BEDFORT, LUDLOW
BEDFORT , réfléchissant.
Le père est aveugle I
LUDLOW , se levant.
Veux-tu maintenant me faire l'amité de me dire ce que tu prétends faire de cette jeune fille?
BEDFORT
Je n'en sais rien encore, et tu vas me conseiller.
LUDLOW, riant.
Est-ce que tu en serais amoureux?
BEDFORT
Non pas , mais elle est aimée par lord Henri Bedfort , mon fils adoptif , par lord Henri , que je veux
dignement marier, et qui m'a formellement refusé d'épouser la fille du puissant lord Weston, le chambellan du roi , en me déclarant qu'il attendait sa majorité , et que , libre alors , il deviendrait Tépoux d'une jeune fille du peuple.
Si c'est son goût...
BEDFORT
Mais je viens de découvrir cette belle adorée , et comme d'abord iln'çstpas de mon goût qu'un jeune homme à qui j'ai donné mon nom et mon titre...
LUDLOW
Ton titre... va, mon cher ami, les dix-huit années de souveraineté populaire qui viennent de s'écouler sous le protectorat de ce damné de Cromwell ont terriblement diminué la valeur des blasons.
BEDFORT
Cromwell est mort , et Charles II , qui règne depuis sept mois , travaille à relever la noblesse.
LUDLOW
Tant pis pour lui , peut-être.
BEDFORT
,*-r En un mot , Ludlow, il nous importe à tous deux que lord Henri perde au plus tôt tout espoir de pouvftr jamais faire ce mariage.
LUDLOW
Il nous importe !... il t'importe à loi, mais non pas à moi.
BEDFORT
A tous les deux... Mais tu ne lis donc pas les gazettes?
Pas plus souvent que toi ton livre de prières.
BEDFORT
Mais au moins tu entends jaser dans les salons , dans les promenades.