littéralement traduit du latin, Tunica propior pallio (Plaute).

P. 277, 1. 3 : les calces. C'est le haut-de-chausses, la culotte, qui descendait jusqu’aux genoux. Calses désigne maintenant les bas. Il est probable que cette partie du costume s’attachait au pourpoint par des aiguillettes ou par des rubans au nombre de huit ou dix, comme l’indique la suite de la phrase.

P. 277, 1. 4 : les polaynes. Ce mot signifie présentement guêtres. Il est probable qu’il s’agit ici de bas couvrant la jambe du genou à la cheville, ou de longues guêtres à boutons faisant le même office. On désignait aussi par le même mot une série de bandes superposées, s’enroulant autour des jambes.

P. 277, 1. 4 : les cotes. Longs vêtements, tels que douillette, robe de chambre. La partie du vêtement qui flotte, à partir de la ceinture. Appliqué au costume masculin, ce terme désigne encore une sorte de pardessus, houppelande, balandran, justaucorps fort large qui se mettait sur les autres habits, d’où le nom de surtout. Le français coite, synonyme de jupe, ne se dit que de l’habillement des femmes, ainsi que le diminutifco/fmw.

NOTES

P. 277, 1. 5-6 : ha uran estât enpremsa. Cela semble indiquer que les hommes portaient les cheveux longs et les enveloppaient, la nuit, de papillottes.

P. 277, 1. 9 : e garroteres a les cames. Peut s’entendre des jarretières extérieures, attachées au-dessous du genou, soit encore des aiguillettes et rubans qui attachaient les bas au haut-de-chausses : rosettes, bouffettes, noeuds de ruban. Veslidures solempnes, costume de cérémonie, vêtements de gala.

P. 278, I.3: Disertament e colorada. Qu’on remarque, encore une fois, qu’en castillan, deux adverbes de suite sont inversement placés. Cette formule résume assez justement la manière de l’auteur aux endroits où il déploie les ressources de son style. Il est abondant et pittoresque.

P. 278, 1. 6 : ço quem dicta la tua conscientia. Il est clair qu’il faut lire, ço quet dicta, bien que Tirésias soit une espèce de sorcier qui sait tout.

P. 278, Î.13: loch e auinentesa. Occasion, facilité. Ces deux mots ont un sens analogue, comme parlar e perseverar ah aquelles, causer avec elles et les fréquenter, rechercher leur conversation.

P. 279, 1. 12 : e noi alallesca negociaiar. Manière énergique et pittoresque de dire, renonce au monde, au lieu de te plaire aux choses mondaines.

P. 280, 1. 4: Not gis detras. Il faut lire not girs, degirar, ou gires, ne te retourne pas pour regarder en arrière, de peur de succomber à la tentation, comme Orphée, ramenant Eurydice, des Enfers. Gis appartient à gilar.

P. 280, 1. 7 : los f al cons estors, cans dessus dits. Il faut rétablir la conjonction e entre les deux substantifs. Les faucons et les chiens de chasse.

La dernière phrase, sur les effets physiques de ce sommeil agité par les sensations et les émotions du rêve est d’un psychologue et d’un médecin. Il faut la rapprocher du passage du premier dialogue où l’auteur raconte comment l’envie de dormir le surprit au milieu de la nuit, pendant qu’il se livrait à l’étude, dans cette chambre qui fut témoin de ses angoisses. Le corps est moulu à la suite des songes qui agitent les passions de l’âme. La digestion, la circulation et l’innervation peuvent être profondément troublées dans les rêves qui se prolongent.

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